Sardanapale

Posted on Friday 21 August 2009

Skidelsky on the finance crisis

A few excerpts from Robert Skidelsky’s excellent New York Review of Books article on the financial crisis:

“The two most popular explanations to have emerged are the “money glut” and the “saving glut” theories. The first blames the crisis on loose fiscal and monetary policy, which enabled Americans to live beyond their means.

In particular, Greenspan, chairman of the Federal Reserve in the critical years until his retirement in early 2006, used low interest rates to keep money too cheap for too long, thus allowing the housing bubble to get pumped up till it burst.

The second explanation sees cheap money in the US as a response to a “global saving glut” originating in East Asia and the Middle East.

The “exorbitant privilege” enjoyed by the US dollar as the world’s key currency allowed the US to pursue a fiscal and monetary policy that pushed domestic demand for goods and services well beyond domestic output, thereby absorbing the foreign savings hurled at it.

The trouble was that foreign, and particularly Chinese, “investment” in the US economy, which in recent years has taken the form of buying US Treasury bonds, failed to create a corresponding flow of American tradable goods and services with which to repay the borrowing.

As a result, America’s domestic and foreign debt just went on increasing…

Martin Wolf, the world’s most respected financial columnist—mainly for the Financial Times—published a book in 2004 called Why Globalization Works. He saw globalization as a mighty engine for ending global poverty, and was scornful of arguments against it, most of which he dismissed as lacking professional competence.

He pointed to the huge success of China in reducing extreme poverty (people living on less than $1 a day). He saw no problem arising from the macroeconomic imbalances that resulted from lopsided trade…

Wolf’s most recent book, Fixing Global Finance, marks a turning point in his worldview.

Written in 2007, just before the first signs of the current financial crisis were starting to register, it explains how unprecedented macroeconomic imbalances have repeatedly created the preconditions for financial crises over the last three decades…

Wolf’s main argument is that the microeconomics of finance is intimately intertwined with the nature of the global macroeconomy. If the latter is not sound, the former will not be sound either…

Despite the density of its argument and its skepticism about the possibility of reform in the short term, Wolf’s book offers important pointers to the way ahead.

But his story is only half-told. He has very little to say about America’s responsibility for both creating and ending the system of global imbalances.

For the fact is that the present system has suited the United States—specifically the power holders in the United States—just as much as it has those in China.

But secondly, the American–Chinese symbiosis has been excellent for US business profits. American businessmen have been complicit in Chinese “super-competitiveness” by arranging for manufacturing jobs to be moved to China from the US in order to cut costs…

Morally, the financial community has been living well beyond its means.

But perhaps above all, by getting other countries to finance its imperial pretensions, the US government has been able to live beyond its means.

Wolf refers in several places to the “exorbitant privilege” of the US dollar, but omits entirely to discuss the political benefits that this privilege buys…

The new arrangement allowed the United States to continue to enjoy the political benefits of “seigniorage”—the right to acquire real resources through the printing of money.

The “free” resources were not just unpaid-for imported consumer goods but the ability to deploy large military forces overseas without having to tax its own citizens to do so.”

Ultras contre libéraux

Pertinent article de Robert Skidelsky dans la New York Review of Books sur la crise financière.

Il expose clairement les théories rivales sur ses causes: le savings glut (surplus d’épargne) et le money glut (surplus d’argent).

D’après les partisans du money glut, la Federal Reserve américaine est responsable de la débacle par son laxisme monétaire.

Les adeptes du savings glut mettent l’accent sur les déséquilibres financiers internationaux: les pays exportateurs asiatiques, échaudés par le crise monétaire de 1997-98 et soucieux d’accumuler des réserves en dollars, ont recyclé leurs capitaux aux États-Unis.

La Fed ne pouvait pas grand chose contre cet afflux de capitaux, qui a alimenté la bulle boursière et immobilière.

La crise est-elle le résultat d’un mauvais fonctionnement des marchés globaux, où d’erreurs commises par les pouvoirs publics américains?

Il est important de noter qu’il ne s’agit pas d’un débat entre partisans et adversaires du libéralisme.

Au contraire, il met en évidence les deux principaux pôles d’attraction qui s’opposent au sein de la galaxie libérale.

