Sardanapale

Archives for November 2008


# Posted on Monday 24 November 2008 - No Comments

Hooked on aid

The BBC website has published an article by a Sierra Leonian journalist about the effects of aid on Africa. The continent, Sorious Samura argues, has little to show for the $400bn it has received over 50 years:

“People often say a nation gets the government it deserves. And we Africans have certainly made some bad choices in terms of leaders, but all too often Western aid has ended up bankrolling them.

Aid has offered legitimacy to corrupt and autocratic regimes, allowing them to hang on to power even when they have lost popularity with their own citizens…

Many sub-Saharan African countries have had high levels of aid dependence – in excess of 10% of gross domestic product, or half of government spending – for decades.

When half the government budget comes from aid, African leaders find themselves less inclined to tax their citizens.

As a result, governments that are highly dependent on aid pay too much attention to donors and too little to the actual needs of their own citizens.

And unfortunately donors have their own objectives which are not always the same as the citizens of African countries.

Building new schools and clinics in record numbers looks good on paper and makes politicians look good in front of voters back home.

But when these clinics lack the most basic facilities and there are not enough teachers in the classroom, it is the ordinary Africans who get a raw deal.

Another criticism of aid increasingly voiced by Africans, but rarely heard in the West is that it sponsors failure, but rarely rewards success.

While I was filming in Uganda, local newspaper editor Andrew Mwenda took me and my crew to his home village near the town of Port Loco in the west of the country. There he introduced us to two men, one in his sixties and one aged 26.

‘This man represents the tragedy of aid,’ he said pointing to the older of the two. ‘While this man represents the potential of aid,’ he said indicating the younger man.

Mr Mwenda explained that the sexagenarian was the chairman of the local parish council who had spent most of his life living off aid money, supervising projects meant to benefit the community. Today he is an alcoholic who still lives with his mother.

The younger man started selling potatoes in the village square at the age of 17.

Less than 10 years later he owns the largest and busiest store in the village. He has not received one penny from aid, yet he has bought himself land and has built a house.

‘So you see,’ Mr Mwenda said. ‘If aid were to offer this young man support in the form of low interest credit he could not only expand his business offering employment opportunities and a valuable service to his community, he could also eventually pay the money back.’

But instead of funding innovation and creativity, aid has funded the chairman’s dysfunctional lifestyle.
Prolonged aid programmes also have wider implications for developing economies.

Thirty years of aid dollars flowing into the Ugandan economy has left the country suffering from what economists refer to as the ‘Dutch disease’.

Large inflows of foreign currency push up the value of the Ugandan shilling making its agricultural and manufactured goods less price competitive.

This results in fewer exports and less home-grown, sustainable earnings for the country.

Local entrepreneurs such as coffee growers and flower exporters should be cashing in on rising food and commodity prices across the globe at the moment, but they are finding themselves crowded out of their own economy by foreign aid dollars.”

The article is here and an associated TV program here.

La tragédie de l’aide

L’”aide au développement”, on le sait, est surtout une aide au sous-développement.

Ce n’est pas un hasard si les pays les plus assistés sont aussi les plus pauvres.

On dira: c’est parce qu’un peuple est démuni qu’il est aidé. C’est vrai. Mais il est encore plus vrai de dire qu’un peuple aidé reste démuni.

En 1959, le Ghana avait un revenu par tête équivalent à celui de la Corée du sud.

Depuis, le Ghana a reçu des milliards en “aide au développement”; la Corée du sud, qui a compté sur ses propres moyens, a aujourd’hui un revenu par tête 16 fois supérieur.

Un reportage sur la tragédie de l’aide en Afrique est diffusé par la BBC aujourd’hui.

Le journaliste Sorious Samura affirme que le continent a reçu 400 milliards de dollars d’aide publique depuis 50 ans (je pensais que c’était bien davantage – mais en tout cas cela fait plusieurs Plans Marshall.)

Ce n’est pas malgré, mais en partie à cause de cet argent que l’Afrique est toujours aussi mal partie.

Sans négliger les causes purement locales de cette pauvreté, Samura rappelle certains effets pervers de l’aide: soutien à des élites corrompues, gaspillage, détournement mafieux, gonflement de la devise…

Certes, de nombreux bâilleurs de fonds sont conscients de ces problèmes et prennent des mesures pour les minimiser.

Mais l’émission met le doigt sur une difficulté qu’on souligne moins souvent, et qui à mon sens est insoluble: la corruption du lien qui lie les gouvernants aux gouvernés.

