Sardanapale

Posted on Wednesday 4 March 2009

War prosperity and other oximorons

“Most economists agree that what finally pulled the US out of the Great Depression was military spending for World War II.”
John B Judis, January 2009

“The Great Depression did eventually come to an end, but that was thanks to an enormous war.”
Paul Krugman, February 2009

“What’s wrong with a little destruction?”
Franz Ferdinand, October 2005
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The old meme that the Second World War finally lifted America out of the depression has been replicating vigorously in recent weeks.

Oddly enough, the analysts spreading it used to be fierce critics of George Bush’s wars.

As supporters of Obama’s mega-stimulus (if anything, it’s not mega enough for them), they might be expected to stress the role played by FDR’s deficit spending and interventionism in putting America on the path to prosperity.

But no, as these liberals see it, the recovery had nothing to do with the New Deal, and everything to do with World War II.

The reasoning behind this idea is not new. In the 18th century, many attributed Britain’s economic and financial clout to its colonial and European wars.

Curiously (something about war seems to invite muddled thinking) the massacres of that era are not seen as having brought wealth to France, which everyone accepts was bled dry by successive conflicts.

The contrasting fortunes of the two countries suggest that war is not a cause but a test of prosperity: healthy, market-friendly Britain was able to sustain the burden while absolutist France was not – in the same way the US could afford the Cold War, which that broke the back of the USSR.

Prescribing war as a cure for economic woes is like telling a weak patient to strip naked and wallow in the snow, as that is what Scandinavians in rude health do.

I have nothing against war (as a matter of fact, I might be accused of being a bit too fond of it), but I can’t see how it can create wealth.

How do our war-lovers argue that death and destruction on a heroic is good for the economy?

The argument goes like this: when the government buys tanks, combat helicopters and frigates, it creates jobs. The new workers and investment spur demand in the rest of the economy, leading to further consumer spending as the “multiplier effect” works its magic.

If spending on death and destruction is so beneficial, it’s a wonder democratic states don’t wage war more often!

What we have here is a fallacy pointed out by Frédéric Bastiat in 1850 in his famous “broken window” parable:

“But if you come to the conclusion, as is too often the case, that it is a good thing to break windows, that it causes money to circulate, and that the encouragement of industry in general will be the result of it, I have to call out, ‘Stop!’

Your theory is confined to that which is seen; it takes no account of that which is not seen.

It is not seen that as our shopkeeper has spent six francs upon one thing, he cannot spend them upon another.

It is not seen that if he had not had a window to replace, he would, perhaps, have replaced his old shoes, or added another book to his library.

In short, he would have employed his six francs in some way, which this accident has prevented.”

Government spending is not created out of thin air: it has to be taken from the present or future wealth of nations.

When the state drafts 40% of the workforce into the armed forces and the munitions industry – as the US did at the height of World War II – huge resources are diverted away from the rest of the economy.

There is no getting away from it: the remaining 60% of the working population cannot possibly maintain civilian production at pre-war levels.

Hard as she might work – and even allowing for more intensive wartime use of capital – a worker cannot build both bombs and fridges.

In a fascinating Econtalk interview, Robert Higgs recently exposed the myth of war prosperity.

Besides the gigantic siphoning off of manpower and capital, Higgs stresses that the much-reduced civilian share of economy was not functioning properly.

It was subject to controls and regulations that distorted signals and created enormous inefficiencies.

Furthermore, Higgs shows, America’s command-and-control system made standard measures of economic performance meaningless.

The idea of war-induced wealth is based on spurious data.

“A better-grounded interpretation is that during the war the economy was a huge arsenal in which the well-being of consumers deteriorated,” he says.

Genuine prosperity did not return until after the war.

To listen to the podcast follow this link. The page contains a wealth of information on the war economy.

Canons contre beurre

Plusieurs commentateurs américains ressortent l’idée selon laquelle ce serait la guerre qui aurait mis fin à la Grande Dépression (citations en face).

Ces analyses ont de quoi surprendre de la part d’adversaires implacables du militarisme bushien.

En ces temps de relance effrénée, on s’attendrait à ce qu’ils évoquent plutôt le New Deal.

Mais non: ils affirment, sur le ton de l’évidence, que ce n’est pas Roosevelt qui a remis sur pied l’économie américaine, mais bien la Seconde Guerre mondiale.

Le raisonnement qui sous-tend cette idée est ancien.

