Sardanapale

Posted on Friday 27 June 2008

The truth about food prices

From time immemorial, high food prices have been blamed on familiar villains: greedy shopkeeper, hoarders, and speculators.

The current food inflation is no exception.

The Truth about Food Prices, a film broadcast this week by Britain’s Channel 4, provides fresh instances of such scapegoating.

It features an activist from an outfit called the World Development Movement who accuses City traders who speculate on commodities of fuelling price rises, with devastating effect.

“If we don’t do something about it, millions are going to starve. It’s immoral and it should be unlawful.”

This dim view of markets and call for regulation is shared by a wide majority.

A survey carried out for the program said 55% of Briton agreed with the statement: “The government should control the food prices.”

Supermarkets are also popular whipping boys.

The following statement was put to respondents: “Supermarkets are protecting shoppers from price increases.”

Only 9% agreed, while 62% disagreed.

Yet the statement is correct – global food prices have gone up by 60% in the past year, while prices in British supermarkets went up only 6% (of course Tesco and Sainsbury don’t do this out of the kindness of their inexistent hearts, but to preserve market and profits.)

All this is further evidence that – as Bryan Caplan has argued – “anti-market bias” may be hard-wired in the brain (the ancient hippocampus is my guess).

Fortunately, humans also have a neocortex and I strongly urge those of my readers who belong to that species to use it.

Speculation is a symptom of high food prices, not the underlying reason for it.

That reason is scarcity, and punishing “profiteers” will not make things less scarce.

In these times of renewed hostility towards markets, it is useful to recall the writings of Edouard Molinari – who had one of the 19th century’s most active neocortexes.

Molinari lived through the siege of Paris in 1870-1, and commented on the measures against “hoarding” taken by the French government (under pressure from Parisian radical clubs and newspapers).

The authorities ordered all food wholesalers and retailers to provide lists of their stocks and requisitioned part of them to redistribute to the hungry populace.

The government wanted to curb unrest and put an end to looting, to it decided to do the looting itself in an orderly fashion.

As Molinari comments with biting irony the failure of this policy:

“A week ago the central market was looted. And – who would have thought it? – instead of encouraging traders to bring in more food, this lesson given to ‘profiteers’ result in a sharp drop in available supplies.

Throughout the week the market remained almost deserted. In vain ‘the people’ tried stopping a few carts of potatoes, onions, celery from reaching Paris, in order to share their contents in a spirit of brotherhood – that second warning was no more successful than the first.

The potatoes were plentiful in Courbevoie (across the Seine), where they sold for two francs a bushel. But on the other side of the bridge you had to pay in excess of 15 francs, because the owners of the tubers proved refractory to the implementation of the communist doctrines favored in some parts of Paris.

However the situation improved in the central market when, spurred by the press, the police ceased to be a purely platonic institution (i.e. cracked down on the looting).

Yesterday the first shipment of fish was sold by auction. Prices were fairly high. Turbot reached 160 francs, according to the Figaro (newspaper), and five pairs of soles 67 francs.

But you must not forget that turbot, sole, as well as butter and cheese, fall under the category of ‘early produce’: it is only through paying a high price that we will have abundance.

The time will come when supply, stimulated by high early prices, will outstrip ordinary demand, and when extremely low prices will replace extremely high ones until, from one adjustment to the next, prices will find their usual level.

I put the last bit in bold. Molinari’s warning on punishing traders is as valid today as it was in 1871.

Molinari sur les prix alimentaires

Quand la nourriture devient chère, les hommes ont toujours désigné les même coupables: commerçants cupides, accapareurs, spéculateurs…

La “crise” actuelle ne fait pas exception à la règle.

Un activiste cité dans un documentaire diffusé il y a quelques jours par la télé anglaise (références en face) pointait du doigt les “traders” qui jouent les prix agricoles à la hausse sur les marchés financiers:

“Si on ne fait rien, des millions de personnes vont mourir de faim. C’est immoral et cela devrait être illégal.”

L’idée que les marchés aggravent la rareté et que l’État doit intervenir est largement partagée.

Comme une enquête réalisée pour le documentaire l’indique, 55% des Britanniques sont d’accord avec l’affirmation: “Le gouvernement doit contrôler les prix alimentaires.”

L’hostilité des Britanniques envers les épiciers commence à approcher celles des Français sous l’Occupation (cf Au Bon Beurre de Jean Dutourd).

Témoin cette autre affirmation soumise par les sondeurs: “Les supermarchés protègent les consommateurs de la hausse des prix.” Seuls 9% des répondants étaient d’accord; 62% ont dit “non”.

Et pourtant, cette affirmation est correcte. Depuis un an, la nourriture a augmenté de 60% au niveau mondial, alors que la hausse des prix dans les supermarchés est de 6% sur la même période.

Tout cela confirme l’idée de Bryan Caplan selon laquelle l’hostilité au marché est un instinct primaire

Heureusement l’espèce humaine est dotée d’un neocortex, et j’engage ceux de mes lecteurs qui en font partie à se servir de cet organe.

La grande raison de la hausse des prix alimentaires n’est pas la manipulation des prix, mais la rareté, et ce n’est pas en punissant les “profiteurs” qu’on rend des produits mois rares.

En ces temps de déchaînement global contre mercantis et traders, il est bon de rappeler la leçon de l’économiste Édouard Molinari – l’un des neocortex les plus actifs du XIXe siècle.

Molinari vécut le siège de Paris de 1870-1, et assista aux mesures prises par le gouvernement provisoire contre les “accapareurs” sous la pression des clubs.

Les autorités ordonnèrent la réquisition des pommes de terre et autres denrées stockées par les commerçants, pour les redistribuer à la population. Le but de cette mesure était de mettre fin aux pillages.

