Sardanapale

Posted on Saturday 7 June 2008

The last Mitterrand

The movie channel recently played a film called The Last Mitterrand.

It is adapted from a book by a French journalist, Georges-Marc Bénamou, who was picked by François Mitterrand as his diarist during his last three years in power.

It shows the terminally ill president going about his business and giving his thoughts of life, politics and the universe for the younger man to preserve for posterity.

The book, which came out a year after Mitterrand’s death in 1996, was controversial mostly because of a passage that had the president gorge on ortolans during on New Year’s eve.

His family cried foul: the great man, they said, would never have allowed himself to break European Union legislation on protected species.

Which account should I believe: Mitterrand as a viveur ready to flout the rules to the end, or as a puritanical stickler for the law?

Tough call. I’ll have to think about that one.

But that brief dinner scene is not the most shocking (in fact I did not understand its significance until I went online to read up about the book).

Mitterrand (magnificently played by Michel Bouquet, who bears a striking physical resemblance) is presented as an acid-tongued control-freak who thrives on putting down the flunkeys which whom he surrounds himself.

He is also paranoid, and constantly talks about plots by enemies who have pursued him for decades.

And now for nasty part: Mitterrand combined in a particularly French way a love of luxury with empty revolutionary rhetoric.

Bénamou quotes from a speech to a UN “summit on social development” in March 1995:

“Will we allow the world to become a global market, ruled only by the law of the strongest, aimed only at securing maximum profit in minimum time, a world where speculators ruin in a few hours the labor of millions of men and women? Will we abandon future generations to these blind forces?”

Right. So what do we do? Abolish profits and get rid of those blood-sucking speculators?

But wait! I thought that had been tried before, and never with shining success.

Mitterrand’s life spanned the 20th Century, but the main lessons from that century were apparently lost on him.

And also on Bénamou, who appears to admire this presidential twaddle. His main complaint is that Mitterrand did nothing to support the implementation of his ideals.

In this, it must be said, Bénamou is unfair.

He neglects to mention, for instance, that three days after giving that speech, Mitterrand was embracing Fidel Castro – contributing to keeping 10 million Cubans sheltered from the “blind forces” of capitalism in his concentration camp country.

Bénamou also takes Mitterrand to task over his connections with France’s collaborationist Vichy regime.

This is where I actually felt sorry for the old man.

He was being harassed by a callow youth who has never been in a war, and was more interested in judging than listening to him.

Mitterrand’s murky past is worth delving into, but by scholars not prosecutors (the best book on the subject, Une Jeunesse française by Pierre Péan, a masterpiece of historical detective work, was remarkably judgment-free)

Bénamou’s pose is not just morally vacuous, it is also professionally stupid.

If he had been less sniffy about Mitterrand’s past, he might have got something out of him. In the end – despite access many researchers would have killed for – Bénamou contributes nothing to our knowledge of that past.

Mitterrand’s ultimate tragedy is that he picked the wrong confessor.

Le dernier Mitterrand

Je viens de visionner à la télé anglaise un film intitulé Le Promeneur du Champs de Mars.

Il s’agit de l’adaptation d’un livre de Georges-Marc Bénamou sur les dernières années de Mitterrand.

Le président déclinant avait pris ce journaliste de Globe (depuis reconverti dans la droite caviar, comme beaucoup d’anciens gauchistes) comme son Philippe de Commynes, et lui avait ouvert les portes de l’Élysée pour recueillir ses ultimes élucubrations.

Le bouquin, paru peu après la mort de Mitterrand, avait surtout fait scandale parce qu’il montrait le viellard se baffrant d’ortolans lors de son dernier réveillon de président.

L’entourage avait crié à la falsification: non, le grand homme ne se serait jamais permis d’enfreindre la législation européenne sur les espèces protégées.

Je me demande qui croire, de celui qui présente Mitterrand comme un jouisseur se foutant des lois jusqu’à la fin, ou de ceux qui affirment qu’un puritanisme sourcilleux régissait jusqu’à sa vie privée…

Mais le bref épisode du gueuleton de Latché n’est pas le plus affligeant du film.

Mitterrand (magnifiquement incarné par Michel Bouquet) est présenté comme retors, impérieux, avide d’un pouvoir qui lui échappe, et surtout paranoïaque.

Il s’imagine poursuivi depuis 50 ans par une meute d’anciens barbouzes et de plumitifs calomniateurs, suppôts hargneux d’une bourgeoisie qui ne lui pardonne pas d’avoir trahi sa classe.

