Sardanapale

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# Posted on Saturday 5 May 2012 - Comments Off on My message to the French people

1981 all over again

France may be about to elect the most backward-looking socialist leader in the developed world.

François Hollande – who is almost certain to win Sunday’s second round of presidential election – makes Britain’s Ed Miliband, an Old Labour type, look like Margaret Thatcher.

During the 2007 campaign, Hollande declared blandly: “I don’t like the rich.”

In May Day speech a few days ago, he made clear he was now not “the candidate of the Socialist Party” and the centre-left “radicaux” but “the candidate of the whole united Left”.

This is correct. He has the full support of Jean-Luc Mélenchon – a hard-left utopian supported by the Communists whose supporters sing the “Internationale” and wage red flags at rallies.

Mélenchon has pledged to declare war on “international finance”, pledged to raise the minimum wage immediately by more than 20% to 1,700 euros a month, and would tax income of over 350,000 euros a year at 100%.

Hollande’s own program is not much better. He is a firm believer in the benevolent state.

To help the unemployed, he will hire 60,000 school workers; to spur investment, he will create to new state bank; to promote social justice, he will raise taxes on big companies and on rich individuals; to ensure decent housing for everyone, he will cap rents.

He also fiercely contests Sarkozy’s budget cuts, wants to renegociate the euro zone’s hard-fought agreement on budget discipline, and arguing instead for “growth”.

A lot of things do not add up in Hollande’s economic program.

The French work fewer hours than other Europeans – notably the Germans.

How is keeping the 35-hours week untouched and allowing workers to retire at 60 going to help? If working less boosts economic performance, where is the evidence?

And if state spending is the key to growth (by his own calculations, his plans would cost an extra 20bn euros over five years) how come France is not ALREADY the envy of the developed world?

Its public expenditure is 56% of GDP – more than Sweden – against an average of 43% for the OECD.

Hollande is a world away from the European mainstream. He is advocating policies that have long since been ditched by social-democrats everywhere.

Like his model, François Mitterrand, Hollande talks an unreconstructed tax-spend-and-regulate socialist.

And like Mitterrand in 1981, he will soon find out that being out of step with the rest of the world carries a big cost.

Hollande’s program may not be one of complete “rupture with capitalism”, as Mitterrand’s was. Still Hollande’s own socialist experiment will carry a huge price tag.

In 1981, France’s public debt was 20% of GDP – today it is 90%.

Even six months of mild folly will be punished by the international bond markets which Hollande scorns and the country needs.

Sarkozy, to be sure, is far from an ideal candidate. The fact that France is still largely unformed is down to him.

His tirades against companies moving jobs abroad, his promises to protect the French against “unfair competitors”, shows he does not understand what trade is about – a paradox for a country that is home to many world-beating global companies.

But at least Sarkozy recognizes that there are hard choices that France cannot escape.

That’s why my vote will go to him. But then again, it may just as well if he is voted out.

In a democracy a people has the government it deserves. Maybe the French need their noses rubbed in it for a while.

Français, tant pis pour vous

À la veille du second tour, j’ai envie de dire: Français, démerdez-vous. En démocratie, un peuple a le gouvernement qu’il mérite.

Bien sûr, je ne me lave pas complètement les mains de mon pays. Je vais aller voter dimanche. Et puis je me fends d’un billet pour dire que les Français sont des bœufs. Si je m’en foutais, je ne ferais rien de cela.

C’est donc avec plus de regret que de colère que je dis: c’est votre merde, vous l’aurez voulue. Moi, j’habite un pays où le débat public est à peu près ancré dans la réalité. J’y reste.

Que j’explique comment je vois les choses. La France va mal. Elle vit au-dessus de ses moyens depuis des décennies (la dernière fois que l’État a équilibré ses comptes, c’était en1974).

La dette publique, déjà au niveau méditerranéen de 90% du PIB, continue de croître inexorablement. J’ai mis en lien un tableau édifiant. Les maux dont souffre le pays ne sont pas une invention des gnomes de Zürich, des spéculateurs de de la City ou des ploutocrates de Wall Street.

Depuis 10 ans des grands commis de l’État de gauche comme de droite (Christian Blanc; Michel Camdessus; Michel Pébereau; Jacques Attali) les ont signalés: administration pléthorique, coûts du travail élevés, État providence non réformé, hyper-régulation, prime à l’oisiveté…

Nos principaux partenaires ont réduit leur fonction publique, révisé leur système de protection sociale et leurs retraites, assoupli le marché de l’emploi et se sont remis au travail. Nous n’avons rien fait, ou si peu…

Ce constat est bien sûr un réquisitoire contre Sarkozy. Loin de faire la “rupture” promise, il s’est contenté d’effets d’annonce et de réformettes.

Outre son manque d’action, je mets à son passif ses paroles. Son discours du 1er mai fut émaillé de tirades contre la «mondialisation sauvage», le «capitalisme financier», et le «laisser faire, laisser aller» – cela respire à plein nez l’altermondialisme de façade.

Bref, je suis le premier à reconnaître que Sarkozy ne vaut guère mieux que ses deux prédécesseurs, qui avaient transformé l’immobilisme bavard en art politique.

Mais avec Hollande, on est moins dans la frilosité franchouillarde ou dans l’antilibéralisme creux que dans le déni de réalité. Si la «relance» assurait la croissance, on se demande pourquoi la France n’est pas DÉJÀ l’envie du monde développé. Avec ses armées fonctionnaires et des dépenses publiques équivalant à 56% du PIB (plus que la Suède; la moyenne de l’OCDE est de 43%), son économie devrait être gonflée à bloc!

Hollande n’explique pas un seul instant que de dures décisions s’imposent. Il se contente de passer aux Français de la pommade rose, de les bercer d’un doux babil empreint de nostalgie socialiste (égalité, justice sociale, solidarité…)

Il ne parle pas le langage de la rigueur, ni même celui de la social-démocratie. Il sert des sophismes depuis longtemps abandonnés par la gauche de Stockholm à Canberra: embauche de 60,000 de fonctionnaires pour préserver l’emploi, surtaxation des riches pour lutter contre les inégalités, encadrement des loyers pour défendre le droit au logement…

Alors on dit: Hollande ne va pas faire de bêtises; c’est un pragmatique qui a su s’entourer de gens sensés. Mais est-il raisonnable de voter pour un candidat en pensant qu’il va faire le contraire de ce qu’il dit?