Comme l’écrit Samura:

“Lorsque la moitié du budget de l’État vient de l’aide, les dirigeants africains sont moins enclins à taxer leurs citoyens.

En conséquence, les gouvernements qui dépendent de l’aide prêtent trop attention aux bâilleurs de fonds et pas assez aux besoins de leurs population.”

L’aide a ici le même effet que la manne pétrolière: le souverain n’est plus en position de quémandeur vis-à-vis d’une population dont il dépend; au contraire, c’est lui qui détient les clés de la richesse et la population qui dépend de lui.

La démocratie est apparue en Grande Bretagne lorsque la couronne, saignée par les guerres, a dû s’agenouiller devant la bourgeoisie parlementaire.

Il en est de même en France: Louis XVI a convoqué les États-Généraux parce que le pays était en faillite et qu’il n’avait pas le choix.

Si on avait découvert du pétrole en Angleterre à la fin du XVIIe, ou en France un siècle plus tard, ni les Start ni les Bourbon n’auraient plié face à leur peuple.

Il en est de même si une puissance étrangère avait récompensé l’échec en renflouant les monarchies absolutistes.

La crise financière fut la mère des libertés occidentales.

On aura beau prendre toutes les précautions qu’on voudra, en venant systématiquement au secours des gouvernements africains, on empêche les peuples d’exiger pleinement des comptes de leurs maîtres.

Mais de cela, les gouvernants des pays riches se soucient peu: ils soulagent leur conscience à peu de frais, ou plutôt aux frais de leurs contribuables.

Comme le dit Samura, les pays donateurs “ont leurs propres objectifs qui ne sont pas toujours ceux des citoyens des pays africains” et les “africains ordinaires sont perdants”.

Des extraits de l’article de Somura sont en face. Pour le texte intégral cliquez ici et pour l’émission ici.

Sardanapale @ 11:29 pm
Filed under: Aid

# Posted on Wednesday 19 November 2008 - No Comments

Those who cannot remember the past

Just about everyone agrees that the banking meltdown has revealed fundamental flaws in the (mostly) deregulated economic order that has prevailed for a quarter-century.

But few pause to consider why this order arose in the first place.

The idea that markets are better at making financial decisions than bureaucrats did not emerge in a fit of collective madness or for the sole benefit of globalised elites.

The current system emerged across the world because the old one, dominated by the visible hand of government, had produced rising prices, mass unemployment and the misery index.

Those ills and the market solutions that vanquished them are analyzed by Robert J Samuelson in his latest book, The Great Inflation and Its Aftermath.

Its main arguments are presented by Jonathan Rauch in his latest column – whose eloquence precludes paraphrasing.

I can only invite you to read it.

It must be noted that neither Rauch not Samuelson say that the present system must be preserved at all cost – only that it is there for a reason.

So you might want to think twice before calling for a “new paradigm for financial markets”, as George Soros does in a new article .

Sadly, I feel that Soros is more in tune with these panicky times than the cool-headed Samuelson.

In the 1990s the latter wrote another brilliant book, The Good Life And Its Discontents, which did little to dispel fashionable economic worries. I fear his latest will fall on even deafer ears.

Samuelson contre le nouveau paradigme

Tout le monde, ou presque, s’accorde à dire que la crise financière a mis au jour la faillite du système libéral mondialisé.

Mais peu se penchent sur les raisons de l’émergence de ce système il y a un quart de siècle.

La déréglementation des marchés n’est pas le fruit d’une lubie collective, ou d’un complot de ploutocrates désireux d’accroître les inégalités.

Elle a été mise en place un peu partout parce que l’ordre ancien, dominé par la main visible de l’État, avait produit l’inflation et le chômage de masse.

Ces maux et la solution libérale qui en a eu raison sont analysés par Robert J Samuelson dans son dernier livre, The Great Inflation and Its Aftermath.

Pour un résumé des arguments de ce livre, je renvoie à ce brillant article de Jonathan Rauch – dont l’éloquence se prête mal à la paraphrase.

Cliquez ici pour en savoir plus.

Je noterai simplement que ni Rauch ni Samuelson n’affirme que le système actuel est parfait ou qu’il faille le préserver à tout prix – simplement qu’il est apparu pour une bonne raison.

Ceux qui confondent dérèglementation et dérèglement et qui, à la faveur de la débâcle bancaire, en appellent à un “nouveau paradigme des marchés financiers”, comme le fait George Soros, devraient y réfléchir à deux fois.

