Sardanapale

Archives for August 2008


# Posted on Monday 18 August 2008 - 2 Comments

Russia’s challenge

Ever since Europe has had big powers, their attacks on small states have prompted some commentators to blame the victims.

Louis XIV was said to be entitled to secure France’s borders, given the hostility of its neighbors (this is still the official version in France).

A century later, in Britain itself, Charles Fox and other appeasers saw London’s resistance to imperialist France as the main threat in Europe (their efforts led to the 1802 Peace of Amiens, which gave Napoleon breathing space to prepare for his next campaign of conquest.)

In 1938, many both in France and Britain thought Hitler had a point when he insisted on protecting German-speakers living on Czech territory.

During the Cold War, “détente” was appeasement by another name.

Predictably, some European pundits argue that Georgia invited Russian retaliation by trying to recapture the Moscow-backed enclave of South Ossetia.

According to the BBC’s Paul Reynolds, the first lesson from the conflict is: “Do not punch a bear on the nose unless it is tied down.”

In Spiked Online, Brendan O’Neill says Georgian President Mikheil Saakashvili provoked Russia by applying for NATO membership, and generally reinforcing Russia’s insecurity about its near-abroad.

All this neglects the run-up the Georgia’s operation: Russia’s military build-up in South Ossetia and Abkhazia, Moscow’s other puppet statelet within Georgia, the arming of separatist militias in both, the attacks against Georgians there, an massive exercise in ethnic cleansing, and the issuance of Russian passports, which amounted to virtual annexation…

Saakashvili’s response to Russian provocation may have been ill-judged – but the point is, it was Georgia, not Russia, that was provoked.

The scale and speed of the Russian onslaught confirms that the war – as The Economist put it – ran according to a Russian plan that had been carefully prepared.

In the West some argue – once more – that condemning Russia too loudly is counterproductive.

Josef Joffe, in the Wall Street Journal, has provided the most cogent critique of such appeasement, arguing that it is rooted in the mistaken post-Cold War belief that military power is obsolete.

“(T)his is the 21st century, isn’t it? At least in that vast swath extending from Berkeley to Berlin and to Beijing (with an outrigger in Moscow), anything ‘geo’ could only refer to ‘economics.’

Welfare had replaced warfare. Tankers had replaced tanks, balance of payments the balance of power. At least in the Berlin-Berkeley Belt, all of us were playing win-win games, wheeling, dealing and consuming.

Chanting ‘no more war,’ we worried about ‘soft politics’ and ‘soft power’: how to battle AIDS and desertification, SARS and subprime crises…

Say hello to Vladimir Putin and his stand-in Dmitry Medvedev. By attacking Georgia, they have raised the curtain on a post-World War II premiere. They have launched the first real war in ‘Greater Europe’ since 1945…

So, forget about Mr. Saakashvili’s bluster and bumbling; think ‘revisionism’ and ‘expansionism,’ terms beloved by diplomatic historians trying to explain the behavior of rock-the-boat states.

A revisionist power wants back what it once had; an expansionist power wants more for itself and less for the rest. The R&E Syndrome is a handy way to explain all of Mr. Putin’s strategy in the past eight years. Draw an arc from the Baltic to the Caspian and then start counting.

Moscow has unleashed a cyberwar against tiny Estonia, formerly a Soviet republic.

It has threatened the Czech Republic and Poland with nuclear targeting if they host U.S. antimissile hardware on their soil that could not possibly threaten Russia’s retaliatory potential.

It has exploited small price disputes (normally resolved by lawyers screaming at each other) to stop gas deliveries and thus show Ukraine, Belarus and former Warsaw Pact members who runs the ‘Common House of Europe,’ to recall Mikhail Gorbachev’s famous phrase.

Mr. Putin has always reserved the harshest treatment for Georgia. Tbilisi’s mortal sin was the attempt to get out from under the bear’s paw and snuggle up to the West…

Alas, neither the U.S. nor the EU was prepared for the return of the 19th century. They thought that Clausewitz was dead once and for all, that it was win-win games now and forever, that Russia, lured by respectability and riches, would turn into a responsible great power.

Apparently, George F. Kennan, the diplomat and historian, had it right. To him is attributed a very apropos aphorism: ‘Russia can have at its borders only vassals or enemies.’

At least we now know one thing: Dreams of multipolarity, of governance by committee, are premature. Revisionist powers are never responsible.”

Joffe is right. Democracies survived the 20th century not by virtue of their superior principles, but because they had greater firepower than their totalitarian enemies.