À terme, je suis certain que ce sera le cas. Mais combien de dégâts fera-t-on entretemps?

Économiquement, je suis libéral. Sarkozy n’est pas un partisan du libéralisme, mais il en est moins éloigné que Hollande.

Politiquement, je suis au centre. Voter Hollande, c’est voter pour l’extrême-gauche qui le soutient.

Sarkozy, malgré les appels du pied éhontés qu’il fait à l’électorat FN, n’est pas allié à Le Pen, qui d’ailleurs n’appelle pas à voter pour lui.

Mon choix est vite fait. La plupart de mes compatriotes s’apprêtent à prendre un autre chemin. Ce sera tant pis pour eux.

Sardanapale @ 8:21 pm
Filed under: France

# Posted on Thursday 16 September 2010 - Comments Off on The trouble with France

France is not working

First off, apologies for leaving this blog to languish without giving any explanation. The fact is, I’m not prioritizing it any longer. But am not ready to give up totally quite yet.

So my posts will continue to be infrequent for the foreseeable future, although I’ll be more active on twitter.

Anyway, to break my four-month silence, I want to recommend this excellent podcast by Philippe Jurgensen on why jobs are so scarce in France.

I’m always amazed by the ability of French economists to diagnose the country’s ills and by the inability of its leaders to do anything about them.

In recent years stacks of reports (by Michel Camdessus, Christian Blanc, Michel Pébereau, the Attali Commission – as well as too many books to mention) have identified the structural factors that hamper French growth – rigid labor markets, an unreformed public sector, rotten universities, a perverse tax-and-benefit system, etc.

In this podcast, Jurgensen neatly summarizes all this and points to the obvious solutions that politicians are unwilling to try.

La France bloquée

Excellente chronique de Canal Académie sur les raisons du chômage en France.

Comme bien d’autres économistes avant lui, Philippe Jurgensen identifie les blogages qui freinent la croissance: jeunes et seniors écartés du marché du travail, charges et contraintes multiples pesant sur les entreprises, système universitaire inadapté…

Pour ce qui est des solutions, Jurgensen note les limites du “traitement social”:

“L’économiste Jean Pisani-Ferry fait remarquer que la France est l’un des pays qui dépensent le plus pour l’emploi – 80 milliards d’euros, soit 4% du PIB, quatre fois plus qu’il y a 30 ans, sans obtenir de résultats plus probants que les pays plus économes.”

C’est pourtant la voie sans issue des emplois aidés que le gouvernement a choisie pour traiter la crise actuelle!

Ce qu’il y a de bizarre dans les solutions libérales esquissées par Jurgensen, c’est qu’elle sont sans relâche ressassées par les économistes (cf rapports Camdessus, Christian Blanc, Pébereau, Commission Attali, etc.), mais jamais mises en oeuvre par les politiques.

Sardanapale @ 2:29 pm
Filed under: France

# Posted on Monday 19 October 2009 - 7 Comments

Low-energy light bulbs don’t make sense

Whichever side of the Atlantic you live on, the government is forcing you to ditch ordinary incandescent light bulbs and switch to “compact fluorescent lamps”.

The rationale is that incandescents are wasteful – most of the energy they consume is turned into heat rather, not light – while CFLs are efficient (just try turning on one of each, wait for 10 minutes and touch them: you’ll really feel the difference.)

In his latest column, Jonathan Rauch asks: “Is this a smart way to save some energy? Or, rather, an example of ham-handed environmental grandstanding?”

After weighing various pros and cons, Rauch votes for n2. Expensive low-energy light bulbs have been around for decades, and are now selling mostly by government fiat. A spontaneous choice they are not.

Rauch lists some of the problems with CFLs:

“As someone who has recently made a good-faith effort to switch, I can tell you that fluorescents deserve their not-ready-for-prime-time reputation.

They are slow to come on and slower to reach full brightness. They come in weird, ugly shapes, typically reject dimmers, and don’t even fit in half the places where I need to put them.

Their reliability is spotty. And they contain toxic mercury, making breakage and disposal problematic. That’s before considering their light, which is mediocre at best and ghoulish at worst.”

Rauch goes on to consider various other problems – notably the fact that, as one town in Iowa found, low-energy bulbs can lead to an increase in energy use for lighting, as people keep them turned on in the mistaken belief that they are free to use.

Rauch concludes that it can make sense to reject efficient but costly CFLs in favor of cheap, ordinary light bulbs that are more expensive to use.

People should be allowed to do so, and that choice need not be environmentally detrimental if electricity is priced properly. Amen to than.

Another good argument against CFLs is offered by the French economist Remy Prud’homme, who in a recent paper factors in the heat emitted by ordinary light bulbs.

In summer, that heat is indeed wasted: incandescents are truly wasteful. But in winter – when most of your lighting us takes place – those ultra-hot bulbs reduce your heating bill.

If you take this into account, and Prud’homme has done the sums, a switch to CFLs would INCREASE total energy bills in France by some 7bn euros (the equivalent adjusted for population would be $50bn in the US).

And since heating comes mostly from oil and gas – as opposed to electricity, which in France comes mostly from clean nuclear plants – this would also result in a RISE in CO2 emissions!

So CFLs are bad for users and bad for the environment. They are, in Prud’homme’s words, a “false good idea”.

Ampoules à basse energie: une fausse bonne idée

De toutes parts on nous enjoint d’abandonner les ampoules classiques à filaments.

Celles-ci sont effet notoirement inefficaces: 95% de l’énergie consommée produit de la chaleur, non de la lumière.

On nous dit d’employer à la place des ampoules à basse énergie, qui consomment cinq fois moins d’énergie et durent bien plus longtemps.

Hélàs, ces ampoules, disponibles sur le marché depuis longtemps, n’ont pas la faveur des consommateurs. Les pouvoirs publics ont donc pris les choses en main pour pallier cette défaillance patente du marché.

Une directive européenne a déjà fait disparaître les 100 watts des rayons de tout un continent; l’Amérique, où l’energy bill de 2007 déclare la guerre au gaspi, n’est pas loin derrière.

Longtemps irrité par ces mesures coercitives, je me réjouis que certains commentateurs aient entrepris de m’expliquer exactement ce qu’elles ont d’imbécile.

