Sardanapale

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# Posted on Saturday 20 March 2010 - Comments Off on Comment Obama a crée “l’incident Biden”

Friends like these

Charles Krauthammer’s analysis of the Biden incident is worth reading in full, but here’s a taster:

“In these long and bloody 63 years, the Palestinians have not once accepted an Israeli offer of permanent peace, or ever countered with anything short of terms that would destroy Israel. They insist instead on a “peace process”… the point of which is to extract preemptive Israeli concessions, such as a ban on Jewish construction in parts of Jerusalem conquered by Jordan in 1948, before negotiations for a real peace have even begun.

Under Obama, Netanyahu agreed to commit his center-right coalition to acceptance of a Palestinian state; took down dozens of anti-terror roadblocks and checkpoints to ease life for the Palestinians… and agreed to the West Bank construction moratorium, a concession that Secretary Clinton herself called “unprecedented.”

What reciprocal gesture, let alone concession, has Abbas made during the Obama presidency? Not one.

Indeed, long before the Biden incident, Abbas refused even to resume direct negotiations with Israel…

And Clinton demands that Israel show its seriousness about peace?”

L’incident Biden

Deux articles parus hier aux États-Unis offrent une perspective différente – surtout d’un point de vue européen – sur la récente visite de Joe Biden en Israël.

L’administration Netanyahu a-t-elle cherché à torpiller les “discussions de proximité” (c’est-à-dire par Américains interposés) avec les Palestiniens?

L’indignation de Hillary Clinton et de son patron devant l’annonce de nouvelles constructions à Jérusalem est est-elle justifiée?

Avant de lire l’analyse de Martin Peretz dans The New Republic et surtout l’article de Charles Krauthammer dans le Washington Post (extrait en face), j’aurais répondu oui à ces deux questions.

Maintenant j’ai des doutes…

Je me demande, après avoir lu ces deux articles, si la colère d’Obama contre les Israéliens ne participe pas de la grande illusion de la détente.

J’entends par là l’idée qu’on parvient à la paix en étant dur envers ses alliés et doux avec ses adversaires.

Cette stratégie sous Nixon et Carter a mené l’Amérique à l’impasse et l’impuissance diplomatique.

Sardanapale @ 4:23 pm
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# Posted on Saturday 5 December 2009 - Comments Off on La baronne rouge qui représente l’Europe

The Red Baroness

The EU will soon be represented by Catherine Ashton, a Briton who was active in Campaign for Nuclear Disarmament in the late 1970s and treasurer of that vocal pacifist group between 1980 and 1982.

Questions over her past have been voiced by some Eurosceptics, including a MEP, and some British papers.

Lady Ashton denied reports that she had accepted money from Moscow, and that was that. She is sure to be confirmed by the European Parliament in the coming days.

What bothers me about this is not that she was in charges of CND finances at a time when the USSR was financing pacifist groups across Western Europe. I’m a trusting kind of guy and am prepared to believe her.

So okay: I accept that Moscow – whose main aim at the time was maintaining military superiority over democracies in Europe – made an exception for the UK, and refrained from funding those agitating against the deployment of short-range missiles there.

But what about the cause itself? You can’t hold someone’s youthful beliefs against them – if they have repudiated them. But in her response, Ashton did not repudiate her CND involvement.

And her supporters in the blogosphere and the media have even defended it, many calling formed Soviet dissident Vladimir Bukovsky a far-right witch-hunter for pointing to the CND’s dubious finances.

I am in complete agreement with this online article posted by The Economist after her nomination.

Excerpts:

“IMAGINE a British Conservative politician—call her Catriona Aston—coming from obscurity to gain one of the top posts in the European Union, just as Baroness (Catherine) Ashton has emerged from the Labour ranks to be the EU’s new foreign minister.

Imagine that on closer scrutiny it turns out that in the early 1980s the fictional Ms Aston worked for a cold-war think-tank called something like the ‘African Freedom Foundation’, which campaigned against the spread of communism in Africa.

Imagine that on closer examination it turns out that this outfit enjoyed strong behind-the-scenes support from the then apartheid government in South Africa.

Among its supporters and officials are unrepentant defenders of the fascist regimes in Spain and Portugal and even those who said that Nazism had been a lesser evil than communism.

It is easy to imagine what would happen. The hapless Ms Aston would be publicly disgraced and would have to resign forthwith.

How could an EU representative credibly deal with the developing countries when she in the past had been a defender of a racist colonial regime?

Nuance, context and balance would go out of the window. Nobody would ask if all causes supported by the former South African regime were equally evil, or if communism had maybe cost more African lives than apartheid. …

The fact remains that the Kremlin found CND and other “peace movements” useful ways of undermining the unity of NATO, weakening the West’s defence posture and stoking anti-Americanism.

The ex-dissident Vladimir Bukovsky, an expert in Soviet penetration of the West, says: “the worldwide disarmament campaign in the early 1980s was covertly orchestrated from Moscow. To a substantial extent it was also funded by the Soviet bloc”…

Imagine a 1980s Europe where CND had triumphed, with left-wing governments in Britain and Germany scrapping NATO, surrendering to Kremlin pressure and propping up the evil empire.

Her opponents complain that Lady Ashton is ineffective. As a CND organiser, that may have been a blessing.”

Le passé de la Baronne Ashton

L’Union européenne sera bientôt représentée à l’étranger par une ancienne militante de l’organisation pacifiste britannique, Campaign for Nuclear Disarmament (CDN).

La confirmation par le Parlement européen de Catherine Ashton au nouveau poste de haut-représentant de l’UE ne fera pas problème: seuls quelques eurosceptiques se sont émus du fait que la baronne Ashton fut trésorière du CND au début des années 1980.

Ont-ils raison?

Je dirais non. La preuve formelle que le CND a touché des fonds soviétique n’a pas été apportée. Elle nie formellement l’accusation, et je suis prêt à lui accorder le bénéfice du doute.

Admettons que Moscou – qui pendant des décennies a assisté les organisations pacifistes travaillant au désarmement des démocraties occidentales, soutien par ailleurs tout à fait logique du point de vue soviétique – se soit scrupuleusement abstenu d’intervenir en Grande Bretagne.

L’URSS n’a donc rien fait pour aider ceux qui, par centaines de milliers, réclamaient l’abandon de la force nucléaire par le principal allié des États-Unis en Europe. Rien ne le prouve. On fait à Ashton un mauvais procès.

Mais faut-il retenir contre elle son engagement?

Le CND militait en effet pour promouvoir le principal objectif de l’Union soviétique dès la fin des années 1970: le maintien de la supériorité militaire du Pacte de Varsovie sur le camp occidental – et donc la vassalisation politique de ce dernier.

Là je serais nuancé: on ne doit pas retenir contre eux les combats politiques qu’ils ont mené dans une jeunesse lointaine.

Je juge Alain Madelin et André Glucksmann sur ce qu’ils pensent aujourd’hui – et admire leur défense passionnée de la liberté – et non sur leur adhérence passée à des idéologies antidémocratiques.

L’un comme l’autre ont clairement dénoncé ce qu’ils considèrent comme des égarements: il serait donc déplacé de les leur reprocher, tout comme il serait absurde de reprocher à Nelson Mandela (un autre de mes héros) son ancien engagement marxiste.

Mais – et c’est là où l’affaire me chiffonne – je ne constate pas de renonciation chez Ashton (qui, comme la plupart des baronnes, n’a jamais eu à faire face à l’électorat).

Le communiqué de quatre lignes publié par son cabinet sur cette affaire dit qu’elle n’a jamais touché des fonds de Moscou – point final. Aucune répudiation, même implicite.

Et ceux qui dans la blogosphère et la presse ont volé au secours d’Ashton n’ont pas dit: il est injuste de l’associer en 2009 à une organisation qu’elle a quitté en 1983. Ils justifient au contraire son engagement!

Ainsi ce post, qui défend le CND et qui décrit Vladimir Boukovsky (l’ancien dissident soviétique qui a rappelé l’origine douteuse des fonds de cette organisation) de suppôt de l’extrême droite.

On a donc ici une justification du pacifisme, et non une distanciation par rapport à celui-ci: c’est le cas aussi de nombreux commentaires postés sur l’article de The Economist reproduit en face (avec lequel je suis totalement d’accord).

