Sardanapale

Posted on Thursday 23 August 2007

The poverty of irrationalism

Richard Dawkin’s latest TV series – entitled “Enemies of Reason” – attacks some of the biologist’s pet hates: astrology, spiritualism, alternative therapies and all manner of “New Age” beliefs.

Soft targets, you might yawn. Hardly. A quarter of the British population claims believes in astrology. Half believes in paranormal phenomena.

Homeopathy is subsidized by taxpayers in France and Britain.

Dawkins is not attacking a lunatic fringe of marginal cults, but the extraordinary popular delusions of our time.

These widespread beliefs need to be exposed again and again as the idiocies they are. They distract us from a major source of progress: the exercise of reason.

Dawkins also usefully identifies one of the main mental mechanisms behind superstition: the tendency to establish fanciful connections.

The movements of celestial bodies thousands of light-years away are linked in our minds with the fleeting events of our lives; we make a causal connection between a glucose pill we swallowed and a subsequent recovery from an ailment, etc…

Such associations must not be regarded as the building blocks of sophisticated thought processes.

Far from being specific to humans, the readiness to link simultaneous occurrences, however random, is found throughout the animal kingdom.

Dawkins recalls an experiment carried out on pigeons by the behaviorist psychologist B.F. Skinner.

Placed in front of three buttons, the birds had no problems finding out which one made the seed drop into the feeder.

They made a clear connection between hitting the appropriate button and getting a meal.

But the key to the experiment was Skinner’s next step: he began doling out the seeds at random intervals. The birds still found connections – evidently they were looking for them.

If a pigeon happened to be turning its head to the left when it got fed, it would continue to twist it in the same way over and over again, until the arrival of another seed confirmed the (purely imaginary) connection.

Those who believe in astrology, homeopathy, fortune telling, dowsing and other paranormal nonsense behave just like Skinner’s pigeons.

The noble mental activity – the one that only humans so far have proved capable of – is not the identification, but the testing of connections.

Sure, mediums or alternative therapists may be on to something – a rational mind has to be open.

But to determine whether this is the case they must be willing to submit to proper, double-blind tests.

Very few of the people interviewed by Dawkins were willing to do that, indicating that in their hearts of hearts they did not believe in their own disciplines.

There are two ways of looking at the world: through guesswork and faith or through the observation and logic. The first remains by far the most common.

As I have observed before, most people do not value rationality in itself. They embrace it only in the last resort and when the stakes are high.

Herein lies mankind’s problem: nature gave of both the power of reason and a reluctance to use it.

Les pigeons de Skinner

Avant de prendre dix jours de vacances, je dirai quelques mots de la dernière série télévisée de Richard Dawkins – intitulée “Ennemis de la raison”.

Le biologiste britannique y attaque certaines des bêtes noires: l’astrologie, le spiritisme, les médecines alternatives et autres croyances irrationnelles.

Dawkins enfonce-t-il des portes ouvertes?

Un quart de la population britannique croit en l’astrologie, et la moitié aux phénomènes paranormaux.

L’homéopathie – dont l’efficacité ne repose que sur l’effet placebo – est remboursée par la Sécurité sociale des deux côtés de la Manche.

L’irrationnel n’est pas une vulnérable bicoque, mais une forteresse qui résiste à tous les assauts. La charge de Dawkins n’est donc pas superflue.

De plus, il touche dans son émission à un mécanisme essentiel des superstitions: la tendance de notre esprit à élaborer des correspondances entre des phénomènes concomitants.

Le mouvement de corps célestes à des milliers d’années lumières est censé correspondre aux péripéties de notre existence ici-bas; l’absorption d’une pilule de glucose à la guérison qui s’ensuit éventuellement…

Il ne faut pas voir dans cette recherche de correspondances un embryon de pensée rationnelle.

Dawkins nous rappelle une expérience effectuée sur des pigeons par B.F. Skinner, le psychologue behavioriste.

Placé en face de trois boutons, ces volatiles n’ont pas de problèmes pour trouver celui qui va déclencher la chute de la graine.

S’ils font le lien entre bouton et repas, c’est qu’ils sont programmés pour repérer de telles associations.

La clé de l’expérience de Skinner réside dans l’étape suivante: il a rendu la distribution de graines aléatoire.

Cela n’a pas empêché les pigeons de continuer à rechercher des correspondances.