Dans sa dernière “column”, le journaliste américain Jonathan Rauch fournit d’excellentes raisons de détester les ampoules à basse consommation, dont:

– elles sont lentes à la détente
– elles émettent une lumière pâle, voire fantomatique
– leurs formes bizarres ne conviennent pas à de nombreuses lampes
– leur teneur en mercure les rend dangereuses à jeter
– elles sont chères
– elles peuvent entraîner un accroissement de l’énergie consacrée à l’éclairage, du fait qu’elles restent souvent constamment allumées

Comme le souligne Rauch, on peut avoir de bonnes raisons de préférer un produit peu cher à l’achat mais coûteux à l’usage que l’inverse, surtout si ce produit est de meilleure qualité.

Mais pour moi, le meilleur argument contre les ampoules à faible énergie est avancé par l’économiste Rémy Prud’homme.

Ces ampoules, explique Prud’homme dans une causerie organisée par le Club Autrement, constituent une “fausse bonne idée”: la chaleur dégagée par les ampoules à filaments diminue d’autant le chauffage en hiver (la saison où on utilise le plus les ampoules).

Si on prend en compte ce facteur, les ampoules à faible consommation reviennent PLUS CHER aux utilisateurs que les ampoules classiques.

De plus, du fait que l’électricité en France provient surtout de l’énergie nucléaire “propre”, par opposition au fioul et au gas utilisés pour les deux tiers du chauffage en France, un changement d’ampoules entraînerait une hausse notable des déchets de CO2!

Les arguments de Prud’homme sont développés dans ce document, où il écrit que pour les ampoules qu’on impose aux Français amputent leur “pouvoir d’achat de 7 milliards pour doubler les rejets de CO2”.

Fausse bonne idée ou vraie mauvaise idée?

Sardanapale @ 9:59 am
Filed under: Environment andFrance andUSA

# Posted on Friday 25 September 2009 - 2 Comments

On division of power

A few weeks ago I mentioned the crash of an Air France plane at Habsheim in 1988. The newly delivered Airbus A320 was to overfly an airfield in eastern France during a show, but went down into the forest. Three passengers died.

Following this post a pilot friend of mine gave me the book written a few years later by the captain, Michel Asseline.

He rejects the official ruling that the crew was to blame for flying too low, and says the investigation was a farce designed to conceal the early faults of the plane and protect Air France’s investment.

The flight and voice data recorders – which civil aviation officials allowed Airbus to process – were apparently doctored.

I’m not competent to pronounce on technical issues. But Asseline’s conclusion about French institutions has the ring of truth – and addresses a leading theme of this blog.

In a country where the state controls the bodies that make a plane, fly it, and regulate the aviation industry, conflicts of interest abound.

The book makes an interesting parallel between the A320 and Britain’s Comet jet in the 1950s. Up to a point, the same scenario unfolded.

A state-backed European aircraft manufacturer sought to challenged American supremacy (De Havilland; Airbus); the new plane uses revolutionary technology (jet engines; fly-by-wire); the national carrier is drafted to showcase the new wonder (BOAC; Air France); politicians burst with nationalistic pride; early crashes are blamed on pilots and minor “teething problems”, sparing the manufacturer’s blushes.

But the parallels end here.

In the case of the Comet , when one plane too many fell out of the sky in 1954, an investigation was finally launched with a view to actually determining the cause of the crash – as opposed to reassuring the public and allowing flights to continue with minor adjustments.

All Comets were grounded, and a hard-hitting official report identified the real cause of the crash: metal fatigue.

The fixes came too late to save the Comet: by the time the plane was ready to fly again, in 1958, the Americans had cornered the commercial jet market.

But the two episodes illustrate the opposite conceptions of the state that prevail on either side of the Channel.

Britain is no less elitist than France – and probably even more – but its elites are divided; in a nation that invented separation of power, it is taken for granted that a non-monolithic state is in the interest of the public.

In France, the “general interest” is whatever the government says it is, and to be pitted against one state-supported entity – as Asseline discovered – is to be pitted against the whole state.

L’État monolithe

Il y a quelques semaines j’évoquais ici l’accident de Habsheim en 1988. Un nouvel A320 d’Air France s’est écrasé dans la forêt lors d’un show aérien en Alsace. Il y avait des passagers: trois ont trouvé la mort.

À la suite de ce billet, un ami pilote de ligne m’a passé le livre écrit six ans plus tard par le commandant de bord, Michel Asseline, qui fut désigné comme responsable de l’accident, et vit ses qualifications retirées.

Dans Le pilote est-il coupable?, Asseline décrit le rapport d’enquête comme un “faux en écriture” reposant sur des données truquées, un vaste écran de fumée destiné à protéger Air France et Airbus.

Je n’ai pas la compétence pour me prononcer sur les problèmes techniques de l’A320 soulignés par Asseline (encore qu’il ne soit pas le seul à affirmer qu’en 1988, l’avion n’était pas prêt).

Mais dans sa conclusion, il touche à un point essentiel, et qui illustre l’idée directrice de ce blog: l’étatisme à la française, affirme Asseline, engendre une proximité malsaine entre le gouvernement, le constructeur, Air France et les régulateurs de l’aviation civile.

Tout le monde est lié avec tout le monde, avec de flagrants conflits d’intérêts. C’est ainsi que la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a pu certifier des systèmes qui n’étaient pas encore au point, et fermait les yeux sur les entorses systématiques d’Air France à la règlementation.

Selon Asseline, le monde fermé de l’aviation officielle s’est serré les coudes:

“Se heurter à Airbus, à Air France, ou à la DGAC, c’est se retrouver face à l’État…

La catastrophe d’Habsheim a servi de révélateur et a mis en évidence les défauts et les dangers de ce système, où la raison d’État sert parfois à masquer les défaillances techniques ou humaines.

Le plus grand de ces dangers étant la concentration entre les mains d’organismes liés entre eux, par leur dépendance envers l’État, de la conception, de la certification et de l’exploitation d’un nouvel avion.”

Les enquêteurs ont non seulement commis une injustice contre un individu, mais ils ont failli à leur mission d’intérêt public.

Il aura fallu encore plusieurs années, avec leur lot d’accidents et de morts, pour que les problèmes de jeunesse de l’avion soient réglés.