Hélàs je crains que Soros soit plus en phase avec l’esprit du temps que Samuelson.

En 1995, ce dernier avait publié The Good Life And Its Discontents, une sorte de lettre ouverte aux gens heureux et qui ont bien raison de l’être qui pourtant n’avait pas entamé le pessimisme économique de notre époque.

Sardanapale @ 10:25 am
Filed under: Economy and trade andUSA

# Posted on Thursday 13 November 2008 - 1 Comment

Racial gerrymandering should end

From a Wall Street Journal article by Abigail and Stephan Thernstrom:

The conventional wisdom among voting-rights advocates and political scientists has been that whites will not vote for black candidates in significant numbers.

Hence the need for federal protection in the form of race-based districts that create safe black constituencies where black candidates are sure to win.

But the myth of racist white voters was destroyed by this year’s presidential election…

These results do not mean we now live in a color-blind society. But we can say that the doors of electoral opportunity in America are open to all.

The aggressive federal interference in state and local districting decisions enshrined in the Voting Rights Act should therefore be reconsidered.

That statute, adopted in 1965 and strengthened by Congress in the summer of 2006, demands race-driven districting maps to protect black candidates from white competition.

That translates into an effort to create black representation proportional to the black population in the jurisdiction.

That law gave federal courts and the Justice Department what are, in effect, extraordinary war powers to combat the evil of ongoing Southern black disfranchisement. But blacks are no longer disfranchised – by any definition.

In fact, racially gerrymandered districts are an impediment to political integration at all levels of government.

Herding African-Americans into “max-black” districts forces black candidates to run in heavily gerrymandered districts.

The candidates who emerge from those districts are, unsurprisingly, typically not the most well-positioned to appeal to a broader swath of the electorate.

Black candidates can win in multi-ethnic and even majority-white districts with color-blind voting.

Mr. Obama should make it a priority to give more aspiring black politicians the opportunity to stand before white (and Latino and Asian and other ethnic) voters. He won, so can they.

Le mythe de l’électeur raciste

En fait, où sont passés tous ces Américains blancs qui refusent de voter pour un noir?

Pendant la campagne, les journalistes étrangers ont sillonné les Etats-Unis à leur recherche.

Ils en ont bien trouvé quelques uns. Mais le jour de l’élection ces rednecks ont disparu.

L’électorat blanc a voté Obama dans la même proportion qu’il avait voté pour les trois précédents candidats démocrates (Bill Clinton en 1996, Al Gore en 2000 et John Kerry en 2004, environ 42%).

La race du candidat n’a pas été un facteur. Et tout laisse à penser que c’est le cas depuis longtemps.

Le premier candidat noir à se faire élire gouverneur a remporté la Virginie (état blanc à 75%, et sudiste!) en 1990.

Le mythe d’une large fraction raciste dans l’électorat blanc a cours non seulement à l’étranger, mais aussi aux États-Unis.

Comme le signalent Abigail et Stephan Thernstrom – auteurs de l’excellent livre America in Black and White (1997) – il est à la source du découpage baroque de nombreuses circonscriptions, dont les contours épousent ceux des zones à majorité noire.

Ces traficotates se fondent sur l’idée selon laquelle seuls des noirs voteront pour des candidats de leur couleur.

L’existence de circonscriptions uniraciales est odieuse pour de nombreuses raisons. D’abord, en démocratie, ce sont les électeurs qui sont censés choisir leurs représentants, et non le contraire.

Et comme le soulignent les Thernstrom, dans ces circonscriptions les candidats les mieux placés sont ceux qui se concentrent sur une partie de la population, et non ceux qui s’adressent à un électorat diversifié.

La victoire d’Obama, ne montre pas que l’Amérique est totalement “color-blind” (mais ce n’est pas la France qui peut lui donner des leçons).

Mais elle montre l’inutilité, voire la nocivité, de ces districts électoraux cousus de fil noir.

Des extraits de l’article des Thernstrom sont en face. L’original est ici.

Sardanapale @ 10:39 am
Filed under: USA

# Posted on Monday 10 November 2008 - 4 Comments

Stalin the hero

BBC historian Laurence Rees asks the right question in an online article:

“He had the blood of millions on his hands, yet Joseph Stalin has escaped Hitler-style demonisation, and even become a trendy pin-up. Why has history been so kind to this murderous leader?

A few months ago, when I was visiting one of our leading universities, I happened to see a poster prominently displayed in one of the students’ halls of residence. It was of Joseph Stalin.