En fin de compte, j’estime Ashton inapte à représenter l’Europe tant qu’elle n’aura pas dénoncé non seulement son rôle de trésorière du CND, mais surtout son appartenance à ce groupe, comme une erreur passée.

C’est sur ce point que les eurodéputés devraient la pousser. Mais je ne me fais pas d’illusions.

Ceux qui sont censés représenter la démocratie européenne, toutes tendances confondues, ont la vigilance hémiplégique: ils se gardent de la droite, pas de la gauche.

Sardanapale @ 2:00 pm
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# Posted on Thursday 13 August 2009 - 2 Comments

How to deal with Iran

Exactly 18 years ago, the great (and now departed) French political philosopher Jean-François Revel had this to say about Iran’s systematic policy of internal repression and external provocation:

“We will never put an end to it by negotiating with Tehran according to the rules of civilized diplomacy, even secret diplomacy.

However we have at our disposal some very real means of pressure because Iran is in a dreadful economy state, which is causing riots in many places.

The country needs Western cooperation.

Instead of engaging in subtle quibbling about th intentions of killers and kidnappers, we should notify their employers curtly and publicly that they will not rejoin the international community until they stop behaving like thugs.”

When Revel said these words, Iran and its far-flung clients were busy kidnapping foreigners and killing exiles.

But his point is just as valid now that the ayatollahs are causing mischief by trying to build nuclear weapons, stealing election and staging show trials.

Now, as then, the West is hesitating between a military and a diplomatic response.

But this is a false dichotomy.

Talking to Iran – the course preferred by most Europeans – is not the only alternative to sending the bombers – an option that even the dovish Obama administration has not ruled out.

I understand that the US is keeping the military option open as a last resort.

They, at least, have gone as far as possible down the sanctions way. But the Europeans haven’t.

In fact the best way to forestall a military solution no one favors might for Europe to ban all trade with Iran – as the US has done since the 1979 hostage crisis.

An halt in economic ties with most of the developed world would do much more to focus the mind of Iran’s oil-dependent leadership that the feeble existing EU and UN sanctions.

Normal diplomacy has been shown to be useless. The military option is not credible after the Iraq mess.

As Revel would have said, the Europeans should “curtly and publicly” notify Iran’s turbaned atomic tyrants that they will not rejoin the international community until they behave responsibly.

L’Iran: que faire?

Depuis quelques années les Occidentaux oscillent entre deux attitudes face à l’Iran: la menace militaire et le dialogue.

Certains, notamment aux États-Unis, affirment que le seul langage que les ayatollahs nucléaires comprennent est celui de la force.

Selon d’autres, ce n’est pas en parlant de frappes aériennes mais en se montrant conciliants qu’on amènera les théocrates de Téhéran à la raison.

L’administration américaine penche vers les colombes; mais l’option militaire n’est pas levée, et la répression et les procès truqués qui ont suivi les élections bidon du juin ont donné des arguments aux faucons.

Cette alternative renforce en Europe le camp des colombes: comme la guerre est inconcevable, il faut continuer de négocier.

Mais la dichotomie est fausse: il est tout à fait possible de s’opposer aux mullahs atomiques en rejetant à la fois la diplomatie classique et les frappes militaires.

Les Européens pourraient par exemple décider un embargo commercial total avec l’Iran (pour l’instant, seuls les États-Unis ont mis en place un telle mesure, à la suite de révolution de 1979).

Comme sur bien des sujets, le regretté Jean-François Revel a en son temps dit l’essentiel sur la façon de traiter avec un État voyou comme l’Iran.

À l’époque, Téhéran ne se mettait pas au ban des nations par la recherche de la bombe, mais par les prises d’otages et les assassinats d’opposants jusque dans l’exil.

Voilà ce que Revel, dans éditorial diffusé par Europe 1 à l’été 1991, disait de la politique de répression intérieure et de provocations extérieures de l’Iran:

“Nous ne la ferons jamais cesser en négociant avec Téhéran selon les normes de la diplomatie civilisée, même occulte.

Nous disposons en revanche de moyens de pressions très concrets, parce que l’Iran se trouve dans une situation économique effroyable, qui cause déjà un peu partout des émeutes.

Il a besoin de la coopération occidentale. Au lieu de ratiociner subtilement sur les intentions secrètes des tueurs et ravisseurs, signifions sèchement et publiquement à leurs employeurs qu’ils ne réintégreront la communauté internationale que le jour où ils auront cessé de se comporter comme des bandits.”

Ces paroles sont aussi valides qu’elles l’étaient il y a 18 ans.

Sardanapale @ 2:39 pm
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# Posted on Monday 18 August 2008 - 2 Comments

Russia’s challenge

Ever since Europe has had big powers, their attacks on small states have prompted some commentators to blame the victims.

Louis XIV was said to be entitled to secure France’s borders, given the hostility of its neighbors (this is still the official version in France).

A century later, in Britain itself, Charles Fox and other appeasers saw London’s resistance to imperialist France as the main threat in Europe (their efforts led to the 1802 Peace of Amiens, which gave Napoleon breathing space to prepare for his next campaign of conquest.)

In 1938, many both in France and Britain thought Hitler had a point when he insisted on protecting German-speakers living on Czech territory.

During the Cold War, “détente” was appeasement by another name.

Predictably, some European pundits argue that Georgia invited Russian retaliation by trying to recapture the Moscow-backed enclave of South Ossetia.

According to the BBC’s Paul Reynolds, the first lesson from the conflict is: “Do not punch a bear on the nose unless it is tied down.”

In Spiked Online, Brendan O’Neill says Georgian President Mikheil Saakashvili provoked Russia by applying for NATO membership, and generally reinforcing Russia’s insecurity about its near-abroad.

All this neglects the run-up the Georgia’s operation: Russia’s military build-up in South Ossetia and Abkhazia, Moscow’s other puppet statelet within Georgia, the arming of separatist militias in both, the attacks against Georgians there, an massive exercise in ethnic cleansing, and the issuance of Russian passports, which amounted to virtual annexation…

Saakashvili’s response to Russian provocation may have been ill-judged – but the point is, it was Georgia, not Russia, that was provoked.

The scale and speed of the Russian onslaught confirms that the war – as The Economist put it – ran according to a Russian plan that had been carefully prepared.

In the West some argue – once more – that condemning Russia too loudly is counterproductive.

Josef Joffe, in the Wall Street Journal, has provided the most cogent critique of such appeasement, arguing that it is rooted in the mistaken post-Cold War belief that military power is obsolete.

“(T)his is the 21st century, isn’t it? At least in that vast swath extending from Berkeley to Berlin and to Beijing (with an outrigger in Moscow), anything ‘geo’ could only refer to ‘economics.’

Welfare had replaced warfare. Tankers had replaced tanks, balance of payments the balance of power. At least in the Berlin-Berkeley Belt, all of us were playing win-win games, wheeling, dealing and consuming.

Chanting ‘no more war,’ we worried about ‘soft politics’ and ‘soft power’: how to battle AIDS and desertification, SARS and subprime crises…

Say hello to Vladimir Putin and his stand-in Dmitry Medvedev. By attacking Georgia, they have raised the curtain on a post-World War II premiere. They have launched the first real war in ‘Greater Europe’ since 1945…

So, forget about Mr. Saakashvili’s bluster and bumbling; think ‘revisionism’ and ‘expansionism,’ terms beloved by diplomatic historians trying to explain the behavior of rock-the-boat states.

A revisionist power wants back what it once had; an expansionist power wants more for itself and less for the rest. The R&E Syndrome is a handy way to explain all of Mr. Putin’s strategy in the past eight years. Draw an arc from the Baltic to the Caspian and then start counting.

Moscow has unleashed a cyberwar against tiny Estonia, formerly a Soviet republic.

It has threatened the Czech Republic and Poland with nuclear targeting if they host U.S. antimissile hardware on their soil that could not possibly threaten Russia’s retaliatory potential.

It has exploited small price disputes (normally resolved by lawyers screaming at each other) to stop gas deliveries and thus show Ukraine, Belarus and former Warsaw Pact members who runs the ‘Common House of Europe,’ to recall Mikhail Gorbachev’s famous phrase.

Mr. Putin has always reserved the harshest treatment for Georgia. Tbilisi’s mortal sin was the attempt to get out from under the bear’s paw and snuggle up to the West…

Alas, neither the U.S. nor the EU was prepared for the return of the 19th century. They thought that Clausewitz was dead once and for all, that it was win-win games now and forever, that Russia, lured by respectability and riches, would turn into a responsible great power.

