Sardanapale

Posted on Friday 8 February 2008

An enemy of liberty

Répliques, the best program about culture and politics on French radio, was devoted to Simone de Beauvoir last week.

The host, Alain Finkielkraut, and his two guests talked at lengths about de Beauvoir’s literary talent, her contribution to feminism, her influential ideas on life and ageing, her eventful love life, etc.

Only at the end did Finkielkraut get to the crucial question of Sartre and de Beauvoir’s political blinkers:

“They both said that before World War II they had been indifferent to history. History violently burst into their lives with the war and the Resistance, and after that they wanted to take it into account.

So their eyes were supposedly opened by the conflict. But what strikes me is their incredible blindness. They saw and understood nothing.”

Finkielkraut illustrates his point with a few well-chosen quotes from de Beauvoir.

In a letter to Nelson Algren, she wrote of Albert Camus’ L’Homme révolté – the book that sealed Camus’ break with the fellow-traveling intelligentsia:

“Don’t read it. The Right laps it up because he demonstrates that staying in the comfort of your armchair and making money is enough to make you a romantic rebel.”

OK, people write silly things in private letters and you should not convict them on that basis.

But de Beauvoir said even worse things in her published texts.

In 1958, she called Pasternak’s work a “block of compact fog” that the bourgeoisie had hailed out of “fanaticism”.

(That comment, by the way, is much truer of Sartre’s Critique of Dialectical Reason than it is of Doctor Zhivago.)

And de Beauvoir also expressed her hatred of “bourgeois” liberalism thus:

“Truth is one; error takes many forms. It is surprising that the Right professes pluralism.”

You can listen to the program here – until Saturday 9th.

Une ennemie de la liberté

Je viens d’écouter l’émission Répliques de samedi dernier, consacrée à Simone de Beauvoir.

Après avoir roulé, avec ses deux invitées, sur le talent de l’écrivain, sa morale anticonformiste, son apport au féminisme, ses relations avec Sartre et sa vie sentimentale en général, Alain Finkielkraut en vient au vif du sujet en fin d’émission: l’aveuglement politique de Sartre et de de Beauvoir.

Il commence par une belle envolée:

“Ils disent l’un et l’autre qu’avant la guerre ils étaient indifférents à l’histoire. Celle-ci a fait irruption violemment dans leur vie avec la guerre, la Résistance, et depuis lors ils ont voulu en tenir compte.

Donc la guerre leur aurait ouvert les yeux. Or ce qui me frappe moi, c’est leur incroyable cécité. Ils n’ont rien vu, ils n’ont rien compris.”

Et Finkielkraut d’illustrer son propos par quelques citations accablantes de de Beauvoir.

L’une porte sur L’Homme révolté de Camus, dont elle dit dans une lettre à Nelson Algren:

“Ne le lisez pas. La droite l’adore en bloc parce qu’il y démontre que rester assez tranquillement dans un fauteuil à faire du fric suffit à faire de vous un romantique révolté.”

Plus navrant encore est un texte publié – donc réfléchi – où de Beauvoir écrit du prix Nobel de Boris Pasternak:

“L’auteur ne m’apprenait rien sur un monde auquel il sembalit délibérément s’être fait aveugle et sourd et il l’enveloppait d’un brouillard où il se dissolvait lui-même.

Pour avaler ce pavé de brumes compactes, il faut que la bourgeoisie ait été soutenue par un fanatisme puissant.”

(Cette phrase, soit dit en passant, s’applique bien mieux à la Critique de la Raison dialectique qu’au Docteur Jivago.)

Autre formule où de Beauvoir exprime toute sa haine des libertés “bourgeoises”:

“La vérité est une, l’erreur multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme.”

L’émission est disponible jusqu’au 9 ici.