S’il se trouvait qu’au moment de l’arrivée de la graine, un oiseau tournait la tête vers la gauche, son esprit liait ces deux actions: il reproduisait le même geste jusqu’à ce qu’une nouvelle graine vienne “confirmer” ce lien purement imaginaire.

Celui qui croit aux astrologues, homéopathes, mediums, sourciers, et autres pourvoyeurs de paranormal, agit comme ce pigeon.

L’activité noble, celle qui différencie l’homme de l’animal, n’est pas la recherche de correspondances, mais leur vérification.

Il est bien sûr possible que des tests rigoureux, en “double aveugle” confirme la validité de certaines disciplines non orthodoxes (un esprit rationnel doit rester ouvert).

Encore faut-il que ceux qui les pratiquent acceptent de se prêter à ces tests. Or presque tous les charlatans interrogés par Dawkins n’ont pas voulu.

Il est clair qu’au fond d’eux-mêmes, ils ne croient pas aux sornettes qu’ils répandent.

Il y a deux façons de regarder le monde: par l’élucubration et la foi, ou par l’observation et la logique.

La première attitude reste de loin la plus répandue.

Nous ne pensons rationnellement que le dos au mur.

Le problème des hommes est que la nature les a dotés à la fois de la raison et de la réticence à s’en servir.

Sardanapale @ 8:40 am
Filed under: General
  1.  
    August 23, 2007 | 9:32 am
     

    Although I do think that these are fair target, I do believe in reason I’m skeptical of Dawkins approach.

    First I’ve seen it’s first episode, and I don’t know where he got the idea that we are more and more keen on paranormal things. I remember when I grew up in France, when I was a teenager in the 90s it was far worst than now. I guess that in the 50s it was worst that in the 90s and probably in the 1900 it was worst.

    There is probably volatility in the feeling toward paranormal, but I think the trend is down not up. I think Dawkins is angry, is angry because people don’t listen enough to him. I think Dawkins has the syndrome of the smart guy, he lost the plot…

    On the paranormal, you won’t get people out of it by explaining to them it’s irrational, they know that, that’s why it’s call paranormal. You need to determine what make them stick to that even when having the evidence, there is probably a confirmation bias, but more than that they are looking for answers about life, and death, their baldness whatever. And reason has been really poor in giving “acceptable” answer.

    That remember me of this book the forth awaking in a way, that’s the new challenge fro the American society are
    spiritual. That’s probably the fate of rich society to worry about how irrational people are :)

  2.  
    August 24, 2007 | 10:45 pm
     

    “Le problème des hommes est que la nature les a dotés à la fois de la raison et de la réticence à s’en servir.”

    Et pourquoi (how come) la nature a-t-elle doté les humains de cette réticence à se servir de la raison? Telle doit être la question raisonnable et scientifique que la même nature nous incite à poser à travers la non-réticence à se servir de la raison. Ceci dit, il y a parfois des convergences entre la fonction de bouche-trou de l’ignorance conférée tantôt à Dieu tantôt à la nature.

  3.  
    Francis TBM
    September 3, 2007 | 8:37 am
     

    “how come” se dit “comment se fait-il que…” en français, plutôt que “pourquoi”.

    L’expérience sur les pigeons n’est pas dénuée d’intérêt, il reste que Dawkins ne nous dit pas grand chose des similarités physiologiques observables entre le cerveau du pigeon et celui de l’homme. Dans ses déductions, lui-même procède par analogie subjective entre le pigeon et l’homme. Que dis-je par analogie… par pure poésie oui! Le règne animal ne manque pas de matière pour tirer des conclusions anthropologiques hâtives, des conclusions de bistrot ou, en ce qui concerne notre Dawkins, de club pour gentlemen anglais. Dawkins, comme il fallait s’y attendre, ne se prive pas de les exploiter pour édifier la galerie.

    Dawkins est un âne. Il suffit de lire ses aberrations sur l’évolution des espèces dont jamais personne, et surtout pas lui-même, n’a pu établir scientifiquement et définitivement la factualité. Pour vous en convaincre, je vous préconise la lecture des ouvrages de Richard Milton, notamment, qui se penche longuement sur le cas Dawkins – le plus riche à cet égard s’intitule “Facts of Life” (1994). Richard Milton est également l’auteur de “Forbidden science”.