Dans l’histoire de l’A320, l’État a servi les intérêts d’Airbus et non ceux des citoyens: il a laissé le constructeur lancer l’avion quand il l’a voulu, et lorsque les difficultés sont apparues, il a blâmé le pilote et permis à Airbus de revoir sa copie en douce.

Ces méthodes de république bananière contrastent avec celle de la Grande-Bretagne, où la division du pouvoir limite les conflits d’intérêt.

L’affaire du Comet britannique, le premier avion de ligne à réaction, que j’évoque en face, offre des parallèles et des contrastes intéressants avec celle de l’A320.

Sardanapale @ 10:08 am
Filed under: Britain andFrance

# Posted on Monday 29 June 2009 - 5 Comments

The milk of humankind

During a recent trip to Paris I read in the newspaper that dairy farmers had attacked supermarkets to protest against falling milk prices.

In some cases they had taken cows into stores, ransacked shelves and handed out dairy products to customers.

What struck me most was few appeared to find any of this particularly objectionable. It was told as if it was part of life in France.

Le Monde did not question the violent tactics, but mentioned the 30% fall in the purchasing price of milk in a year. The implication was: those things happen when people are desperate.

Supermarket bosses themselves seemed to take the plundering in their stride.

In one store, a manager had put up a poster proclaiming: “We are closing the dairy section in solidarity with the farming world.”

There was no mention of police action. Far from being punished, the violence was rewarded.

The agriculture ministry later announced a deal to raise the price of milk. The farmers’ just cause evidently absolved them from prosecution.

A couple of days later I was confronted with another illustration of flexibility with rules in my native country.

I was at the Pasteur metro station – named after the famous medical research institute nearby. My eye was caught by a display on the platform showing the Code of Medical Ethics.

Title II (“Duties towards patients”), article 39 proclaimed: “Physicians cannot recommend as beneficial any medicine or procedure whose efficacy is illusory or insufficiently proven.”

I thought: What about homeopathy? The next day, as it happened, I had lunch with a pharmacist cousin of mine. I asked him:

“Do French doctors ever prescribe homeopathic pills?”
“All the time,” he said. “Why do you ask?”

I read to him Article 39 of the Code of Medical Ethics.

“Nobody takes a blind bit of notice,” he laughed. “And homeopathy is reimbursed by the Sécurité sociale.”

Doctors up and down France solemnly swear not to prescribe “illusory” remedies, but routinely give sugar pills to patients – and it does not bother anyone. The state even funds this.

France is often said to hamstrung by regulation. But it isn’t. Every profession is regulated by labyrinthine rules, but I wonder how many are taken seriously.

A bit later I talked to a friend of mine who is an airline pilot.

We inevitably talked about the plane that plunged into the Atlantic and, one thing leading to another, about another accident involving an Air France Airbus: the crash in eastern France in June 1988, when the plane ploughed into a forest during a demonstration flight with journalists and various worthies on board, killing several.

The accident was due to a variety of factors, including technical problems with the plane. But what is beyond dispute is that the captain (who survived) had deliberately overflown Habsheim airport at 100ft.

This directly convened air safety rules, which state that authorisation is needed for any flight under 500ft.

Air France had been informed of the pilot’s plan to break the rule and had not objected.

Furthermore, a review of flight manuals suggested that the airline routinely ignored the 500ft rule.

The subject of the regulations, in other words, felt entitled to violate them when it suited it.

This cavalier attitude pervades society. In France, everyone is above the law.

I believe this lies at the root of the lack of civic bond: you cannot trust people who you know are as prone to flouting the rules as you are.

I don’t think the French are culturally aggressive or distrustful.

On the contrary, they tend to be light-hearted and amiable – certainly more pleasant company than the English.

But now that I live across the Channel, it is obvious to me that casual interactions are much less harsh and infinitely easier in Britain.

That is largely because people here take for granted something that is alien to the French: the amazing idea that rules are there to be obeyed.

If you trash a supermarket in Britain you will suffer the consequences: both the customer and the store manager know that.

As a result, when you shop at Tesco’s everyone is nice with you and you with them.

Professionals and professional bodies do not deliberately lie to you – or they will get into deep trouble.

Safe in the knowledge that there are generally accepted boundaries, the Brits do not need to be perennially on the defensive with strangers.

They don’t need to maintain that “I’m-not-taking-any-nonsense-from-anyone” attitude that is so ubiquitous in France and poisons the milk of humankind.

Impressions de France

Contrairement à ce qu’affirment certains penseurs, l’exil n’atténue pas notre sentiment d’appartenance nationale (dans une sorte de Kulturverfremdung, pour dire les choses simplement.)

Après bien des années passées en Grande-Bretagne, je ne me sens malheureusement pas moins français que le jour de mon arrivée.

Non: l’avantage de l’exilé, c’est au contraire qu’il retrouve avec une acuité sans cesse renouvelée sa culture d’origine. Il la prend en pleine gueule.

J’en fis à nouveau l’expérience lors d’un séjour récent à Paris.

Arrivé Gare du nord, je descends dans le métro pour acheter un carnet. Vu l’état catastrophique de la livre, je préfère payer en euros.

Comme j’utilise mon chéquier Bred-compte étranger une fois tous les trois ans, je me rappelle mal le mode d’emploi. D’où ce dialogue avec la dame du guichet:

“Je peux payer par chèques?”
“C’est écrit sur la vitre devant vous: au-dessus de dix euros.”
“Je peux acheter un carnet avec mon chèque?”

Soupir las: elle est encore tombée sur un débile.

“Il y a un tarif inscrit à côté du mot ‘carnet’ sous votre nez, monsieur. Vous savez lire?”
“Euh, oui: 11 euros 10.”

Je rédige mon chèque, penaud, mais il y encore quelque chose qui m’échappe.

“Euh… Est-ce que vous acceptez le permis de conduire comme pièce d’identité?”

Nouveau soupir: le client s’avère un débile profond.

“Il me faut un document officiel, monsieur.”
“Ah,” bredouillé-je. “Et est-ce que le permis de conduire, ça vous convient?”

De la morgue excédée, la guichetière passe à l’énervement: le client se fout manifestement de sa tronche.

“Sur votre permis de conduire, est-ce qu’il y a écrit ‘République française’?”

Je regarde, et effectivement, c’est écrit en gros sur le premier volet.

“Ben oui.”