Sardanapale @ 5:08 pm
Filed under: Arts and lit andPhilosophie
  1.  
    Pascal
    February 11, 2008 | 4:20 pm
     

    Haïr ce que l’on est, ses origines, et surtout souhaiter le plus ardemment que tout cela disparaisse pour laisser place à quelque chose de totalementnt neuf, voilà un des symptômes dont souffre la France dans les banlieues. Je ne prétends pas que Simone de Brauvoir est responsable de cela, mais le parallèle est interessant à remarquer. Moi qui est vécu longtemps à Evry dans un quartier qui allait devenir “difficile”, je n’ai jamais dit une seule fois que j’aimais ma patrie, ou que j’étais fier d’être français. Cela ne me serait jamais venu à l’esprit, pourquoi ? Je n’en sais rien… En revanche tous mes camarades de classe d’origine étrangère, eux, étaient fiers de leurs origines, ils n’étaient pas français, à quoi bon ? Etre un étranger étant beaucoup plus valorisant à tel point que moi-même j’ai ressorti mes origines italiennes pour rentrer dans la norme et comme mes deux parents étaient nés en Afrique du Nord jétais rassuré de pouvoir moi aussi affirmer des origines arabes qui n’existaient pas…Tout cela se passe en 1982, j’avais à peine 8 ans. On ne s’étonnera pas alors que quelques années plus tard, notre hymmne sera bafoué, notre drapeau remplacé par le drapeau national algérien et de voir à la télévisions des peits bourgeois blancs (peut-être pour la plupart d’entre-eux fils et filles spirituelles de Simone de Bauvoir) se faire casser la gueule par leurs frères des banlieues lors de la manifestation anti CPE.
    Je suis sûr que notre chère Simone aurait aprécié le spectacle de ses enfants bourgeois se faisant racketés par ceux des prolos à l’occasion d’une manifestation pour la défense de tous les jeunes.
    Non vraiment, Simone de Beauvoir n’a pas eu de chance, elle est née et à vecu pendant une période où l’éducation et laculture avait encore un sens, à tel point que c’est justement dans cette culture qu’elle trouvera tous les arguments pour l’anéantir et ainsi en priver en quelque sorte ses enfants, enfin surtout ceux vivant dans les quartiers populaires.
    Très chère Simone, grâce à toi étudier ne fut pas très difficile pour moi, j’ai eu mon bac sans trop avoir eu à travailler, et finallement je n’ai pas été au bout à l’Université. Je me suis vite rendu compte de ma très grande ignorance sur tout ce qui concerne la culture de ma propre civilisation et aujourd’hui je tente en vain de rattraper le retard.
    Je comprends alors mieux pourquoi tu haîssais notre culture, car depuis que je l’ai redecouverte, depuis que je suis en mesure de lire des auteurs dont pratiquement aucuns manuels scolaires français ne parlent je deviens de plus en plus libéral….chose à laquelle l’éducation dispensée par mon pays ne prépare pas.
    Simone, aujourd’hui encore beaucoup d’admirateurs défendent du mieux qu’ils peuvent ta mémoire, mais à mon humble avis, le temps qui passe finira par rendre illisible l’épitaphe de ta tombe.

  2.  
    Sardanapale
    February 11, 2008 | 7:37 pm
     

    Wow! Je ne peux que m’incliner devant la profondeur et la beauté de ce texte, et remercier Pascal de l’avoir posté sur ce site.

  3.  
    Pascal
    February 12, 2008 | 1:10 am
     

    Merci de cet éloge Sardanapale.

  4.  
    Laglute
    February 16, 2008 | 12:20 am
     

    “Donc la guerre leur aurait ouvert les yeux. Or ce qui me frappe moi, c’est leur incroyable cécité. Ils n’ont rien vu, ils n’ont rien compris.”

    Pour compléter cette partie de votre billet Sardanapale, il est marrant de constater que Sartre, son compagnon, n’a rien vu, ou n’a rien voulut
    voir de la réalité du “paradis soviétique” lorsqu’il y est allé, et dont il a presque chanté les louanges.

  5.  
    Sardanapale
    February 16, 2008 | 7:42 pm
     

    Absolument. C’est bien ce que Finkielkraut voulait dire. Sur le cas Sartre, je me permets de référer à cette citation de Revel.

    http://chezrevel.net/revel-a-propos-de-sartre/

  6.  
    Jean-Baptiste
    February 23, 2008 | 12:54 pm
     

    Je me permets aussi de signaler l’édito de Revel:
    http://chezrevel.net/30-editoriaux-radiophoniques/#sartre

Sorry, the comment form is closed at this time.