Sardanapale

Archives for September 2009


# Posted on Friday 25 September 2009 - 2 Comments

On division of power

A few weeks ago I mentioned the crash of an Air France plane at Habsheim in 1988. The newly delivered Airbus A320 was to overfly an airfield in eastern France during a show, but went down into the forest. Three passengers died.

Following this post a pilot friend of mine gave me the book written a few years later by the captain, Michel Asseline.

He rejects the official ruling that the crew was to blame for flying too low, and says the investigation was a farce designed to conceal the early faults of the plane and protect Air France’s investment.

The flight and voice data recorders – which civil aviation officials allowed Airbus to process – were apparently doctored.

I’m not competent to pronounce on technical issues. But Asseline’s conclusion about French institutions has the ring of truth – and addresses a leading theme of this blog.

In a country where the state controls the bodies that make a plane, fly it, and regulate the aviation industry, conflicts of interest abound.

The book makes an interesting parallel between the A320 and Britain’s Comet jet in the 1950s. Up to a point, the same scenario unfolded.

A state-backed European aircraft manufacturer sought to challenged American supremacy (De Havilland; Airbus); the new plane uses revolutionary technology (jet engines; fly-by-wire); the national carrier is drafted to showcase the new wonder (BOAC; Air France); politicians burst with nationalistic pride; early crashes are blamed on pilots and minor “teething problems”, sparing the manufacturer’s blushes.

But the parallels end here.

In the case of the Comet , when one plane too many fell out of the sky in 1954, an investigation was finally launched with a view to actually determining the cause of the crash – as opposed to reassuring the public and allowing flights to continue with minor adjustments.

All Comets were grounded, and a hard-hitting official report identified the real cause of the crash: metal fatigue.

The fixes came too late to save the Comet: by the time the plane was ready to fly again, in 1958, the Americans had cornered the commercial jet market.

But the two episodes illustrate the opposite conceptions of the state that prevail on either side of the Channel.

Britain is no less elitist than France – and probably even more – but its elites are divided; in a nation that invented separation of power, it is taken for granted that a non-monolithic state is in the interest of the public.

In France, the “general interest” is whatever the government says it is, and to be pitted against one state-supported entity – as Asseline discovered – is to be pitted against the whole state.

L’État monolithe

Il y a quelques semaines j’évoquais ici l’accident de Habsheim en 1988. Un nouvel A320 d’Air France s’est écrasé dans la forêt lors d’un show aérien en Alsace. Il y avait des passagers: trois ont trouvé la mort.

À la suite de ce billet, un ami pilote de ligne m’a passé le livre écrit six ans plus tard par le commandant de bord, Michel Asseline, qui fut désigné comme responsable de l’accident, et vit ses qualifications retirées.

Dans Le pilote est-il coupable?, Asseline décrit le rapport d’enquête comme un “faux en écriture” reposant sur des données truquées, un vaste écran de fumée destiné à protéger Air France et Airbus.

Je n’ai pas la compétence pour me prononcer sur les problèmes techniques de l’A320 soulignés par Asseline (encore qu’il ne soit pas le seul à affirmer qu’en 1988, l’avion n’était pas prêt).

Mais dans sa conclusion, il touche à un point essentiel, et qui illustre l’idée directrice de ce blog: l’étatisme à la française, affirme Asseline, engendre une proximité malsaine entre le gouvernement, le constructeur, Air France et les régulateurs de l’aviation civile.

Tout le monde est lié avec tout le monde, avec de flagrants conflits d’intérêts. C’est ainsi que la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) a pu certifier des systèmes qui n’étaient pas encore au point, et fermait les yeux sur les entorses systématiques d’Air France à la règlementation.

Selon Asseline, le monde fermé de l’aviation officielle s’est serré les coudes:

“Se heurter à Airbus, à Air France, ou à la DGAC, c’est se retrouver face à l’État…

La catastrophe d’Habsheim a servi de révélateur et a mis en évidence les défauts et les dangers de ce système, où la raison d’État sert parfois à masquer les défaillances techniques ou humaines.

Le plus grand de ces dangers étant la concentration entre les mains d’organismes liés entre eux, par leur dépendance envers l’État, de la conception, de la certification et de l’exploitation d’un nouvel avion.”