Perhaps it was meant as a kind of ironic reference to something. Perhaps it was simply covering a damp patch on the wall. But, in any event, no one seemed to take much notice of it.

But imagine if instead of a picture of Stalin, there had been a picture of that other horrendous tyrant of the 20th Century, Adolf Hitler, hanging there? Think of the outcry.”

The immunity enjoyed by communism and Stalin is rooted in World War II propaganda.

Rees reminds us that Life magazine in March 1943 painted the Soviet Union as a quasi America, and the Soviets as “one hell of a people… [who] to a remarkable degree… look like Americans, dress like Americans and think like Americans.”

Rees also mentions the fact that the publisher who had initially accepted Orwell’s brilliant satire Animal Farm, turned it down after an official at the British Ministry of Information warned him off.

In the US, Time magazine put Stalin on the cover as “man of the year” for 1942. “The man whose name means steel in Russian, whose few words of English include the American expression ‘tough guy’ was the man of 1942,” Time wrote. “Stalin’s methods were tough, but they paid off.”

And in an even more positive article in Life magazine in March 1943, the Soviet Union was painted as a quasi America, with the Soviets as “one hell of a people… [who] look like Americans, dress like Americans and think like Americans.”

The NKVD (predecessor of the KGB) is described as “a national police similar to the FBI.”

Of course, Rees writes, during the war such lies could be justified in the name of the struggle against the Nazis.

The problem is that they continue to circulate 65 years later. Rees sets the record straight not just in the online article, but in a docudrama on Stalin and the West broadcast on Monday by the BBC. It can be watched for a week on this site.

Staline le héros

L’historien de la BBC, Laurence Rees, pose la bonne question dans un article en-ligne:

“Il a sur ses mains le sang de millions d’hommes et de femmes, et pourtant Joseph Staline n’est pas stigmatisé au même titre que Hitler. Le boucher communiste est même considéré par certains comme ‘branché’. Pourquoi l’histoire l’a-t-elle épargné?

Il y a quelques mois, en faisant la visite d’une des plus prestigieuses universités britanniques, j’ai aperçu un poster en évidence dans une résidence estudiantine. C’était un portrait de Staline.

Il s’agissait peut-être d’une plaisanterie. Ou peut-être cherchait-on simplement à couvrir une tache d’humidité sur le mur… En tout cas, ce poster n’émeuvait personne.

Mais si on avait placé non pas le portrait de Staline, mais celui de Hitler sur ce mur, vous imaginez le tollé!”

Rees souligne que l’indulgence envers Staline n’est pas nouvelle en Occident.

Il rappelle qu’Orwell n’a pas pu publier “Animal Farm”, la satire la plus brillante du XXe siècle, pendant la guerre.

Il rappelle également quel leader a été salué par le magazine américain Time comme “l’homme de l’année” en 1942 (eh oui, vous avez deviné).

Et Rees reproduit un article de Life Magazine daté de mars 1943 où ces pauvres Soviétiques sont décrits en ces termes :

“Un sacré peuple… qui à un degré remarquable ressemble aux Américains, s’habille et pense comme les Américains.”

Quant au NKVD, il s’agit selon Life simplement d’une “police nationale similaire au FBI.”

Rhees cite aussi le film Mission to Moscow, où l’usine à rêves hollywoodienne a mis toute sa puissance onirique au service du mythe stalinien.

Bien sûr, dit Rees, pendant la guerre ont pouvait à la rigueur justifier ces mensonges au nom de la lutte antifascite.

Le problème, c’est que 65 ans plus tard, ces mensonges continuent de circuler, et le communisme continue de bénéficier de la “clause du totalitarisme le plus favorisé”, comme disait Revel.

Rees remet les choses en place dans un “docudrama” sur Staline et l’Occident.

Diffusé lundi soir sur la BBC, il sera visible pendant une semaine après sa diffusion ici.

Sardanapale @ 7:04 pm
Filed under: General

# Posted on Tuesday 4 November 2008 - 3 Comments

Obama and the politics of crowds

Fouad Ajami has a superb piece in the Wall Street Journal about the Obama phenomenon:

“There is something odd – and dare I say novel – in American politics about the crowds that have been greeting Barack Obama on his campaign trail. Hitherto, crowds have not been a prominent feature of American politics.

We associate them with the temper of Third World societies. We think of places like Argentina and Egypt and Iran, of multitudes brought together by their zeal for a Peron or a Nasser or a Khomeini. In these kinds of societies, the crowd comes forth to affirm its faith in a redeemer: a man who would set the world right.

