Sardanapale

Archives for May 2008


# Posted on Thursday 29 May 2008 - 7 Comments

Bastiat and oil prices

Having just re-read Frédéric Bastiat’s tract Government, I find it as illuminating and relevant as it was in 1848.

The French state is constantly expected to act.

As Bastiat put it, “100.000 mouths from the press and public forums” urge it to at once:

“Organize labor and workmen;
Root out selfishness;
Repress the insolence and tyranny of capital;
Make experiments on manure and eggs;
Cover the country with railways;
Irrigate the plains;
Plant the hills;
Set up model farms;
Set up social workshops;
Colonize Algeria;
Nurture children;
Instruct youths;
Assist the aged;
Send the inhabitants of towns into the country;
Equalize the profits of all trades;
Lend money without interest to all who wish to borrow;
Emancipate Italy, Poland and Hungary;
Breed and perfect the saddle-horse;
Encourage the arts, and provide us with musicians and ballerinas;
Restrict commerce, and at the same time create a merchant navy;
Discover truth, and put a grain of reason into our heads. The mission of government is to enlighten, to develop, to extend, to fortify, to spiritualize, and to sanctify the soul of the people.”

Inevitably, 160 years on, some these calls need updating.

Experiments in agriculture technology can only be carried out with the precautionary principle firmly in mind. Horses are no longer central to transportation policy.

Recolonizing Algeria is out of the question: the state is now supposed to rebuild Afghanistan.

Italy and Poland are free: the places to emancipate now are Darfur and Tibet.

But the main thrust of Bastiat’s list of demands is strikingly current.

The French state is still supposed to protect workers from the rough winds of trade and all hazards of life, to provide more jobs, teachers, cheap loans, as well as support for farmers, artists, and pretty much everyone else.

I would only ass one item to bring the list completely up to date: at the minute the government is meant to shelter people from the worldwide rise in oil prices.

I don’t mean to knock Nicolas Sarkozy’s latest proposals on this matter (he wants to use surplus income from the gasoline sales tax to reduce the fuel bill of the low-income households – not a too idiotic an idea if you insist on doing something.)

I’m only noting that Sarkozy answered urgent demands arising from the depth of French society.

As always, especially when confronted by special interested using violence, like the fishermen currently blocking French ports and fuel depots, the “hyperpresident” is only too happy to spring into action.

It would never occur to him to say: “You’re asking too much. Go away.”

Instead he encourages France’s fateful tendency to believe – as Bastiat put it – that the state

“has bread for all mouths, work for all hands, capital for all enterprises, credit for all projects, oil for all wounds, balm for all sufferings, advice for all perplexities, solutions for all doubts, truths for all intellects, diversions from all troubles, milk for infancy, and wine for old age – which can provide for all our wants, anticipate all our wishes, satisfy all our curiosity, correct all our errors, repair all our faults, and exempt us henceforth from the necessity for foresight, prudence, judgment, sagacity, experience, order, economy, temperance, and activity. “

The French cannot see that these contradictory demands are rooted in childish conception of government, as an ominpotent entity that stands above society and showers goodies from on high.

The left’s response to Sarkozy’s fuel proposal wonderfully illustrates this delusional view of the state.

Socialist leader François Hollande says the fuel tax surplus should be given back to all drivers, and restated his plans to hand out “gasoline vouchers” to a thankful populace.

The idea is no longer to rob Peter to pay Paul. It is to rob Peter and Paul to pay Peter and Paul. As Bastiat put it in a celebrated formula:

“Government is the great fiction through which everybody endeavors to live at the expense of everybody else.”

No one realizes that the average citizen loses out from this transfer: it has a cost and entrench the powers of the state.

The French state is not Big Brother, but Big Mother – a caring presence that stands above you, ready to be milked.

Its wards seek to extract as much as they can from it, while giving as little as possible.

We constantly talk of “brotherhood” and “solidarity”. But few nations try harder to live off the public purse, without realizing that in so doing it is only cheating itself.

Click here for a translation of Bastiat’s Government.

Bastiat sur les marins pêcheurs

Je viens de relire l’État, de Frédéric Bastiat. Ce texte est tout aussi éclairant qu’il l’était lors de sa publication en 1848.

Nos gouvernants, affirme Bastiat, sont sans cesse sommés d’agir. “Cent mille bouches de la presse et de la tribune” leur crient:

“Organisez le travail et les travailleurs.
Extirpez l’égoïsme.
Réprimez l’insolence et la tyrannie du capital.
Faites des expériences sur le fumier et sur les œufs.
Sillonnez le pays de chemins de fer.
Irriguez les plaines.
Boisez les montagnes.
Fondez des fermes-modèles
Fondez des ateliers harmoniques.
Colonisez l’Algérie.
Allaitez les enfants.
Instruisez la jeunesse.
Secourez la vieillesse.
Envoyez dans les campagnes les habitants des villes.
Pondérez les profits de toutes les industries.
Prêtez de l’argent, et sans intérêt, à ceux qui en désirent.
Affranchissez l’Italie, la Pologne et la Hongrie.
Élevez et perfectionnez le cheval de selle.
Encouragez l’art, formez-nous des musiciens et des danseuses.
Prohibez le commerce et, du même coup, créez une marine marchande.
Découvrez la vérité et jetez dans nos têtes un grain de raison. L’État a pour mission d’éclairer, de développer, d’agrandir, de fortifier, de spiritualiser et de sanctifier l’âme des peuples.”

