Sardanapale

Posted on Thursday 9 April 2009

Legalizing bossnapping

In recent weeks, France has pioneered a novel way of defending jobs: kidnapping bosses.

Employees at Sony, Caterpillar, 3M, the German car-parts maker Continental and the British-owned firm Scapa have taken managers hostage.

Such tactics are not exactly new. In the 1970s they were used as part of the struggle against capitalism.

The novelty is that now bossnapping is being practiced for non-ideological ends – to prevent plant closures or secure better redundancy terms.

There is one problem: holding someone captive is a crime in France. But this problem can easily be overcome.

All that is needed is a law recognizing and regulating what has become accepted practice.

You might object: “Legalizing the kidnapping of bosses would be irresponsible.

Every single political leader has condemned such acts in the harshest terms, from Socialist Martine Aubry to the conservative president, Nicolas Sarkozy.”

I reply: in a democracy what matters is not what elites preach, but what ordinary people practice and recognize as legitimate.

A growing body of French opinion supports bossnapping – 45% according to a poll released this week.

Even the targets don’t seem to mind. The 3M manager seized last month he was satisfied that what had happened had broken the impasse at the firm.

In the latest incident, a spokesman for the British firm Scapa described this week’s hostage taking as a “non-aggressive action”, and pointedly noted that the unions had brought the four kidnapped managers dinner.

And most importantly perhaps, bossnapping is now implicitly endorsed by the judicial authorities.

Despite calls for punishment from politicians from Sarkozy down, none of the recent incidents have led to a single prosecution.

But France is a written-law country. The justice system cannot update legislation by itself. That is the responsibility of the legislative branch.

Parliament should work forthwith to end the fill the legal vacuum surrounding the kidnapping of bosses, bringing the law into line with both accepted practice and the wishes of the people.

Deputies should determine, say, the grievances over which a manager can be held: is any redundancy sufficient, or must there be a plant closure?

The conditions of detention need to be agreed: is the boss due a sandwich every three or six hours? What about toilet breaks?

Wildcat actions are not acceptable. In the country that invented the civil code, the rights and duties of both the hostages and hostage takers must be spelt out by law. Over to you, legislators!

Pour les séquestrations de patrons

La France a inauguré une méthode inédite de lutte pour l’emploi: la séquestration des patrons.

De tels enlèvements ont certes été pratiqués par le passé, mais dans un esprit purement idéologique.

L’usage utilitariste de cette méthode, afin d’empêcher les fermetures d’usines ou d’obtenir de meilleures conditions de licenciement, est une nouveauté.

Un seul problème: l’atteinte à la liberté des êtres humains – catégorie à laquelle de nombreux patrons appartiennent malgré tout – est un crime.

Mais ce problème n’a rien d’insurmontable.

On peut tout à fait mettre le droit en conformité avec le fait en légiférant sur une pratique de plus en plus acceptée.

J’entends d’ici les objections: “Légaliser la prise d’ôtage économique? Vous n’y pensez pas!”

“Tous les partis, même le PS, condamnent ces dérapages dans les termes les plus durs…”

Je réponds: la condamnation n’est pas unanime. L’euro-député socialiste Vincent Peillon juge les séquestrations “compréhensibles”.

Ensuite, les politiques sont clairement en retard sur l’opinion publique: une partie grandissante de nos concitoyens (45%, selon un sondage CSA publié cette semaine) juge acceptable cette forme d’action.

Surtout, les séquestrations sont de fait acceptées par l’autorité judiciaire. Aucune poursuite n’a été engagée dans les affaires de ces dernières semaines.

La validité de cette forme de revendication a même été implicitement reconnue par les victimes elles-mêmes, qui se sont empressées de minimiser les préjudices subis, ainsi que par le chef de l’État.

Au lendemain des enlèvements à Caterpillar, Nicolas Sarkozy s’est engagé à “sauver” cette société dont il ne s’était jamais préoccupé auparavant.

C’est donc bien le pouvoir législatif qui est en retard sur le judiciaire, l’exécutif, sans parler du peuple (notre institution la plus puissante), qui ont tous implicitement ou explicitement avalisé ces actions.

La France a toujours été un pays de droit écrit: il est urgent de mettre à jour une législation désormais obsolète, et de mettre fin au vide juridique qui entoure les séquestrations.

Il s’agirait, par exemple, de déterminer pour quel motif on a le droit de kidnapper son patron: un plan social suffit-il, ou faut-il qu’il y ait fermeture d’usine?

Doit-il y avoir une durée limite de détention? Quels sont les droits et les devoirs de séquestreurs? L’octroi d’une collation et d’une pause pipi s’impose-t-il toutes les trois ou six heures?