Apparently, George F. Kennan, the diplomat and historian, had it right. To him is attributed a very apropos aphorism: ‘Russia can have at its borders only vassals or enemies.’

At least we now know one thing: Dreams of multipolarity, of governance by committee, are premature. Revisionist powers are never responsible.”

Joffe is right. Democracies survived the 20th century not by virtue of their superior principles, but because they had greater firepower than their totalitarian enemies.

Our interdependent, benevolent, market-driven world is underpinned by the force of arms.

In the 21st century, the main lesson of the 20th remains valid: the West is doomed if it neglects military power and pins its hopes on the goodwill of its challengers.

Le défi russe

À chaque fois qu’une guerre éclate en Europe entre une grande puissance et un voisin, il se trouve toujours des commentateurs pour défendre le droit du plus fort.

Les victimes de Louis XIV auraient évité les rapines si elles ne s’étaient par coalisées contre la France.

Sous Napoléon, en Angleterre même, de nombreux politiciens estimaient que le principal danger était la résistance britannique, et prônaient la détente (d’où la Paix d’Amiens de 1802, qui permit à Napoléon de préparer sa prochaine campagne de conquête.)

En 1938, disait-on à Londres comme à Paris, l’Allemagne était en droit de protéger les germanophones opprimés par les Tchèques.

Après la guerre, disait le “camp de la paix”, l’antisoviétisme ingrat des pays libérés par l’URSS, conjugué a l’anticommunisme militariste de Truman, a forcé Staline mettre au pas l’Europe de l’Est.

De même, aujourd’hui, certains jugent la Géorgie responsable de sa défaite face à la Russie.

Selon Paul Reynolds de la BBC, le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, a provoqué Moscou en tentant de reprendre l’Ossétie du sud.

Reynolds tire de la déroute la leçon suivante: “Ne jamais frapper un ours sur le nez quand il n’est pas enchaîné.”

Sur Spiked-online, un autre commentateur affirme que Saakachvili, en s’alignant sur les États-Unis, a renforcé le complexe d’encerclement de la Russie.

Ces analyses négligent les événements qui ont précédé l’offensive géorgienne.

Les forces de “maintien de la paix” russes présentes en Ossétie du sud, ainsi qu’en Abkhazie, autre région géorgienne sous l’emprise de Moscou, se comportent depuis plusieurs années en forces d’occupation.

Les Géorgiens de souche habitant ces deux territoires ont subi de multiples exactions de la part des forces russes et des milices locales. Le nettoyage ethnique a été particulièrement féroce en Abkhazie.

La distribution de passeports russes aux populations non-géorgiennes – qui a permis à Moscou de prétendre que ses citoyens étaient en danger – équivaut à une quasi-annexion de ces territoires.

Depuis quelques semaines, les Russes avaient de plus massé des troupes et des blindés dans les couloirs stratégiques menant à la Géorgie même.

On peut juger que Saakachvili a eu tort de répondre à ces provocations.

Mais précisément, c’est la Géorgie qui a été provoquée, pas la Russie. Les caractère prompt et massif de l’invasion russe confirme que l’opération avait été préparée de longue haleine.

La guerre, affirme The Economist cette semaine, s’est déroulée “selon un scénario écrit à Moscou”.

Le fond du problème n’est pas l’irresponsabilité de la petite Géorgie, mais bien l’expansionnisme de la grande Russie.

Ses autres riverains ont subi les conséquences de cet expansionnisme depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine en 2000.

Les Pays baltes ont été victimes d’une guerre électronique, l’Ukraine d’un chantage au pétrole; les Polonais et les Tchèques sont menacés d’être pris pour cibles par les armes nucléaires russes.

La formule attribuée à George Kennan reste vraie: “La Russie ne peut avoir à ses frontières que des vassaux ou des ennemis.”

L’un des meilleures analyses que j’aie lues sur cette question est un article de Josef Joffe dans le Wall Street Journal où il souligne la réticence congénitale des démocraties à prendre conscience des menaces qui pèsent sur elles.

Dans l’après-guerre froide, explique Joffe, cette volonté d’apaisement est nourrie par notre foi en la globalisation.

Notre civilisation place sa confiance dans l’interdépendance et la coopération, et non dans la stérile compétition militaire.

Assurément les Russes et les Chinois, revenus de leurs terribles errements passés, comprennent que la vraie source de puissance est le cercle vertueux de la multipolarité et du commerce gagnant-gagnant!

Notre foi dans les vertus des marchés et de la liberté est bien sûr justifiée: le XXe siècle a prouvé la supériorité de la civilisation démocratique et son attrait universel.

Mais il ne s’ensuit pas que la force militaire soit dépassée.

L’autre grande leçon du siècle dernier – celle que beaucoup d’Européens préfèrent oublier – c’est que le démocratie n’a pas vaincu ses rivaux du simple fait de la supériorité de ses principes.

Pour se défendre, elle a eu recours à un “arsenal”, comme disait Roosevelt.

C’est parce que l’Occident avait des avions, des tanks et des missiles qu’il a gagné la Deuxième guerre mondiale et la Guerre froide.

Au XXIe siècle, les enseignements du XXe restent valides: négliger la force, rester neutre, s’en remettre à la bonne volonté de puissances hégémoniques, entraîne l’Occident sur une pente funeste.

L’article de Joffe est ici. Des extraits sont reproduits en face.

Sardanapale @ 1:08 am
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# Posted on Tuesday 2 October 2007 - 4 Comments

The Israel lobby

Last year two US academics published an article in the London Review of Books on America’s “Israel lobby”, sparking furious debate.

Most of it raged in the blogosphere, as the issue proved too controversial for US newspapers (which is why the piece had to be published across the Atlantic).

Now the debate has been re-ignited by the book-length extension of the piece, published last month.

I haven’t read it yet, but I thought I’d give you my two cents worth, based on the original article.

The authors, John Mearsheimer and Stephen Walt, make essentially two points:

1 – The “Israel lobby” (Mearsheimer and Walt prefer this label to “Jewish lobby”, as they believe it is mainly concerned with defending the interests of Israel, not those of US Jews) is singularly effective in influencing decision-making in America.

2 – The policies the lobby successfully promotes run counter to US interests: Washington has set aside its own security needs to attend to those of a foreign state.

First of all, let me make clear that I feel they should have been aired and debated.

Mearsheimer and Walt are no anti-Semitic ideologues: they present their arguments in a reasoned way.

Now for my two cents. I found their first contention – about the influence of the “Israel lobby” – convincing.

They do not regard the lobby as a cabal wielding power behind the scenes: pro-Israel groups operate in the open, by rewarding friends with votes and donations and rounding on enemies.

In other words they do what every other lobby does – just more effectively.

Several surveys of members of Congress have shown that they regard AIPAC as one of the two most powerful lobbies in Washington (along with the American Association of Retired People).

Mearsheimer and Walt give ample illustration of this influence.

Their own inability to find a publisher for the original article in the US indicates that the lobby also intimidates much of the mainstream media.

I’m not sure, however, about their contention that its power extends to university campuses.

They talk about “efforts to police academia”, but the main example they offer – fanciful accusations of anti-Semitism leveled again Columbia University’s Middle East program – suggests such policing is not very effective.

In my two years on US campuses I have found that the biggest intellectual bullies there were the “progressives”, not the Zionists

But again, Mearsheimer and Walt, it seems to me, adequately show that the firepower of the pro-Israeli lobby is formidable where it really matters.

As they argue:

“The US form of government offers activists many ways of influencing the policy process…

They enjoy a disproportionate amount of influence when they are committed to an issue to which the bulk of the population is indifferent.

Policymakers will tend to accommodate those who care about the issue, even if their numbers are small, confident that the rest of the population will not penalize them for doing so.”

But when Mearsheimer and Walt make their second point – that helping Israel hurts the interests of the US – they leave the realm of observable fact to enter that of value judgment.

US support for Israel, the war on terror and the Iraq invasion may be good or bad for the US – but accusing those who decided them to yield to Israeli intimidation is idle.

Who is to say what goes on the minds of policy makers?

Why should we doubt their sincerity when they proclaim they are acting in the best interest of the US?

Such sincerity is not an argument in their favour.

Many disastrous policies – from Hitler’s attack on the USSR to Mitterrand’s nationalisation program – were implemented by conviction politicians who thought they were acting on the best interest of the country.