Les enquêteurs ont non seulement commis une injustice contre un individu, mais ils ont failli à leur mission d’intérêt public.

Il aura fallu encore plusieurs années, avec leur lot d’accidents et de morts, pour que les problèmes de jeunesse de l’avion soient réglés.

Dans l’histoire de l’A320, l’État a servi les intérêts d’Airbus et non ceux des citoyens: il a laissé le constructeur lancer l’avion quand il l’a voulu, et lorsque les difficultés sont apparues, il a blâmé le pilote et permis à Airbus de revoir sa copie en douce.

Ces méthodes de république bananière contrastent avec celle de la Grande-Bretagne, où la division du pouvoir limite les conflits d’intérêt.

L’affaire du Comet britannique, le premier avion de ligne à réaction, que j’évoque en face, offre des parallèles et des contrastes intéressants avec celle de l’A320.

Sardanapale @ 10:08 am
Filed under: Britain andFrance

# Posted on Friday 18 September 2009 - Comments Off on La cigale, la fourmi et la banque centrale

Survival of the unfittest

A year on from the collapse of Lehman Brothers, everyone is giving their two cents’ worth on the crisis. I might as well too. (At a time when expertise needs as much deflating as financial assets, perhaps I should value my own opinion at just one cent.)

The analysis I found most convincing – and, strangely enough, the one that agrees most with my skepticism about state intervention – was Kenneth’s Rogoff’s.

Rogoff has been making the rounds of TV shows with a new book he co-authored: This Time is Different: Eight Centuries of Financial Folly.

In this post he challenges the prevailing view that it was a big mistake to allow Lehman to fail, and that by doing so then-Treasury Secretary Hank Paulson turned a local storm into a global tsunami.

The problem, Rogoff says, was not just with one bank. Most of Wall Street had used borrowed money to make huge bets on assets whose value was shrinking.

America was going through the tail end of a classic cycle of financial folly and panic.

Whether or not Lehman was allowed to fail, Rogoff contends, many of the big institutions that were later bailed out would have needed to be sooner or later.

Lehman’s fall, it is true, did spread panic and pain. But in a deflating bubble, failures are not only unavoidable, but healthy. How else are you going to restore finance to health if don’t allow purges?

Rogoff believe that the eventual decision to rescue all and sundry was a terrible call. The government guarantee implicit in the decades-long policy of “too big to fail” had encouraged risk-taking in the first place.

As the time-horored saying goes, the greed that drives markets has to be tempered by fear. The state’s decision to underwrite the whole system while keeping it in private hands entrenches such a “heads-I-win-tails-you-lose” culture.

Removing the possibility of failure, in the words of Gordon Gekko in the great movie Wall Street, leads to the “survival of the unfittest”.

What is to be done? In the absence of a market solution, banks should be forced to set more reserves aside, and told they are mortal. Provisions to wind them down should be made clear. The public guarantees they depend on should in due course be scrapped.

In the same spririt, I also recommend this Econtalk podcast with Allan Meltzer from February.

La Fontaine 2009

La cigale, ayant chanté
Tout l’été,
Et parié trente fois le stock de sa boutique
Pour des opérations de finance exotique,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue.

L’immobilier s’était effondré: pas de pot
Pour la cigale. On donnait peu cher de sa peau.
Elle alla crier famine
Chez la fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque cash pour subsister
Jusqu’à la saison nouvelle:

“Chère amie! Ah! C’est à se brûler la cervelle.
Mon entreprise est saine: allez-voir mon audit.
Depuis plus de 100 ans j’ai pignon sur Wall Street.
J’ai des fonds colossaux, et des bureaux à Londres!
Si vous ne m’aidez point, le système s’effondre.
Je vous paierai, foi d’animal,
Intérêt et principal.”

La fourmi n’est pas prêteuse:
C’est là son moindre défaut.
“Que faisiez-vous au temps chaud?”
Dit-elle à cette emprunteuse.
“Nuit et jour, à qui mieux mieux,
J’achetais, ne vous défrise.”

