The Israel lobby
Last year two US academics published an article in the London Review of Books on America’s “Israel lobby”, sparking furious debate.
Most of it raged in the blogosphere, as the issue proved too controversial for US newspapers (which is why the piece had to be published across the Atlantic).
Now the debate has been re-ignited by the book-length extension of the piece, published last month.
I haven’t read it yet, but I thought I’d give you my two cents worth, based on the original article.
The authors, John Mearsheimer and Stephen Walt, make essentially two points:
1 - The “Israel lobby” (Mearsheimer and Walt prefer this label to “Jewish lobby”, as they believe it is mainly concerned with defending the interests of Israel, not those of US Jews) is singularly effective in influencing decision-making in America.
2 - The policies the lobby successfully promotes run counter to US interests: Washington has set aside its own security needs to attend to those of a foreign state.
First of all, let me make clear that I feel they should have been aired and debated.
Mearsheimer and Walt are no anti-Semitic ideologues: they present their arguments in a reasoned way.
Now for my two cents. I found their first contention - about the influence of the “Israel lobby” - convincing.
They do not regard the lobby as a cabal wielding power behind the scenes: pro-Israel groups operate in the open, by rewarding friends with votes and donations and rounding on enemies.
In other words they do what every other lobby does - just more effectively.
Several surveys of members of Congress have shown that they regard AIPAC as one of the two most powerful lobbies in Washington (along with the American Association of Retired People).
Mearsheimer and Walt give ample illustration of this influence.
Their own inability to find a publisher for the original article in the US indicates that the lobby also intimidates much of the mainstream media.
I’m not sure, however, about their contention that its power extends to university campuses.
They talk about “efforts to police academia”, but the main example they offer - fanciful accusations of anti-Semitism leveled again Columbia University’s Middle East program - suggests such policing is not very effective.
In my two years on US campuses I have found that the biggest intellectual bullies there were the “progressives”, not the Zionists
But again, Mearsheimer and Walt, it seems to me, adequately show that the firepower of the pro-Israeli lobby is formidable where it really matters.
As they argue:
“The US form of government offers activists many ways of influencing the policy process…
They enjoy a disproportionate amount of influence when they are committed to an issue to which the bulk of the population is indifferent.
Policymakers will tend to accommodate those who care about the issue, even if their numbers are small, confident that the rest of the population will not penalize them for doing so.”
But when Mearsheimer and Walt make their second point - that helping Israel hurts the interests of the US - they leave the realm of observable fact to enter that of value judgment.
US support for Israel, the war on terror and the Iraq invasion may be good or bad for the US - but accusing those who decided them to yield to Israeli intimidation is idle.
Who is to say what goes on the minds of policy makers?
Why should we doubt their sincerity when they proclaim they are acting in the best interest of the US?
Such sincerity is not an argument in their favour.
Many disastrous policies - from Hitler’s attack on the USSR to Mitterrand’s nationalisation program - were implemented by conviction politicians who thought they were acting on the best interest of the country.
And by accusing US leaders of caving in to pressure and allowing Israel to hijack US Middle East policy, Mearsheimer and Walt exonerate those leaders from one of the greatest political sins: stupidity.
Le lobby israélien
Il y a 18 mois, un article publié par deux universitaires américains dans la London Review of Books déclencha une furieuse controverse sur le “lobby israélien”.
Le débat agita surtout la blogosphère, les journaux américains ne souhaitant pas toucher un sujet aussi sensible (cette réticence explique pourquoi l’article dû être publié de ce côté-ci de l’Atlantique).
Or les auteurs, John Mearsheimer et Stephen Walt, viennent de récidiver en publiant leur réquisitoire contre le lobby israélien sous forme de livre – relançant le débat, et cette fois, les journaux US s’en font l’écho. Je n’ai pas lu le bouquin, mais voici (pour ce qu’elles valent) mes réflexions fondées sur l’article original.
Mearsheimer et Walt avancent deux grandes idées:
1. Le “lobby israélien” (ils préfèrent cette désignation à celle de “lobby juif”, car ils estiment que ce lobby défend les intérêts de l’État d’Israël, pas ceux des Juifs américains) est d’une redoutable efficacité.
2. Les politiques que ce lobby promeut avec succès sont contraires aux intérêts US: les Américains négligent leur propre sécurité pour s’occuper en priorité de celle d’une autre nation.
Je précise d’abord que ces questions, à mon sens, méritent d’être discutées.
Mearsheimer et Walt ne sont pas des agités du bocal antisémites. Ils présentent leurs arguments de façon raisonnée: on n’y a aucune raison de les mettre au ban du débat public.
Maintenant ce que j’en pense: le premier point qu’ils soulèvent – sur l’influence du lobby israélien – me semblent convaincant.
Pour eux, le lobby n’est pas une cabale occulte: les groupes pro-israéliens, en particulier AIPAC, agissent au grand jour. Ils récompensent leurs amis avec des donations et des suffrages.
Bref, ils font exactement la même choses que les autres lobbies, mais de façon plus efficace.
Plusieurs enquêtes auprès des membres du Congrès américains ont montré que ceux-ci considèrent AIPAC, le principal groupe de pression pro-israélien, comme l’un des deux lobbies les plus puissants de Washington (plus ou moins à égalité avec les “têtes grises” de l’AARP).
Mearsheimer et Walt donnent de nombreuses illustrations de cette influence. En outre leur incapacité à faire publier leur article original aux USA indique que le pouvoir du lobby israélien s’étend à la grande presse américaine.
Je suis moins convaincu que cette influence se fasse sentir au même degré dans la vie universitaire.
La principale tentative de “mise au pas” de la recherche citée dans l’article - des accusations d’antisémitisme portées contre le programme d’études moyen-orientales de l’université de Columbia à New York – a échoué.
Les deux années que j’ai passées sur des campus américains me font penser que le terrorisme intellectuel est bien plus le fait des “progressistes” que des sionistes.
Mais à nouveau Mearsheimer and Walt montrent bien, il me semble, que le lobby israélien est puissant là où ça compte.
“La forme américaine de gouvernement offre aux activistes des moyens d’influencer le processus politique… Ils jouissent d’une influence disproportionnée lorsqu’ils se battent sur un front auquel le reste de la population est indifférent. Les responsable politiques tendent à céder à ceux pour qui cette question est importante, même s’ils sont peu nombreux, car ils savent que le reste de l’électorat ne les punira pas.”
Quant au second argument – à savoir que le soutien à Israël est contraire aux intérêts américains – Walt et Mearsheimer quittent là le domaine de la réalité observable pour entrer dans celui du jugement de valeur.
L’aide à Israël, la guerre contre la terreur, et la campagne d’Irak peuvent être des bonnes ou mauvaises pour les US, mais il est vain d’accuser les responsables de ces politiques d’avoir cédé à la pression israélienne.
Qui sait ce qui se passe dans la tête des hommes d’État? Pourquoi douter de leur sincérité quand ils disent agir dans l’intérêt des Etats-Unis? Cette sincérité n’est pas un argument en leur faveur.
Bien des politiques désastreuses – l’invasion de l’URSS par Hitler aux nationalisation de 1981 – ont été mises en œuvres par des hommes de conviction, qui pensaient œuvrer pour le bien de leur pays.
En accusant les dirigeants américains d’abandonner leur politique au Moyen-Orient aux Israéliens, Mearsheimer et Walt absolvent ces dirigeants d’une des fautes politiques les plus graves: la bêtise.