Nouveau silence éloquent. Je lui tends mon document officiel, qu’elle ramasse avec un soupçon de répugnance.

“Dîtes-donc, il est vieux, votre permis. Il faut vous en faire faire un nouveau.”

Dans sa grande indulgence, et privilégiant l’hypothèse de la crétinerie congénitale sur celle du désir de nuire de la part du client, elle a allongé le carnet.

Je prends finalement le métro, après avoir acheté le journal (avec des espèces).

J’y lis que dans de nombreuses villes de France, des agriculteurs manifestent contre la baisse des prix du lait en bloquant des hypermarchés.

Dans ne nombreux cas, les étalages ont été saccagés et les produits distribués gratuitement aux clients.

Ce qui m’a le plus frappé, c’est que tout le monde avait l’air de trouver ça normal.

Je redécouvrais une évidence que j’avais oubliée: ce type d’action est normal en France.

Le journal notait le fait sans le commenter autrement qu’en notant la baisse du prix d’achat du lait et la détresse des producteurs. Le journal ne mentionnait aucune sanction policière.

Même les patrons de supermarchés prenaient leur parti des pillages.

Dans une grande surface de la Manche, la direction avait posé des affiches proclamant: “Par solidarité avec le monde agricole, nous fermons les rayons des produits laitiers.”

Tout le monde semblait content. Quoique…

J’ai réfléchi, et j’ai pensé qu’il y avait un lien profond entre mon expérience au guichet de la Gare du Nord et ce que je venais de lire.

Dans un pays où toute bonne cause équivaut à un droit au délit, bref dans pays sans loi claire, l’incertitude engendre méfiance et incivisme.

Je ne peux pas croire que la directrice du supermarché soit sincère dans sa “solidarité avec le monde agricole”.

Elle écrit ça parce que la soumission à la force est la seule solution dans un système où sa propriété n’est plus protégée. Elle a les boules.

La prochaine fois qu’elle verra un agriculteur s’amener sur son parking avec une vache, elle ne va pas aller lui demander de rester dix minutes de plus pour laisser les enfants des clients caresser l’animal.

Elle va plutôt d’appeler police, qui a plus de chance de jouer de la matraque contre un plouc seul que cent.

Le Français n’est pas culturellement agressif. Il est volontiers fanfaron et boute-en-train – certainement de compagnie plus agréable que l’Anglais moyen.

Mais le Britannique bénéficie d’une chose que le Français ne connaît pas: la certitude d’être protégé par la loi et l’usage, et une définition claire de l’inacceptable.

À l’abri de ces certitudes qu’il sait partagées et appliquées, le Britannique n’a pas besoin de la carapace d’agressivité que le Français se construit.

Je ne sais pas si l’incident hypothétique du fermier avec sa vache tournerait automatiquement ici à la fête improvisée sur le parking du supermarché.

Mais je suis sûr le personnel de Tesco est plus accueillant envers le client que celui d’Auchan.

Et pourtant je le redis, l’Anglais est beaucoup moins gai, léger, et avenant que le Français.

Tout ce qu’il nous manque pour être le pays au monde où il fait le mieux vivre, c’est d’être un pays de règles.

Sardanapale @ 12:59 pm
Filed under: Britain andFrance

# Posted on Friday 17 April 2009 - 1 Comment

The French state rolls over again

One thing seems to be missing from the coverage in the French press of the two-day blockade of the ports of Calais, Dunkirk and Boulogne – the fact that these actions are illegal.

Le Monde, for instance, highlights the problems faced by fishermen who “voice their despair” by resorting to such acts to protest against EU fishing quotas.

In an editorial, the paper calls their movement “logical”. In its wisdom and impartiality, Le Monde recognises that overfishing needs to be addressed and describes the government’s refusal to renegotiate the quotas as equally “logical”.

In conclusion, the daily calls for a big conference (“Grenelle de la mer”) where all concerns can be reconciled.

In other words, the “most serious paper in France” – like its competitors – looks at underlying issue but neglects the small matter of the form the protest took.

Under French law blocking traffic is illegal, and punishable by long prison sentences. Moreover, under EU treaties, the French government is supposed to guarantee the free movement of goods and people.

It’s as if reports on bombings in the Basque Country, extortion in Corsica or attacks by Islamic militants only consider the grievances of the minorities concerned.

Journalists and commentators should discuss these grievances, which may be legitimate, but you might also expect a quick mention that racketeering, blowing up property, and killing people is against the law.

In France, this is rarely done in the context of labor conflicts. It’s not just the press that ignores the illegality of protests: even the government accepts it.

I bet that those who blockaded Channel ports this week will escape prosecution – as did those who carried similar actions in the past.

Far from punishing the fishermen, the government has offered them 4 million euros, which ensures that such blockades will continue.

France likes to see itself the last bastion of the state in a world dominated by “savage capitalism”.

In truth, the French state has made it a habit of rolling over and accepting that, in labor disputes at least, might is right.

Quand l’État se couche

La presse française parle beaucoup des marins pêcheurs qui ont bloqué pendant deux jours les ports du Nord/Pas-de-Calais pour réclamer une hausse de leurs quotas de prises.

Ainsi Le Monde souligne les difficultés des pêcheurs qui “crient leur désespoir”. Dans un éditorial, le quotidien juge leur colère “logique”.

Mais, avec l’impartialité qui le caractérise, Le Monde estime qu’il faut protéger le poisson et comprend aussi le refus du gouvernement de renégocier les quotas.

Le journal de référence appelle en conclusion à un “Grenelle de la mer” pour lutter contre la surpêche.

Bref il considère la question sous tous ses aspects – sauf un: le caractère totalement illégal du blocage des ports.

Aux yeux de la loi française, il s’agit d’un crime. De plus, les traités européens obligent les États à faire respecter la libre circulation des personnes et des marchandises.

Le Monde n’est pas seul à passer sous silence la question de la légalité des méthodes: sauf erreur, ni le Figaro, ni Libé, ne l’ont fait.

C’est comme si on évoquait les plasticages au Pays basque, le racket des entreprises corses ou les attentats islamistes en considérant uniquement les revendications régionalistes, les aspirations culturelles ou les griefs des Musulmans.

Autant de questions de fond légitimes, mais qui ne doivent pas occulter le caractère criminel des moyens.