Naturellement, après 160 ans, certains points doivent être mis à jour.

La recherche agricole n’est une priorité gouvernementale que si elle se conforme au principe de précaution.

Il n’est pas question de reprendre l’Algérie, mais de rebâtir l’Afghanistan.

L’Italie et la Pologne sont affranchies: c’est à la liberté du Darfour et du Tibet qu’on demande à l’État d’œuvrer (celle de Cuba, par contre, n’est pas plus à l’ordre du jour qu’en 1848).

À part cela, tout est dans cette liste: les appels à plus de protection, de profs, de crédits, la défense de l’emploi, le soutien aux agriculteurs, aux artistes, etc.

Tout, ou presque. Pour achever d’actualiser cette liste, il faut y ajouter une nouvelle tâche assignée à l’État: “Protégez le citoyen de hausse des prix du pétrole.”

Loin de moi l’idée de critiquer ici la récente proposition de Nicolas Sarkozy, visant à consacrer le surplus de recettes de la TVA sur les carburants à l’allègement de la facture des revenus modestes.

Quel que soit le bien fondé de cette mesure, je note qu’elle répond à une attente – que dis-je, à une clameur – qui vient des tréfonds d’une société.

Les Français veulent que le gouvernement les soulage MAINTENANT. Et l’hyperprésident, toujours prêt quand on le sollicite, surtout par la violence, obtempère.

Il ne lui viendrait jamais à l’idée de rétorquer aux marins pêcheurs et autres quémandeurs – avec une gouaille qui pourtant lui siérait bien: “Vous m’en demandez trop! Lâchez-moi un peu la grappe.”

Non, il caresse dans le sens du poil des Français qui, comme le notait Bastiat, exigent que l’État

“ait du pain pour toutes les bouches, du travail pour tous les bras, des capitaux pour toutes les entreprises, du crédit pour tous les projets, de l’huile pour toutes les plaies, du baume pour toutes les souffrances, des conseils pour toutes les perplexités… du lait pour l’enfance, du vin pour la vieillesse, qui pourvoie à tous nos besoins, prévienne tous nos désirs, satisfasse toutes nos curiosités, redresse toutes nos erreurs… et nous dispense tous désormais de prévoyance, de prudence, de jugement, de sagacité, d’expérience, d’ordre, d’économie, de tempérance et d’activité.”

Les Français ne voient pas que ces exigences contradictoires procèdent d’une idée absurde de l’État – vu comme source inépuisable de bienfaits prodigués sur le corps social.

La réponse des Socialistes à Sarkozy illustre à merveille cette étrange conception.

François Hollande veut redistribuer le surplus de TVA non plus à certaines catégories, mais à tous les salariés, et a relancé son idée de “chèques essence”.

Il ne s’agit plus de prendre à Pierre pour donner à Paul. Il s’agit de prendre à Pierre et à Paul pour rendre à Pierre et à Paul.

Comme le dit Bastiat dans sa célèbre formule:

“L’État, c’est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépens de tout le monde.”

Personne ne comprend que le citoyen moyen est perdant, car ces transferts ont un coût et renforcent le pouvoir de l’administration.

Les Français continuent de voir l’État une entité abstraite, située au dessus des citoyens, qui leur doit le maximum et à laquelle ils doivent le minimum.

Nous avons constamment les mots de “fraternité” et “solidarité” à la bouche.

Mais aucun peuple ne s’emploie davantage à profiter de la collectivité, sans comprendre pas qu’elle fait corps avec lui et que c’est lui-même qu’il gruge.

Le texte de Bastiat est ici.

Sardanapale @ 9:11 am
Filed under: France andPhilosophie

# Posted on Friday 23 May 2008 - Comments Off on De Gaulle, c’est l’imagination au pouvoir

Fantasies of France

Répliques, the best talk show on French radio, was recently disrupted by a posse of protesters.

They read out statements in favor of various oppressed individuals and groups, before being chucked out.

The incident was in keeping with both the topic of the program – the legacy of May 1968 – and the venue – the Théâtre de l’Odéon which was at that time occupied by students and transformed into a freewheeling forum.

I wondered whether the invasion of the Répliques set might have been staged – it would have been a fit tribute to a generation that wanted “imagination in power”.

But Finkielkraut’s incandescent reaction – his natural eloquence magnified by anger – convinced me otherwise.

The whole incident is worth listening to.

But for me, the high point of the broadcast came at the beginning.

After introducing his guests, Finkielkraut offered this profound assessment of de Gaulle – the bête noire of the 1968 students:

“You can say that General de Gaulle is the twentieth-century French politician who, for better and perhaps also for worse, put imagination in power.

He led France to believe that it had an epic destiny. He gave epic overtones to a policy that was in fact confronted with very mundane issues.”

De Gaulle, c’est l’imagination au pouvoir

L’émission Répliques d’il y a quinze jours, consacrée à l’héritage de Mai 68, a été surtout remarquée du fait de l’irruption sur le plateau (à l’Odéon!) d’une poignée de contestataires.