Il est aussi emprunt de cette pose si française et si socialiste, qui combine le goût du luxe et l’utopie révolutionnaire. Bénamou cite un discours prononcé à l’ONU:

“Laisserons-nous le monde se transformer en un marché global, sans autre loi que celle du plus fort, sans autre objectif que la réalisation du maximum de profit en un minimum de temps, un monde où la spéculation ruine en quelques heures le travail de millions d’hommes et de femmes? (…) Allons-nous abandonner les générations futures au jeu de ces forces aveugles?”

Cette fraçon si française, si socialiste de se payer de mots est affligeante.

Qu’est-ce que Mitterrand veut? Éliminer les profits et les spéculateurs? La chose a été essayé à maintes reprises au XXe siècle : le succès n’a jamais été éclatant.

Et Bénamou semble admirer ce genre d’envolées!

S’il relève l’hypocrisie politique de Mitterrand, c’est pour lui reprocher de ne rien faire pour promouvoir la mise en pratique de ses idéaux.

Il est d’ailleurs injuste sur ce point, car trois jours après prononcé ces mots en mars 1995, le président joignait le geste à la parole en embrassant Fidel Castro à Paris – contribuant ainsi à préserver 10 millions de Cubains des “forces aveugles” du “marché global”, et à renforcer un régime concenrationnaire.

Bénamou tanne aussi le cuir à Mitterrand sur Vichy, et là on se met à prendre Tonton en sympathie.

Je sais bien qu’il n’est pas tout blanc et qu’il a mis du temps à choisir son camp.

Mais des jeunots qui n’ont jamais connu la guerre devraient avoir la modestie d’essayer de comprendre avant de juger.

À l’époque de la controverse sur le passé de Mitterrand, je me souviens avoir été irrité par les jeunes procureurs qui avaient écrit La Main droite de dieu, et au contraire impressionné par la neutralité de Pierre Péan sur même sujet.

Et surtout, cette attitude de Fouquier-Tinville n’est pas professionnelle de la part d’un journaliste.

S’il s’était montré un peu moins hautain sur le passé de Mitterrand, Bénamou aurait sans doute recueilli des confidences historiquement importante.

C’est en se montrant compréhensif, en se faisant confesseur et non pas procureur, que David Frost a obtenu un demi-mea culpa de Nixon.

L’ultime tragédie de Mitterrand, c’est d’avoir mal choisi son mémorialiste.

Sardanapale @ 6:33 am
Filed under: France
  1.  
    le gauchiste repenti
    June 8, 2008 | 7:55 am
     

    Entièrement d’accord avec vous. Sur le passé vichyste de Mitterrand, c’est Pierre Joxe (citant son père Louis Joxe) qui a le mieux résumé les choses : “Mitterrand a été vraiment pétainiste puis il a été vraiment résistant”. Mais les petits procureurs qui lui ont reproché son parcours n’ont jamais ouvert un livre d’histoire (pas le temps) et ne savent pas ce qu’est un vichysto-résistant. Ils ont une vision manichéenne (plus sommaire que la pire des sous-productions hollywoodiennes) avec le blanc et le noir, les gentils et les méchants etc. etc. Ca me fait penser à un de nos grands intellectuels médiatiques qui, bien à l’abri dans son appartement du boulevard St Germain, faisait la leçon à Ismaël Kadaré, qui n’avait pas assez critiqué à son goût le régime communiste albanais… Tout à fait d’accord avec vous sur le caractère très rigoureux du livre de Péan. Comme quoi, il ne faut pas désespérer des journalistes…

  2.  
    Sardanapale
    June 9, 2008 | 9:18 am
     

    Merci cher GR. Le rapprochement avec les critiques adressées par BHL contre Kadaré (que vous aviez déjà évoquées) est tout à fait pertinent.

    Et je serais encore plus indulgent avec Kadaré qu’avec Mitterrand: celui qui voulait écrire dans l’Albanie communiste était obligé de cirer un minimum les pompes de Hoxha; le Français qui voulait servir son pays pendant la guerre avait plus d’options (Vichy, le maquis, ou la France libre exilée: Mitterrand, et c’est tout à son honneur car il aurait aussi pu rester planqué, a fait successivement les trois.)

    À propos, GR, je vous ai envoyé des emails personnels à l’adresse que vous m’avez laissée. N’ayant pas reçu de réponses, je me demande si cette adresse est encore la bonne.

    Si vous n’y voyez pas d’inconvénients, pourriez-vous me contacter à sardanapale@jeanfrancoisrevel.net ?

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