“Je vois je résultat, et il n’est pas glorieux.
Vous aviez tout prévu, sauf un début de crise.
Vous vous êtes fourrée en de bien jolis draps.
Et en plus vous vendiez des credit-default swaps!
Vos avoirs sont plombés: on ne peut rien y faire.
Ne comptez pas sur moi pour vous tirer d’affaire.”

Et la cigale chut. Sa faillite affola
La troupe cicadienne, et bien même au-delà.
Le crédit stoppa net: on ne prêtait que dalle,
Car un peu tout le monde avait été cigale.

C’est alors que l’État survint à grands galops
“Les financiers,” dit-il, “sont tous de beaux salauds
Mais s’agit d’abord de sauver la finance
Renflouons chacun d’eux, rachetons sa créance.
Le titre le plus glauque on va le payer cash
Et au prix fort! Cela limitera le krach.”

Ces mots inespérés ravissent les cigales
On danse, on chante, on boit – agapes sans égales –
Et l’on se congratule à grands coups de boni
On fait des bras d’honneur à la triste fourmi.
“Et la moralité,” dit-elle, “de la fable?”
“Moi qui fus prévoyante et prudente et solvable,
Je me demande à quoi m’ont servi ces vertus!”
Et la fourmi jura qu’on ne l’y prendrait plus.

Sardanapale @ 10:11 am
Filed under: Economy and trade

# Posted on Friday 11 September 2009 - 4 Comments

Discrimination and the (tennis) court

For three decades the US Open has paid equal prize money for men and women.

It’s not just the winners of the singles finals who will earn the same prizes: the principle of “equal pay” has applied at every stage since the first round.

In recent years Wimbledon and the Australian Open have adopted the same system. The French open has equal prize money for finalists only.

The dominant view – well the view that dominates Grand Slam tournaments – authorities is that equal pay is only fair. It would be discriminatory to pay players more or less according to their sex.

But for others, splitting prize money in two is anything but fair. In competitions where men play longer games, equal pay is discriminatory.

A Bleach Report article published before this year’s Wimbledon final calculated the hourly wage earned by the finalists over the whole tournament and asserted:

“Let’s say Venus beats her sister, Serena, in another one of those stellar 1:30 Williams sisters finals. That’ll be a total of only 8:04 for Venus to earn a $1.4 million check, or $172,480 per hour.

If Roger Federer wins his 15th Grand Slam title at Wimbledon this weekend, he’ll make only about $100,000 per hour.

That doesn’t seem fair.”

A woman commentator made the same point last week about the US Open:

“Until the women play three-out-of-five sets, as do the men, instead of two-out-of-three, I simply don’t see them as logging equal work on the court.”

I too find the system of equal pay for tennis champions questionable – but not for the reasons stated above.

Pay has never been determined by the hours worked – otherwise the dramatic reduction of working time over the past century would have meant an equally dramatic drop in wages.

In competitive labour markets, workers are not paid not in proportion to the time or effort they put in, but to the value they add to their employer’s bottom line.

Top supermodels earn in excess of $10m, because they bring money to the clothing designers and magazines that pay them.

They happen to be women. Male models’ wages are lagging far behind.

But there is no discrimination in this. Male models work just as hard as female ones.

You might say the women are easier on the eye, although that’s a matter of taste.

But hard work and good looks are irrelevant here.

Male models earn less because the fashion industry for men is much smaller than its female equivalent.

What about tennis: can you determine the productivity of male and women champions?

Perhaps the ATP earnings tables for the top 100 men and women players can help us.

Let’s look at the sums earned not by the top players – a larger proportion of their prize money comes from “equal pay” Grand Slam tournaments – but by the median player in both tables.

As of September 11, the figure was $370,000 for men, and $287,000 for women.

What this suggests is that male tennis brings in more money than female tennis – in terms of ticket sales, advertising revenue, TV rights, etc.

The difference is not enormous – about 30% – but it is real.

(Now I am aware of a certain circularity in my argument: wages are determined by productivity… which I deduce from wages. I’d be glad if someone could suggest a better way to assess the productivity of tennis players.)

It seems clear to me that men taking part in the US open are getting paid less they’re worth and the women more.

Now, I do not regard this as a great scandal – the guys make a decent enough living and other tournaments allow them to extract the full value from their labors.