And by accusing US leaders of caving in to pressure and allowing Israel to hijack US Middle East policy, Mearsheimer and Walt exonerate those leaders from one of the greatest political sins: stupidity.

Le lobby israélien

Il y a 18 mois, un article publié par deux universitaires américains dans la London Review of Books déclencha une furieuse controverse sur le “lobby israélien”.

Le débat agita surtout la blogosphère, les journaux américains ne souhaitant pas toucher un sujet aussi sensible (cette réticence explique pourquoi l’article dû être publié de ce côté-ci de l’Atlantique).

Or les auteurs, John Mearsheimer et Stephen Walt, viennent de récidiver en publiant leur réquisitoire contre le lobby israélien sous forme de livre – relançant le débat, et cette fois, les journaux US s’en font l’écho. Je n’ai pas lu le bouquin, mais voici (pour ce qu’elles valent) mes réflexions fondées sur l’article original.

Mearsheimer et Walt avancent deux grandes idées:

1. Le “lobby israélien” (ils préfèrent cette désignation à celle de “lobby juif”, car ils estiment que ce lobby défend les intérêts de l’État d’Israël, pas ceux des Juifs américains) est d’une redoutable efficacité.

2. Les politiques que ce lobby promeut avec succès sont contraires aux intérêts US: les Américains négligent leur propre sécurité pour s’occuper en priorité de celle d’une autre nation.

Je précise d’abord que ces questions, à mon sens, méritent d’être discutées.

Mearsheimer et Walt ne sont pas des agités du bocal antisémites. Ils présentent leurs arguments de façon raisonnée: on n’y a aucune raison de les mettre au ban du débat public.

Maintenant ce que j’en pense: le premier point qu’ils soulèvent – sur l’influence du lobby israélien – me semblent convaincant.

Pour eux, le lobby n’est pas une cabale occulte: les groupes pro-israéliens, en particulier AIPAC, agissent au grand jour. Ils récompensent leurs amis avec des donations et des suffrages.

Bref, ils font exactement la même choses que les autres lobbies, mais de façon plus efficace.

Plusieurs enquêtes auprès des membres du Congrès américains ont montré que ceux-ci considèrent AIPAC, le principal groupe de pression pro-israélien, comme l’un des deux lobbies les plus puissants de Washington (plus ou moins à égalité avec les “têtes grises” de l’AARP).

Mearsheimer et Walt donnent de nombreuses illustrations de cette influence. En outre leur incapacité à faire publier leur article original aux USA indique que le pouvoir du lobby israélien s’étend à la grande presse américaine.

Je suis moins convaincu que cette influence se fasse sentir au même degré dans la vie universitaire.

La principale tentative de “mise au pas” de la recherche citée dans l’article – des accusations d’antisémitisme portées contre le programme d’études moyen-orientales de l’université de Columbia à New York – a échoué.

Les deux années que j’ai passées sur des campus américains me font penser que le terrorisme intellectuel est bien plus le fait des “progressistes” que des sionistes.

Mais à nouveau Mearsheimer and Walt montrent bien, il me semble, que le lobby israélien est puissant là où ça compte.

“La forme américaine de gouvernement offre aux activistes des moyens d’influencer le processus politique… Ils jouissent d’une influence disproportionnée lorsqu’ils se battent sur un front auquel le reste de la population est indifférent. Les responsable politiques tendent à céder à ceux pour qui cette question est importante, même s’ils sont peu nombreux, car ils savent que le reste de l’électorat ne les punira pas.”

Quant au second argument – à savoir que le soutien à Israël est contraire aux intérêts américains – Walt et Mearsheimer quittent là le domaine de la réalité observable pour entrer dans celui du jugement de valeur.

L’aide à Israël, la guerre contre la terreur, et la campagne d’Irak peuvent être des bonnes ou mauvaises pour les US, mais il est vain d’accuser les responsables de ces politiques d’avoir cédé à la pression israélienne.

Qui sait ce qui se passe dans la tête des hommes d’État? Pourquoi douter de leur sincérité quand ils disent agir dans l’intérêt des Etats-Unis? Cette sincérité n’est pas un argument en leur faveur.

Bien des politiques désastreuses – l’invasion de l’URSS par Hitler aux nationalisation de 1981 – ont été mises en œuvres par des hommes de conviction, qui pensaient œuvrer pour le bien de leur pays.

En accusant les dirigeants américains d’abandonner leur politique au Moyen-Orient aux Israéliens, Mearsheimer et Walt absolvent ces dirigeants d’une des fautes politiques les plus graves: la bêtise.

Sardanapale @ 5:39 pm
Filed under: International andUSA

# Posted on Wednesday 18 July 2007 - 4 Comments

Beyond the end of history

Reading this post could save you $40, plus Amazon shipping costs.

You might object: “I would never have paid that much for a book by John Gray! I don’t need you to warn me against an author I’ve never heard of.”

Trust me. I know a little bit about your country and it won’t be long before this book hits the shelves. It will get rave reviews and you’ll be tempted to buy it.

Don’t. Here’s why.

Gray, an erstwhile Thatcherite turned anti-capitalist, is one of Britain’s most prominent intellectuals.

His last opus, Black Mass: Apocalyptic Religion and the Death of Utopia, is an indictment of political millenarianism from Jacobinism to neoconservatism.

According to Gray, modern utopias are rooted in the Enlightenment. The hope of setting mankind free and establish heaven on earth has underpinned every political monstrosity in the past two centuries plus – including the French and Bolshevik revolutions, as well as Nazi and Maoist atrocities.

“Modern revolutionary movements,” Gray writes, “are a continuation of religion by other means.” The 18th century philosophes they were was rejecting Christianity but “its eschatological hopes did not disappear. They were repressed, only to return as projects of universal emancipation.”

This fatal conceit is upheld most vocally nowadays by the neocons, whose “mix of crackpot realism and chiliastic fantasy” has sowed death and destruction since the end of the Cold War.

(The good news is that the Iraq mess has totally discredited “catastrophic optimism”: humanity has reached a final stage, where millenarianism is gone. We now live in a utopia characterised by the end of utopias.)

Gray does mention the Muslim holy warriors. But they turn out to products of the Enlightenment as well. As Gray sees it, the most pernicious exponent of latter-day millenarianism is not Osama bin Laden, but Francis Fukuyama.

He reaches this startling conclusion through a curiously broad definition of political utopianism.

If their monstrous nature lies in a “project for universal emancipation”, then yes, at a pinch, you may condemn neoconservatism in the same breath as Jacobinism, communism or jidadism.

But this definition leaves much to be desired.

Neoconservatives are seeking some sort of salvation through the extension of democracy – a system that does not aspire to instant perfection, but to gradual progress through trial-and-error sanctioned by majority rule.

Such a process is predicated on the idea that men (especially big men) are fallible; that government is best that governs least.

None of this is true of the other three systems, which seek to set up an ideal order dominated by virtuous, all-powerful guardians.

Furthermore, Nazism does not fit the definition. Far from being an offshoot of Enlightenment universalism, it turns its back on it. Hitler’s masterplan was highly exclusive: it was based on the supremacy of the pure, German race.

The best definition of “secular religions” was offered by the anti-totalitarian writers of the 20th century, who stressed not only the quest for a perfect society, but also the means used to bring it about: mass killings and terror.

As Jean-François Revel put it, egalitarian utopias aim to exterminate half the population and re-educate the other half.

But the neocons never sought to impose their views through political violence (they may condone war, but with the goal of toppling tyrannical regimes, not inflicting mass murder.)

Neocons used the democratic process to influence policy, and their power vanished when voters turned their backs on them. Even at the height of their power, it was possible to challenge neoconservatives without risking life or limb.

Fukuyama (who by the way broke with neocons long ago) never called for those who disagreed with him to be killed.

On the other hand, the public enemies of Jacobins, Naziss and communists took their lives into their own hands. Those of radical Islam still do.

Portraying neocon thinkers are the heirs of Babeuf and Lenin and the elder brothers of bin Laden is not just a mistake: it is an insult to the victims of real fanatical utopias.

You’ve been warned about Gray.

Please don’t thank me for this purely disinterested advice.

But if you insist of expressing your gratitude, I’ll accept a 10% commission on the $40 you saved. I take Paypal.