De façon très soixante-huitarde, ces jeunes ont “pris la parole” pendant dix minutes pour exprimer leur solidarité envers des personnes incarcérés et diverses autres catégories d’opprimés dont le sort méritait, à leurs yeux, d’être signalé au grand public.

L’irruption de ce commando bavard a provoqué l’indignation de l’animateur.

Les explosions de Finkielkraut sont prodigieuses – son éloquence naturelle étant décuplée par la colère.

Mais pour moi, la tirade la plus remarquable de l’émission est intervenue avant l’incident.

Finkielkraut dit ces mots sur de Gaulle, qui sont à mon sens parmi les plus pertinents jamais prononcés sur le style du général:

“On peut dire du général de Gaulle qu’il est celui des hommes politiques français du XXe siècle qui, pour le meilleur et peut-être aussi pour le pire, a mis l’imagination au pouvoir.

C’est-à-dire qu’il a fait croire à la France qu’elle avait une destinée épique. Il a donné une tonalité épique à une politique qui était confrontée à des problèmes très prosaïques.”

PS: on peut entendre l’altercation ici.

Sardanapale @ 1:31 pm
Filed under: General

# Posted on Tuesday 20 May 2008 - Comments Off on Les gardes rouges de 1968

Tragedy and farce in 1968

Here are my last two cut-and-paste jobs on British articles about 1968. Both are from the current issue of Prospect Magazine.

The first is a cogent analysis by Jacques Rupnik of the deep differences between the tragedy that was the Prague Spring and the Parisian farce:

From Paris to Prague and from Warsaw to Berlin, not to mention Berkeley or Mexico, there was a generational moment of “incoherent fraternity” (Paul Berman): similar fashions, listening to the same music, the shared distrust of political establishments…

But in reality the language and the political aspirations differed substantially.

The “alienation” in a consumer society and the traps of “formal democracy” denounced by French radicals were by no means scorned in societies then emerging from 20 years of real socialism.

The French 68ers wanted to reclaim the purity of the socialist idea from the communist grip, while the Czechs, who had learned the hard way about such things, were trying to dilute it with all the intellectual trends of the time, from psychoanalysis to the Christian-Marxist dialogue.

For French 68ers the word “Europe” was then associated with the “common market,” and references to “European civilisation” smacked of colonialism in the aftermath of the Algerian war.

Their international horizon was “third worldish,” with the opposition to the war in Vietnam, support for Mao and for Cuban-style “revolution in the revolution” (the title of an essay by Régis Debray…)

In Prague, the identification with European culture was part of an emancipation from the post-war Sovietised eastern orientation of official cultural life.

As Milan Kundera put it ten years later: “The Parisian May was an explosion of revolutionary lyricism. The Prague spring was an explosion of post-revolutionary skepsis… The Parisian May was radical. The Prague spring was a popular revolt of the moderates.”

And what of the respective legacies? In Paris, it was “if you can’t beat them, join them.” The 68ers have gradually conquered the institutions they had challenged and reached the peak of their power in French society.

From feminism to environmentalism and multiculturalism, they have imposed their agenda. In the words of Cohn-Bendit: “We have won culturally and socially while, fortunately, losing politically.”

The fate of their Czech counterparts was very different. They were purged and expelled from all walks of public life for two decades.

So when the “velvet revolution” of 1989 surprised them (and the rest of their countrymen), they were pushing 50 and had lost 20 of their most creative years.

1989 was anti-68 in the sense that it did not try to pick up where the ’68 reform movement stopped: it sought western market democracy rather than the utopia of “socialism with a human face.”

The second piece is by PJ O’Rourke:

Mind-altering drugs were the best part of the 1960s. Nowadays these drugs have a bad reputation simply because lots of people died from them and many more had their lives ruined. But let’s look on the bright side. I give an example from personal experience.

A couple of years ago a friend of mine and I both suffered that common malady of late middle age: debilitating depression. My friend is six years older than I – just old enough to have missed the era of being one’s own pharmacist.

When depression struck my friend, he thought, “I’m a worthless human. What have I done with my life? I make myself and all the people around me miserable. Why go on?”

I thought, “Bad acid!”

I immediately knew-from extensive practice of introducing wrong chemicals into my brain-that wrong chemicals were in my brain. I went to a doctor. We fiddled around with drugs, just like I always used to, except legally. We found something that worked. I have the right chemicals in my brain. And I feel great.

My square friend, on the other hand, he… Well, to tell the truth he did exactly the same thing I did. He’s got the right chemicals in his brain too, and he feels great. But there’s a key difference between sandals-and-pot era me and white-bucks-and-beer era him.

He keeps asking his doctor when he can get off his meds. I keep asking if I can get more.

Les sacrifiés du maoïsme

Je reproduis en face deux autres articles article britannique sur mai 68 – les derniers de la série. Je recommande celui sur la différence entre le printemps de Prague et le mai parisien.

Dans cette colonne je m’en tiendrai à un sujet plus hexagonal mais tout aussi fascinant: le maoïsme groupusculaire de l’après-68.