Dans un État de droit – et même dans un État tout court – il est crucial de considérer cette question. Or en France, dans le cadre des conflits sociaux, ni la presse ni même les pouvoirs publics n’en ont cure.

Gageons que les pêcheurs qui ont illégalement bloqué Boulogne, Calais et Dunkerque ne seront pas plus poursuivis que ceux qui ont paralysé les ports dans le passé.

Loin de sévir, le ministre de tutelle leur a offert 4 millions d’euros, ce qui garantit des blocus semblables pour l’avenir.

La France est la première en Europe à proclamer la prééminence de l’État. Mais elle est aussi la première à bafouer la puissance publique en reconnaissant le droit du plus fort à intimider les autres.

Sardanapale @ 10:05 am
Filed under: France

# Posted on Thursday 9 April 2009 - 2 Comments

Legalizing bossnapping

In recent weeks, France has pioneered a novel way of defending jobs: kidnapping bosses.

Employees at Sony, Caterpillar, 3M, the German car-parts maker Continental and the British-owned firm Scapa have taken managers hostage.

Such tactics are not exactly new. In the 1970s they were used as part of the struggle against capitalism.

The novelty is that now bossnapping is being practiced for non-ideological ends – to prevent plant closures or secure better redundancy terms.

There is one problem: holding someone captive is a crime in France. But this problem can easily be overcome.

All that is needed is a law recognizing and regulating what has become accepted practice.

You might object: “Legalizing the kidnapping of bosses would be irresponsible.

Every single political leader has condemned such acts in the harshest terms, from Socialist Martine Aubry to the conservative president, Nicolas Sarkozy.”

I reply: in a democracy what matters is not what elites preach, but what ordinary people practice and recognize as legitimate.

A growing body of French opinion supports bossnapping – 45% according to a poll released this week.

Even the targets don’t seem to mind. The 3M manager seized last month he was satisfied that what had happened had broken the impasse at the firm.

In the latest incident, a spokesman for the British firm Scapa described this week’s hostage taking as a “non-aggressive action”, and pointedly noted that the unions had brought the four kidnapped managers dinner.

And most importantly perhaps, bossnapping is now implicitly endorsed by the judicial authorities.

Despite calls for punishment from politicians from Sarkozy down, none of the recent incidents have led to a single prosecution.

But France is a written-law country. The justice system cannot update legislation by itself. That is the responsibility of the legislative branch.

Parliament should work forthwith to end the fill the legal vacuum surrounding the kidnapping of bosses, bringing the law into line with both accepted practice and the wishes of the people.

Deputies should determine, say, the grievances over which a manager can be held: is any redundancy sufficient, or must there be a plant closure?

The conditions of detention need to be agreed: is the boss due a sandwich every three or six hours? What about toilet breaks?

Wildcat actions are not acceptable. In the country that invented the civil code, the rights and duties of both the hostages and hostage takers must be spelt out by law. Over to you, legislators!

Pour les séquestrations de patrons

La France a inauguré une méthode inédite de lutte pour l’emploi: la séquestration des patrons.

De tels enlèvements ont certes été pratiqués par le passé, mais dans un esprit purement idéologique.

L’usage utilitariste de cette méthode, afin d’empêcher les fermetures d’usines ou d’obtenir de meilleures conditions de licenciement, est une nouveauté.

Un seul problème: l’atteinte à la liberté des êtres humains – catégorie à laquelle de nombreux patrons appartiennent malgré tout – est un crime.

Mais ce problème n’a rien d’insurmontable.

On peut tout à fait mettre le droit en conformité avec le fait en légiférant sur une pratique de plus en plus acceptée.

J’entends d’ici les objections: “Légaliser la prise d’ôtage économique? Vous n’y pensez pas!”

“Tous les partis, même le PS, condamnent ces dérapages dans les termes les plus durs…”

Je réponds: la condamnation n’est pas unanime. L’euro-député socialiste Vincent Peillon juge les séquestrations “compréhensibles”.

Ensuite, les politiques sont clairement en retard sur l’opinion publique: une partie grandissante de nos concitoyens (45%, selon un sondage CSA publié cette semaine) juge acceptable cette forme d’action.

Surtout, les séquestrations sont de fait acceptées par l’autorité judiciaire. Aucune poursuite n’a été engagée dans les affaires de ces dernières semaines.

La validité de cette forme de revendication a même été implicitement reconnue par les victimes elles-mêmes, qui se sont empressées de minimiser les préjudices subis, ainsi que par le chef de l’État.

Au lendemain des enlèvements à Caterpillar, Nicolas Sarkozy s’est engagé à “sauver” cette société dont il ne s’était jamais préoccupé auparavant.

C’est donc bien le pouvoir législatif qui est en retard sur le judiciaire, l’exécutif, sans parler du peuple (notre institution la plus puissante), qui ont tous implicitement ou explicitement avalisé ces actions.

La France a toujours été un pays de droit écrit: il est urgent de mettre à jour une législation désormais obsolète, et de mettre fin au vide juridique qui entoure les séquestrations.

Il s’agirait, par exemple, de déterminer pour quel motif on a le droit de kidnapper son patron: un plan social suffit-il, ou faut-il qu’il y ait fermeture d’usine?

Doit-il y avoir une durée limite de détention? Quels sont les droits et les devoirs de séquestreurs? L’octroi d’une collation et d’une pause pipi s’impose-t-il toutes les trois ou six heures?

Autant de questions urgentes à trancher par le législateur… Comme l’a dit le Président Sarkozy, le Parlement ne doit plus faire de la figuration: messieurs et mesdames les députés, au travail!

Sardanapale @ 5:47 pm
Filed under: France

# Posted on Sunday 13 July 2008 - 19 Comments

No burqa please, we’re French

“The trial, which took place over the following weeks, was like a circus, although there was some difficulty getting the elephants into the courtroom. At last, the jury found Cloquet guilty, and he was sentenced to the guillotine. An appeal for clemency was turned down on a technicality when it was learned Cloquet’s lawyer had filed it while wearing a cardboard mustache.”

Woody Allen

The short story “The Condemned” by Woody Allen – a satire of French literature of the absurd – had always made me laugh.

I found the idea that judges could take silly accoutrements into account in their decisions deliciously surreal.

But then I read the story of a Moroccan woman whose husband and three sons are all French – but who fatefully filed her application for French nationality while wearing a burqa.

Guess what happened?