L’apocalypse néoconservateur

Le propos de ce billet est de vous faire gagner 25 euros, plus les frais de port Amazon.

Vous me direz: “Jamais je n’aurais payé autant pour acheter un livre de John Gray! Je n’ai pas besoin de vos mises en garde pour éviter un auteur dont je n’ai jamais entendu parler.”

Détrompez-vous: connaissant la France, je suis sûr que son dernier livre va être traduit rapidement, qu’il fera un tabac, et il se peut que vous soyez tenté.

Ne cédez pas à la tentation et gardez votre argent.

John Gray, un ancien thatchérien reconverti dans l’anticapitalisme, est l’un des intellectuels les plus en vue de Grande-Bretagne.

Son dernier bouquin, Black Mass: Apocalyptic Religion and the Death of Utopia, est une dénonciation des utopies politiques du jacobinisme au… néoconservatisme.

Pour Gray, l’utopisme moderne est ancré dans le projet des Lumières. L’espoir d’établir le paradis sur terre en libérant l’humanité a inspiré les révolutions française et bolchevique, ainsi que les crimes nazis et maoïstes.

Les philosophes du XVIIIe imaginaient avoir évacué la chrétienté, mais selon Gray “ses espoirs eschatologiques n’ont pas disparu. Ils ont été réprimés, pour revenir sous la forme de projet d’émancipation universelle.”

Or ce projet trouve aujourd’hui ses zélateurs les plus implacables dans la personne des néocons.

Le “mélange de réalisme forcené et de délire chiliaste” de Leo Strauss, Albert Wohlstetter et autres Savonarole modernes, a mis la planète à feu et à sang ces dernières années.

Gray ne passe pas sous silence les pieux carnages islamistes de ces dernières années. Mais ils sont réduits à des sous-produits des Lumières.

Pour Gray, le plus pernicieux apologiste du millénarisme de notre temps n’est pas ben Laden, mais Francis Fukuyama.

Il parvient à cette conclusion grâce à la curieuse définition qu’il donne des religions séculières.

Si c’est un projet unique de libération universelle qui fait leur monstrueuse essence, alors oui, on peut à la rigueur condamner le néoconservatisme au même titre que le communisme, le jacobinisme et le djihadisme.

Mais cette définition sent l’à-peu-près.

Les néoconservateurs cherchent le salut par la propagation de la démocratique, c’est à dire d’une forme de gouvernement qui ne prétend pas à la perfection mais à la recherche tâtonnante du progrès, sanctionnée par décision majoritaire.

Ce processus repose sur l’idée que les hommes sont faillibles, surtout lorsqu’ils disposent d’un pouvoir; l’État doit donc être modeste.

Rien de cela n’est vrai des trois autres systèmes. Ils visent à instaurer une société idéale tout de suite, dirigée par des gens dont la bonté est aussi absolue que le pouvoir.

De plus, il est abusif d’associer les nazis à l’universalisme des Lumières: le projet d’Hitler est éminemment particulariste, visant à instaurer la suprématie d’une race allemande pure.

Bien meilleure à mon sens est la définition des religions séculières proposée par les penseurs antitotalitaires du XXe siècle.

Ceux-ci mettent l’accent non seulement sur un projet de société égale et parfaite, mais surtout sur les moyens employés pour la faire advenir: le carnage et la terreur.

Comme l’a dit Jean-François Revel, les utopies égalitaires visent à exterminer une moitié de la population pour rééduquer l’autre.

Or les néocons n’ont jamais tenté de répandre leurs idées par la violence. C’est un processus démocratique (l’élection de Bush) qui leur a permis d’avoir quelque influence; la désapprobation populaire dont ils souffrent à présent les a écarté du pouvoir.

Et surtout, même au plus fort de leur puissance, il était possible de les condamner en toute sécurité. Fukuyama (dont Gray semble ne pas savoir qu’il s’est longtemps désolidarisé des néocons) n’a jamais appelé à trucider ses détracteurs.

En revanche, les ennemis publics des jacobins, nazis, ou communistes risquaient leur peau; ceux du fanatisme islamique la risquent toujours.

Présenter les penseurs néocons comme les descendants de Babeuf, Lénine ou Hitler, et les frères aînés de bin Laden, c’est non seulement faire erreur – c’est aussi insulter les victimes des véritables fanatismes passés et présents.

Je vous aurai prévenu concernant Gray. Surtout ne me remerciez pas: cette mise en garde était désintéressée.

Ceci dit, si vous tenez à me témoigner votre gratitude, je consentirai à un don de 10% sur les 29 euros de dépense potentielle que je vous aurai épargnés. J’accepte Paypal.

Sardanapale @ 2:30 pm
Filed under: International andPhilosophie

# Posted on Wednesday 30 May 2007 - Comments Off on Iraqi optimism

An alternative view on Iraq

Quote of the day (never mind that it’s actually a few weeks old):

“A traveler who moves between Baghdad and Washington is struck by the gloomy despair in Washington and the cautious sense of optimism in Baghdad.”

Fouad Ajami, “Iraq in the balance“, Wall Street Journal.

Ajami’s long report on the situation in Iraq published by The New Republic is also well worth reading.

It does not gloss over the failures of Bush’s Iraq policy, but offers a powerful defense of the decision to invade.

Optimisme irakien

Citation du jour:

“Un voyageur qui va de Baghdad à Washington est frappé par le désespoir qui règne à Washington et l’optimiste prudent qui règne à Baghdad.”

Cette phrase saisissante est extraite d’un article de Fouad Ajami publié le mois dernier dans le Wall Street Journal.

Je recommande aussi le salutaire essai sur l’Iraq publié par Ajami dans The New Republic. Il donne des raisons d’espérer, sans négliger les erreurs commises par l’administration Bush.

Sardanapale @ 9:38 am
Filed under: International

# Posted on Friday 19 January 2007 - 5 Comments

Denouncing anti-Semitism, sort of

I do not live in America so did not see the PBS documentary “Anti-Semitism in the 21st Century, the resurgence”, broadcast this week.

But both the producer’ summary and the review by the New York Times suggest it is circumspect to the point of irrelevance.

Here is what the Times has to say:

“Diatribes against the Jews are shockingly crude in Arab television programs and newspapers.

They are also shockingly commonplace, ”the elevator music for the Arab world,” as David Ignatius, an international affairs columnist for The Washington Post, puts it in ”Anti-Semitism in the 21st Century: The Resurgence”…

And that background noise has become more strident and pervasive over the last few years, spread by satellite television and the Internet throughout the Middle East and North Africa, with echoes reverberating deep into immigrant groups in Europe.

”Anti-Semitism in the 21st Century” tries to explain the origins of that hate as well as its surge. Whatever its roots, anti-Semitism in the Muslim world is linked inexorably to the Israeli-Palestinian conflict and keeps getting worse.

And no topic is more sensitive or incendiary. So not surprisingly, the script is cautious and elliptical, more comfortable exploring the past than the present.

The film begins with a vitriol sampler, clips of various Islamic clerics culled by the Middle East Media Research Institute…

A history lesson follows.

Various experts explain that Jews did not have equal rights in the Muslim-ruled world, but were relatively tolerated until the 19th century, when the crumbling of the Ottoman empire and the rise of the Zionist movement dramatically changed the landscape…

The film reports that anti-Semitic acts of violence have almost doubled since the 1990s. But there are lots of other indicators besides violence. Lately lurid television dramas include cockeyed depictions of Jews and Jewish history.

The narrator, Judy Woodruff, steps in as if to cool frayed tempers.

”And while some say that hatred of Israel is caused by Israel’s occupation of the Golan Heights and West Bank, and the conflict in Lebanon,” she says, ”others note that overt calls by Arab leaders for the destruction of the entire Jewish state were commonplace even before the occupation which began in 1967.”

”Anti-Semitism in the 21st Century” explores the ancient hatreds that have risen up in new forms. But the film’s circumspection reveals just how complex the problem is to address, let alone redress.”

Règlements de compte entre gauchistes

À part Cerca, personne ne semble avoir relevé le grand moment de radio la semaine dernière à France Culture.

Dans son émission “Répliques”, Alain Finkielkraut et ses invités, Jean-Claude Milner et Catherine Clément, devisaient tranquillement plaisamment des questions, passionnantes certes mais convenues, du juif dans la nation, de l’enracinement et des valeurs universelles (avec de belles envolées de Finkielkraut sur la grandeur de la France historique, d’autant plus touchantes chez ce fils d’immigré), quand, à cinq minutes de la fin, Pierre Bourdieu vient sur le tapis.