Autant de questions urgentes à trancher par le législateur… Comme l’a dit le Président Sarkozy, le Parlement ne doit plus faire de la figuration: messieurs et mesdames les députés, au travail!

Sardanapale @ 5:47 pm
Filed under: France
  1.  
    jean dupond
    April 10, 2009 | 10:12 am
     

    Je soutiens totalement votre proposition de loi qui est frappé au coin du bon sens. Citons en d’abord les inconvénients pour en faire ressortir les bienfaits. Le plus visible est celui que vous citez – l’atteinte aux droits de l’homme – c’est aussi le plus facile à réfuter : regardez ou en est le droit de propriété. Des anti-prohibitionnistes de principe seront en revanche contre toute intervention dans ce domaine. L’état n’a pas à s’immiscer dans des relations interpersonnelles. Votre loi est liberticide, attentatoire aux droits des salariés. Elle l’est évidemment. d’autres se demanderont pourquoi légiférer alors que tout se passe en parfaite intelligence entre gens de bonne volonté ; vous pointez l’empressement des otages à souligner tous les égards auxquels ils ont eu droit durant la séquestration. C’est à regret qu’ils se retrouvent libres. Si ce trait est curieux, il est suffisamment documenté dans notre histoire pour en faire une loi (au sens de la gravitation): Ce n’est pas tant que nous haïssions la liberté plutôt qu’elle ne nous pèse. Elle nous ennuie. Nous n’avons rien contre elle mais elle fatigue. On l’accepte, on la tolère, mais on aimerait qu’elle se comportât en invité. Qu’elle se fasse discrète. Elle est là ? Notre sens de l’hospitalité nous commande de lui faire une place. Timidement, Veut-elle s’appliquer ? On trouve qu’elle en fait trop. En un mot elle nous distrait dans nos tâches quotidiennes (Relire Tocqueville – toute son œuvre ne parle que de ça.). Je diverge. Malgré tout les bonnes raisons de ne pas intervenir, je me rallie enthousiaste à la proposition. Comme vous le soulignez, nous sommes un pays de droit écrit, il est dans le génie de la nation de légiférer. Et puis votre proposition est pragmatique. Il faut faire foin des idéologies, des principes, du systématisme, des idées a priori qui se baladent dans l’Ether des concepts platoniciens (voir la citation de Bastiat dans une de vos dernières chroniques). Du concret, du pragmatisme, de l’observation des faits, du réalisme.
    Il faut écrire une pétition pour l’adoption de votre loi, qui est balancée, bi-partisane en un mot. Elle ne milite pas en faveur de tel ou tel catégorie, elle protegera aussi bien les salariés que les patrons. Aucun personne de bonne foi ne pourra la critiquer. Elle commencera par rappeler les principes; les prises d’otages ne sont pas tolérés dans notre pays, pour finir par démontrer que non seulement elle le sont, mais qu’elles sont encouragées, qu’elles doivent prendre une place plus grande dans le dialogue social qui doit avoir lieu dans le respect de la personne humaine et sans violence etc. etc. d’où ce texte (Qu’on appellera la loi Sardanapale, en toute justice).

    Changeons de sujet – mais pas tant que ca – Extrait du site Bastiatsociety. Com
    “Part humor, part scary truth, Saturday Night Live portrays the President’s economic plan.
    A notable excerpt: “Let me assure you that in the days ahead my administration intends to do to every industry in this country exactly what we are doing to the auto industry.”
    . je me suis toujours demandé pourquoi aider l’automobile et plutôt que les balais brosses? La meilleure réponse que j’avais trouvé c’est: l’ordre alphabetique. Ca viendra vite pour les balais brosses. Les directeurs de zoos sont plus inquiets.

  2.  
    Sardanapale
    April 10, 2009 | 4:16 pm
     

    Ahh! Merci de votre soutien! Eh oui: cette opposition de principe aux prises d’ôtages relève d’un absolutisme buté. C’est comme ces idéologues qui autoriseraient de crier “au feu” dans un théâtre bondé au nom de la liberté de parole! Ou ces ayatollahs libre-échangistes justement épinglés la semaine dernière par nos plus brillants intellectuels dans l’émission l’Esprit Public (à écouter! On peut résumer leur sage proposition ainsi: liberté du commerce oui, mais uniquement avec ceux qui achètent français.)

    Pragmatisme, réglementation, modération en tout, surtout dans la défense de la liberté, voilà la bonne maxime. Espérons que cette propositio ralliera d’autres esprits pratiques.

    Sur Obama: excellente citation. Je salue l’évolution du système économique américain du capitalisme sauvage au capitalisme sauvetage.

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