D’une part les libertariens – pour qui le marché ne saurait avoir tort – trouvent dans la crise une nouvelle occasion de dénoncer la main visible de l’État.

D’autre part les libéraux classiques estiment que le libre jeu de la concurrence ne donne pas automatiquement un résultat optimum (Adam Smith se contentait de dire de l’agent économique: “By pursuing his own interest he frequently promotes that of the society more effectually than when he really intends to promote it.”)

Les classiques mettent l’accent sur la nécessité d’une architecture institutionnelle saine, sans laquelle les marchés ne peuvent fonctionner.

La querelle sur les causes de la crise relance ce débat entre ces deux poles du libéralismes. Certains, comme Tom Woods ou Peter Schiff, n’ont pas de mots assez durs contre la Fed.

D’autres, comme Martin Wolf ou David Henderson, défendent Ben Bernanke et Greenspan – lesquels sont aussi d’éminents libéraux.

Skidelsky souligne à ce propos l’évolution de Wolf. Dans un fameux livre publié en 2004, Why Globalization Works, il louait la mondialisation, y compris dans le domaine financier.

Wolf constatait les déséquilibres occasionnés par l’accumulation de réserves en dollars par les pays asiatiques, mais il jugeait ces déséquilibres bénins: l’ordre spontané des choses ne pouvait pas faire trop de dégâts.

Dans son dernier livre, il change totalement de perspective. Son titre est évocateur: Fixing Global Finance. La finance a besoin d’être réparée: elle ne saurait se tirer d’affaire elle-même.

La solution pour Wolf est avant tout institutionnelle.

La position de Skidesky dans ce débat est intéressante. Il partage en grande partie le diagnostic de Wolf. On ne peut pas mettre Skidelsky dans le camp des libertariens.

En fait son article est celui d’un libéral classique, un peu énervé du ralliement tardif de Wolf au scepticisme smithien.

Mais Skidelsky reprend certaines analyses libertariennes, notamment lorsqu’il reproche à Wolf d’exonèrer trop rapidement les élites américaines, qui selon lui portent une lourde responsabilité dans la crise.

Les Américains, affirme Skidelsky, ont été complices d’un système où ils se sont retrouvés avec le beurre (enfin, les produits que lui vendaient la Chine et les autres) et l’argent du beurre – position confortable sur le court terme mais intenable à long terme.

Sur la fin, Skidelsky s’envole vers des hauteurs géopolitiques hasardeuses, mais son article aide à la compréhension d’un débat crucial. Je reproduis des extraits en face. L’article intégral est ici.

Sardanapale @ 10:13 am
Filed under: Economy and trade
  1.  
    August 24, 2009 | 6:26 pm
     

    Super éclairage sur les positions libérales. Cela tranche, aussi, avec le discours ambiant comme quoi la crise financière est avant tout le résultat d’un soit disant libéralisme à outrance.

    De ma toute petite place dans la galaxie libérale, il me semble que la racine de la crise financière (et plus généralement des dérives observées sur les marchés financiers) se situe au niveau du décollement progressif de la notion de risque de celle du profit. Ces deux piliers auparavant inséparable, soutiennent le système et contribue a son équilibre. Depuis que la finance, par sa puissance, a trouvé le moyen de décoller le profit du risque (ex avec le re-découpage et la revente des actifs pourris), il n’y a plus aucune limites.

    A l’écoute des avis ou oppositions a cette petite théorie personnelle :)

    A bientôt.

  2.  
    Sardanapale
    August 25, 2009 | 9:26 am
     

    Merci. Je suis bien d’accord sur le calamiteux décrochage du profit et du risque. Mais j’en rendrais plutôt les politiques responsables. Il ne tenait qu’aux autorités américaines et britanniques de laisser couler les groupes qui avaient fait de mauvais paris (AIG, Lehman, Freddie, Fannie, Northern Rock et tant d’autres). Au lieu de cela, on les a repêchés. C’est à dire qu’on les a soustraits aux conséquences de leurs erreurs. C’est ce que j’ai appelé ici le “capitalisme sauvetage”, c’est à dire le contraire du capitalisme. J’aurais certainement l’occasion de parler de votre excellent blog!

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