Sardanapale

Posted on Thursday 19 June 2008

In defense of identity

Natan Sharansky has an excellent great article in the Wall Street Journal:

“As the American president embarked on his farewell tour of Europe last week, Der Spiegel, echoing the sentiments of a number of leading newspapers on the Continent, pronounced “Europe happy to see the back of Bush.” (…)

There is also a palpable sense in Europe that America will move closer to Europe in the years ahead, especially if Barack Obama wins the presidential election.

But while Mr. Bush is widely seen by Europeans as a religious cowboy with a Manichean view on the world, Europe’s growing rift with America predates the current occupant of the White House (…)

The trans-Atlantic rift is not the function of one president, but the product of deep ideological forces that for generations have worked to shape the divergent views of Americans and Europeans.

Foremost among these are different attitudes toward identity in general, and the relationship between identity and democracy in particular.

To Europeans, identity and democracy are locked in a zero-sum struggle. Strong identities, especially religious or national identities, are seen as a threat to democratic life (…)

This attitude can be traced back to the French Revolution, when the forces fighting under a universal banner of “liberty, equality and fraternity” were pitted against the Church.

In contrast, the America to which pilgrims flocked in search of religious freedom, and whose revolution amounted to an assertion of national identity, has been able to reconcile identity and freedom in a way no country has been able to match (…)

The idea that strong identities are an inherent threat to democracy and peace became further entrenched in Europe in the wake of World War II.

Exponents of what I call postidentity theories – postnationalism, postmodernism and multiculturalism – argued that only by shedding the particular identities that divide us could we build a peaceful world.

Supranational institutions such as the EU, the International Court of Justice and the United Nations were supposed to help overcome the prejudices of the past and forge a harmonious world based on universal values and human rights.

While these ideas have penetrated academia and elite thinking in the US, they remain at odds with the views of most Americans, who see no inherent contradiction between maintaining strong identities and the demands of democratic life.

On the contrary, the right to express one’s identity is seen as fundamental. Exercising such a right is regarded as acting in the best American tradition.

The controversy over whether Muslims should be able to wear a veil in public schools underscores the profound difference in attitudes between America and Europe.

In Europe, large majorities support a law banning the veil in public schools. In the US, students wear the veil in public schools or state colleges largely without controversy.

At the same time severe limits are placed on the harmless expression of identity in the public square, some European governments refuse to insist that Muslim minorities abide by basic democratic norms. They turn a blind eye toward underage marriage, genital mutilation and honor killings.

The reality is that Muslim identity has grown stronger, has become more fundamentalist, and is increasingly contemptuous of a vapid “European” identity that has little vitality.

All this may help explain why studies consistently show that efforts to integrate Muslims into society are much less effective in Europe than in America, where identity is much stronger.

Regardless of who wins in November, the attitudes of Americans toward the role of identity in democratic life are unlikely to change much.

Relative to Europe, Americans will surely remain deeply patriotic and much more committed to their faiths.”

This analysis reprises a key point made about Tocqueville about the link “intimate union” between religion and liberty in America (see opposite column – for an English translation, click here).

This makes me want to read Sharansky’s new book, Defending Identity: Its Indispensable Role in Protecting Democracy.

The whole article is here.

The Financial Times has also published a lukewarm but interesting review of the book.

Sharansky tocquevillien

Je relève un article de Natan Sharansky dans le Wall Street Journal (extraits en face).

Sharansky y fait la pub de son dernier bouquin, qui promet d’être aussi passionnant que son The Case for Democracy (2004).

Le titre résume bien le propos – Defending Identity: Its Indispensable Role in Protecting Democracy.

Cette idée a de quoi surprendre car un démocrate a tendance à se méfier des identités, synonymes de fermeture aux autres, de repli communautariste.

En anglais, l’expression “identity politics” évoque un grégarisme haineux et victimaire exploité par les démagogues.

En Europe, notamment, le démocrate “post-moderne” est particulièrement rétif à l’idée d’identité nationale ou religieuse.

Le continent a su renaître de ses cendres en renonçant au tribalisme qui l’a ensanglanté. Quant à l’identité religieuse, elle fait encore plus peur: l’infâme qu’on croyait écrasé réapparaît sous des traits exotiques et effrayants.

Il n’y a pas que sous la forme étrangère de l’islam radical que l’identité nous semble menaçante.

Les États-unis, parangons de démocratie et de chrétienté, inquiètent les Européens quand ils proclament haut et fort leur patriotisme et leur foi. Comme Dominique Moïsi, de l’IFRI, disait en 2006:

“Le mélange de religion et de nationalisme en Amérique fait peur. Nous nous sentons trahis par dieu et par le nationalisme, et pour quoi nous construisons l’Union européenne, qui est une barrière contre la guerre de religion.”

Mais comme le remarque Sharansky, cette crainte est incompréhensible aux États-unis, qui ont su combiner la multiplicité des identités avec la démocratie.

Le droit de célébrer son héritage particulier y est considéré comme fondamental, et celui qui l’exerce agit dans la plus pure tradition américaine.

Quant à la religion, je ne peux faire mieux que citer ce passage de Tocqueville sur le caractère de la civilisation anglo-américaine:

“Elle est le produit (et ce point de départ doit sans cesse être présent à la pensée) de deux éléments parfaitement distincts, qui ailleurs se sont fait souvent la guerre, mais qu’on est parvenu, en Amérique, à incorporer en quelque sorte l’un dans l’autre, et à combiner merveilleusement, je veux parler de l’esprit de religion et de l’esprit de liberté.

Les fondateurs de la Nouvelle-Angleterre étaient tout à la fois d’ardents sectaires et des novateurs exaltés. Retenus dans les liens les plus étroits de certaines croyances religieuses, ils étaient libres de tous préjugés politiques.

De là deux tendances diverses, mais non contraires, dont il est facile de retrouver partout la trace, dans les mœurs comme dans les lois (…)

Ainsi, dans le monde moral, tout est classé, coordonné, prévu, décidé à l’avance. Dans le monde politique, tout est agité, contesté, incertain ; dans l’un, obéissance passive, bien que volontaire; dans l’autre, indépendance, mépris de l’expérience et jalousie de toute autorité.

Loin de se nuire, ces deux tendances, en apparence si opposées, marchent d’accord et semblent se prêter un mutuel appui.

La religion voit dans la liberté civile un noble exercice des facultés de l’homme (…) Libre et puissante dans sa sphère, satisfaite de la place qui lui est réservée, elle sait que son empire est d’autant mieux établi qu’elle ne règne que par ses propres forces et domine sans appui sur les cœurs.

La liberté voit dans la religion la compagne de ses luttes et de ses triomphes, le berceau de son enfance, la source divine de ses droits.

Elle considère la religion comme la sauvegarde des mœurs; les mœurs comme la garantie des lois et le gage de sa propre durée.”

Ces analyses s’appliquent-elles à l’Europe d’aujourd’hui?

Comme Sharansky, je le crois. Ce n’est pas en demandant aux immigrés d’oublier ce qu’ils sont qu’on les rendra plus européens.

Ce n’est pas en s’attaquant à des symboles inoffensifs qu’on combattra le fanatisme. Personne dans les écoles américaines ne s’inquiète d’une kippa ou d’un foulard islamique.

En revanche les Américains sont intraitables sur les valeurs démocratiques que tous doivent respecter.

Les Européens, qui battent en brèche leur héritage national et occidental sans pour autant favoriser l’intégration des immigrés (bien au contraire), pourraient en prendre de la graine.

Sardanapale @ 12:08 pm
Filed under: Philosophie

Sorry, the comment form is closed at this time.