Myth of the struggling masses
Both French and US voters are obsessed with the stagnation of living standards.
In France, this feeling is largely behind the unpopularity of President Nicolas Sarkozy and the conservative losses in the current local elections.
In America, the “middle-class squeeze” is a major theme for both Democratic front-runners.
Hillary Clinton has spoken of “seven years of stagnant wages, declining incomes and increasing inequality.”
Barack Obama claims to be on the side of “the struggling masses”, as opposed to “the idle holders of idle capital”.
But is it true that, as millions believe on both sides of the Atlantic, the circumstances of ordinary folk have not improved in decades, and that the benefits of growth have accrued to a wealthy minority?
I have problems reconciling this idea with my own experience.
In 1960s France, only well-to-do families had a television and a washing machine; today the humblest households have several TVs, a DVD player, and a dishwasher.
When I was growing up single mothers didn’t fly to the Canary islands for their vacations.
When I tell my daughter that people used to darn socks and shirts that had holes in them, she thinks I was raised in the third world.
And there’s no need to go back to the 1960s and 1970s to be struck by remarkable changes in lifestyle and consumption trends.
In the early 1980s, most households had only one phone – and it was a landline that was very costly to use by today’s standards. Few people had a computer.
A mere 15 years ago, no one had heard of the internet.
What about the basic things in life: a roof over your head and food?
Rents have risen no faster than income. Despite rising supermarkets prices over the past year, it’s still much cheaper to feed your family today than it was 40, 20, or even 10 years ago.
So why do are so many people – including economist – telling us that living standards have stagnated?
Without claiming to exhaust the question, I will mention a few points made by Thomas Sowell in his latest look Economic Facts and Fallacies.
Most economists focus on households, which have been declining in size since the 1970s.
Hence the relatively low increase in household income conceals a significant rise in income per head (+51 in the US over 30 years, according to Sowell).
Moreover, the focus on households income distorts the statistics on inequality. Rich households have more members than poor ones.
In the US the top 20% of the household distribution has almost twice as many people as the bottom 20% – which now typically includes single-parent families and senior citizens, rather than large families of underfed children.
The gap between the rich the poor has indeed widened on an individual bases, but not by as much as you would think by looking at household figures.
And when people talk about rising inequality, they often forget that the poor do not form a stable group.
Those who are at the bottom of the social heap today are the same who were there 20 years ago.
Their ranks are constantly renewed, mostly by immigrants (for whom a minimum wage is a boon), just as the ranks of the rich are replenished by the middle classes are the poor.
So the fact that inequality has risen does not necessarily mean that “the poor are getting poorer and the rich are getting richer”.
There are signs that social mobility is decreasing. But this worrying trend is at work both in statist France and more business-friendly US and UK: you can’t blame markets for it.
In short, the obsession with “stagnating living standards” rests mostly on statistical illusions, and Clinton and Obama should know better than outdo each other in populist rhetoric.
For enlightenment on these issues, I recommend Sowell’s magnificent interview on Econtalk, my favorite podcast, and this article by Brad Schiller in the Wall Street Journal.
Le fantôme de la pauvreté
Il n’y a pas qu’en France que les électeurs sont obsédés par le pouvoir d’achat.
Aux États-Unis, la “middle class squeeze” est un thème majeur de la campagne, notamment du côté démocrate.
Hillary Clinton a déploré “sept années de revenus stagnants et d’inégalité croissantes”. Barack Obama se dit le défenseur des “masses laborieuses” (struggling masses”) contre les “détenteurs oisifs du capital”.
Des deux côtés de l’Atlantique, des millions de citoyens sont persuadés que leur situation ne s’est pas améliorée depuis de nombreuses années, et que les fruits de la croissance ont été accaparés par une minorité de privilégiés.
J’ai du mal à réconcilier cette idée avec mes souvenirs personnels.
Dans les années 1960, seules les familles aisées avaient la télévision et la machine à laver; aujourd’hui les plus humbles ont plusieurs postes de télé, avec DVD, et un lave-vaisselle.
Quand j’étais jeune, les mères célibataires n’allaient pas en vacances aux Baléares. Lorsque je dis à ma fille qu’on réparait les chaussettes et les chemises trouées, elle me regarde comme si je parlais du tiers-monde.
Et pas la peine de remonter aux années 1960 ou 1970 pour constater l’extraordinaire amélioration du sort matériel de nos sociétés.
Au début des années 1980, le foyer moyen avait un seul téléphone – et c’était un fixe coûteux à utiliser. Très peu avaient un ordinateur. Et bien sûr, il y a seulement quinze ans, personne n’avait entendu parler de l’internet.
En France comme aux États-unis, le niveau des loyers n’a pas progressé plus vite que celui des revenus.
Le coût de l’alimentation, même s’il a partout augmenté depuis un an, est en chute libre sur un demi-siècle.
Alors pourquoi tant de gens – y compris des économistes – parlent-ils de “stagnation du pouvoir d’achat”?
Sans prétendre épuiser la question, je signale quelques pistes, en m’inspirant notamment du dernier livre de Thomas Sowell, Economic Facts and Fallacies.
Les économistes en utilisant les chiffres par foyer, donnent une image déformée de la réalité. La taille des foyers s’est considérablement réduite depuis les années 1970: la faible hausse de leurs revenus cache un important accroissement des revenus par tête (+51% aux US en 30 ans, d’après Sowell).
De plus, cette comptabilité exagère l’accroissement des inégalités. En effet, les foyers à haut revenu comportent plus de membres en moyenne que ceux à faible revenus.
Quand on constate un écart croissant entre les revenus des 20% de foyers les plus riches et ceux des 20% les plus pauvres, on oublie que nombreux foyers pauvres d’aujourd’hui, contrairement à hier, sont composés de familles monoparentales ou de retraités vivant seuls.
Les écarts entre riches et pauvres se sont effectivement creusés, mais si on regarde les chiffres par tête, ces écarts sont moins important qu’on le dit.
Et quand on parle d’inégalités croissantes, on oublie souvent que les pauvres ne constituent pas une masse stable: ceux d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.
Les rangs des bas revenus sont constamment renouvelés, notamment par les immigrés (pour lesquels un SMIC est un revenu élevé).
Les rangs des riches et des classes eux aussi se renouvellent, notamment par le bas.
Quand on dit que les écarts ont augmenté, ce n’est pas que “les pauvres sont plus pauvres et les riches sont plus riche”.
Cela signifie que les riches de 2008 gagnent plus par rapport aux pauvres de 2008 que les riches de 1988 ne gagnaient par rapport aux pauvres de 1988.
Ces derniers ne sont pas devenus plus pauvres en chiffres absolus – ni même en chiffres relatifs si, comme la plupart des gens, ils ont vu leur position sociale s’améliorer avec le temps.
Bref, la hantise d’une “stagnation du pouvoir d’achat” repose en grande partie sur des illusions statistiques, et il est regrettable que les politiques contribuent à brouiller les pistes par des déclarations populistes.
Pour y voir plus clair, je recommande la fabuleuse interview que Thomas Sowell a accordée au podcast libéral Econtalk, et cet article de Brad Schiller dans le Wall Street Journal.