As the late Nobel laureate Elias Canetti observes in his great book, “Crowds and Power” (first published in 1960), the crowd is based on an illusion of equality: Its quest is for that moment when “distinctions are thrown off and all become equal. It is for the sake of this blessed moment, when no one is greater or better than another, that people become a crowd.”

These crowds, in the tens of thousands, who have been turning out for the Democratic standard-bearer in St. Louis and Denver and Portland, are a measure of American distress (…)

Save in times of national peril, Americans have been sober, really minimalist, in what they expected out of national elections, out of politics itself. The outcomes that mattered were decided in the push and pull of daily life, by the inventors and the entrepreneurs, and the captains of industry and finance.

To be sure, there was a measure of willfulness in this national vision, for politics and wars guided the destiny of this republic. But that American sobriety and skepticism about politics — and leaders — set this republic apart from political cultures that saw redemption lurking around every corner.

My boyhood, and the Arab political culture I have been chronicling for well over three decades, are anchored in the Arab world. And the tragedy of Arab political culture has been the unending expectation of the crowd – the street, we call it – in the redeemer who will put an end to the decline, who will restore faded splendor and greatness (…)

America is a different land, for me exceptional in all the ways that matter. In recent days, those vast Obama crowds, though, have recalled for me the politics of charisma that wrecked Arab and Muslim societies. A leader does not have to say much, or be much. The crowd is left to its most powerful possession – its imagination.

From Elias Canetti again: “But the crowd, as such, disintegrates. It has a presentiment of this and fears it… Only the growth of the crowd prevents those who belong to it from creeping back under their private burdens.”

The morning after the election, the disappointment will begin to settle upon the Obama crowd. Defeat — by now unthinkable to the devotees — will bring heartbreak. Victory will steadily deliver the sobering verdict that our troubles won’t be solved by a leader’s magic.

Obama et la politique de la foule

Fouad Ajami, l’un des observateurs les plus profonds de vie américaine, a écrit récemment un magnifique article sur le phénomène Obama.

Pour lui, le ralliement massif au candidat démocrate depuis l’accélération de la crise financière est un signe du grave malaise dont souffre la société américaine.

Nous avons avons affaire, selon Ajami, à la “politique de la foule” analysée par Elias Canetti dans son livre Masse et puissance (1960).

La quête d’un sauveur par un peuple artificiellement unifiée par une névrose collective est un phénomène répandu, une sorte de degré zéro observé dans de nombreux pays politiquement sous-développés (Ajami parle du monde arabe, où il a grandi, et l’Amérique latine – j’ajouterai quant à moi la France).

Ajami souligne que ce phénomène était jusqu’à présent extrêmement rare aux États Unis:

“Mis à part les périodes de péril national, les Américains sont toujours restés sobres, minimalistes, dans ce qu’ils attendaient des électins natinales et de la politique elle-même.

Les résultats qui comptaient pour eux étaient décidés dans le tohu-bohu de la vie quotidiene, par les inventeurs et les créateurs d’entreprises, par les capitaines de l’industrie et la finance.

Bien sûr, il y avait un certain volontarisme dans cette vision nationale, car la politique et la guerre ont marqué la destinée de la république.

Mais cette sobriété et ce scepticisme américains vis-à-vis de la politique – et ses dirigeants – distinguaient la républiques des cultures politiques qui cherche perpétuellement la rédemption au coin de la rue.”

Les foules qui saluent Obama évoquent, aux yeux d’Ajami, une tentation du charisme qu’il connaît bien.

“Mon enfance, et la culture politique arabe que je commente depuis plus de trios décennies, sont ancrées dans le monde arabe.

Et la tragédie sue de la culture politique arabe est l’attente constante de la foule – la rue, comme on dit – d’un rédempteur qui mettra fin au déclin, qui rétablira la spendeur et la grandeur passées.”

Ajami sait bien que l’Amérique ne va pas céder durablement à un tel vertige.

Le phénomène dont a bénéficié bénéficié Obama montre que même une démocratie saine comme l’Amérique n’est pas à l’abri d’un accès l’infantilisme politique.

J’aime bien Obama et je lui souhaite bonne chance.

Mais je crains, avec Ajami, que le nouveau président soit incapable de satisfaire les attentes contradictoires de la foule éperdue et déboussolée qui l’a élu.

Des extraits de son article publié par le Wall Street Journal sont en face. L’original est ici.

Sardanapale @ 9:13 pm
Filed under: USA