Morgan Sportès vient de consacrer un livre, Ils ont tué Pierre Overney, à ce phénomène exotique.

L’auteur y écrit, à juste titre:

“On a du mal aujourd’hui… à imaginer l’énormité du crétinisme maoïste qui sévissait à l’époque en France, dans les médias, la littérature, l’art, les sciences sociales, le cinéma.”

Je résume donc pour les moins de 30 ans.

Au milieu des années 60, certains éléments de l’élite estudiantine parisienne entreprennent de faire en France la Révolution culturelle qu’ils admirent tant en Chine.

Dénonçant pêle-mêle la bourgeoisie, l’université, et le PC “révisionnistes”, ils prônent (surtout pour les autres) l’abandon des études pour aller porter l’étincelle insurrectionnelle dans les usines.

Leur mouvement, la Gauche prolétarienne, dissout par Marcellin en 1970, entre dans la clandestinité pour provoquer le grand soir en sous-main.

On sait que certains anciens de la GP – Benny Lévy, Robert Linhart, Serge July, Olivier Rolin, André Glucksmann, Jean-Claude Milner, etc. – ont su surmonter par la suite leur horreur de l’intelligentsia pour y réussir de belles carrières (à l’instar de ces philosophes dont Proust disait que moins ils croyaient au monde extérieur, plus il s’efforçaient de s’y faire une place.)

Ce qu’on sait moins, c’est ce qu’il est advenu de la piétaille maoïste envoyée au front de la lutte prolétarienne.

C’est précisément sous cet angle, du point de vue des pauvres poires qui furent sacrifiées, que Sportès aborde le sujet.

Au centre de son livre est Pierre Overney, un jeune ouvrier tué par un vigile de Renault lors d’une action de la GP en 1972.

Tout au long de la décennie, il fut traité en martyr de la révolution avortée: son portrait était de toutes les manifs, et ornait les murs de toutes les facs.

Or ce que montre Sportès, c’est qu’Overney ne fut pas la victime du capital et ses séides, mais celle des apprentis gardes rouges qui l’avaient propulsé à la tête d’un commando pour en découdre avec les gardiens de l’usine de Billancourt.

Et pour comble de cynisme, ces idéologues qui l’ont envoyé au casse-pipe on pleinement exploité sa mort.

Comme le dit Sportès:

“Ce sont des jeux politiques ou on utilise des imbéciles utiles… Et on a fait parler le cadavre de ce malheureux Overney.

D’ailleurs les amis les plus proches de ce malheureux Overney étaient fous furieux contre les gens de la GP, parce qu’ils voulaient utiliser à des fins politiques le cadavre d’Orverney.”

Ces paroles sont extraites d’une passionnante interview postée sur Dailymotion, et que je recommande chaudement.

L’auteur affirme en outre que contrairement à ce qu’on lit partout, la GP ne s’est pas autodissoute en 1974 dans un sursaut de lucidité, et par crainte de basculer dans la violence.

Non, les maos français sont rentrés dans le rang tout simplement parce que les flics ont bien fait leur boulot.

La GP était à ce point infiltrée que le choix pour les leaders était clair: la normalisation ou la taule.

Autrement dit, certains de nos intellectuels les plus talentueux doivent en partie leur réussite à la police de Pompidou et de Giscard.

Oh, je ne conteste pas leur talent.

J’aime beaucoup André Glucksman; Marin Karmitz est un bon producteur dont j’approuve les idées sur les intermittents du spectacle.

Mais il est bon de temps en temps d’évoquer aussi les petits, les oubliés du maoïsme, ceux qui y ont laissé leur carrière, voire plus, faute d’avoir su abandonner la lutte à temps.

Sardanapale @ 2:55 pm
Filed under: France

# Posted on Friday 16 May 2008 - 2 Comments

The sixties’ influence on business fads

This week I’m lifting a few noteworthy articles about 1968 from the British press.

The second one is this gem by Lucy Kellaway of the Financial Times:

“It took business about 20 years to work out that the 1960s had happened at all…

1968 happened in offices around about 1988, and in 2008 the ideas of the 1960s are still affecting the ways we behave and think at work.

In the early 1960s a group of radical American students got together and drew up a blueprint for what they thought the world ought to look like.

The celebrated Port Huron Statement called for work that was ‘educative, not stultifying; creative, not mechanical; self-directed, not manipulated, encouraging independence… a willingness to accept social responsibility.’

As Anthony Dworkin pointed out in the current issue of Prospect magazine, these ideas have now become enshrined in the workplace ideal that business schools preach.

Empowerment, creativity, team-work, lifelong learning, values and visions: all these ideas had their roots in the 1960s.

Students got over it. Business never has.

Some of these ideas have turned into a good thing in workplaces, others less so.

The business equivalent of free love is job hopping, which means that employees can get into bed with any old employer and if it doesn’t work out they can dump them and move on.

In moderation this is good; in excess it is expensive for employers and destabilising for employees.

The idea of instant, and constant, gratification was also a big thing in the 1960s, but is not so good when translated to work.

Jobs are often dull, and so if we expect the earth to move for us every time, we end up feeling cheated and disappointed when it doesn’t.

Above all what characterised the 1960s was people pretending to be cool when they were actually quite square.