Our interdependent, benevolent, market-driven world is underpinned by the force of arms.

In the 21st century, the main lesson of the 20th remains valid: the West is doomed if it neglects military power and pins its hopes on the goodwill of its challengers.

Le défi russe

À chaque fois qu’une guerre éclate en Europe entre une grande puissance et un voisin, il se trouve toujours des commentateurs pour défendre le droit du plus fort.

Les victimes de Louis XIV auraient évité les rapines si elles ne s’étaient par coalisées contre la France.

Sous Napoléon, en Angleterre même, de nombreux politiciens estimaient que le principal danger était la résistance britannique, et prônaient la détente (d’où la Paix d’Amiens de 1802, qui permit à Napoléon de préparer sa prochaine campagne de conquête.)

En 1938, disait-on à Londres comme à Paris, l’Allemagne était en droit de protéger les germanophones opprimés par les Tchèques.

Après la guerre, disait le “camp de la paix”, l’antisoviétisme ingrat des pays libérés par l’URSS, conjugué a l’anticommunisme militariste de Truman, a forcé Staline mettre au pas l’Europe de l’Est.

De même, aujourd’hui, certains jugent la Géorgie responsable de sa défaite face à la Russie.

Selon Paul Reynolds de la BBC, le président géorgien, Mikheïl Saakachvili, a provoqué Moscou en tentant de reprendre l’Ossétie du sud.

Reynolds tire de la déroute la leçon suivante: “Ne jamais frapper un ours sur le nez quand il n’est pas enchaîné.”

Sur Spiked-online, un autre commentateur affirme que Saakachvili, en s’alignant sur les États-Unis, a renforcé le complexe d’encerclement de la Russie.

Ces analyses négligent les événements qui ont précédé l’offensive géorgienne.

Les forces de “maintien de la paix” russes présentes en Ossétie du sud, ainsi qu’en Abkhazie, autre région géorgienne sous l’emprise de Moscou, se comportent depuis plusieurs années en forces d’occupation.

Les Géorgiens de souche habitant ces deux territoires ont subi de multiples exactions de la part des forces russes et des milices locales. Le nettoyage ethnique a été particulièrement féroce en Abkhazie.

La distribution de passeports russes aux populations non-géorgiennes – qui a permis à Moscou de prétendre que ses citoyens étaient en danger – équivaut à une quasi-annexion de ces territoires.

Depuis quelques semaines, les Russes avaient de plus massé des troupes et des blindés dans les couloirs stratégiques menant à la Géorgie même.

On peut juger que Saakachvili a eu tort de répondre à ces provocations.

Mais précisément, c’est la Géorgie qui a été provoquée, pas la Russie. Les caractère prompt et massif de l’invasion russe confirme que l’opération avait été préparée de longue haleine.

La guerre, affirme The Economist cette semaine, s’est déroulée “selon un scénario écrit à Moscou”.

Le fond du problème n’est pas l’irresponsabilité de la petite Géorgie, mais bien l’expansionnisme de la grande Russie.

Ses autres riverains ont subi les conséquences de cet expansionnisme depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine en 2000.

Les Pays baltes ont été victimes d’une guerre électronique, l’Ukraine d’un chantage au pétrole; les Polonais et les Tchèques sont menacés d’être pris pour cibles par les armes nucléaires russes.

La formule attribuée à George Kennan reste vraie: “La Russie ne peut avoir à ses frontières que des vassaux ou des ennemis.”

L’un des meilleures analyses que j’aie lues sur cette question est un article de Josef Joffe dans le Wall Street Journal où il souligne la réticence congénitale des démocraties à prendre conscience des menaces qui pèsent sur elles.

Dans l’après-guerre froide, explique Joffe, cette volonté d’apaisement est nourrie par notre foi en la globalisation.

Notre civilisation place sa confiance dans l’interdépendance et la coopération, et non dans la stérile compétition militaire.

Assurément les Russes et les Chinois, revenus de leurs terribles errements passés, comprennent que la vraie source de puissance est le cercle vertueux de la multipolarité et du commerce gagnant-gagnant!

Notre foi dans les vertus des marchés et de la liberté est bien sûr justifiée: le XXe siècle a prouvé la supériorité de la civilisation démocratique et son attrait universel.

Mais il ne s’ensuit pas que la force militaire soit dépassée.

L’autre grande leçon du siècle dernier – celle que beaucoup d’Européens préfèrent oublier – c’est que le démocratie n’a pas vaincu ses rivaux du simple fait de la supériorité de ses principes.

