Sardanapale

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# Posted on Thursday 29 May 2008 - 7 Comments

Bastiat and oil prices

Having just re-read Frédéric Bastiat’s tract Government, I find it as illuminating and relevant as it was in 1848.

The French state is constantly expected to act.

As Bastiat put it, “100.000 mouths from the press and public forums” urge it to at once:

“Organize labor and workmen;
Root out selfishness;
Repress the insolence and tyranny of capital;
Make experiments on manure and eggs;
Cover the country with railways;
Irrigate the plains;
Plant the hills;
Set up model farms;
Set up social workshops;
Colonize Algeria;
Nurture children;
Instruct youths;
Assist the aged;
Send the inhabitants of towns into the country;
Equalize the profits of all trades;
Lend money without interest to all who wish to borrow;
Emancipate Italy, Poland and Hungary;
Breed and perfect the saddle-horse;
Encourage the arts, and provide us with musicians and ballerinas;
Restrict commerce, and at the same time create a merchant navy;
Discover truth, and put a grain of reason into our heads. The mission of government is to enlighten, to develop, to extend, to fortify, to spiritualize, and to sanctify the soul of the people.”

Inevitably, 160 years on, some these calls need updating.

Experiments in agriculture technology can only be carried out with the precautionary principle firmly in mind. Horses are no longer central to transportation policy.

Recolonizing Algeria is out of the question: the state is now supposed to rebuild Afghanistan.

Italy and Poland are free: the places to emancipate now are Darfur and Tibet.

But the main thrust of Bastiat’s list of demands is strikingly current.

The French state is still supposed to protect workers from the rough winds of trade and all hazards of life, to provide more jobs, teachers, cheap loans, as well as support for farmers, artists, and pretty much everyone else.

I would only ass one item to bring the list completely up to date: at the minute the government is meant to shelter people from the worldwide rise in oil prices.

I don’t mean to knock Nicolas Sarkozy’s latest proposals on this matter (he wants to use surplus income from the gasoline sales tax to reduce the fuel bill of the low-income households – not a too idiotic an idea if you insist on doing something.)

I’m only noting that Sarkozy answered urgent demands arising from the depth of French society.

As always, especially when confronted by special interested using violence, like the fishermen currently blocking French ports and fuel depots, the “hyperpresident” is only too happy to spring into action.

It would never occur to him to say: “You’re asking too much. Go away.”

Instead he encourages France’s fateful tendency to believe – as Bastiat put it – that the state

“has bread for all mouths, work for all hands, capital for all enterprises, credit for all projects, oil for all wounds, balm for all sufferings, advice for all perplexities, solutions for all doubts, truths for all intellects, diversions from all troubles, milk for infancy, and wine for old age – which can provide for all our wants, anticipate all our wishes, satisfy all our curiosity, correct all our errors, repair all our faults, and exempt us henceforth from the necessity for foresight, prudence, judgment, sagacity, experience, order, economy, temperance, and activity. “

The French cannot see that these contradictory demands are rooted in childish conception of government, as an ominpotent entity that stands above society and showers goodies from on high.

The left’s response to Sarkozy’s fuel proposal wonderfully illustrates this delusional view of the state.

Socialist leader François Hollande says the fuel tax surplus should be given back to all drivers, and restated his plans to hand out “gasoline vouchers” to a thankful populace.

The idea is no longer to rob Peter to pay Paul. It is to rob Peter and Paul to pay Peter and Paul. As Bastiat put it in a celebrated formula:

“Government is the great fiction through which everybody endeavors to live at the expense of everybody else.”

No one realizes that the average citizen loses out from this transfer: it has a cost and entrench the powers of the state.

The French state is not Big Brother, but Big Mother – a caring presence that stands above you, ready to be milked.

Its wards seek to extract as much as they can from it, while giving as little as possible.

We constantly talk of “brotherhood” and “solidarity”. But few nations try harder to live off the public purse, without realizing that in so doing it is only cheating itself.

Click here for a translation of Bastiat’s Government.

Bastiat sur les marins pêcheurs

Je viens de relire l’État, de Frédéric Bastiat. Ce texte est tout aussi éclairant qu’il l’était lors de sa publication en 1848.

Nos gouvernants, affirme Bastiat, sont sans cesse sommés d’agir. “Cent mille bouches de la presse et de la tribune” leur crient:

“Organisez le travail et les travailleurs.
Extirpez l’égoïsme.
Réprimez l’insolence et la tyrannie du capital.
Faites des expériences sur le fumier et sur les œufs.
Sillonnez le pays de chemins de fer.
Irriguez les plaines.
Boisez les montagnes.
Fondez des fermes-modèles
Fondez des ateliers harmoniques.
Colonisez l’Algérie.
Allaitez les enfants.
Instruisez la jeunesse.
Secourez la vieillesse.
Envoyez dans les campagnes les habitants des villes.
Pondérez les profits de toutes les industries.
Prêtez de l’argent, et sans intérêt, à ceux qui en désirent.
Affranchissez l’Italie, la Pologne et la Hongrie.
Élevez et perfectionnez le cheval de selle.
Encouragez l’art, formez-nous des musiciens et des danseuses.
Prohibez le commerce et, du même coup, créez une marine marchande.
Découvrez la vérité et jetez dans nos têtes un grain de raison. L’État a pour mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser et de sanctifier l’âme des peuples.”

Naturellement, après 160 ans, certains points doivent être mis à jour.

La recherche agricole n’est une priorité gouvernementale que si elle se conforme au principe de précaution.

Il n’est pas question de reprendre l’Algérie, mais de rebâtir l’Afghanistan.

L’Italie et la Pologne sont affranchies: c’est à la liberté du Darfour et du Tibet qu’on demande à l’État d’œuvrer (celle de Cuba, par contre, n’est pas plus à l’ordre du jour qu’en 1848).

À part cela, tout est dans cette liste: les appels à plus de protection, de profs, de crédits, la défense de l’emploi, le soutien aux agriculteurs, aux artistes, etc.

Tout, ou presque. Pour achever d’actualiser cette liste, il faut y ajouter une nouvelle tâche assignée à l’État: “Protégez le citoyen de hausse des prix du pétrole.”

Loin de moi l’idée de critiquer ici la récente proposition de Nicolas Sarkozy, visant à consacrer le surplus de recettes de la TVA sur les carburants à l’allègement de la facture des revenus modestes.

Quel que soit le bien fondé de cette mesure, je note qu’elle répond à une attente – que dis-je, à une clameur – qui vient des tréfonds d’une société.

Les Français veulent que le gouvernement les soulage MAINTENANT. Et l’hyperprésident, toujours prêt quand on le sollicite, surtout par la violence, obtempère.

Il ne lui viendrait jamais à l’idée de rétorquer aux marins pêcheurs et autres quémandeurs – avec une gouaille qui pourtant lui siérait bien: “Vous m’en demandez trop! Lâchez-moi un peu la grappe.”