Jean-Claude Milner: J’ai ma thèse sur ce que veut dire “héritiers” chez Bourdieu. Les héritiers, c’est les juifs.
Catherine Clément: Ah, vous croyez?
JCM: Je crois que c’est un livre antisémite.

Finkielkraut et Clément sont sur le cul. Elle bredouille qu’elle est trop déboussolée pour commenter.

Finkielkraut, après avoir repris ses esprits, dit que l’idée d’un Bourdieu judéophobe semble bizarre, que ce n’est du tout le sens de sa critique contre lui, mais qu’il faudra en reparler…

Ma première réaction fut une certaine exaltation. Toute insulte contre Bourdieu, je me suis dit, est bonne à prendre.

Mais à y réfléchir, je crois que Finkielkraut a eu raison de prendre ses distances.

La sortie de Milner n’est pas réfléchie. D’ailleurs, il ne dira pas un seul mot d’explication.

Sa critique n’est pas fondée sur la passion, mais sur une propension – commune chez beaucoup de marxistes – à traiter de fascistes tous les gens qui les énervent.

Milner, un barthésien ci-devant maoïste, a d’ailleurs l’habitude de lancer des procès en antisémitisme à tort et à travers – cf sa dénonciation des “penchants criminels de l’Europe démocratique“.

Non: ce type n’est pas un libéral et il est tout aussi capable de me traiter, moi, de fasciste.

Le délire bourdivin doit être dénoncé, mais dans les termes raisonnés et libéraux de Finkielkraut.

Bien entendu, je ne nie pas que le progressisme puisse être judéophobe.

Mais il faut comprendre une chose: l’antisémitisme dangereux, hier comme aujourd’hui, n’est ni caché, ni codé. Il affirme clairement: “Mort aux Juifs.”

Il ne faut pas chercher midi à 14 heures dans la chasse au fascisme. Or aujourd’hui, il semble qu’on ne veuille le dénoncer QUE quand il est codé.

Le documentaire de PBS que je note dans la colonne de gauche suggère que plus l’antisémitisme s’affiche, plus on marche sur des oeufs pour le signaler.

Sardanapale @ 2:36 pm
Filed under: International andIslam

# Posted on Wednesday 10 January 2007 - 11 Comments

In praise of visceral anti-communism

France Culture – the thinking Frenchman’s radio station of choice – had its first program on Jean-François Revel a full eight month after the philosopher’s death. I say better late than never.

The debate is worth a listen even if you don’t understand French – at least you’ll have proof the words “Jean-François Revel” have been uttered on French radio since he left us.

It’s also worth a listen if you understand French. You will hear a passionate defense of Revel by Pierre Boncenne – who has just produced an outstanding book on his hero.

But what I want to highlight is asinine criticism by Jacques Julliard, a left-of-center pundit.

Julliard, who has had his share of disagreements with Revel over the years, recycles long-standing complaints about the man’s supposedly obsessive anti-communism.

“I told him: ‘Whenever you criticize left-wing tyrants, I will agree with you. Nevertheless I feel that you don’t criticize the right with enough strength.'”

So for Julliard, a commentator must dole out condemnations across the political spectrum to ensure fair representation. Over time one lot of oppressors should not be singled out for special opprobrium over another lot.

This expectation strikes me as odd. It rules out any focus on what the commentator may have expertise in, or may regard as the main danger.

No one ever suggested that opponents of Pinochet, apartheid or Franco should launch into balancing diatribes against the USSR and China.

All you can of critics of asshole A is that they do not implicitly or explicitly condone bastard B.

Revel fulfilled this requirement – unlike much of the left, which has often bridled at condemnations of Soviet atrocities.

Communism continues to benefit from what Revel called the “most favored totalitarianism clause”.

One illustration of this clause among thousands:

In February 2000, after the far-right joined the Austrian government, the Guide du Routard (France’s answer to the Rough Guide) decided on a brave act of resistance to the new fascist peril facing Europe.

They redesigned the cover of their guide to Austria: it was now completely black.

In bookstores throughout France, the darkened tome stood next to the richly colored Guide du Routard on Cuba.

The publishers lived in a moral world where a country with free elections and not a single political prisoner is regarded as a pariah and Castro’s prison island draws little or no censure.

Revel continued to be outraged by such warped values.

He was right to focus on communism.

After 1945 the Nazi menace – which Revel risked his life fighting as a member of the French underground resistance – had been vanquished. Fascist ideals ceased to inspire the world’s rising generations.

Communism, on the other hand, became the main challenge to democracy, spreading death, destruction and despotism on a global scale.

Revel was one of the few – especially on the left which was his natural home – to speak out against communist totalitarianism when it was at the height of its political and intellectual influence.

He is a giant, and the Julliards of this world are midgets.

Revel et les nains

France Culture a consacré sa première émission à Jean-François Revel plus de huit mois après sa mort.

Je m’en réjouis: mieux vaut tard que jamais.

Je recommande l’écoute de ce débat qui vaut surtout par les interventions de Pierre Boncenne, auteur de Pour Jean-François Revel, un livre remarquable.

Mais ce sont surtout les inepties prononcées par Jacques Julliard que je veux relever ici.

Julliard, qui a eu de nombreux différends avec Revel au fil des ans, accuse l’auteur de Comment les démocraties finissent d’anticommunisme obsessionnel.

“Je lui ai dit: ‘Chaque fois que vous critiquez la gauche, les tyrans de gauche, je serai de votre avis. Je trouve néanmoins que vous ne critiquez pas avec assez de vigueur, ou avec autant de vigueur, la droite ou les hommes de droite.'”

Ainsi pour Julliard, un commentateur devrait équilibrer ses critiques – un coup à droite, un coup à gauche, ou à tout le moins une pondération adéquate dans la condamnation – sous peine d’être suspect d’indulgence envers un camp.

Cette exigence est absurde. Elle exclut toute concentration sur le domaine d’expertise dudit commentateur, ou sur ce qui lui semble être le danger principal.

Je note d’ailleurs que personne ne songe – et c’est heureux – à appliquer ce précepte à la gauche quand elle condamne Pinochet, Franco, ou l’apartheid.

Tout ce qu’on doit demander au critique du salopard A, c’est qu’il ne fasse pas l’éloge implicite ou explicite du salopard B.

Revel satisfait totalement à cette exigence.

On ne peut pas en dire autant de la gauche, dont une grande partie continue de grincer des dents à toute dénonciation des crimes communistes.

C’est ce que Revel appelait la “clause du totalitarisme le plus favorisé”.

Le livre de Boncenne est riche en illustrations de cette clause. Je n’en citerai qu’une:

En février 2000, après l’entrée de l’extrême droite dans la coalition governementale en Autriche, le Guide du Routard accomplit un acte de résistance face au nouveau danger fasciste qui plane sur l’Europe.

La couverture du volume consacré à Autriche fut recomposée en noir, et rejoignit sur les étalages celle, bariolée, le Guide du Routard Cuba.

Les éditeurs évoluent dans univers moral où un pays démocratique, ne comptant pas un seul prisonnier politique, est traité en paria tandis que l’île carcérale de Castro n’émeut personne.

Revel n’a jamais accepté une échelle de valeurs aussi tordue.

Il a eu raison de concentrer sa critique sur le communisme.

Après 1945, le danger nazi – qu’il avait combattue les armes à la main – avait passé. Dans le monde entier les idéaux fascistes n’enthousiasmaient plus les génétations montantes.

Le communisme, en revanche, était en pleine expansion et constituait la grande menace pour les démocraties.

Revel l’un des rares intellectuels à condamner sans relâche un système qui répandait sur l’Occident un gaz incapacitant et bénéficiait d’une scandaleuse immunité.

C’est un géant, et les Julliard de ce monde sont des pygmées.

(Dans cet ordre d’idée, je renvoie à ce billet de Hoplite sur la même émission).

Sardanapale @ 1:09 am
Filed under: International

# Posted on Saturday 16 December 2006 - 11 Comments

The Allende myth

I noted a few days ago that, even in death, Pinochet continues to be a focus of hatred.

That hatred reflects the vital function the former Chilean dictator serves: a 24/7 rescue service to salvage the conscience of the left.