But equal prize money is far from the model of justice its boosters claim it is.

Flushing Meadows: paie égale, travail inégal

Le tournoi de Flushing Meadows paye à ses participants exactement la même somme sans distinction de sexe.

Ce ne sont pas seulement les vainqueurs des finales qui se partageront le magot des finales à parts égales: les gains totaux attribués aux hommes et aux femmes auront été les mêmes à chaque tour.

Cette pratique, inaugurée par l’US Open il y a trois décennies, a depuis été adoptée par l’Open Australien et Wimbledon. Rolland Garros ne rémunère à égalité que les finalistes.

Pour l’opinion dominante – en tout cas celle qui domine les tournois du Grand Schlem – ce n’est que justice: il serait discriminatoire d’offrir à certains plus ou moins d’argent en fonction de leur sexe.

Mais pour d’autres, c’est le principe de “paie égale” qui est injuste. En effet, les hommes, qui jouent au meilleur de cinq sets, sont plus longtemps sur les courts que les femmes. À paie égale ne correspond pas travail égal.

Un article de Bleach Report publié avant la finale de Wimbledon il y a deux mois estime à environ $170,000 le salaire horaire de la championne et à quelque $100,000 celui du champion sur toute la durée du tournoi.

La conclusion de l’auteur: “Cela semble injuste.”

La semaine dernière une commentatrice américaine qui se dit féministe a fait la même constatation.

Quant à moi, le système de paie égale me semble aussi discutable, mais pas pour les raisons invoquées par ses détracteurs.

Depuis quand le salaire est-il déterminé par les horaires travaillés?

Un employé au triage des ordures dans une usine de recyclage californienne gagne $40,000 (sans compter l’assurance maladie et les cotisations retraite acquittées par l’employeur). Cela fait environ $20 de l’heure.

Faudrait-il exiger que quelqu’un qui passe 60 heures par semaine à fouiller les ordures d’un bidonville de Bombay – et dont le travail est essentiellement le même que notre californien hypothétique – touche un salaire de $60,000?

Si les salaires étaient fonction de la durée de travail, ils auraient fortement BAISSÉ dans tous les pays industrialisés depuis une centaine d’années. Or ils ont décuplé.

Ce n’est pas non plus le talent qui détermine le revenu: un joueur de seconde division portugaise aujourd’hui gagne plus que Pelé au plus haut de sa carrière.

Non, dans un marché du travail compétitif, le salaire d’un employé est fonction d’une seule chose: l’argent qu’il rapporte à son patron.

Les supermodels gagnent plus de $10m par an, tout simplement parce que les magazines et couturiers qui les rémunèrent y trouvent leur compte.

Il se trouve que ces top models sont des femmes – les revenus de leurs collègues masculins sont loin derrière.

Mais il n’y a là aucune discrimination. Les hommes travaillent aussi dur que les femmes. Si celles-ci gagnent plus que ceux-là, c’est simplement que le marché de la mode féminine est plus important, et donc rapporte plus à ceux qui réussissent, que celui de la mode masculine.

Qu’en est-il du tennis? Peut-on déterminer la productivité des champions hommes et femmes?

Les chiffres fournis par L’ATP concernant les gains des 100 premiers joueurs mondiaux pour 2009 nous aident dans cette tâche.

Regardons non pas les revenus des meilleurs joueurs, dont une forte proportion vient d’un Grand Schlem soumis à la loi de l'”equal pay”, mais ceux du joueur médian.

Au 11 septembre, ce chiffre était de $370,000 pour les hommes, et $287,000 pour les femmes.

Le tennis masculin rapporterait donc à ses organisateurs environ 30% de plus que le tennis féminin.

Il s’agit plus d’une approximation qu’une estimation rigoureuse, mais il est clair que les hommes jouant à Flushing Meadows gagnent moins que ce qu’ils valent, et les femmes plus.

Je ne considère pas cela comme un énorme scandale – ces hommes gagnent bien leur vie et se rattrapent en partie sur les autres compétitions. Et je ne recommande certainement pas un salaire horaire unique.

Mais j’estime que le système de “paie égale” est d’une justice douteuse.

Sardanapale @ 1:23 pm
Filed under: Economy and trade