Non, il caresse dans le sens du poil des Français qui, comme le notait Bastiat, exigent que l’État

“ait du pain pour toutes les bouches, du travail pour tous les bras, des capitaux pour toutes les entreprises, du crédit pour tous les projets, de l’huile pour toutes les plaies, du baume pour toutes les souffrances, des conseils pour toutes les perplexités… du lait pour l’enfance, du vin pour la vieillesse, qui pourvoie à tous nos besoins, prévienne tous nos désirs, satisfasse toutes nos curiosités, redresse toutes nos erreurs… et nous dispense tous désormais de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d’expérience, d’ordre, d’économie, de tempérance et d’activité.”

Les Français ne voient pas que ces exigences contradictoires procèdent d’une idée absurde de l’État – vu comme source inépuisable de bienfaits prodigués sur le corps social.

La réponse des Socialistes à Sarkozy illustre à merveille cette étrange conception.

François Hollande veut redistribuer le surplus de TVA non plus à certaines catégories, mais à tous les salariés, et a relancé son idée de “chèques essence”.

Il ne s’agit plus de prendre à Pierre pour donner à Paul. Il s’agit de prendre à Pierre et à Paul pour rendre à Pierre et à Paul.

Comme le dit Bastiat dans sa célèbre formule:

“L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.”

Personne ne comprend que le citoyen moyen est perdant, car ces transferts ont un coût et renforcent le pouvoir de l’administration.

Les Français continuent de voir l’État une entité abstraite, située au dessus des citoyens, qui leur doit le maximum et à laquelle ils doivent le minimum.

Nous avons constamment les mots de “fraternité” et “solidarité” à la bouche.

Mais aucun peuple ne s’emploie davantage à profiter de la collectivité, sans comprendre pas qu’elle fait corps avec lui et que c’est lui-même qu’il gruge.

Le texte de Bastiat est ici.

Sardanapale @ 9:11 am
Filed under: France andPhilosophie

# Posted on Tuesday 20 May 2008 - Comments Off on Les gardes rouges de 1968

Tragedy and farce in 1968

Here are my last two cut-and-paste jobs on British articles about 1968. Both are from the current issue of Prospect Magazine.

The first is a cogent analysis by Jacques Rupnik of the deep differences between the tragedy that was the Prague Spring and the Parisian farce:

From Paris to Prague and from Warsaw to Berlin, not to mention Berkeley or Mexico, there was a generational moment of “incoherent fraternity” (Paul Berman): similar fashions, listening to the same music, the shared distrust of political establishments…

But in reality the language and the political aspirations differed substantially.

The “alienation” in a consumer society and the traps of “formal democracy” denounced by French radicals were by no means scorned in societies then emerging from 20 years of real socialism.

The French 68ers wanted to reclaim the purity of the socialist idea from the communist grip, while the Czechs, who had learned the hard way about such things, were trying to dilute it with all the intellectual trends of the time, from psychoanalysis to the Christian-Marxist dialogue.

For French 68ers the word “Europe” was then associated with the “common market,” and references to “European civilisation” smacked of colonialism in the aftermath of the Algerian war.

Their international horizon was “third worldish,” with the opposition to the war in Vietnam, support for Mao and for Cuban-style “revolution in the revolution” (the title of an essay by Régis Debray…)

In Prague, the identification with European culture was part of an emancipation from the post-war Sovietised eastern orientation of official cultural life.

As Milan Kundera put it ten years later: “The Parisian May was an explosion of revolutionary lyricism. The Prague spring was an explosion of post-revolutionary skepsis… The Parisian May was radical. The Prague spring was a popular revolt of the moderates.”

And what of the respective legacies? In Paris, it was “if you can’t beat them, join them.” The 68ers have gradually conquered the institutions they had challenged and reached the peak of their power in French society.

From feminism to environmentalism and multiculturalism, they have imposed their agenda. In the words of Cohn-Bendit: “We have won culturally and socially while, fortunately, losing politically.”

The fate of their Czech counterparts was very different. They were purged and expelled from all walks of public life for two decades.

So when the “velvet revolution” of 1989 surprised them (and the rest of their countrymen), they were pushing 50 and had lost 20 of their most creative years.

1989 was anti-68 in the sense that it did not try to pick up where the ’68 reform movement stopped: it sought western market democracy rather than the utopia of “socialism with a human face.”

The second piece is by PJ O’Rourke:

Mind-altering drugs were the best part of the 1960s. Nowadays these drugs have a bad reputation simply because lots of people died from them and many more had their lives ruined. But let’s look on the bright side. I give an example from personal experience.

A couple of years ago a friend of mine and I both suffered that common malady of late middle age: debilitating depression. My friend is six years older than I – just old enough to have missed the era of being one’s own pharmacist.

When depression struck my friend, he thought, “I’m a worthless human. What have I done with my life? I make myself and all the people around me miserable. Why go on?”

I thought, “Bad acid!”

I immediately knew-from extensive practice of introducing wrong chemicals into my brain-that wrong chemicals were in my brain. I went to a doctor. We fiddled around with drugs, just like I always used to, except legally. We found something that worked. I have the right chemicals in my brain. And I feel great.

My square friend, on the other hand, he… Well, to tell the truth he did exactly the same thing I did. He’s got the right chemicals in his brain too, and he feels great. But there’s a key difference between sandals-and-pot era me and white-bucks-and-beer era him.

He keeps asking his doctor when he can get off his meds. I keep asking if I can get more.

Les sacrifiés du maoïsme

Je reproduis en face deux autres articles article britannique sur mai 68 – les derniers de la série. Je recommande celui sur la différence entre le printemps de Prague et le mai parisien.

Dans cette colonne je m’en tiendrai à un sujet plus hexagonal mais tout aussi fascinant: le maoïsme groupusculaire de l’après-68.

Morgan Sportès vient de consacrer un livre, Ils ont tué Pierre Overney, à ce phénomène exotique.

L’auteur y écrit, à juste titre:

“On a du mal aujourd’hui… à imaginer l’énormité du crétinisme maoïste qui sévissait à l’époque en France, dans les médias, la littérature, l’art, les sciences sociales, le cinéma.”

Je résume donc pour les moins de 30 ans.

Au milieu des années 60, certains éléments de l’élite estudiantine parisienne entreprennent de faire en France la Révolution culturelle qu’ils admirent tant en Chine.

Dénonçant pêle-mêle la bourgeoisie, l’université, et le PC “révisionnistes”, ils prônent (surtout pour les autres) l’abandon des études pour aller porter l’étincelle insurrectionnelle dans les usines.

Leur mouvement, la Gauche prolétarienne, dissout par Marcellin en 1970, entre dans la clandestinité pour provoquer le grand soir en sous-main.