Molinari note avec ironie l’échec de cette politique, et en analyse les raisons:

“On a pillé, il y a huit jours, les Halles centrales, et, qui le croirait, cette leçons donnée aux ‘accapareurs’ au lieu d’encourager l’apport des denrées au marché, a eu pour résultat de retarder d’une manière sensible le ravitaillement.

Pendant toute la semaine les Halles sont restées à peu près désertes; en vain ‘le peuple’ a arrêté encore plusieurs charrettes de pommes de terre, d’oignons et de céleri à leur entrée dans Paris, pour s’en partager fraternellement le contenu, ce second avertissement n’a pas eu plus de succès que le premier.

Les pommes de terre qui abondaient à Courbevoie, où on les payait deux francs le boisseau, continuaient à se vendre de l’autre côté du pont 15 francs et au-dessus, les propriétaires de ces tubercules persistant à se montrer réfractaires à l’application des doctrines communistes, en honneur dans certains faubourgs.

Cependant la situation a fini par s’améliorer aux Halles. Grâce aux réclamations de la presse, la police a cessé d’y être une institution purement platonique, les gardiens de la paix se sont mis à garder autre chose qu’une attitude mélancolique, et le premier convoi de marée a pu se vendre hier à la criée.

Les prix étaient passablement élevés, un turbot a été poussé à 160 francs d’après Le Figaro, et cinq paires de soles à 67 francs; mais il ne faut pas oublier qu’en ce moment les turbots, les soles, sans oublier le beurre et les fromages sont pour nous des ‘primeurs’, et que c’est seulement en les payant cher que nous finirons par les avoir en abondance.

Un moment pourra venir même où les apports, stimulés par les hauts prix des premiers jours, dépasseront les besoins de la consommation ordinaire, et où l’extrême bon marché succèdera à l’extrême cherté jusqu’à ce que, d’oscillation en oscillation, les prix aient retrouvé leur niveau accoutumé.

J’ai mis en gras ces deux dernières phrases, particulièrement pertinentes aujourd’hui.

PS: sur un autre sujet, les amateurs de Jean-François Revel doivent se précipiter sur cet enregistrement datant de 1992, que mon ami chezrevel vient de publier.

Sardanapale @ 11:47 am
Filed under: Economy and trade
  1.  
    Pascal
    June 30, 2008 | 9:03 am
     

    Bon article Sardanapale.

    Et quand on utilise un peu plus son neocortex, on comprend vite qui sont les véritables responsables de la pénurie alimentaire : les décideurs politiques à travers notamment leurs politiques de subvention (pour éviter la surproduction par exemple) ou les mesures protectionnistes décourageant le monde agricole du tiers monde de produire davantage pour exporter vers les pays développés, et je ne parle même pas de l’abondance de l’aide humanitaire finissant par perturber le fonctionnement de leurs marchés locaux (les prix de la production locale alimentaire ne pouvant concurrencer l’aide humanitaire, les paysans finissent par abandonner leur activité pour l’exode vers les villes etc…).

    De toute façon, si les gens utilisaient un peu plus leurs neurones, cela ferait depuis longtemps que plus un seul responsable politique de ce pays n’oserait proposer des politiques d’intervention ou de subvention.

    Pour tout ceux qui ne sont pas encore convaincus par la nécessité de réduire à la portion congrue le domaine de l’intervention de l’Etat dans la société civile, je conseille vivement la lecture de “la micropolitique” disponible sur le site de Franck Boizard (journée du 19/06/08 l’EN déconne même la FNAC s’en est aperçue ) http://fboizard.blogspot.com/

    A bientôt !

  2.  
    Pascal
    June 30, 2008 | 9:29 am
     

    Re-salut

    lit un peu ce que je viens de trouver sur le site de Reichman : http://www.claudereichman.com/articles/allocution.htm

  3.  
    Sardanapale
    July 1, 2008 | 10:59 am
     

    Merci Pascal – votre commentaire m’a rappelé qu’il fallait que je l’ajoute La Lime à mon blogroll. C’est fait.

    Sur la belle allocution que Claude Reichmann prête à Sarkozy, on peut toujours rêver… Hélas, le vrai message qu’il a adressé aux Français hier soir va au contraire dans le sens d’une déresponsablisation du citoyen:

    “Il faut qu’on réfléchisse à comment on fait de cette Europe un moyen de protéger les Européens dans leur vie quotidienne… Il ne faut pas avoir peur de ce mot de protection, on a besoin de l’Europe.” (Le président à FR3).

  4.  
    Pascal
    July 2, 2008 | 7:38 am
     

    Je n’ai pas visionné l’allocution du Président de la République, mais en consultant les articles y afférant sur internet j’ai vite compris que son discours était loin de celui publié par Reichman sur son site.

    Reichman a-t-il était victime d’une manipulation, le président s’est-il ravisé au dernier moment, s’agit-il là d’un discours gardé sous le coude pour le moment où la France sera dos au mur ? Je n’ai aucun moyen de répondre à toutes ces interrogations et j’espère que Reichman va s’expliquer sur cette affaire.

    Wait and see.

  5.  
    July 8, 2008 | 11:40 am
     

    oui,
    comment rattraper des années de culte de Marx et keynes, des années de glorification du dirigisme et du collectivisme d’état
    l’économie, le profit, l’enrichissement, le travail demeurent haissables en France, héritage de notre culture révolutionnaire, jacobine et impériale.
    La même haine du bourgeois et de la modernité, la même méconnaissance des règles économiques de base. peu d’espoir que cela change lorsque l’on écoute nos enseignants pour la plupart enferrés dans leurs dogmes interventionnistes et leur détestation du marché…
    toujours pertinent, sardanapale, ne changez pas.

Sorry, the comment form is closed at this time.