Pour se défendre, elle a eu recours à un “arsenal”, comme disait Roosevelt.

C’est parce que l’Occident avait des avions, des tanks et des missiles qu’il a gagné la Deuxième guerre mondiale et la Guerre froide.

Au XXIe siècle, les enseignements du XXe restent valides: négliger la force, rester neutre, s’en remettre à la bonne volonté de puissances hégémoniques, entraîne l’Occident sur une pente funeste.

L’article de Joffe est ici. Des extraits sont reproduits en face.

Sardanapale @ 1:08 am
Filed under: International

# Posted on Friday 8 August 2008 - 6 Comments

Al Gore for infants

The well-worn idea that Hollywood acts as a propaganda machine for America’s brand of capitalism (an idea often used to justify France’s brand of cultural protectionism) has always seems ridiculous to me.

I can’t think of many films that sing the praises of American conglomerates.

The list of those that portray them as monstrous or ridiculous gets longer every week.

Even Disney is cashing in on anti-capitalist chic – tinged these days with environmental cool.

In WALL-E, the hit of the summer, mankind has been reduced to a state of moronic hebetude by a surfeit of fast food and video games peddled by a cosmic monopoly (“Buy N’Large”).

These pathetic wrecks have had to leave this Earth, which is now a cockroach-infested heap of garbage.

Some critics have noted the irony of millions of Americans flocking by the SUV-load to air-conditioned multiplexes, to lap up a tirade against waste and junk food while gorging on popcorn.

But most reviews are glowing. The New York Times calls WALL-E “a cinematic poem of such wit and beauty that its darker implications may take a while to sink in.”

And the most reliable critic of all – the paying public – also gave the film the thumbs up.

So I’m prepared to accept that WALL-E is a good film. (This was true of Disney-Pixar’s Monsters Inc. – about a megacorporation-cum-studio which makes money by scaring children.)

But you can’t say the same of most anti-capitalist films.

I haven’t seen The Happening, but I know for a fact that Burn Up, a British-Canadian co-production that has just aired on the BBC, is about as subtle as an Al Gore movie.

It pits a bunch of environmentalists and Inuit activists against an oil multinational bent on wrecking the planet.

It contains such dialogue as: “Get me the dirt on this Inuit chick” (evil oil lobbyist) and “Since when was a walk-in refrigerator a luxury?” (big fat American delegate).

Artists and entertainers have always poured scorn on the bourgeois world of business.

US scriptwriters are just as keen to spread anti-corporate memes as other creative types.

The only difference is that in Hollywood, they often do it with a bit of talent and imagination.

Disney anticapitaliste

L’idée selon laquelle l’industrie cinématographique américaine serait une machine à propagande au service du grand capital (idée souvent invoquée en défense du protectionnisme culturel français) m’a toujours semblé baroque.

Je ne connais pas de films hollywoodiens qui chantent les louanges des multinationales. Par contre, la liste de ceux qui les couvrent de ridicule ou d’opprobre s’allonge chaque semaine.

Même Disney donne dans l’antilibéralisme chic, assaisonné ces temps-ci, pour faire encore plus branché, de catastrophisme écologique.

Le film WALL-E, qui a ravi toute l’Amérique avant d’arriver de ce côté de l’Atlantique, montre une population zombifiée par le fast-food et les jeux videos, et manipulée par une megacorporation cosmique.

Ces pathétiques lambeaux d’humanité ont dû évacuer le champs de détritus qu’est devenue la terre.

Certains commentateurs ont ironisé sur ces Américains qui affluent dans leur 4×4 vers des multiplex climatisés, pour applaudir un réquisitoire contre le gaspi et la malbouffe en se gavant de popcorn.

Mais la plupart des critiques sont dythirambiques. Et si j’en crois la vox populi (mon officiel des spectacles à moi), le film a l’air bien fait.

C’était déjà le cas de Monstres et Cie, du même Pixar-Disney – l’histoire d’un conglomérat qui fait son beurre en épouvantant les enfants du monde entier.

Mais pas tous les films exploitent le filon de l’anticapitalisme apocalyptique avec talent.

Je ne me prononcerai pas sur The Happening. Mais j’ai constaté que Burn Up, un téléfilm diffusé par la BBC ces jours-ci, a toute la subtilité d’un film d’Al Gore.

On y voit un groupe de gentils d’écologistes et d’activistes inuits aux prises à une companie pétrolières prête à tout pour continuer à détruire la planète.