‘Far out, man,’ and ‘be free,’ they used to say.

The same now applies to most corporate executives.

They speak a language infected with the spirit of the 1960s because they think it sounds good, not because they really mean it.

My favourite example was the JP Morgan manager who instructed investment bankers to “take the time today to call a client and tell them you love them”.

Peace and love proved a dodgy dictum even when applied to students. When applied to bankers it beggars belief…

“Let me take you down, ’cause I’m going to Strawberry Fields,” sang the Beatles. “Nothing is real, nothing to get hung about.”

But that is just the trouble and that is why the spirit of the 1960s jars at work. In business it is real, and there is much to get hung about.”

L’imagination au travail

Je reproduis cette semaine plusieurs textes sur mai 1968 trouvés dans la presse britannique.

Voici le second – extrait d’un article de Lucy Kellaway dans le Financial Times:

“Le monde de l’entreprise a mis 20 ans à s’apercevoir que les années 1960 s’étaient produites…

1968 a fait son entrée dans les bureaux vers 1988, et en 2008 les idées de cette période continuent d’influencer nos comportements au travail.

Au début des années 1960 un groupe d’étudiants radicaux américains a réfléchi au nouveau monde qu’ils appelaient de leurs voeux.

Le fameux Port Huron Statement estimait que le travail devait être ‘éducatif et non assomant; créatif et non mécanique; autonome et non manipulé’. Les auteurs voulaient encourager ‘l’independance’ et la ‘responsibilité sociale’.

Comme le souligne Anthony Dworkin dans Prospect Magazine, ces principes sont prêchés aujourd’hui dans les business schools.

L’empowerment, la créativité, l’esprit d’équipe, l’apprentissage permanent, les valeurs, la vision: ces mots d’ordre viennent des années 1960.

Les étudiants en sont revenus, mais pas les dirigeants d’entreprises.

Certaines de ces idées ont entraîné des changements positifs dans le monde du travail, d’autres moins.

L’équivalent économique de l’amour libre est le “job hopping” (NdT: expression qui n’a pas d’équivalent en France, où on s’accroche à l’idéal du boulot à vie) – ce qui signifie que les employés peuvent sauter dans le lit de n’importe quel employeur, et les quitter si ça ne marche pas.

Pratiqué avec modération, c’est une bonne chose; à l’excès, celà coûte cher aux entreprises and peut déstabiliser pour les employés.

L’idée de jouir sans entrave faisait fureur dans les années 60, mais se transpose difficilement au bureau.

Les emplois sont souvent ternes, et ceux qui espère s’éclater tout le temps se préparent à bien des déceptions.

Par dessus tout, dans les années 1960 beaucoup faisaient semblant d’être dans le coup. Les individus les plus conventionnels répétaient cool ou “c’est le pied”.

C’est aussi le cas de la plupart des cadres supérieurs aujourd’hui. Ils parlent le language des années 1960 parce que ça fait bien, et non parce qu’ils y croient.

Mon exemple favori: ce dirigeant de JP Morgan qui a demandé à ses employés ‘de prendre le temps d’appeler un client pour lui dire que vous l’aimez’.

“Peace and love” était un slogan douteux dans la bouche des étudiants. Appliqué aux banquiers, il dépasse l’entendement.

‘Let me take you down, ’cause I’m going to Strawberry Fields,’ chantaient les Beatles. ‘Nothing is real, nothing to get hung about.’

C’est précisément là où l’esprit des ‘sixties’ est incompatible avec celui d’entreprise.

En affaires, les choses sont bien réelles – et la pendaison est souvent méritée!”

Sardanapale @ 4:08 pm
Filed under: General

# Posted on Wednesday 14 May 2008 - Comments Off on Les enfants gâtés de 68

The darling duds of May

The press in Britain, just like in France, is awash with comments about the legacy of 1968.

Over the coming days I mention a few that have caught my attention.

The first is by the economist Paul Ormerod, and published in Prospect Magazine:

“I observed the events of May 1968 from my council estate in Rochdale. They seemed to have no relevance to us.

We saw on our television screens self-indulgent children of the bourgeoisie calling for the overthrow of the system.

This system had brought a modicum of prosperity and security to a population with memories of both the grim inter-war years and the pride and sacrifice of the war itself.

These feelings of bewilderment were enhanced when I arrived at Cambridge later that year.

Public schoolboys, with glittering careers awaiting in finance, the media and the law, occupied buildings and pontificated about revolution.

It was hard to treat it seriously, as anything other than some live street version of Footlights. These people were surely not for real. I was wrong.

The passage of the 1968 generation through the body politic has had devastating consequences not just for the working class but for society as a whole.

Not that I am invoking a mythical golden age. Things needed to change; that was why we supported Labour.

Class divisions were wide, complacency was rife, patriarchy and sexism deeply embedded.

But things were getting better, economically and socially, under the banner of the social democratic compromise all parties had embraced.

The distinguishing feature of the 68ers has continued to be their capacity for self-indulgence, and their blindness about the consequences of their actions for others.

The systematic denigration of western culture by the 68ers has impoverished the lives of millions.

The concept of a high culture had once been embraced without question by generations of working-class activists.