On sait que certains anciens de la GP – Benny Lévy, Robert Linhart, Serge July, Olivier Rolin, André Glucksmann, Jean-Claude Milner, etc. – ont su surmonter par la suite leur horreur de l’intelligentsia pour y réussir de belles carrières (à l’instar de ces philosophes dont Proust disait que moins ils croyaient au monde extérieur, plus il s’efforçaient de s’y faire une place.)

Ce qu’on sait moins, c’est ce qu’il est advenu de la piétaille maoïste envoyée au front de la lutte prolétarienne.

C’est précisément sous cet angle, du point de vue des pauvres poires qui furent sacrifiées, que Sportès aborde le sujet.

Au centre de son livre est Pierre Overney, un jeune ouvrier tué par un vigile de Renault lors d’une action de la GP en 1972.

Tout au long de la décennie, il fut traité en martyr de la révolution avortée: son portrait était de toutes les manifs, et ornait les murs de toutes les facs.

Or ce que montre Sportès, c’est qu’Overney ne fut pas la victime du capital et ses séides, mais celle des apprentis gardes rouges qui l’avaient propulsé à la tête d’un commando pour en découdre avec les gardiens de l’usine de Billancourt.

Et pour comble de cynisme, ces idéologues qui l’ont envoyé au casse-pipe on pleinement exploité sa mort.

Comme le dit Sportès:

“Ce sont des jeux politiques ou on utilise des imbéciles utiles… Et on a fait parler le cadavre de ce malheureux Overney.

D’ailleurs les amis les plus proches de ce malheureux Overney étaient fous furieux contre les gens de la GP, parce qu’ils voulaient utiliser à des fins politiques le cadavre d’Orverney.”

Ces paroles sont extraites d’une passionnante interview postée sur Dailymotion, et que je recommande chaudement.

L’auteur affirme en outre que contrairement à ce qu’on lit partout, la GP ne s’est pas autodissoute en 1974 dans un sursaut de lucidité, et par crainte de basculer dans la violence.

Non, les maos français sont rentrés dans le rang tout simplement parce que les flics ont bien fait leur boulot.

La GP était à ce point infiltrée que le choix pour les leaders était clair: la normalisation ou la taule.

Autrement dit, certains de nos intellectuels les plus talentueux doivent en partie leur réussite à la police de Pompidou et de Giscard.

Oh, je ne conteste pas leur talent.

J’aime beaucoup André Glucksman; Marin Karmitz est un bon producteur dont j’approuve les idées sur les intermittents du spectacle.

Mais il est bon de temps en temps d’évoquer aussi les petits, les oubliés du maoïsme, ceux qui y ont laissé leur carrière, voire plus, faute d’avoir su abandonner la lutte à temps.

Sardanapale @ 2:55 pm
Filed under: France

# Posted on Tuesday 13 May 2008 - 2 Comments

The soft heart of Sarkonomics

Le Monde hails Sarkozy’s “liberal (i.e. pro-market) clarification”.

According to the paper, the French president will be much more forceful and coherent in reforming the economy his second year in office than he was in his first.

Le Monde praises the centerpiece of his new program, the “law on economic modernisation”, saying it marks a “resolute acceptance of supply side policy.”

Would that it was true. I too support the bill, which aims to encourage an entrepreneurial society by cutting red tape, strengthening competition, and generally putting consumers first.

But I doubt that the move will deliver the “rupture” that Sarkozy once promised – for two main reasons.

The first is that he may already have blown his chances. During his first six months in office, Sarkozy wasted a strong popular mandate for change and huge majority.

He implemented some reforms but balked at radical measures such as scrapping the 35-hour week, and shied away from confrontation with vested interest.

I can’t see how he can re-invent himself as an effective modernizer after running out of political capital.

But the more fundamental reason to be skeptical is that Sarkozy is not a conviction politician in the mould of Reagan or Thatcher.

He is only a lukewarm reformer. The Economist hit the nail on the head when it wrote recently:

“For at the heart of Sarkonomics is a contradiction: Mr Sarkozy promises both to create an entrepreneurial, risk-taking society and to protect workers, factories and jobs.

When he was running for president, his campaign stop of preference was the factory floor, where he would surround himself with industrious-looking men in hard hats and promise never to let France lose its factories, because, “Once the factories go, everything goes.”

He may call himself a liberal but he also believes in national champions, and in a strong industrial policy to defend them.”

Rupture light

Le Monde salue la “clarification libérale” du président.

Pour notre oracle vespéral, le “sarkozysme an II” tourne le dos aux hésitations de la première année et s’engage dans une politique cohérente de réformes.

“La loi de modernisation économique (LME) qui sera présentée au Parlement en juin souligne le changement: le ralliement à une politique résolument ‘de l’offre’.”

J’aimerais que cette prophétie se réalise.

Moi aussi, je salue la tentative d’encourager l’entreprise, d’alléger les contraintes et renforcer la concurrence, qui est au cœur de la LME.

Mais je suis sceptique sur ses chances de succès. Et cela pour deux raisons, l’une conjoncturelle et l’autre structurelle.

En premier lieu, on voit mal comment Sarkozy, qui s’est contenté de demi-mesures dans les six premiers mois de sa présidence, aura l’audace de mettre en œuvre les difficiles réformes requises à présent.

S’il n’a pas osé toucher aux 35 heures et s’est couché devant les marins pêcheurs lorsqu’il était au faîte de sa popularité, on peut douter qu’il saura se montrer ferme maintenant que son capital politique est épuisé.

Si la première raison d’être sceptique tient à l’esprit du temps, le seconde tient à l’esprit du sarkozysme.

Pour convaincre un pays aussi perclus d’étatisme de la nécessité des solutions libérales, il faut une foi à toute épreuve.

Or Sarkozy n’a jamais été animé de la conviction qui habitait un Reagan ou une Thatcher.

Son discours a toujours été double: pour plus de flexibilité mais aussi plus de protection, pour plus de marché mais que les industries restent françaises, pour plus d’ouverture mais moins de délocalisations, pour la rupture et pour les RTT…

Sarkozy cherche trop la popularité: il veut se faire applaudir à la fois par le Medef et les syndicats.

Je partage le bilan de The Economist cité en regard: les contradictions du sarkozysme le condamnent à l’impasse.

Sardanapale @ 1:17 pm
Filed under: Economy and trade andFrance

# Posted on Saturday 22 March 2008 - 3 Comments

Sarkozy, do-nothing president

The French journalist Pierre Briançon is not impressed by 10 month of Sarkozy presidency:

“Truth be told, nothing much has happened in France since Mr. Sarkozy was elected on a promise of “rupture.”

Reports have been commissioned and ignored, ministers have been infantilized and silenced, while the president has faked action on all fronts, talking here and insulting opponents there with expletives no U.S.-based newspaper could print.

But true reforms have been rare and few.

The Sarkozy administration has made a few commendable inroads on topics that were long considered taboo. But their limited scale gives an idea of what passes for reform in France these days.

Train conductors have been asked to retire at the same young age (60) as anyone else, and not ten years earlier.