Examples de dialogues: “Get me the dirt on this inuit chick” (méchant affairiste pétrolier); “Since when was a walk-in refrigerator a luxury?” (délégué américain adipeux).

Le monde des arts et du spectacle a toujours méprisé celui des affaires et de la bourgeoisie.

Les scénaristes hollywoodiens ne s’emploient pas moins à répandre des idées antilibérales que les autres “créateurs”.

Ils le font simplement avec un peu plus d’imagination que les autres.

Sardanapale @ 3:09 am
Filed under: Arts and lit

# Posted on Tuesday 5 August 2008 - Comments Off on Why Muslim immigrants are happier in the US

Why Muslim immigrants are happier in the US

Ayaan Hirsi Ali on CNN:

“I have sensed in this country that there is no place for ambiguity. The American constitution is clear.

Of course you can have your own religion and of course you can have your own neighborhoods and you can self-segregate as much as you wish.

But there are certain things you have to abide by, the most important of which is, you feed yourself.

You work, and you have the dignity of living on your own earnings.

There is also the clarity of law enforcement. Europe, because of all these notions of post-modernism, and multiculturalism and what have you, has decided to treat immigrants as if they were not completely mature citizens, as if they were children, appeasing and looking away when they commit crimes.

I haven’t seen the same thing here. I’m not saying this is a perfect system, but it just gives Muslims who are looking for clarity that clarity (…).

If freedom of expression is protected the way it is in the United States (…) then I think (improvements in the lot of Muslim women in Europe) can take a very short time.

I don’t know if it will take 10 years or 100 years, but that’s the condition – to express your ideas freely and to be able to associate with one another and plan to change.

All of this is not possible if every time one criticises Islam, one is labelled an Islamophobe, works are not published, intellectuals are ostracized, and that’s what going on in Europe at the moment.

It’s no longer the issues that you address but your person that is attacked, and the whole debate is brought too a standstill.

That, combined with the terrorists who threaten, intimidate and promise jihad, is what has made progress for Muslims living in Europe something harder to achieve than for Muslims living in America.”

Ayaan Hirsi Ali’s whole interview on Fareed Zakaria’s excellent weekly show is worth listening to.

Here are links to part one and two.

Pourquoi les musulmans sont heureux aux US

Ayaan Hirsi Ali à CNN:

“Je sens dans ce pays qu’il n’y a pas de place pour l’ambiguïté. La constitution américaine est claire.

Bien sûr, vous pouvez avoir votre religion et vivre séparés dans vos quartiers autant que vous voulez.

Mais il y a certaines exigences à respecter, et la plus importante est celle de vous nourrir vous-mêmes. Vous travaillez, et vous avez la dignité de vivre de votre propre salaire.

Il y a aussi la clarté de la loi. L’Europe – en vertu de toutes ces notions de postmodernisme, de multiculturalisme, etc. – a décidé de ne pas traiter les immigrés comme des citoyens entièrement mûrs, comme s’ils étaient des enfants, et de fermer les yeux quand ils commettent certains crimes.

Je n’ai pas constaté la même chose aux Etats-Unis. Je ne dis pas que le système est parfait, mais il offre aux musulmans la clarté qu’ils demandent (…).

Si la liberté d’expression est protégée comme elle l’est aux Etats-Unis, alors je crois qu’on peut améliorer (le sort des femmes musulmanes en Europe) très rapidement .

Je ne sais pas si cela prendra dix ou cent ans, mais il n’y a pas d’autre moyen d’y arriver: il faut pouvoir exprimer ses idées librement, pouvoir s’associer et préparer le changement.

Cela est impossible si à chaque fois qu’on critique l’islam on se fait traiter d’islamophobe, si les œuvres ne sont pas publiées, si les intellectuels sont victimes d’ostracisme.

Et c’est ce qui se passe en Europe actuellement.

Ce ne sont pas les questions que vous abordez, mais les personnes qu’on attaque, et le débat n’a pas lieu.

C’est cela, conjugué au terrorisme qui menace, intimide et prêche le djihad, qui rend le progrès pour les musulmans d’Europe plus difficile que pour les musulmans qui habitent en Amérique.”

Toute l’interview d’Hirsi Ali à émission hebdomadaire de Fareed Zakaria GPS est excellente.

Pour l’écouter, cliquez sur les liens dans la colonne d’en face.

Sardanapale @ 11:30 am
Filed under: Islam