  4.  
    Sardanapale
    September 4, 2007 | 1:16 pm
     

    Il y a degré de rationalité dans l’argumentation en deçà duquel je ne commente pas, c’est pourquoi je me contenterai de répondre à Guilllaume et Arnaud.

    Au premier, je dirai modestement que je ne connais pas la raison de notre penchant à l’irrationalité. Je ne fais que le constater (comme beaucoup d’autres). Mais la question de l’origine effectivement est intéressance. Certains ont avancé des arguments évolutionnistes… Toute lumière de Guillaume sur ce point (ou tout autre) sera la bienvenue.

    Pour Arnaud: si j’ai bien compris, il reproche à Dawkins une approche trop polémique, davantage propre à braquer les adeptes du paranormal qu’à les convertir à la raison.

    J’ai toujours constaté quant à moi qu’il est inutile de dialoguer avec ces gens. Comme disait Swift: “It is useless to attempt to reason a man out of a thing he was never reasoned into.”

    Les gens à qui Dawkins s’adresse, ceux qu’il est susceptible de convaincre, sont ceux qui sont parvenus à la lisière du rationnel sans avoir fait totalement le saut. Or ce saut, à mon sens, est facilité par des arguments frappants, et par une polémique vigoureuse.

  5.  
    September 4, 2007 | 2:02 pm
     

    @sardanapale

    Plus que ca, je reproche a Dawkins de faire une chasse aux sorciers. Qu’il est dans une sorte de poursuite mystique de rationnalisation.
    Et ca me rappele tres d’autre tentative scientiste. Dawkins n’est pas un septique, c’est un homme d’opinion, au contraire du septique qui serait agnostique.

    Que le paranormal soit un ramassi de connerie certe. Mais l’irrationalite est presente partout, pas que dans ces exemples extremes. Il est trop couteux d’etre rationnel. Alors si Dawkins s’attaque a ca pourquoi pas aux autres irrationnalites? Moi je vois une grosse tentation totalitaire chez lui, un volonte de former les gens sur ce qu’il pense represente les maux de la societe – le paranormal et la religion -. D’autre avant lui ce sont essaye a ca.

  6.  
    September 4, 2007 | 2:05 pm
     

    “Et ca me rappele tres d’autre tentative scientiste. Dawkins n’est pas un septique, c’est un homme d’opinion, au contraire du septique qui serait agnostique.”

    Ca meriterait d’etre plus developpe …

  7.  
    DANIEL
    September 23, 2007 | 11:22 am
     

    charlatans ! il est difficile de se dire ouvert quand on accuse l’autre de charlatanisme
    il existe une étude synthetique de 10 ans de publications scientifiques au British homeopathic journal
    il s’agit d’etudes en double aveugle contre placebo
    On peut l’obtenir auprès de La Société savante d’homeopathie 79 rue de Tocqueville 75017 tel 0140540066
    je vous laisse découvrir les résultats ( a titre indicatif : je ne fais pas partie de cette Société)
    Cordialement

  8.  
    Laurent
    September 27, 2007 | 8:28 am
     

    Juste pour réagir à la phrase “un esprit rationnel doit rester ouvert”. Nous pouvons en toute rationnalité se rendre compte de l’importante
    subjectivité de l’esprit attiré par l’irrationnel. Il se peut qu’il s’agit-là d’une forme d’échappatoire à la réalité quotidienne – on recherche plus de
    sensations, de l'”extraordinaire”. Malgré que beaucoup de phénomènes expliqués et défendus par ce genre de personnes, il faut également
    savoir que certaines manifestations peuvent avoir lieu au delà du “connu”, soit les manifestations auxquelles nous nous sommes habitués.

    Un esprit rationnel ne signifie pas spécialement un esprit retranché derrière des barricades érigées par un savoir limité (les connaissances sont toujours limitées !), qui nous permettent de se sentir en sécurité et à partir desquelles on juge, estime ce qui est bien ou mal, le vrai du faux.

    Pour voir ce qui est vrai du faux, il nous faut un esprit capable de discernement et donc capable d’une observation pointilleuse, précise, objective, dans laquelle tout le savoir accumulé n’a pas sa place. De cette observation directe peut découler un esprit rationnel, et cette observation sans
    l’intervention du savoir est complètement ouverte.

    “Un esprit rationnel doit rester ouvert” contient donc une profonde contradiction.

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