State-owned universities have been granted some degree of autonomy that might allow them, down the road, to — heaven forbid — compete with each other.

Neither the job-killing 35-hour week nor the populist, so-called wealth tax have been abolished, though their most absurd consequences have been curtailed by creating major loopholes.”

What else? Well, that’s it.”

His whole article, in the Wall Street Journal, is here.

Déception

Constat du journaliste Pierre Briançon sur 10 mois de présidence sarkozienne:

“À dire vrai, il ne s’est pas passé grand chose en France depuis que M. Sarkozy a été élu en promettant la “rupture”.

Des rapports ont été commandés et ignorés, les ministres infantilisés et réduits au silence, alors que le président a feint l’action sur tous les fronts, insultant les opposants en des termes qu’aucun journal américain ne saurait reproduire.

Mais les réformes véritables sont peu nombreuses.

On peut saluer le fait que le gouvernement a su s’attaquer à des sujets tabous. Mais son action limitée donne la mesure de ce qui passe pour réforme en France.

On a demandé aux conducteurs de trains de prendre leur retraite au même âge que tout le monde (60 ans seulement!), au lieu de 50 ans.

On a donné aux universités d’État un degré d’autonomie qui pourrait leur permettre, dans un avenir indéterminé, de se concurrencer entre elles (quelle audace!)

Ni les 35 heures laboricides, ni le soi-disant “impôt sur la fortune” n’ont été abolis, même si leurs conséquences les plus absurdes ont été réduites par des aménagements.

Quoi d’autre? Euh… c’est tout.”

Son article dans le Wall Street Journal est accessible ici.

Sardanapale @ 10:05 am
Filed under: France

# Posted on Thursday 13 March 2008 - 2 Comments

Myth of the struggling masses

Both French and US voters are obsessed with the stagnation of living standards.

In France, this feeling is largely behind the unpopularity of President Nicolas Sarkozy and the conservative losses in the current local elections.

In America, the “middle-class squeeze” is a major theme for both Democratic front-runners.

Hillary Clinton has spoken of “seven years of stagnant wages, declining incomes and increasing inequality.”

Barack Obama claims to be on the side of “the struggling masses”, as opposed to “the idle holders of idle capital”.

But is it true that, as millions believe on both sides of the Atlantic, the circumstances of ordinary folk have not improved in decades, and that the benefits of growth have accrued to a wealthy minority?

I have problems reconciling this idea with my own experience.

In 1960s France, only well-to-do families had a television and a washing machine; today the humblest households have several TVs, a DVD player, and a dishwasher.

When I was growing up single mothers didn’t fly to the Canary islands for their vacations.

When I tell my daughter that people used to darn socks and shirts that had holes in them, she thinks I was raised in the third world.

And there’s no need to go back to the 1960s and 1970s to be struck by remarkable changes in lifestyle and consumption trends.

In the early 1980s, most households had only one phone – and it was a landline that was very costly to use by today’s standards. Few people had a computer.

A mere 15 years ago, no one had heard of the internet.

What about the basic things in life: a roof over your head and food?

Rents have risen no faster than income. Despite rising supermarkets prices over the past year, it’s still much cheaper to feed your family today than it was 40, 20, or even 10 years ago.

So why do are so many people – including economist – telling us that living standards have stagnated?

Without claiming to exhaust the question, I will mention a few points made by Thomas Sowell in his latest look Economic Facts and Fallacies.

Most economists focus on households, which have been declining in size since the 1970s.

Hence the relatively low increase in household income conceals a significant rise in income per head (+51 in the US over 30 years, according to Sowell).

Moreover, the focus on households income distorts the statistics on inequality. Rich households have more members than poor ones.

In the US the top 20% of the household distribution has almost twice as many people as the bottom 20% – which now typically includes single-parent families and senior citizens, rather than large families of underfed children.

The gap between the rich the poor has indeed widened on an individual bases, but not by as much as you would think by looking at household figures.

And when people talk about rising inequality, they often forget that the poor do not form a stable group.

Those who are at the bottom of the social heap today are the same who were there 20 years ago.

Their ranks are constantly renewed, mostly by immigrants (for whom a minimum wage is a boon), just as the ranks of the rich are replenished by the middle classes are the poor.

So the fact that inequality has risen does not necessarily mean that “the poor are getting poorer and the rich are getting richer”.

There are signs that social mobility is decreasing. But this worrying trend is at work both in statist France and more business-friendly US and UK: you can’t blame markets for it.

In short, the obsession with “stagnating living standards” rests mostly on statistical illusions, and Clinton and Obama should know better than outdo each other in populist rhetoric.

For enlightenment on these issues, I recommend Sowell’s magnificent interview on Econtalk, my favorite podcast, and this article by Brad Schiller in the Wall Street Journal.

Le fantôme de la pauvreté

Il n’y a pas qu’en France que les électeurs sont obsédés par le pouvoir d’achat.

Aux États-Unis, la “middle class squeeze” est un thème majeur de la campagne, notamment du côté démocrate.

Hillary Clinton a déploré “sept années de revenus stagnants et d’inégalité croissantes”. Barack Obama se dit le défenseur des “masses laborieuses” (struggling masses”) contre les “détenteurs oisifs du capital”.

Des deux côtés de l’Atlantique, des millions de citoyens sont persuadés que leur situation ne s’est pas améliorée depuis de nombreuses années, et que les fruits de la croissance ont été accaparés par une minorité de privilégiés.

J’ai du mal à réconcilier cette idée avec mes souvenirs personnels.

Dans les années 1960, seules les familles aisées avaient la télévision et la machine à laver; aujourd’hui les plus humbles ont plusieurs postes de télé, avec DVD, et un lave-vaisselle.

Quand j’étais jeune, les mères célibataires n’allaient pas en vacances aux Baléares. Lorsque je dis à ma fille qu’on réparait les chaussettes et les chemises trouées, elle me regarde comme si je parlais du tiers-monde.

Et pas la peine de remonter aux années 1960 ou 1970 pour constater l’extraordinaire amélioration du sort matériel de nos sociétés.

Au début des années 1980, le foyer moyen avait un seul téléphone – et c’était un fixe coûteux à utiliser. Très peu avaient un ordinateur. Et bien sûr, il y a seulement quinze ans, personne n’avait entendu parler de l’internet.

En France comme aux États-unis, le niveau des loyers n’a pas progressé plus vite que celui des revenus.

Le coût de l’alimentation, même s’il a partout augmenté depuis un an, est en chute libre sur un demi-siècle.

Alors pourquoi tant de gens – y compris des économistes – parlent-ils de “stagnation du pouvoir d’achat”?

Sans prétendre épuiser la question, je signale quelques pistes, en m’inspirant notamment du dernier livre de Thomas Sowell, Economic Facts and Fallacies.