The generation that won the Second World War knew Shakespeare and Beethoven.

They aspired to an idea of progress that would allow their children to access high culture as readily as the bourgeoisie.

So too with the idea of history. The 68er interpretation of British history is a relentlessly negative one.

No country’s history is perfect, but we can be proud of much of our legacy, from defeating European dictators to abolishing slavery.

Children with no sense of history are deprived of their inheritance as citizens.

And the family? The proposition that the conventional nuclear family is on average the best structure in which to bring up children has one of the firmest empirical backings in the whole of social science.

Yet this has been blithely ignored. The result has been the virtual destruction of the conventional family among the poor, with resulting increases in their social and economic degradation.

Multiculturalism is in partial retreat, though the spirit of ’68 is hard to eradicate.

During the past decade, Britain has experienced one of the greatest movements of population in Europe since the collapse of the Roman empire.

Yet we are invited to believe that this has no adverse effects on our sense of well-being and cohesion. Again, it is the poor who bear the brunt of the dislocations this policy creates.

Those middle-class students who took to the streets in 1968 sought to make common cause with the oppressed.

Yet the impact of their posturings has been to reduce social mobility and to trap people in lives devoid of cultural nourishment.”

Les enfants gâtés de 68

La presse britannique parle beaucoup, elle aussi, de mai 1968.

Je reproduis au cours de cette semaine plusieurs articles qui m’ont frappé.

Le premier est signé par l’économiste Paul Ormerod, et publié dans la revue Prospect:

“J’ai observé les événements de mai 1968 de ma banlieue ouvrière de Rochdale.

Nous ne nous sentions en rien concernés.

Nous voyions sur nos écrans de télévision les enfants choyés de la bourgeoisie appeler au renversement du système.

Ce système avait apporté un degré de prosperité et de securité à une population qui avait connu un après-guerre difficile, ainsi que la fierté et le sacrifice de la guerre elle-même.

Ce sentiment d’incompréhension fut renforcé lors de mon arrivée à Cambridge, un peu plus tard cette année-là.

Ceux qui sortaient de prestigieux lycées privés, et étaient destinés à de belles carrières dans la finance, les medias ou le barreau, occupaient les bâtiments et péroraient sur la revolution.

J’avais du mal à les prendre aux sérieux. J’avais l’impression d’assister à un simple carnaval de rue.

J’avais tort. Le passage de la génération de 1968 à travers le corps politique eut des conséquences dévastatrices non seulement pour la classe ouvrière, mais pour la societé tout entière.

Je n’ai pas la nostalgie d’un âge d’or qui n’a jamais existé…

Mais économiquement et socialement, le progrés était réel, sous la bannière du compromis social-democrate adopté par tous les partis.

Les soixante-huitards continuent à se distinguer par leur autosatisfaction et leur cécité face aux conséquences de leurs actes.

Leur denigrement de la culture occidental a apauvri la vie de millions de personnes. Il fut un temps où l’idée de haute culture culture était acceptée sans réserves par des générations de militants ouvriers.

La génération qui a gagné la Seconde Guerre mondiale connaissait Shakespeare et Beethoven.

Ces gens adhéraient à un idéal de progrès qui permettrait à leurs enfants d’accéder à la haute culture au même titre que ceux de la bourgeoisie.

Il en est de même avec l’histoire. Le regard jeté par les soixante-huitards sur l’histoire britannique répandue est purement négatif.

Aucune nation n’est sans reproche, mais nous pouvons être fiers d’une grande partie de notre héritage, de la victoire sur les dictateurs européens à l’abolition de l’esclavage.

Quand les enfants n’ont plus le sens de l’histoire, ils sont privés de leur héritage de citoyens.

Et la famille? Le fait que la famille nucléaire conventionnelle est de façon générale la meilleure structure pour élever les enfants est l’un des mieux démontrés en sciences sociales.

Et pourtant, ce fait a été négligé. D’où la destruction virtuelle de la famille conventionelle parmi les plus démunis, et la dégradation économique et sociale qui s’ensuit.

Le multiculturalisme est partiellement en recul, mais l’esprit de 68 a la vie dure.

Au cours de la décennie écoulée, la Grande-Bretagne a vu l’un des plus grands mouvements de population que l’Europe a connue depuis la fin de l’empire romain.

Et on veut nous faire croire que cela n’a eu aucun effet négatif sur notre bien-être et notre cohésion.

De nouveau, ce sont les pauvres qui subissent les déracinements que cette politique entraîne.

Les étudiants aisés qui ont manifesté en 1968 ont voulu faire cause commune avec les opprimés.

Et pourtant, leur posture a eu pour résultat de réduire la mobilité sociale, et d’enfermer les gens dans des vies privées de nourritures culturelles.”

Sardanapale @ 5:58 pm
Filed under: General

# Posted on Tuesday 13 May 2008 - 2 Comments

The soft heart of Sarkonomics

Le Monde hails Sarkozy’s “liberal (i.e. pro-market) clarification”.

According to the paper, the French president will be much more forceful and coherent in reforming the economy his second year in office than he was in his first.

Le Monde praises the centerpiece of his new program, the “law on economic modernisation”, saying it marks a “resolute acceptance of supply side policy.”

