Sardanapale

Posted on Tuesday 4 November 2008

Obama and the politics of crowds

Fouad Ajami has a superb piece in the Wall Street Journal about the Obama phenomenon:

“There is something odd – and dare I say novel – in American politics about the crowds that have been greeting Barack Obama on his campaign trail. Hitherto, crowds have not been a prominent feature of American politics.

We associate them with the temper of Third World societies. We think of places like Argentina and Egypt and Iran, of multitudes brought together by their zeal for a Peron or a Nasser or a Khomeini. In these kinds of societies, the crowd comes forth to affirm its faith in a redeemer: a man who would set the world right.

As the late Nobel laureate Elias Canetti observes in his great book, “Crowds and Power” (first published in 1960), the crowd is based on an illusion of equality: Its quest is for that moment when “distinctions are thrown off and all become equal. It is for the sake of this blessed moment, when no one is greater or better than another, that people become a crowd.”

These crowds, in the tens of thousands, who have been turning out for the Democratic standard-bearer in St. Louis and Denver and Portland, are a measure of American distress (…)

Save in times of national peril, Americans have been sober, really minimalist, in what they expected out of national elections, out of politics itself. The outcomes that mattered were decided in the push and pull of daily life, by the inventors and the entrepreneurs, and the captains of industry and finance.

To be sure, there was a measure of willfulness in this national vision, for politics and wars guided the destiny of this republic. But that American sobriety and skepticism about politics — and leaders — set this republic apart from political cultures that saw redemption lurking around every corner.

My boyhood, and the Arab political culture I have been chronicling for well over three decades, are anchored in the Arab world. And the tragedy of Arab political culture has been the unending expectation of the crowd – the street, we call it – in the redeemer who will put an end to the decline, who will restore faded splendor and greatness (…)

America is a different land, for me exceptional in all the ways that matter. In recent days, those vast Obama crowds, though, have recalled for me the politics of charisma that wrecked Arab and Muslim societies. A leader does not have to say much, or be much. The crowd is left to its most powerful possession – its imagination.

From Elias Canetti again: “But the crowd, as such, disintegrates. It has a presentiment of this and fears it… Only the growth of the crowd prevents those who belong to it from creeping back under their private burdens.”

The morning after the election, the disappointment will begin to settle upon the Obama crowd. Defeat — by now unthinkable to the devotees — will bring heartbreak. Victory will steadily deliver the sobering verdict that our troubles won’t be solved by a leader’s magic.

Obama et la politique de la foule

Fouad Ajami, l’un des observateurs les plus profonds de vie américaine, a écrit récemment un magnifique article sur le phénomène Obama.

Pour lui, le ralliement massif au candidat démocrate depuis l’accélération de la crise financière est un signe du grave malaise dont souffre la société américaine.

Nous avons avons affaire, selon Ajami, à la “politique de la foule” analysée par Elias Canetti dans son livre Masse et puissance (1960).

La quête d’un sauveur par un peuple artificiellement unifiée par une névrose collective est un phénomène répandu, une sorte de degré zéro observé dans de nombreux pays politiquement sous-développés (Ajami parle du monde arabe, où il a grandi, et l’Amérique latine – j’ajouterai quant à moi la France).

Ajami souligne que ce phénomène était jusqu’à présent extrêmement rare aux États Unis:

“Mis à part les périodes de péril national, les Américains sont toujours restés sobres, minimalistes, dans ce qu’ils attendaient des électins natinales et de la politique elle-même.

Les résultats qui comptaient pour eux étaient décidés dans le tohu-bohu de la vie quotidiene, par les inventeurs et les créateurs d’entreprises, par les capitaines de l’industrie et la finance.

Bien sûr, il y avait un certain volontarisme dans cette vision nationale, car la politique et la guerre ont marqué la destinée de la république.

Mais cette sobriété et ce scepticisme américains vis-à-vis de la politique – et ses dirigeants – distinguaient la républiques des cultures politiques qui cherche perpétuellement la rédemption au coin de la rue.”

Les foules qui saluent Obama évoquent, aux yeux d’Ajami, une tentation du charisme qu’il connaît bien.

“Mon enfance, et la culture politique arabe que je commente depuis plus de trios décennies, sont ancrées dans le monde arabe.

Et la tragédie sue de la culture politique arabe est l’attente constante de la foule – la rue, comme on dit – d’un rédempteur qui mettra fin au déclin, qui rétablira la spendeur et la grandeur passées.”

Ajami sait bien que l’Amérique ne va pas céder durablement à un tel vertige.

Le phénomène dont a bénéficié bénéficié Obama montre que même une démocratie saine comme l’Amérique n’est pas à l’abri d’un accès l’infantilisme politique.

J’aime bien Obama et je lui souhaite bonne chance.

Mais je crains, avec Ajami, que le nouveau président soit incapable de satisfaire les attentes contradictoires de la foule éperdue et déboussolée qui l’a élu.

Des extraits de son article publié par le Wall Street Journal sont en face. L’original est ici.

Sardanapale @ 9:13 pm
Filed under: USA
  1.  
    Le GR
    November 9, 2008 | 8:32 am
     

    Tout à fait d’accord avec cette analyse : Obama est un personnage charismatique (et j’aurais voté sans hésiter pour lui si j’avais été américain), mais le charisme est quelque chose d’assez irrationnel et qui peut être dangereux sans garde-fou. Mais rassurons-nous, les fondateurs de la constitution US savaient que le pouvoir pouvait être dangereux et c’est pourquoi ils y ont mis des limites. Aucun risque de voir aux EU les dérives auxquelles nous sommes en train d’assister en France à l’ère de la démocratie d’opinion : un État de plus en plus envahissant (mais si c’est possible! il vous empêche de fumer, bientôt de prendre un happy hour, et il ne tardera pas à s’immiscer dans votre chambre à coucher soyez-en sûr…) et une vie politique qui vire au télévangélisme (voir show royal). Tout cela sous l’oeil indifférent d’une presse trop occupée à jouer les Jean Moulin d’opérette devant la démocratie-en-danger-face-à-Sarkozy-qui-contrôle-les-médias-bla-bla-bla-bla-bla-bla

    P. S. Petit conseil de lecture aux fidèles de Sardanapale : Philippe Nemo : “Les deux Républiques françaises”, PUF, 2008.
    En voici un honnête compte-rendu :
    http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article54

    Mes salutations à l’ami Sardanapale.

  2.  
    Sardanapale
    November 10, 2008 | 6:41 pm
     

    Merci au GR, dont les compliments me vont droit au coeur. Vous n’êtes pas le premier à me conseiller Philippe Nemo… Noël approchant, c’est une bonne suggestion.

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