Do you have doubts about the legitimacy of the Cuban regime? Do Chavez’s authoritarianism and oil patronage bother you?

Fear not: Pinochet is on call to remind you of the main danger faced by mankind, i.e. Washington-backed fascism.

Of course, the Chilean putsch happened a long time ago. But the CIA and US corporations remain as powerful as ever: we should always be reminded of the evil they can do.

Pinochet plays the essential role of the bogeyman in left-wing folklore: his utter wickedness shows up the goodness of his foes.

His memory dispels all complications, redeems the mistakes of the socialist camp, and buttresses its white lies.

The most enduring of these lies relates to the September 1973 coup.

The widely accepted account of the events goes something like this:

Salvador Allende, who was democratically elected and respectful of the constitution, was immediately undermined by the right, the army and American interests.

From outside, US companies whose assets had been nationalized, plotted with the CIA to foment unrest and plunge the country into chaos.

From inside, fascist elements of the armed forces took advantage of the turmoil to drown a revolutionary experiment in blood and kill democracy.

Jean-François Revel and Carlos Rangel showed that this version of events was inaccurate. But 30 years after they wrote, most people accept that Allende was a martyr and Pinochet the bastard who killed him on behalf of America.

It is thus useful to recall the facts as presented by Revel in the Totalitarian Temptation (1976 – this is a summary of Chapter 12, with some additional information that has come to light since.)

1) Allende was not swept to power by an irresistible popular movement.

The 1970 presidential poll was a three-way election. The conservatives, having withdrawn its support for the governing Christian Democrats, fielded a candidate who split the right-wing vote.

The result was a narrow victory for Allende over the Christian Democratic candidate.

But Allende got only 36% of the vote, and almost two-thirds of the electorate voted against him.

2) It is wrong to say that right-wingers were bad losers.

With no outright winner in the election, it was up to Congress to elect a president.

The Christian Democrats who held a large majority of seats could have legally imposed their own candidate.

However they felt they had not won a sufficient mandate, and decided to support Popular Unity, the left-wing coalition headed by Allende.

The ITT bribes later uncovered by US investigators were offered to Chilean deputies ahead of the vote in Congress.

This attempt to subvert democracy was outrageous, but it is important to note that it failed: Allende was elected.

This victory puts into perspective ALL of Washington’s meddling in Chilean politics.

The fact that the Christian Democrat Eduardo Frei benefited from CIA funding in the 1964 election has been confirmed by US diplomatic documents declassified in 2004.

But this did not mean that an all-powerful US ruled Chile by proxy. It that was the case Allende would never have been voted in.

It is also true that between the congressional ballot and Allende’s inauguration the CIA launched a plot against him.

But the significance of this murky affair should not be exaggerated. The 1975 Church report on covert actions in Chile said this about it:

“The CIA attempted, directly, to foment a military coup in Chile. It passed three weapons to a group of Chilean officers who plotted a coup, beginning with the kidnapping of Chilean Army Commander-in-Chief Rene Schneider. However, those guns were returned.

The group which staged the abortive kidnap of Schneider, which resulted in his death, apparently was not the same as the group which received CIA weapons.”

The upshot of this sorry tale is that the plotters failed, the army remained loyal, and Allende was inaugurated two days later.

After 1970 – as the Church report states – the CIA did fund opposition groups in 1971-73.

But the report – written by a fierce critic of the Nixon administration – says there is no sign of US involvement in the 1973 coup.

The military, for its part, did not threaten to step in until early 1973 – when the country was in a tailspin.

This does not justify the coup – but refutes the idea that the army was hostile to Allende from the outset.

3) Chile’s descent into chaos was caused by Allende himself

Having been elected thanks to the support of the parliamentary centre-right, the new president proceeded to act as though he had a mandate to revolutionize Chile’s society and economy.

Allende, Revel noted, “treated the 62% of his countrymen who did not vote for him as the class enemies of the 36% who had voted for him, and governed as if these 36% represented the whole nation.”

Quoting Carlos Rangel, Revel says democracy would have survived in Chile if Allende had not tried to follow the footsteps of Che Guevara and Castro.

The Christian Democrats would have agreed to a reasonable nationalization program – they had themselves nationalized much of the copper industry and embraced land reform in the late 1960s.

They would have been ready to work out a common platform with a candidate they had backed.

But such a program would have been rejected as too timid by Castro and his disciples: this is why Allende went to radical, Marxist policies.

4) It is wrong to argue that Allende respected the constitution.

Allende, as we have seen, does not regard himself as an ordinary leader, but as the founder of a new regime.

He constantly talks of “revolution” and “the Chilean path to socialism”. His supporters admitted, in interviews with Régis Debray, that sticking to the letter of the constitution was a tactical concession.

The Popular Unity movement sidelined labor and student organizations that refuse to join it, and takes over media organisations.

It launched an education reform plan recognizing Marxism-Leninism as an official doctrine.

In 1971, Allende makes clear his vision for the future of Chile by restoring diplomatic links with Cuba – despite an understanding within the Organization of American State that no member would do so.

Cuba’s embassy in Santiago soon had more employees than Chile’s own foreign ministry!

Tens of thousands of guerrillas poured in from across Latin America, bringing weapons with them. It was this accumulation of illegal arms and ammunition that led the army to take action.

True, the left-wing coalition won 43% of the vote in the March 1973 election – an extremely high score after two years of unrest.

But it must be noted that 43% is still a minority, and that the size of the Popular Unity victory is controversial.

According to former President Eduardo Frei – who had backed Allende during the 1970 congressional vote – the government engaged in widespread intimidation and vote-rigging in the 1973 vote.

Frei was not alone in accusing Allende of violation the constitution.

Courts issued many rulings after 1971 accusing the executive of abuse of power, but he disregarded them.

5) The collapse of the Chilean economy was not due to the American “blockade” of internal subversion by the CIA.

The main reason why Chile had difficulties raising money on international markets between 1971 and 1973 was doubts about the country’s solvency.

When a state seizes foreign assets and farms without compensation, it can hardly be surprised if investors and donors show some reluctance. Turkeys can’t be expected to vote for Christmas.

Furthermore, the Allende government did secure short-term IMF credit in January 1972, as well as a rescheduling agreement in April.

Even if financial institutions were extremely wary of Allende, there was no conspiracy to choke the Chilean government.

Truck drivers paralyzed the country not because they received CIA funding (which has not been proven) but because the state threatened their livelihood.

The miners, bus and taxi drivers, nurses, shopkeepers, farmers and many others who marched against Allende during those years were not the puppets of Washington either.

They were ordinary people, blaming the government for their problems.

The left has no problem understanding the legitimacy of popular protests in Chirac’s France – but in Allende’s Chile, a similar movement is regarded as subversion.

The responsibility of the Marxist president in the destruction of democracy in Chile remains a taboo subject.

Pinochet’s grandson was dismissed from the army for having broken that taboo in a speech at his grandfather’s funeral.

In history, convenient myths have a stronger appeal than messy reality.

The Allende mystique will not fade anytime soon. I least did my best to combat it.

La vérité sur Allende

Il y a quelques jours je notais que Pinochet, même mort, continue d’attirer les haines.

Cet acharnement reflète la fonction vitale qu’occupe l’ancien dictateur pour la gauche: le dépannage 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, de sa bonne conscience.

Vous avez des doutes sur la légitimité du régime cubain? L’autoritarisme et le clientélisme pétrolier de Chavez vous gratouille?

La mémoire de Pinochet est là pour vous rappeler que le grand danger pesant sur l’humanité est bel et bien le fasco-capitalisme soutenu par Washington.

Bien sûr, le putsch chilien est déjà ancien, mais la CIA et les multinationales qui l’ont ourdi sont plus puissantes que jamais. Le ventre est encore fécond, d’où est sorti la bête.

Pinochet donc le rôle essentiel du dragon dans la geste de gauche: son caractère odieux met en valeur la noblesse de ses adversaires.

Il sert à racheter toutes les fautes, à dissiper toutes les complications, à étayer tous les pieux mensonges du progressisme.

Le plus tenace de ces mensonges reste le récit du coup d’État de septembre 1973. On peut résumer comme suit la version communément admise des événements:

Salvador Allende, président démocratiquement élu et respectueux de la constitution, se heurta dès le départ à l’hostilité de la droite, de l’armée et de Washington.