Would that it was true. I too support the bill, which aims to encourage an entrepreneurial society by cutting red tape, strengthening competition, and generally putting consumers first.

But I doubt that the move will deliver the “rupture” that Sarkozy once promised – for two main reasons.

The first is that he may already have blown his chances. During his first six months in office, Sarkozy wasted a strong popular mandate for change and huge majority.

He implemented some reforms but balked at radical measures such as scrapping the 35-hour week, and shied away from confrontation with vested interest.

I can’t see how he can re-invent himself as an effective modernizer after running out of political capital.

But the more fundamental reason to be skeptical is that Sarkozy is not a conviction politician in the mould of Reagan or Thatcher.

He is only a lukewarm reformer. The Economist hit the nail on the head when it wrote recently:

“For at the heart of Sarkonomics is a contradiction: Mr Sarkozy promises both to create an entrepreneurial, risk-taking society and to protect workers, factories and jobs.

When he was running for president, his campaign stop of preference was the factory floor, where he would surround himself with industrious-looking men in hard hats and promise never to let France lose its factories, because, “Once the factories go, everything goes.”

He may call himself a liberal but he also believes in national champions, and in a strong industrial policy to defend them.”

Rupture light

Le Monde salue la “clarification libérale” du président.

Pour notre oracle vespéral, le “sarkozysme an II” tourne le dos aux hésitations de la première année et s’engage dans une politique cohérente de réformes.

“La loi de modernisation économique (LME) qui sera présentée au Parlement en juin souligne le changement: le ralliement à une politique résolument ‘de l’offre’.”

J’aimerais que cette prophétie se réalise.

Moi aussi, je salue la tentative d’encourager l’entreprise, d’alléger les contraintes et renforcer la concurrence, qui est au cœur de la LME.

Mais je suis sceptique sur ses chances de succès. Et cela pour deux raisons, l’une conjoncturelle et l’autre structurelle.

En premier lieu, on voit mal comment Sarkozy, qui s’est contenté de demi-mesures dans les six premiers mois de sa présidence, aura l’audace de mettre en œuvre les difficiles réformes requises à présent.

S’il n’a pas osé toucher aux 35 heures et s’est couché devant les marins pêcheurs lorsqu’il était au faîte de sa popularité, on peut douter qu’il saura se montrer ferme maintenant que son capital politique est épuisé.

Si la première raison d’être sceptique tient à l’esprit du temps, le seconde tient à l’esprit du sarkozysme.

Pour convaincre un pays aussi perclus d’étatisme de la nécessité des solutions libérales, il faut une foi à toute épreuve.

Or Sarkozy n’a jamais été animé de la conviction qui habitait un Reagan ou une Thatcher.

Son discours a toujours été double: pour plus de flexibilité mais aussi plus de protection, pour plus de marché mais que les industries restent françaises, pour plus d’ouverture mais moins de délocalisations, pour la rupture et pour les RTT…

Sarkozy cherche trop la popularité: il veut se faire applaudir à la fois par le Medef et les syndicats.

Je partage le bilan de The Economist cité en regard: les contradictions du sarkozysme le condamnent à l’impasse.

Sardanapale @ 1:17 pm
Filed under: Economy and trade andFrance

# Posted on Sunday 11 May 2008 - 2 Comments

Sunday sermon

“You cannot bring prosperity by discouraging thrift.
You cannot help small men by tearing down big men.
You cannot strengthen the weak by weakening the strong.
You cannot lift the wage earner by pulling down the wage payer.
You cannot help the poor man by destroying the rich.
You cannot keep out of trouble by spending more than your income.
You cannot further brotherhood of men by inciting class hatred.
You cannot establish security on borrowed money.
You cannot build character and courage by taking away man’s initiative and independence.
You cannot help men permanently by doing for them what they could and should do for themselves.”

Rev. William J. H. Boetcker, 1916

(PS: this quote is sometimes wrongly attributed to Abraham Lincoln.)

Sermon dominical

“Ce n’est pas en décourageant l’épargne qu’on encourage la prospérité.
Ce n’est pas en faisant tomber les grand hommes qu’on aide les petits.
Ce n’est pas en affaiblissant le fort qu’on renforce le faible.
Ce n’est pas en rabaissant l’employeur qu’on relève l’employé.
Ce n’est pas en détruisant le riche qu’on assiste le pauvre.
Ce n’est pas en dépensant plus qu’on gagne qu’on se tire d’embarras.
Ce n’est pas en prônant la haine de classe qu’on fait avancer la fraternité.
Ce n’est pas en s’endettant qu’on obtient la sécurité.
Ce n’est pas en privant un homme d’initiative et d’indépendance que vous lui donnez caractère et courage.
Ce n’est pas en faisant à la place des gens ce qu’ils pourraient et devraient faire eux-mêmes qu’on les aide durablement.”

Rev. William J. H. Boetcker, 1916

Sardanapale @ 6:16 pm
Filed under: General

# Posted on Wednesday 7 May 2008 - 1 Comment

Dumb and dumber

When it comes to economic policy, I am impressed by none of the candidates for the US presidency.

But on energy, their proposals are downright idiotic.