Les économistes en utilisant les chiffres par foyer, donnent une image déformée de la réalité. La taille des foyers s’est considérablement réduite depuis les années 1970: la faible hausse de leurs revenus cache un important accroissement des revenus par tête (+51% aux US en 30 ans, d’après Sowell).

De plus, cette comptabilité exagère l’accroissement des inégalités. En effet, les foyers à haut revenu comportent plus de membres en moyenne que ceux à faible revenus.

Quand on constate un écart croissant entre les revenus des 20% de foyers les plus riches et ceux des 20% les plus pauvres, on oublie que nombreux foyers pauvres d’aujourd’hui, contrairement à hier, sont composés de familles monoparentales ou de retraités vivant seuls.

Les écarts entre riches et pauvres se sont effectivement creusés, mais si on regarde les chiffres par tête, ces écarts sont moins important qu’on le dit.

Et quand on parle d’inégalités croissantes, on oublie souvent que les pauvres ne constituent pas une masse stable: ceux d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.

Les rangs des bas revenus sont constamment renouvelés, notamment par les immigrés (pour lesquels un SMIC est un revenu élevé).

Les rangs des riches et des classes eux aussi se renouvellent, notamment par le bas.

Quand on dit que les écarts ont augmenté, ce n’est pas que “les pauvres sont plus pauvres et les riches sont plus riche”.

Cela signifie que les riches de 2008 gagnent plus par rapport aux pauvres de 2008 que les riches de 1988 ne gagnaient par rapport aux pauvres de 1988.

Ces derniers ne sont pas devenus plus pauvres en chiffres absolus – ni même en chiffres relatifs si, comme la plupart des gens, ils ont vu leur position sociale s’améliorer avec le temps.

Bref, la hantise d’une “stagnation du pouvoir d’achat” repose en grande partie sur des illusions statistiques, et il est regrettable que les politiques contribuent à brouiller les pistes par des déclarations populistes.

Pour y voir plus clair, je recommande la fabuleuse interview que Thomas Sowell a accordée au podcast libéral Econtalk, et cet article de Brad Schiller dans le Wall Street Journal.

Sardanapale @ 12:38 pm
Filed under: Economy and trade andFrance andUSA

# Posted on Thursday 28 February 2008 - 20 Comments

The flight from knowledge

Stefan Theil, Newsweek’s European economics editor, has found a fascinating research subject: a comparison between American, French, and German textbooks.

A few highlights from the piece he recently published in Foreign Policy:

“In France and Germany, students are being forced to undergo a dangerous indoctrination.

Taught that economic principles such as capitalism, free markets, and entrepreneurship are savage, unhealthy, and immoral, these children are raised on a diet of prejudice and bias. Rooting it out may determine whether Europe’s economies prosper or continue to be left behind.

Millions of children are being raised on prejudice and disinformation…

“Economic growth imposes a hectic form of life, producing overwork, stress, nervous depression, cardiovascular disease and, according to some, even the development of cancer,” asserts the three-volume Histoire du XXe siècle, a set of texts memorized by countless French high school students as they prepare for entrance exams to Sciences Po and other prestigious French universities.

The past 20 years have “doubled wealth, doubled unemployment, poverty, and exclusion, whose ill effects constitute the background for a profound social malaise,” the text continues.

Because the 21st century begins with “an awareness of the limits to growth and the risks posed to humanity [by economic growth],” any future prosperity “depends on the regulation of capitalism on a planetary scale.”

Capitalism itself is described at various points in the text as “brutal,” “savage,” “neoliberal,” and “American.”

This agitprop was published in 2005, not in 1972. ..

When French students are not getting this kind of wildly biased commentary on the destruction wreaked by capitalism, they are learning that economic progress is also the root cause of social ills.

For example, a one-year high school course on the inner workings of an economy developed by the French Education Ministry called Sciences Economiques et Sociales, spends two thirds of its time discussing the sociopolitical fallout of economic activity.

Chapter and section headings include “Social Cleavages and Inequality,” “Social Mobilization and Conflict,” “Poverty and Exclusion,” and “Globalization and Regulation.”

The ministry mandates that students learn “worldwide regulation as a response” to globalization.

Only one third of the course is about companies and markets, and even those bits include extensive sections on unions, government economic policy, the limits of markets, and the dangers of growth.

The overall message is that economic activity has countless undesirable effects from which citizens must be protected.”

Manuels antiéconomiques

Stefan Theil, le rédacteur économique européen de Newsweek, a trouvé un excellent sujet de recherche: la comparaison entre les livres destinés aux étudiants français, allemands et américains.

Il conclut, entre autres, qu’on imprègne la jeunesse française d’idéologie anticapitaliste.

Le libéralisme, affublé ou non du préfixe dépréciatif “néo”, est présenté comme générateur d’inégalités, de chômage et de précarité.

Theil cite plusieurs passages – notamment des extraits de la bible des candidats à Sciences po, Histoire du XXe siècle de Pierre Milza et Serge Berstein:

“Le malaise urbain fait prendre conscience des coûts sociaux de l’expansion. Le mode de vie trépidant qu’elle impose engendre le surmenage, le “stress” qui favorise les dépressions nerveuses, les maladies cardio-vasculaires, voire même selon certains le développement du cancer.”

Les vingt dernières années ont vu “doubler la richesse, doubler le chômage, la pauvreté, et l’exclusion, dont les effets constituent la toile de fond d’un malaise social profond.”

Du fait que le XXe siècle commence avec “la prise de conscience des limites de la croissance et des risques posés à l’humanité” par cette croissance, toute prospérité future “dépend de la régulation du capitalisme à l’échelle planétaire”.

De soi, c’est clair, le capitalisme est dangereux. Il est décrit par Milza et Berstein comme “brutal,” “sauvage,” et, insulte suprême, “américain”.

Theil relève également un manuel produit pas l’éducation nationale, intitulé Sciences Économiques et Sociales, et dont les deux tiers sont consacrés aux retombées sociopolitiques de l’activité économique. Celles-ci sont bien sûr largement néfastes.

Les titres des chapitres et sous-chapitres en disent long: “Clivages sociaux et inégalité”, “Mobilisation et conflit”, “Pauvreté et exclusion”. Le ministère, dans sa grande sagesse, demande qu’on apprenne aux étudiants la “régulation au niveau mondial comme réponse” à la globalisation.

Seul un tiers du livre est consacré aux mécanismes économiques – et même ces bribes de savoir sont entrecoupées de sermons sur le rôle de l’État, les limites du marché et les dangers de la croissance.

Bref, on ne fournit pas aux étudiants les outils de la connaissance: on leur sert de la propagande.

On lira en face des extraits de l’article que Theil a publié dans Foreign Policy. Le papier lui-même est ici.

(PS: les citations ci-dessus sont pour la plupart des retraductions de la traduction de Theil. Seul le premier passage de Milza-Berstein, reproduit en italiques, est garanti texto: il m’a été fourni par le Gauchiste Repenti dans un commentaire ci-dessous.)