French judges turned her down, deeming “radical practice of religion incompatible with the essential values of the French community, notably the principle of sexual equality”.

The absurd is no longer a literary fashion in France, but it appears to have become a legal one. You can read more about the case here.

Délit de tenue

Une nouvelle de Woody Allen pastichant la littérature de l’absurde raconte l’histoire d’un homme condamné à la guillotine, et dont la demande de clémence “fut rejetée pour technicalité lorsqu’il s’avéra que son avocat portait une moustache en carton quand il l’a déposée.”

Cette phrase m’a toujours fait marrer.

L’idée que justice française puisse considèrer un accoutrement bizzare dans ses décisions me semblait d’un surréalisme délicieux.

Je rigole moins depuis que j’ai lu l’histoire de cette Marocaine mariée à un Français, et qui a eu le malheur de se présenter en burqa pour déposer sa demande de nationalité.

Le Conseil d’État a rejeté cette demande en dénonçant “une pratique radicale de la religion incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d’égalité des sexes”.

Décidément, l’islam fait perdre la boule à notre État – pourtant censé être aveugle en matière de religion.

Après l’interdiction – réclamée par la chancellerie – de prendre la virginité comme critère de mariage, voilà le port de la burqa incompatible avec nos principes!

L’absurde est passé de mode en litérature, mais il semble faire fureur dans la justice.

Plus d’informations ici.

Sardanapale @ 6:28 am
Filed under: France andIslam

# Posted on Friday 13 June 2008 - 1 Comment

A blow for justice

Yesterday David Davis, the shadow home secretary, took a step that is almost unheard of in British political history.

He resigned as a member of parliament – and as the second most senior conservative leader after David Cameron – and promised to run again for his seat on a platform of defending “British liberties”.

Davis took pissed off his party – which is a year or two away from being elected – to take a moral stand, a day after the House of Commons passed a law extending detentions for terror suspects.

Many find his move baffling or quixotic. But his stirring resignation speech is worth quoting:

“Up until yesterday, I took the view that what we did in the House of Commons representing our constituents was a noble endeavour because with centuries or forebears we defended the freedoms of the British people. Well we did up until yesterday.

This Sunday is the anniversary of Magna Carta, the document that guarantees that most fundamental of British freedoms – Habeas Corpus, the right not to be imprisoned by the state without charge or reason.

Yesterday this house decided to allow the state to lock up potentially innocent British citizens for up to six weeks without charge…

Now the counter terrorism bill will in all probability be rejected by the House of Lords very firmly. After all, what should they be there for if not to defend Magna Carta…

But in truth, 42 days is just one – perhaps the most salient example – of the insidious, surreptitious and relentless erosion of fundamental British freedoms.

And we will have shortly, the most intrusive identity card system in the world, a CCTV camera for every 14 citizens, a DNA database bigger than any dictatorship has, with thousands of innocent children and a million innocent citizens on it.

We have witnessed an assault on jury trials – that bulwark against bad law and its arbitrary use by the state….

The state has security powers to clamp down on peaceful protest and so-called hate laws that stifle legitimate debate – while those who incite violence get off Scot-free.

This cannot go on, it must be stopped.

And for that reason, I feel that today it’s incumbent on me to take a stand.

I will be resigning my membership of the House and I intend to force a by-election in Haltemprice and Howden….

I will argue this by-election, against the slow strangulation of fundamental British freedoms by this government. “

Laissez les juges tranquilles

Un sentiment d’incompréhension m’avait retenu jusqu’ici de commenter l’affaire du mariage annulé de Lille.

La France me semblait en proie à une crise d’apoplexie collective.

Je ne voyais pas le problème que posait le jugement.

Qu’un type ne veuille épouse qu’une vierge, cela me semblait saugrenu, mais j’ignorais au nom de quoi la justice pourrait lui refuser cette fantaisie.

Au nom des mœurs éclairées qui prévalent dans notre beau pays?

Il me semblait que non, qu’on ne pouvait pas dire: “Vous avez juridiquement tort parce que vous être moralement minoritaire.”

Au nom de la résistance républicaine au communautarisme religieux? Mais la république laïque, pensais-je, exigeait au contraire que la stricte neutralité de l’État sur ces questions.

Au nom de l’égalité des sexes et du libre consentement? Mais reverser le jugement équivaudrait à forcer une femme à rester mariée avec un homme dont elle ne veut plus.

Au nom du respect de l’individu? Mais les adversaires du jugement affirment que le choix du mari n’est pas respectable.

“Le juge juge au nom du peuple français,” dit l’un de ces critiques. “Il y a des intérêts qui doivent prévaloir sur les intérêts particuliers”.

J’ai entendu des gens dire à la fois qu’une communauté ne pouvait utiliser la justice pour imposer ses valeurs à une autre et “que la République française n’accepte pas que la virginité soit une condition pour passer devant le maire”.*

Allez comprendre.

J’ai cherché dans la presse des lumières que je n’ai pas trouvées.

Même dans ce modèle de discussion intelligente qu’est L’Esprit public sur France Culture, tous les participants ont condamné le jugement dans des termes passionnels qui obscurcissaient leur propos.

Curieusement, c’est sur la blogosphère que j’ai trouvé des commentaires sereins et informatifs de l’affaire.

J’ai bien aimé le billet de Coztoujours, mais c’est dans le journal de Maître Éolas, ce trésor de pédagogie, que j’ai trouvé l’analyse la plus lumineuse de l’affaire.

À lire aussi sur son blog un délicieux dialogue pseudo-socratique qui résume à merveille les enjeux.

* Ces deux phrases ont été prononcées par l’avocate Laure Heinich-Luijer lors de l’émission Le Grain à moudre de France Culture, le 4 juin.

Sardanapale @ 10:27 am
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# Posted on Saturday 7 June 2008 - 2 Comments

The last Mitterrand

The movie channel recently played a film called The Last Mitterrand.

It is adapted from a book by a French journalist, Georges-Marc Bénamou, who was picked by François Mitterrand as his diarist during his last three years in power.

It shows the terminally ill president going about his business and giving his thoughts of life, politics and the universe for the younger man to preserve for posterity.

The book, which came out a year after Mitterrand’s death in 1996, was controversial mostly because of a passage that had the president gorge on ortolans during on New Year’s eve.