With gas prices rising all the time, John McCain is calling for a moratorium on the 18.4-cent federal gas tax.

This is a misguided solution to a non-existent problem.

The rise in US gas prices is relative: Europeans would love to pay only $4 a gallon. And then is it such a bad thing?

With everyone, from Bush to environmentalists, rightly complaining that America is “addicted to oil”, lower demand should be welcome.

And McCain wants to spur consumption through lower prices…

Barack Obama, for his part, wants a new tax on the ill-gotten profits of those nasty oil companies.

This idea is even sillier than McCain’s. As the Wall Street Journal wrote recently:

“You may… be wondering how a higher tax on energy will lower gas prices. Normally, when you tax something, you get less of it, but Mr. Obama seems to think he can repeal the laws of economics.

We tried this windfall profits scheme in 1980. It backfired. The Congressional Research Service found in a 1990 analysis that the tax reduced domestic oil production by 3% to 6% and increased oil imports from OPEC by 8% to 16%.

Mr. Obama nonetheless pledges to lessen our dependence on foreign oil, which he says “costs America $800 million a day.” Someone should tell him that oil imports would soar if his tax plan becomes law.

The biggest beneficiaries would be OPEC oil ministers.”

The Walll Street Journal also notes that the energy industry’s earnings are not as outrageous as people think.

Profits from the oil and natural gas industry over the past year were 8.3% of investment, while the all-industry average is 7.8% – and this was a boom year for oil.

An analysis by the Cato Institute found that between 1970 and 2003, the oil and gas business was “less profitable than the rest of the U.S. economy.”

As the journal writes: “These are hardly robber barons.”

Desparing to make any sense of the frontrunners’ energy programs, I turned to Hillary Clinton – who claims executive experience a pragmatic approach.

And it turns out she wants both a McCain’s style gas-tax moratorium and and Obama-style windfall tax on companies.

Far from repudiating her rivals’ follies, she compounds them.

How can such smart people trained at the best schools in the world (well, for Clinton and Obama, at least) come up with such dumb ideas?

The answer, of course, is that they want to get elected.

The idiocy of their proposals betrays not so much their own as their constituents’ ignorance.

I see this as another vindication of Bryan Caplan’s theory of “voter irrationality”.

The Wall Street Journal piece quoted is here. I recommend Caplan’s brilliant website.

Pas un pour racheter l’autre

Les programmes économiques de tous les candidats à la présidence américaine, de façon générale, me déçoivent.

En matière énergétique, ils sont carrément consternants.

McCain, par exemple, veut faire baisser le prix du carburant par un “moratoire” sur les taxes fédérales.

Voilà une mauvaise solution à un problème qui ne se pose pas.

D’abord, la hausse des prix à la pompe est toute relative: 70 centimes d’euros le litre, ce n’est pas hors de portée des ménages, même modestes.

Et puis cette hausse, au moment où les Américains, Bush compris, s’accordent à penser que le pays doit réduire sa dépendance vis-à-vis du pétrole, est plutôt une bonne nouvelle.

Elle contribue à faire baisser la demande de carburant – ce qui, pour des raisons géopolitiques, technologiques, ou écologiques, est l’effet recherché.

Or le candidat républicain veut relancer la consommation par une baisse des prix…

Barack Obama, lui, entend surtaxer les profits des compagnies pétrolières (“windfall tax”).

Cette mesure est encore plus absurde que celle préconisée par McCain.

On ne voit pas le bénéfice que le consommateur pourra en tirer – à part un malin plaisir à voir ces odieuses corporations châtiées.

Tout impôt a l’effet de décourager l’activité taxée, en l’occurrence la production de pétrole par des firmes américaines.

Obama voudrait-il stimuler l’OPEP qu’il ne s’y prendrait pas autrement.

Comme le Wall Street Journal le note (voire colonne en regard), une telle surtaxe sur les profits a été tentée en 1980.

Dix ans plus tard, une étude du Congrès a montré le résultat: chute de 3% de la production nationale de pétrole, et augmentation de 6% des importations.

Le journal souligne en outre que l’idée selon laquelle les compagnies pétrolières profitent éhontément de la cherté du brut est fausse: leurs profits s’élèvent à 8,3% des investissements, contre 7,8% pour l’ensemble des entreprises.

Si on prend le rendement du secteur pétrolier depuis 1970, avec ses hauts et ses bas, les profits sont en dessous du reste de l’économie.

Désespéré par les programmes énergétiques des deux principaux candidats, je me suis tourné vers celui de Hillary Clinton, laquelle se prévaut de son expérience de l’exécutif et d’un certain pragmatisme.

Or que lis-je? Elle demande et un moratoire sur les taxes à la pompe façon McCain et une “windfall tax” façon Obama.

Bref, Clinton cumule les inepties de ses deux rivaux.

Pourquoi des gens intelligents formés dans des universités d’élites laissent-ils ainsi leur cerveau au vestiaire?

La réponse, bien sûr, est qu’ils veulent se faire élire.

Leur propositions reflètent moins leur propre ignorance que celle de leur partisans.

J’y vois une nouvelle illustration de la théorie de Bryan Caplan sur l'”électeur irrationnel”.

Sardanapale @ 1:45 pm
Filed under: General