Sardanapale @ 10:34 am
Filed under: Economy and trade andFrance

# Posted on Sunday 6 January 2008 - 9 Comments

The anti-GM food hysteria

The French militant farmer José Bové has gone on hunger strike in support of a ban on genetically modified organisms.

As French opinion largely shares his views and a timorous government seems unwilling to stand up to the green lobby, I believe some facts outlined in Dick Taverne’s recent Prospect magazine article, “The real GM food scandal“, bear repeating:

“The fact is that there is not a shred of any evidence of risk to human health from GM crops.

Every academy of science, representing the views of the world’s leading experts – the Indian, Chinese, Mexican, Brazilian, French and American academies as well as the Royal Society, which has published four separate reports on the issue – has confirmed this.

Independent inquiries have found that the risk from GM crops is no greater than that from conventionally grown crops that do not have to undergo such testing.

In 2001, the research directorate of the EU commission released a summary of 81 scientific studies financed by the EU itself—not by private industry—conducted over a 15-year period, to determine whether GM products were unsafe or insufficiently tested: none found evidence of harm to humans or to the environment…

Some opponents of GM crops, who seem to have realised that the argument based on lack of safety has no basis, now focus their opposition on environmental concerns, arguing that GM crops destroy biodiversity.

It would be wrong to claim that the planting of GM crops could never have adverse environmental effects.

But their impact depends on circumstances, on the particular crop and environment in which it is grown. Such effects occur with all sorts of agriculture.

Worldwide experience of GM crops to date provides strong evidence that they actually benefit the environment. They reduce reliance on agrochemical sprays, save energy, use less fossil fuels in their production and reduce the emissions of greenhouse gases. And by improving yields, they make better use of scarce agricultural land.

These findings were reported by Graham Brookes and Peter Barfoot of PG Economics in a careful study of the global effects of GM crops in their first ten years of commercial use, from 1996 to 2005.

They concluded that the “environmental impact” of pesticide and herbicide use in GM-growing countries had been reduced by 15 per cent and 20 per cent respectively.

Energy-intensive cultivation is being replaced by no-till or low-till agriculture. More than a third of the soya bean crop grown in the US is now grown in unploughed fields.

Apart from using less energy, avoiding the plough has many environmental advantages. It improves soil quality, causes less disturbance to life within it and diminishes the emission of methane and other greenhouse gases.

The study concluded that “the carbon savings from reduced fuel use and soil carbon sequestration in 2005 were equal to removing 4m cars from the road (equal to 17 per cent of all registered cars in the UK).”

One other effect of GM crops may be the most significant of all.

In the next half century, the world will have to more than double its food production to feed the over 800m people who now go hungry, the extra 3bn expected by 2050 and the hundreds of millions of people who will, as living standards rise, acquire a more western lifestyle and eat a great deal more meat…

The broader driving force behind the excessive regulation of GM crops, however, is the cult of “back to nature,” which has also inspired the propaganda against agricultural biotechnology as a whole.

This cult has many manifestations. One is the popularity of organic farming, which is based on the manifestly false principle that artificial chemicals are bad and natural chemicals good. Another is the rising fashion for alternative, non-evidence based medicine.

The dogmatic opponents of GM crops in Europe believe that interference with the genetic make-up of plants is essentially a moral issue.

It is to be condemned as part of mankind’s sinful attempt to control nature, which contributes to global warming, to epidemics of cancer and all the blights of modern life.

In the light of this undercurrent of anti-science sentiment, what are the chances that the obstacles to the spread of GM crops will be overcome? There are grounds for hope…

There can be little doubt that GM crops will be accepted worldwide in time, even in Europe.

But in delaying cultivation, the anti-GM lobbies have exacted a heavy price. Their opposition has undermined agrobusiness in Europe and has driven abroad much research into plant biotechnology—an area in which Britain formerly excelled.

Over-regulation may well cause the costs of the technology to remain higher than they need be.

Above all, delay has caused the needless loss of millions of lives in the developing world.

These lobbies and their friends in the organic movement have much to answer for.”

L’hystérie anti-OGM

José Bové à décidé de ne “boire que de l’eau” pendant quelques jours.

La presse, bonne poire, fait mine de ne pas voir que notre altermondialiste de choc veut se refaire une santé après le réveillon, et gobe le motif avancé – à savoir qu’il s’agirait d’une grève de la faim en faveur d’un moratoire sur les OGM.

Soyons sérieux. Les Français doivent cesser de prendre ce moustachu d’opérette pour le héros de la résistance aux Docteur Mengele de l’agrobusiness qu’il prétend être.

À l’heure où les medias tendent complaisamment leurs micros à Bové, où le gouvernement, ayant courtisé le lobby écologique lors du “Grenelle de l’environnement”, s’apprête à légiférer sur les cultures transgéniques, il est bon de rappeler que la campagne contre les OGM repose sur la pure hystérie collective.

Quelques faits:

a) Les OGM constituent une des avancées agricoles les plus spectaculaires depuis le néolithique. Une décennie après leur commercialisation, ces organismes sont cultivés dans 22 pays, sur une surface équivalant à deux fois la France, par dix millions d’agriculteurs.

La grande majorité d’entre eux sont de petits exploitants, notamment en Inde, en Chine et en Afrique.

Ils utilisent ces cultures, notamment le coton génétiquement modifié, non pas parce qu’ils sont victimes d’un complot des multinationales, mais du fait des avantages présentés par ces cultures – notamment la résistance aux parasites, qui réduit le recours aux pesticides, et meilleurs rendements.

Certes, les OGM alimentaires ne se sont pas encore développées au même titre, mais cela s’explique par des obstacles réglementaires injustifiés mis en place sous la pression des lobbies écologiques.

b) Malgré l’utilisation des OGM par un nombre croissant d’agriculteurs, il n’y a pas l’once d’un signe d’un soupçon de preuve établissant un risque pour la santé de l’homme.

Ceci a été confirmé par des experts du monde entier – notamment par les académies des sciences de l’lnde, de la Chine, du Mexique, du Brésil, des USA, de la France et du Royaume Uni (la Royal Society a publié par moins de quatre rapports sur ce sujet).

Les maïs transgénique, utilisé par en Amérique du nord depuis plus de dix ans, n’a pas causé une seule crise de foie.

c) Rien n’indique que les OGM posent un risque pour l’environnement. Bien sûr, il serait vain de prétendre qu’une nouvelle technique agricole n’a aucun impact écologique.

L’Homo sapiens a profondément modifié son environnement depuis 80,000 ans.

Certaines de ces modifications peuvent être considérées comme néfastes (notamment l’extinction des mégafaunes européennes et américaines par les chasseurs préhistoriques, ou plus récemment la disparition des poissons du fait de la pêche industrielle), et d’autres comme positives (notamment le décuplement des rendements de la terre par l’agriculture).