Au XVIIIe siècle, on attribuait volontiers l’essor économique de l’Angleterre aux guerres européennes et coloniales qu’elle a menées.

Curieusement, dans le cas de la France, on admet que les campagnes de Louis XIV et Bonaparte, loin d’avoir eu de rôle de stimulation, ont saigné le pays à blanc…

Ces fortunes contrastées suggèrent où sont l’effet et la cause: c’est bien parce que la Grande Bretagne bénéficiait d’un corps économique sain, non grevé par les entraves administratives, qu’elle a pu combattre l’expansionnisme français pendant plus de 100 ans, et non l’inverse.

La France, affaiblie par l’absolutisme, a moins bien résisté à l’épreuve des tueries.

La guerre ne fait pas la santé économiques, elle en est le révélateur – ce fut également le cas pour la Guerre froide, qui a moins enrichi les USA que fait plier une Union soviétique incapable de supporter le fardeau.

Prescrire le militarisme comme remède aux maux économiques, c’est comme envoyer les bronchiteux se refaire une santé en se vautrant à poil dans la neige, sous prétexte que les Scandinaves robustes s’adonnent à cette saine activité.

La guerre ne me répugne pas (j’ai même peut-être trop tendance à être pour), mais je vois mal comment on peut y voir une source de prospérité.

Par quel miracle l’anéantissement massif des vies et des infrastructures peut-il avoir un effet productif?

Pour nos polémophiles, la réponse est toute trouvée: lorsque l’État achète des chars, des frégates et des hélicoptères de combat, il crée des emplois.

Ces nouveaux travailleurs et facteurs de productions stimulent la demande et les investissements dans le reste de l’économie, et ces dépenses créent à leur tour de la demande.

On ne demande dès lors pourquoi les États démocratiques ne se lancent pas plus souvent dans la guerre…

En fait, nous avons affaire à un sophisme épinglé jadis par Frédéric Bastiat dans sa fameuse parabole de la “vitre cassée”:

“Mais si, par voie de déduction, on arrive à conclure, comme on le fait trop souvent, qu’il est bon qu’on casse les vitres, que cela fait circuler l’argent, qu’il en résulte un encouragement pour l’industrie en général, je suis obligé de m’écrier: halte-là!

Votre théorie s’arrête à ce qu’on voit, ne tient pas compte de ce qu’on ne voit pas.

On ne voit pas que, puisque notre bourgeois a dépensé six francs à une chose (payer le vitrier pour remplacer un carreau), il ne pourra plus les dépenser à une autre.

On ne voit pas que s’il n’eût pas eu de vitre à remplacer, il eût remplacé, par exemple, ses souliers éculés ou mis un livre de plus dans sa bibliothèque. Bref, il aurait fait de ces six francs un emploi quelconque qu’il ne fera pas.”

Il ne faut jamais oublier que l’État n’a pas de ressources autres que celles des citoyens présents et futurs. La guerre étant éminemment une affaire d’État, elle ne peut pas créer de la richesse, seulement la détourner.

Certes, la Seconde guerre mondiale a éliminé le chômage aux États-Unis, mais il l’a fait en retirant 12 millions d’hommes jeunes – la partie la plus productive de la population – des circuits productifs.

Dans une interview éclairante sur Econtalk, l’historien Robert Higgs a récemment démonté les artifices statistiques qui ont fait croire à effort économique pendant la guerre (chômage zéro, hausse des dépenses des ménages, etc.)…

Mais au plus haut du conflit, en 1943-44, 40% de la population active était soit sous les drapeaux, soit affectée aux industries d’armements.

Il est inconcevable que 60% de la main d’oeuvre ait pu pourvoir aux besoins de toute la population – même si en admettant une utilisation plus intensive du capital.

La vielle dichotomie du beurre et des canons est valide: un ouvrier ne peut pas fabriquer à la fois des missiles et du demi-sel.

L’économie américaine n’était pas seulement grevée par un gigantesque détournement de ressources, explique Higgs, mais aussi par un encadrement étatique sans précédent.

Contrôle des prix et des loyers, inflation: les signaux économiques étant totalement brouillés, engendrant opacité et gaspillage.

Les critères normaux employés pour mesurer la performance perd toute signification dans cette mascarade qu’est l’économie de guerre.

Je recommande chaudement l’interview de Higgs, qu’on trouvera ici, ainsi qu’une utile documentation.

Sardanapale @ 7:48 pm
Filed under: Economy and trade andUSA

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