His family cried foul: the great man, they said, would never have allowed himself to break European Union legislation on protected species.

Which account should I believe: Mitterrand as a viveur ready to flout the rules to the end, or as a puritanical stickler for the law?

Tough call. I’ll have to think about that one.

But that brief dinner scene is not the most shocking (in fact I did not understand its significance until I went online to read up about the book).

Mitterrand (magnificently played by Michel Bouquet, who bears a striking physical resemblance) is presented as an acid-tongued control-freak who thrives on putting down the flunkeys which whom he surrounds himself.

He is also paranoid, and constantly talks about plots by enemies who have pursued him for decades.

And now for nasty part: Mitterrand combined in a particularly French way a love of luxury with empty revolutionary rhetoric.

Bénamou quotes from a speech to a UN “summit on social development” in March 1995:

“Will we allow the world to become a global market, ruled only by the law of the strongest, aimed only at securing maximum profit in minimum time, a world where speculators ruin in a few hours the labor of millions of men and women? Will we abandon future generations to these blind forces?”

Right. So what do we do? Abolish profits and get rid of those blood-sucking speculators?

But wait! I thought that had been tried before, and never with shining success.

Mitterrand’s life spanned the 20th Century, but the main lessons from that century were apparently lost on him.

And also on Bénamou, who appears to admire this presidential twaddle. His main complaint is that Mitterrand did nothing to support the implementation of his ideals.

In this, it must be said, Bénamou is unfair.

He neglects to mention, for instance, that three days after giving that speech, Mitterrand was embracing Fidel Castro – contributing to keeping 10 million Cubans sheltered from the “blind forces” of capitalism in his concentration camp country.

Bénamou also takes Mitterrand to task over his connections with France’s collaborationist Vichy regime.

This is where I actually felt sorry for the old man.

He was being harassed by a callow youth who has never been in a war, and was more interested in judging than listening to him.

Mitterrand’s murky past is worth delving into, but by scholars not prosecutors (the best book on the subject, Une Jeunesse française by Pierre Péan, a masterpiece of historical detective work, was remarkably judgment-free)

Bénamou’s pose is not just morally vacuous, it is also professionally stupid.

If he had been less sniffy about Mitterrand’s past, he might have got something out of him. In the end – despite access many researchers would have killed for – Bénamou contributes nothing to our knowledge of that past.

Mitterrand’s ultimate tragedy is that he picked the wrong confessor.

Le dernier Mitterrand

Je viens de visionner à la télé anglaise un film intitulé Le Promeneur du Champs de Mars.

Il s’agit de l’adaptation d’un livre de Georges-Marc Bénamou sur les dernières années de Mitterrand.

Le président déclinant avait pris ce journaliste de Globe (depuis reconverti dans la droite caviar, comme beaucoup d’anciens gauchistes) comme son Philippe de Commynes, et lui avait ouvert les portes de l’Élysée pour recueillir ses ultimes élucubrations.

Le bouquin, paru peu après la mort de Mitterrand, avait surtout fait scandale parce qu’il montrait le viellard se baffrant d’ortolans lors de son dernier réveillon de président.

L’entourage avait crié à la falsification: non, le grand homme ne se serait jamais permis d’enfreindre la législation européenne sur les espèces protégées.

Je me demande qui croire, de celui qui présente Mitterrand comme un jouisseur se foutant des lois jusqu’à la fin, ou de ceux qui affirment qu’un puritanisme sourcilleux régissait jusqu’à sa vie privée…

Mais le bref épisode du gueuleton de Latché n’est pas le plus affligeant du film.

Mitterrand (magnifiquement incarné par Michel Bouquet) est présenté comme retors, impérieux, avide d’un pouvoir qui lui échappe, et surtout paranoïaque.

Il s’imagine poursuivi depuis 50 ans par une meute d’anciens barbouzes et de plumitifs calomniateurs, suppôts hargneux d’une bourgeoisie qui ne lui pardonne pas d’avoir trahi sa classe.

Il est aussi emprunt de cette pose si française et si socialiste, qui combine le goût du luxe et l’utopie révolutionnaire. Bénamou cite un discours prononcé à l’ONU:

“Laisserons-nous le monde se transformer en un marché global, sans autre loi que celle du plus fort, sans autre objectif que la réalisation du maximum de profit en un minimum de temps, un monde où la spéculation ruine en quelques heures le travail de millions d’hommes et de femmes? (…) Allons-nous abandonner les générations futures au jeu de ces forces aveugles?”

Cette fraçon si française, si socialiste de se payer de mots est affligeante.

Qu’est-ce que Mitterrand veut? Éliminer les profits et les spéculateurs? La chose a été essayé à maintes reprises au XXe siècle : le succès n’a jamais été éclatant.

Et Bénamou semble admirer ce genre d’envolées!

S’il relève l’hypocrisie politique de Mitterrand, c’est pour lui reprocher de ne rien faire pour promouvoir la mise en pratique de ses idéaux.

Il est d’ailleurs injuste sur ce point, car trois jours après prononcé ces mots en mars 1995, le président joignait le geste à la parole en embrassant Fidel Castro à Paris – contribuant ainsi à préserver 10 millions de Cubains des “forces aveugles” du “marché global”, et à renforcer un régime concenrationnaire.

Bénamou tanne aussi le cuir à Mitterrand sur Vichy, et là on se met à prendre Tonton en sympathie.

Je sais bien qu’il n’est pas tout blanc et qu’il a mis du temps à choisir son camp.

Mais des jeunots qui n’ont jamais connu la guerre devraient avoir la modestie d’essayer de comprendre avant de juger.

À l’époque de la controverse sur le passé de Mitterrand, je me souviens avoir été irrité par les jeunes procureurs qui avaient écrit La Main droite de dieu, et au contraire impressionné par la neutralité de Pierre Péan sur même sujet.

Et surtout, cette attitude de Fouquier-Tinville n’est pas professionnelle de la part d’un journaliste.

S’il s’était montré un peu moins hautain sur le passé de Mitterrand, Bénamou aurait sans doute recueilli des confidences historiquement importante.

C’est en se montrant compréhensif, en se faisant confesseur et non pas procureur, que David Frost a obtenu un demi-mea culpa de Nixon.

L’ultime tragédie de Mitterrand, c’est d’avoir mal choisi son mémorialiste.

Sardanapale @ 6:33 am
Filed under: France