L’homme a toujours eu un impact sur la faune et la flore de la planète: il est improbable qu’une nouvelle technologie reste sans effet sur l’environnement.

Reste à déterminer quel sera l’impact de tel ou tel OGM sur tel ou tel milieu. Mais pour cela, il faut laisser les scientifiques mener en toute sérénité et toute rigueur leurs expériences – or Bové et ses acolytes cherchent précisément à les en empêcher.

Le soupçon qui pèse sur les espèces transgéniques semble en tout cas injustifié. Les tests conduits jusqu’ici indiquent qu’elles sont font moins de dégâts écologiques que les cultures traditionnelles – notamment l’agriculture intensive, qui sature les terres de nitrates et autres produits toxiques.

Une étude de Graham Brookes et Peter Barfoot sur dix ans indique que l’impact écologique des pesticides et des herbicides a été réduit de 15 à 20% dans les pays qui utilisent les OGM.

d) Une agriculture plus performante est essentielle dans un monde ou les pressions démographiques et les changements d’habitudes alimentaires accroissent la demande de nourriture.

Pour nourrir toutes les bouches, il va falloir doubler la production agricole d’ici 2050. On a le choix entre augmenter des surfaces cultivées de plus en plus rares (le développement, peu rationnel au demeurant, des biocarburants accentue le problème) ou accroître les rendements.

Pourquoi se priver de techniques de modification génétique en laboratoire, alors que les techniques de modification génétique par croisement, beaucoup moins efficaces, sont elles totalement acceptées?

José Bové et consort affirment vouloir sauver notre bouffe et notre planète. Mais l’hystérie anti-OGM qu’ils propagent ont exactement l’effet inverse.

Pour en savoir plus sur cette question, je recommande l’article de Dick Taverne “The real GM food scandal” publié par la revue britannique Prospect. Des extraits sont reproduits en face.

Sardanapale @ 10:22 am
Filed under: France

# Posted on Monday 31 December 2007 - 7 Comments

France’s ruinous social system

The French like to think that their welfare state is “free”.

In fact, France’s “Sécurité sociale” costs a bundle. But how much exactly?

The economist Georges Lane had the good idea to do the sums.

In a study for “Associated Taxpayers”, a lobby group, he worked out how much people on various salaries (one time, twice, four times and eight times the minimum wage) contribute to the “Sécu”.

The calculation is not exactly straightforward. The French tax system is designed to obscure the extent to which people are being fleeced.

The salary slip is an alphabet soup of acronyms that baffles even employers.

However Lane bravely wades through the thicket of “social contributions” and various special taxes.

Usefully, he disregards the spurious distinction between levies paid by the employee and those paid by the employer.

You can’t expect an employer to lose money by hiring someone. The “social charge” paid by the company has to be taken from the value of the employee’s work.

As Ronald Reagan once said:

“Business doesn’t pay taxes. It collects taxes. And if they can’t be passed on to the customer in the price of the product as a cost of operation, business goes out of business.”

So the “employers’ charges” must be regarded as part of the wage – and a part that is entirely confiscated by the state.

So how much do the French have to cough up towards the “Sécurité sociale”?

The Sécu is divided into three into four branches: health, pensions, work-related accidents, and family benefits.

An average worker on a monthly minimum wage of 1,341 euros, the various contributions add up to 609 euros for all four branches, of which 280 euros to towards health insurance.

A worker earning twice the minimum wage pays 1,228 euros monthly overall, and 565 just for health care.

That is a lot.

For a monthly premium of 535 euros (more than $800) a 50-year-old couple with two children get a top-class private health insurance.

Okay, it’s unfair to make comparisons with a “capitalist” system like the US.

But even a decent, centralized welfare state like Britain is a bargain compared with France’s. I know, because I happen to work in Britain.

On my pay slip my “national insurance contributions” (which cover pretty much the same things as the “Sécu” – mostly health care and the basic state pension) amount to 336 euros, to which as much again in employer’s charges must be added.

So I pay slightly more (700 euros a month) that a French employee on a minimum wage towards my social protection – and yet I earn four times as much!

If I earned the same salary in France I’d be paying in excess of 2,000 euros.

Free social security! You must be joking.

Sécurité sociale: l’addition

Les Français s’imaginent volontiers que leur couverture sociale est “gratuite”.

En fait, la “Sécu” leur coûte très cher. Mais combien exactement?

L’économiste Georges Lane a eu la bonne idée de se pencher sur la question.

Dans une étude effectuée pour les Contribuables associés, il calcule ce que paie à la Sécurité sociale des personnes gagnant, une fois, deux fois, quatre fois et huit fois le SMIC.

Pour ce faire, il prend en compte l’ensemble des ponctions affectées à la Sécu: cotisations multiples, CSG, CRDS…

Il y a de quoi, s’y perdre, les sommes prélevées étant peu lisibles et variant d’un régime et d’un secteur à l’autre.

Mais Lane nous comptabilise tout ça. Et surtout, il a le mérite d’éliminer la distinction fallacieuse entre les cotisations patronales et celles payées par le salarié.

En effet, on ne saurait demander à un employeur de perdre de l’argent en embauchant quelqu’un. La cotisation sociale payée par l’entreprise est donc obligatoirement prise sur la valeur du travail de l’employé.

Comme l’avait dit Ronald Reagan en son temps, aucun impôt n’est payée par l’entreprise: “Business doesn’t pay taxes. It collects taxes.”

Il faut donc considérer les charges sociales des entreprises comme faisant partie du salaire de l’employé – et comme une partie qui lui est entièrement confisquée.

Alors, combien les Français raquent-il pour la Sécu? Cette dernière est divisée en quatre branches: maladie, vieillesse, accidents du travail, et famille.

Pour un travailleur moyen gagnant un SMIC brut de 1341 euros (1053 nets), les cotisations s’élèvent à 609 euros mensuels pour l’ensemble des branches, et 280 euros pour la seule couverture maladie.

Un travailleur touchant deux fois le SMIC paye 1228 euros tous les mois, et 565 pour la seule assurance maladie.

Ces sommes, dont l’étendue est dissimulée aux salariés par un écran de fumée appelée fiche de paye, sont considérables.

Aux États-Unis, un couple de 50 ans avec deux enfants peut se payer une excellente assurance maladie privée pour bien moins de 565 euros par moi!

Sans aller jusqu’au “capitalisme sauvage” américain, je constate sur ma feuille de paye britannique que mes “national insurance contributions” (qui couvrent en gros les mêmes risques que la Sécu toutes branches réunies) s’élèvent à 336 euros, somme à la laquelle il faut ajouter à peu près autant de charges patronales, soit un total de près 700 euros.

Moi qui gagne quatre SMIC français, je paye à peine plus pour ma couverture sociale britannique qu’un smicard!

