La “famine” au Niger
Lorsque le président nigérien s’est permis de critiquer la mobilisation internationale dont son pays fait l’objet, la communauté humanitaire a réagi avec la violence de la générosité outragée.
Pourquoi nier l’ampleur de la crise? Comment un chef d’État peut-il être à ce point insensible aux souffrances de son propre peuple?
Même indignation du côté des media. Il est vrai que les télévisions du monde entier s’étaient précipitées sur le Niger cinq semaines plus tôt à la suite d’un reportage de Hilary Andersson de la BBC: la sainte alliance entre humanitaires et journalistes (donnez-nous du drame humain, on diffuse les images) fonctionnait à plein.
The Independent ridiculisait les propos de Mamadou Tandja en les plaçant en gros titres à la une – “Le peuple du Niger paraît bien nourri, comme vous le constatez” – à côté de la photo d’un enfant étique.
David Loyn, dans un article sur le site de la BBC, accusait Tandja de jouer sur les mots en niant qu’il y avait famine: “Combien de bébé à l’agonie faut-il pour faire une famine?”
Même si techniquement ce terme ne s’applique pas ici, poursuivait-il, vu de l’extérieur les images atroces qui nous viennent du Niger ressemblent à une “famine”.
Et Loyn de citer Amartya Sen: “Aucune démocratie digne de ce nom n’a jamais connu de famine” – indiquant que le Niger est en partie responsable de la crises sans fournir d’explications.
Ce rejet des arguments de Tandja sur le ton de l’évidence consternée est elle-même consternante.
Les propos du président nigérien soulèvent des questions importantes sur le traitement des crises alimentaires.
Il d’abord noté que la pénurie causée par les mauvaises récoltes et le sauterelles n’avait rien d’exceptionnel.
Ceci est confirmé par le site agricole Fews, qui donne une image nuancée de crise au Niger: la production de céréale pour 2004-05 atteint 89% de la moyenne sur cinq ans, et les prix ont baissé en juillet.
Ensuite, Tandja affirme qu’en accréditant l’idée que tout le pays connaît la famine – alors qu’il y a en fait une disette limitée à certaines zones – les ONG poursuivent leurs intérêts propres et non ceux du Niger.
Cette idée n’a rien de ridicule. Il suffit pour la comprendre de revenir trois ans en arrière.
C’est en Afrique australe qu’il était question de famine en 2002. D’après l’ONU, des millions de vies étaient en jeu.
Les mêmes journalistes qu’on retrouve aujourd’hui au Niger (notamment l’incontournable Hilary Andersson) ont parcouru la région en quête de bébés affamés, et ils en ont trouvé. La machine humanitaire s’est alors mise en branle.
C’est alors que la Zambie a pris peur. Certaines de ses régions connaissaient des pénuries; mais ce qui menaçait le pays, c’était moins la famine que les tonnes de céréales américaines que le Programme alimentaire mondial déversait dans ses entrepôts de Lusaka.
Soucieux de protéger l’agriculture locale, le gouvernement a mis un coup d’arrêt aux livraisons (en invoquant – pour plaire aux Européens – l’argument douteux que le blé livré contenait des OGM).
On ne s’oppose pas impunément à l’humanitarisme occidental. Comme le rappelle Der Spiegel dans un excellent article, la Zambie fut traînée dans la boue.
L’ambassadeur des États-Unis déclara: “Les dirigeants qui refusent à leur peuple l’accès à la nourriture alimentaire doivent être poursuivis pour les crimes contre l’humanité les plus graves.”
Bien sûr, le crime était imaginaire. L’arrêt de l’aide n’a pas entraîné de famine en Zambie, qui pouvait se nourrir elle-même.
J’ignore si on peut en dire autant du Niger aujourd’hui.
Je suis prêt à accepter que nous avons bien affaire à une crise humanitaire grave, et non à une tentative du charity business de justifier son existence.
Il est tout à fait possible que ce soit Tandja qui se trompe sur l’ampleur de la crise.
Encore faudrait-il répondre sérieusement à ses arguments, en soulignant par exemple les enseignements que les ONGs ont tiré de leurs erreurs de 2002.
Mais la réaction aux déclarations du président nigérien suggère qu’une chose au moins n’a pas changé: l’Occident est convaincu que ses élans humanitaires sont forcément bons, et que ceux qui s’y opposent forcément méchants.
“Shut up and let us feed you”
When Niger’s president accused aid agencies of exaggerating the food crisis in his country, relief agencies responded with the fury of spurned generosity: How dare he bite the hand that feeds his own people?
The media, which had swooped on Niger after the BBC’s Hilary Andersson had first reported on the crisis in July, shared the aid workers’ outrage. The holy alliance between NGOs and journalists (you provide drama and we support your fund-raising effort by showing the pictures) was in full swing.
The Independent poured scorn on President Mamadou Tandja’s words by splashing them across its front page – “The people of Niger look well-fed, as you can see” – next to the picture of a skeletal child.
An online article by the BBC’s David Loyn accused Tandja of quibbling while Niger was starving: “How many dying babies make a famine?” Technically, he wrote, the crisis may not qualify as a “famine”, but pictures of desperate children “certainly look like ‘famine’ to the outside world”.
Loyn quoted Amartya Sen’s dictum that “no famine has ever taken place in the history of the world in a functioning democracy”, suggesting that Niger’s government was responsible for the crisis.
There you have it: callous leader ignores plight of his people and blames outsiders who are trying to help.
But Tandja’s comments should not have been dismissed so easily. They raised serious points about the appropriate response to a food emergency.
He was right to state that the crop failures and locust invasions that caused the food shortages were not particularly severe.
The farming website Fews paints a nuanced picture: the situation is critical in some areas, but Niger’s overall cereal output in 204-2005 is 11% down on a five-year average.
Tandja argues that by giving the impression that the whole country was in the grips of a famine, the NGO community was serving its own interest rather than Niger’s.
This is a not a ridiculous idea. We have been there before.
In 2002 the world heard of an imminent famine in Southern Africa. The UN warned about millions being at risk.
Journalists (including Hilary Andersson) fanned out across the region and found the pictures of dying babies they were looking for. The international aid machine went into full gear.
Among the countries watching all this with alarm was Zambia. Everyone said it was starving, while in fact it had only experienced a poor harvest with little rain in some regions.
Although the country was able to feed itself, the UN World Food Program was sending plane loads of surplus corn to Zambia, threatening to deal a massive blow to local farmers.
The Lusaka government put its foot down. It put a halt to aid shipments, citing the dubious excuse that the US grain it was receiving was genetically modified (the Zambians wanted to please Europe, in the naïve hope that they could one day break into EU markets).
The reaction was ferocious. As Der Spiegel noted in a recent article on aid which commendably does not endorse the NGO line, “countries which attempt to defend themselves against what is supposed to be charity have to expect to be harshly slapped down”.
The US ambassador to Zambia said: “Leaders who refuse to let their people have food should be put in the dock for the most serious crimes against humanity.”
Of course there was no such crime. The halt to aid shipments did not trigger a famine in Zambia, which was able to feed itself.
It may be that Niger 2005 is a not a repeat of Zambia 2002.
I am prepared to believe that the current emergency is real, rather than a case of the charity business trying to justify its existence.
But Tandja’s arguments should be countered rationally, not ridiculed. It would have been helpful, for instance, if NGOs had explained how lessons from the mistakes of 2002 had been learnt.
But the automatic response to the president’s comment gives suggests that at least once thing has not changed: the North still assumes that dumping tons of food aid on a country is good, and gets angry when the South fails to respond as a grateful ward.