De l’extérieur, les grandes compagnies américaines qui avaient été nationalisées suscitèrent, avec l’aide de la CIA, des difficultés économiques qui plongèrent le Chili dans le chaos.

À l’intérieur, des éléments fascistes de l’armée et des membres réactionnaires du Congrès prirent le prétexte de ce chaos pour noyer dans le sang une expérience de gauche et abolir la démocratie.

Jean-François Revel et Carlos Rangel démontrèrent que cette version était inexacte. Malheureusement, trente ans après leurs démonstrations, l’idée d’un Allende tout blanc et d’un Pinochet à la solde de la CIA persiste.

Il est donc utile de rappeler les faits tels que les a consignés Revel dans La Tentation totalitaire (1976 – je résume, avec quelques compléments d’informations, les pages 283 à 295):

1) Allende n’a pas été porté à la présidence par un courant populaire irrésistible.

L’élection présidentielle de 1970 est une triangulaire. La droite conservatrice, s’étant désolidarisée des Démocrates chrétiens au pouvoir depuis 1964, a maintenu son candidat.

Cette scission à droite fait qu’Allende bat le candidat chrétien démocrate de très peu, avec 36,2% des voix. Au total, 62,7% des Chiliens ont voté contre Allende.

2) Il est faux de dire que la droite s’est montrée mauvaise perdante.

En cas d’absence de majorité absolue à une présidentielle, la constitution chilienne prévoyait non pas un deuxième tour comme en France, mais un vote au Congrès. Les Démocrates chrétiens qui dominaient très largement le Congrès, aurait pu en toute légalité imposer leur candidat.

Mais ils ont estimé n’avoir pas obtenu du peuple un mandat suffisant, et ont décidé de se rallier à l’Unité populaire, la coalition de gauche dirigée par Allende.

C’est avant le vote parlementaire que, comme l’ont prouvé les rapports d’enquête du sénat américain, la compagnie ITT a cherché à soudoyer des députés.

Cette tentative de subversion d’une démocratie est scandaleuse, mais il faut reconnaître qu’elle a échoué: Allende a été élu.

Cette victoire relativise en outre la portée des diverses interventions de Washington dans la vie politique chilienne.

Il est exact que la CIA oeuvra en sous-main pour faire élire le Chrétien démocrate Eduardo Frei en 1964 – cela a été avéré par des documents américains déclassifiés en 2004.

Mais si les Américains faisaient comme on le dit la pluie et le beau temps au Chili, Allende ne serait jamais arrivé au pouvoir.

Il est également exact qu’entre le vote de 1970 et l’investiture d’Allende, la CIA a soutenu un complot contre lui. Mais là non plus, il ne faut pas exagérer l’importance de cette affaire.

Le rapport du Sénat US de 1975 – réquisitoire par ailleurs impitoyable contre Nixon – montre que la CIA a passé trois armes à des officiers, que ceux-ci n’avaient rien à voir à avec le complot et ont retourné ces armes (voir citations dans le texte anglais en regard).

Les vrais mutins, après avoir assassiné le chef de l’État-major chilien, se sont heurtés à une armée loyale qui n’a pas voulu marcher: la preuve, c’est qu’Allende a été investi deux jours après ce coup tordu.

Après 1970 il y a soutien financier de la CIA à des groupes d’opposants. Mais rien n’indique que le gouvernement américain était impliqué dans le coup de 1973.

Quant aux militaires, ils ne songent pas à intervenir avant le début 1973, c’est-à-dire au moment où le pays est en totale déliquescence.

Je ne justifie pas l’intervention: je dit simplement que l’examen des faits n’accrédite pas la thèse d’un complot militaire immédiat contre Allende.

3) Le responsable de la descente du Chili dans le chaos est Allende lui-même.

Ayant été élu en vertu du ralliement du centre-doit, le président a fait comme s’il avait eu un mandat pour révolutionner l’économie et la société chilienne.

Allende, écrit Revel, a “cédé au vertige de traiter 62% de ses concitoyens comme les ennemis de classe des 36% qui avaient voté pour lui, de gouverner comme si ces 36% d’électeurs représentaient l’unanimité du pays.”

Et Revel de citer Carlos Rangel, qui affirme que la démocratie aurait survécu au Chili si Allende n’avait pas cherché à “se montrer à la hauteur” de Fidel Castro et du Che.

Les Démocrates chrétiens étaient prêts à nationaliser certaines entreprises – ils avaient eux-mêmes entrepris des réformes agraires et des nationalisations dans les années 1964-1970. Ils auraient été prêts à élaborer un programme commun avec un candidat qu’ils avaient soutenus.

Mais ce programme aurait été jugé insuffisamment révolutionnaire par Castro et ses admirateurs: Allende a donc opté pour le jusqu’au-boutisme marxiste.

4) Il est faux de dire qu’Allende a respecté la constitution.

Allende, on vient de le voir, ne se considère par comme un homme politique comme les autres, mais comme le fondateur d’un nouveau régime. Il parle constamment de “révolution” et de “voie chilienne vers le socialisme”.

Ses partisans ne cachent pas que le respect de la lettre de la constitution est une concession tactique.

L’Unité populaire met au pas les syndicats et organisations d’étudiants qui refusent de se joindre à elle, ainsi que les organes d’information.

Elle adopte un projet de réforme de l’enseignement visant à imposer le marxisme-léninisme comme doctrine obligatoire.

En 1971, Allende montre sa vision de l’avenir du Chili en rétablissant les liens avec Cuba, en dépit d’une convention au sein de l’Organisation des États américains qui excluait une telle reconnaissance.

Des dizaines de milliers de guérilleros venus de toute l’Amérique latine affluent vers le Chili et les armes sont accumulées. C’est cette accumulation clandestine qui sort l’armée de sa réserve.

Il est vrai qu’aux législatives de mars 1973, la coalition de gauche obtient 43% des voix – un score inespéré après deux ans de chaos.

Mais il faut remarquer deux choses. D’abord, Allende reste minoritaire: ce n’est pas un plébiscite.

Et surtout, l’ampleur de cette victoire est sujette à caution. D’après l’ancien président Eduardo Frei – qui avait soutenu Allende lors du vote au Congrès – il y a eu d’énormes pressions du pouvoir dans l’élection de 1973, et fraude sur 4-5% des voix.

Frei n’est pas de seul a accuser le président d’entorses à la constutution. Depuis 1971, les tribunaux avaient rendus de nombreux arrêts contre l’exécutif, l’accusant d’abus de pouvoir: Allende n’en a jamais tenu compte, montrant son mépris pour le pouvoir judiciaire.

5) L’écroulement de l’économie chilienne n’est pas dû au “blocus” américain ou à la subversion interne fomentée par la CIA.

La principale raison du tarissement des nouveaux emprunts qui affecta le Chili entre 1971 et 1973, c’est le scepticisme face à la solvabilité du pays.

Quand un État s’empare des biens étrangers et des exploitations agricoles sans verser d’indemnités, il ne peut guère s’offusquer de la réticence des investisseurs et des bailleurs de fonds.

De plus, le gouvernement Allende obtient du FMI des lignes de crédit à court terme en janvier 1972, et un moratoire en avril.

Même s’il y a une extrême méfiance des instances financières vis-à-vis d’Allende, on ne peut pas parler d’asphyxie ou de complot.

Si les camionneurs paralysent le pays, ce n’est pas parce qu’ils reçoivent des fonds de la CIA, mais parce qu’on veut les empêcher de travailler.

Les mineurs, conducteurs d’autobus, infirmières, commerçants, chauffeurs de taxi, paysans, et d’autres qui défilent au Chili ne sont pas des suppôts stipendiés de Washington.

Ce sont des gens ordinaires qui, en toute sincérité, rendent le gouvernement responsables de leurs problèmes.

La gauche n’a aucun problème pour comprendre la légitimité d’un mouvement social dans la France de Chirac – mais dans le Chili d’Allende, elle considère un tel soulèvement comme subversif!

La lourde responsabilité du président marxiste dans la destruction de la démocratie au Chili reste un sujet tabou.

Le petit-fils de Pinochet s’est vu radier de l’armée pour l’avoir évoqué dans son discours aux obsèques de son grand-père.

En histoire, les images d’Épinal ont une force que la vérité complexe n’a pas.

C’est pourquoi j’ai peu d’illusions sur la fin du mythe Allende. Mais j’aurai fait ce que j’ai pu pour le combattre…

Sardanapale @ 10:21 am
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