En fait, je ne suis pas bien sûr bien suivi Lane dans tous ses calculs, mais il me semble qu’il ne tient pas compte du déficit de la Sécu (9 milliards aux dernières nouvelles) qui doit être comblé par le contribuable – et par foyer fiscal cela fait plus de 400 euros!

Gratuite, la Sécu! Vous rigolez.

L’étude de Lane pour les CA est disponible ici.

Sardanapale @ 10:14 pm
Filed under: France

# Posted on Friday 16 November 2007 - Comments Off on Sarkozy must stand firm – France malade des privilèges

Sarkozy must stand firm

I feel lazy today, and am just pasting this good BBC online article on the French strikes (my own thoughts are opposite)

“French President Nicolas Sarkozy’s controversial economic reforms certainly struck a chord with the country’s voters in this year’s election.

But although he can claim a mandate for change after his victory in May, his plans to shake up the public sector pension system have provoked an all-out response from transport unins. This level of militancy comes as little surprise to long-time observers of the French industrial scene.

But even they may be shocked at the full extent of the country’s simmering workplace tensions.

In the run-up to this year’s voting, analysts at the World Economic Forum (WEF) gave France the worst possible rating in the category of “co-operation in labour-employer relations” – that is, how workers get on with their bosses.

Last year’s WEF Global Competitiveness Report found that in this respect, France was bottom of the league out of 125 countries surveyed, giving it the most confrontational workplace environment in the world.

In recent weeks, the new 2007-2008 edition of the report has been published. So have French labour relations become any more harmonious? In a word, no. The latest WEF survey covers 131 nations, not 125. But France is still languishing on the lowest rung, in 131st place.

Does this matter? Well, it certainly helps to drag down the country’s overall rating. France is ranked as the 18th most competitive nation in the world, the same as last year.

But that still leaves it trailing behind the US (1st) and Japan (8th), not to mention other big EU economies such as Germany (5th) and the UK (9th).

What’s more, French executives who submitted their views to the survey rated “restrictive labour regulations” as by far the biggest problem in doing business.

Mr Sarkozy’s reforms are broadly aimed at sweeping away some of those restrictions, which work well to protect those who are already employed, but do little to encourage firms to take on more staff.

Economists describe the system as a two-tier labour market, with a high level of employment protection and very little turnover. That offers little hope to the 8.4% of the population who do not have a job – a figure that rises to 22% among the under-25s.

Mr Sarkozy has already given ground on some of his campaign pledges. For instance, his promise to replace no more than 50% of retiring bureaucrats has been softened, so he will now replace 66% of those who retire.

But he insists he will not budge on the reform of the “special regimes”, which cover 1.6 million public sector workers’ pensions – and which the transport workers are fighting so hard to retain.”

The whole article is here.

La France malade des privilèges

Les syndicats qui prennent à nouveau la population en otage défendent un système de protection qui est au coeur du déclin français.

Les chiffres de ce déclin sont incontournables.

Depuis un quart de siècle, le PIB de la France par tête est passé du septième au 17e rang mondial.

L’index de développement humain de l’ONU plaçait notre pays à la 16e place en 2006, contre la huitième en 1990.

Les privilèges ont toujours coûté cher: la dette publique française augmente plus vite que celle de tous ses partenaires de l’eurozone, et s’éleve aujourd’hui aux deux tiers du PIB.

L’État français est bien en “faillite”.

Mais le chiffre qui me semble le plus inquiétant en ces temps de conflits sociaux a été donné récemment par Forum mondial économique.

Pour ce qui est des relations entre employeurs et employés, la France est lanterne rouge: 31e sur 131 pays analysés (voir article de la BBC reproduit en face).

Les patrons invités à témoigner dans ce rapport estiment que les restrictions sur le marché de l’emploi constituent leur principal problème.

Notre code du travail fait 2,735 pages – 20% de plus qu’en 2000.

Et il faut y ajouter les accords sectoriels qui étouffent le commerce et les petites entreprises.

Le code de la coiffure fait 144 pages; les boulangers pâtissiers doivent digérer 480 pages.

Le système français fait tout pour envenimer les relations du travail et décourager l’embauche.

Pas étonnant que les employeurs donnent des CDI au compte-goutte, préférant l’intérim ou les contrats à court terme.

Du point de vue du patron, un employé supplémentaire est davantage une source d’ennuis que de profits – d’autant plus que les charges sociales astronomiques viennent plomber ces derniers.

D’où notre marché de l’emploi à deux vitesses, avec des “insiders” fonctionnarisés et des outsiders (notamment les jeunes) qui croupissent dans la précarité.

Le chômage et l’exclusion sont les conséquences directes de notre folie régulatrice.

Nicolas Sarkozy est-il le réformateur qui libèrera le système?

Il a montré par le passé qu’il est de taille à s’attaquer aux intérêts particuliers en en appelant à l’opinion. C’est bien, mais là réside la limite de son efficacité.

Je pense qu’il tiendra bon sur les régimes spéciaux de retraite – qui constituent une protection si scandaleuse que même les Français s’en sont aperçu.

Mais beaucoup de Français tiennent à notre carcan de régulations déclinogènes, et je suis moins sûr qu’il soit prêt à les supprimer.

Sardanapale @ 12:40 pm
Filed under: Economy and trade andFrance

# Posted on Thursday 8 November 2007 - 5 Comments

France’s “policy for the city” is useless

The French are not known for their love of understatement. But you can’t accuse the Court of Accounts, the government’s main (if toothless) financial watchdog, of putting things too bluntly.

“The effectiveness of urban policies is dubious,” it says in a report. It deplores “the multiplicity of mechanisms” designed to help impoverished suburbs and the “complexity of the decision-making process”.

It also states that monitoring of the myriad of youth associations that receive public money in the banlieues “appears to be lacking”. You can say that again.

Despite a sharp increase in spending (plus 15% between 2003 and 2005, and a total of 4bn euros in 2006), “deprived urban areas are still lagging behind,” the court says.

It may be time to call a spade a useless spade: France has nothing to show for a costly “policy for the city” that should be scrapped.

Pour en finir avec la “politique de la ville”

La Cour des comptes a le sens de la litote.

“L’efficacité et l’efficience de la politique de la ville restent incertaines,” affirme-t-elle dans un rapport publié hier.

Ce texte déplore “la multiplicité des instances et la complexité des processus de prise de décision”, et juge que l’action des associations et le contrôle de l’emploi de leurs fonds “apparaissent lacunaires”.

Ah qu’en termes galants ces choses-là sont dites!

Les crédits affectés aux banlieues sont en pleine explosion: accroissement de 15 % entre 2003 et 2005, pour un total de 4 milliards d’euros en 2006, sans compter les fonds affectés à la rénovation urbaine.

Malgré cela, comme l’affirme la cour, “les zones urbaines sensibles n’ont pas rattrapé leur retard”.

Il est temps de parler clair, et d’en finir avec une politique de la ville qui coûte cher et ne sert à rien.

Sardanapale @ 12:18 pm
Filed under: France