Sardanapale

Posted on Wednesday 4 July 2007

British Jihad as a generation war

As I write highly altruistic souls, somewhere not too far from here, are plotting to kill me – along with every non-Muslim in Britain.

What could lead otherwise well adjusted young men (the latest plot was the work of doctors) to regard mass murder as the fulfilment of a heroic destiny?

I thought everything had been said on British Jihadis – but I found Shiv Malik’s article “My brother the bomber” in Prospect Magazine illuminating.

Malik spent several months in a mainly Pakistani suburb of Leeds to research a film on the July 2005 bombers. After first hitting a wall of silence, he got to know the brother of Mohammad Sidique Khan, the ringleader, and pieced together the stages of his radicalization.

Malik’s startling conclusion is that jihadism in Britain is driven by a conflict between older immigrants and their children. Khan, like many second-generation Pakistanis, resented the strictures of the tribal system his parents had reproduced in Britain.

He detested traditional, Urdu-speaking preachers, and finally broke with his family after rejecting the marriage within the clan they sought to impose on him.

Writes Malik:

“Among those who study British race relations, there’s an informal theory that states that 30 years after the establishment of any sizeable ethnic minority community, there will be riots. After Jewish migration into Britain in the 1900s, there were riots in the Jewish communities of east London during the 1930s.

After the 1950s migration from the Caribbean, there were riots in 1981 in the Afro-Caribbean areas of Toxteth, Chapeltown and Brixton. And after the 1970s Pakistani immigration into northern England, in the summer of 2001, like clockwork, serious unrest kicked off in Oldham, then spread to Leeds, Burnley and Bradford.

One explanation is that it takes about 30 years for a sizeable second generation to establish itself and then become frustrated with its status, both within its own community and the wider society.

This frustration arises in part from a question of identity. Whose culture and values do you affiliate with? Those of your parents or of your friends? Those of your community or of your country?…

Khan may have felt indignant about western foreign policy, as many anti-war campaigners do, but that wasn’t the reason he led a cell of young men to kill themselves and 52 London commuters.

At the heart of this tragedy is a conflict between the first and subsequent generations of British Pakistanis – with many young people using Islamism as a kind of liberation theology to assert their right to choose how to live. It is a conflict between tradition and individuality, culture and religion, tribalism and universalism, passivity and action.

When it is stated like this, the problem of Islamic extremism looks depressingly intractable. The government’s first reaction following 7/7 was to consult with a wide range of Muslim opinion, including the Muslim Council of Britain (MCB) and similar bodies.

The government now argues that the MCB and some of its affiliates are as much part of the problem as of the solution, and the new initiatives to tackle radicalism stress the promotion of British values at a grassroots level and working more closely with the few liberal modernizers in Britain’s Muslim community.

But maybe all that we can do now is remain vigilant and wait for the tide in the battle for Islam’s soul to turn in the west’s favor.”

Not convinced? Read the whole piece and get back to me. I’ll be around for a while yet. Despite those lurking murderers, the laws of probability are on my side.

Génération djihad

Au moment où de dévots assassins prennent à nouveau pour cible la Grande-Bretagne, il est bon de reposer la question: qu’est-ce qui pousse des gens, par ailleurs bien intégrés dans une société tolérante (les meneurs du dernier complot était apparemment des médecins), au meurtre de masse?

Je croyais que tout avait été dit sur le djihadisme britannique depuis les attentats de Londres. Eh bien non.

La lecture de cet article d’un certain Shiv Malik, paru dans de numéro de juin de la revue Prospect, m’a illuminé.

Malik a mené une enquête dans un quartier pakistanais de Leeds où habitaient trois des quatre kamikazes de Londres, et a recueilli le témoignage du frère de Mohammad Sidique Khan, le chef du quatuor.

La conclusion de Malik: le moteur premier du djihadisme est un conflit de générations. Les premiers immigrés s’installent en Grande-Bretagne sans vouloir ou pouvoir s’intégrer: ils viennent souvent des mêmes villages et cherchent à reproduire la société traditionnelle qu’ils ont quittée.

Leurs enfants, en revanche, sont en révolte contre un système social o’u l’individu est soumis au clan. Un tel tribalisme peut avoir un sens dans les montagnes du Panjab, mais qui n’est pas adapté à la vie d’un jeune homme habitant les faubourgs de Leeds.

Mohammad Sidique Khan était en rupture totale avec son milieu. Il détestait les prêcheurs qui ne parlaient pas anglais, et avait décidé d’épouser la femme de son choix et non la cousine que sa famille cherchait à lui imposer.

Pour Malik, le djihadisme se nourrit de la même frustration qui ont poussé les Occidentaux du 17e et du 18e siècle à repousser la société traditionnelle et ses codes – cette même frustration qu’on sent à chaque page du remarquable livre d’Ayaan Hirsi Ali, Infidel.

Sauf qu’au lieu de fonder leur révolte sur les valeurs libérales et pacifiques de l’Occident, ces révoltés recherchent une radicalité plus dure: celle de l’islam guerrier des origines, un islam libéré des attaches géographiques, qui relie entre eux les purs de l’oumma, c’est-à-dire la communauté des musulmans au-delà de leur nationalité.

Dixit Malik:

“Khan était sans doute rempli d’indignation contre la politique étrangère de l’Occident, mais ce n’est pas la raison pour laquelle il a poussé des jeunes hommes à se tuer, ainsi que 52 usagers des transports londoniens.

Au cœur de cette tragédie, on trouve un conflit entre la première génération de Pakistanais britanniques et les suivantes – de nombreux jeunes se servant de l’islamisme comme une théologie de la libération pour affirmer leur droit de choisir leur vie.

Il s’agit d’un conflit entre la tradition et l’individualisme, la culture et la religion, le tribalisme et l’universalisme, la passivité et l’action.”

Vu sous cet angle, le djihadisme est un problème difficile à traiter. Casser l’islamisme traditionnel ne sert à rien: les djihadiste en sont les premier casseurs.

Abandonner la guerre contre le terrorisme n’est pas non plus une solution, n’en déplaise aux pacifistes. Le djihad précède l’intervention en l’Irak: la fin de celle-ci ne fera pas cesser celui-là.

L’Occident doit s’armer, mais son arme la plus efficace serait la patience. Si Malik a raison, les djihadistes de l’intérieur n’abandonneront la lutte que lorsque le conflit des générations aura été réglé – c’est-à-dire avec le temps.

Pas convaincu? Lisez cet article étonnant et trouvez la faille.

Sardanapale @ 5:18 pm
Filed under: Islam andTerrorism
  1.  
    jean dupond
    July 4, 2007 | 9:05 pm
     

    Intéréssant, je me demande s’il n’y aurait pas un parallèle à faire avec les révolutionnaires Russes du 19ème. Ca allait des decabristes libéraux au x communistes les plus illumines, mais la plupart étaient des terroristes. C un peu confus, mais à creuser peut-être?

  2.  
    Sardanapale
    July 5, 2007 | 8:17 am
     

    Le parallèle entre les djihadistes et les anarchistes d’il y a un siècle est effectivement intéressant. Il a été fait par The Economist dans un article qui m’avait frappé il y a deux ans.

    Sa principale conclusion:

    “Throughout history, men seized with a sense of injustice, or purpose, or hatred, or inadequacy, have resorted to bloodshed. The anarchists were not the first. They were merely particularly potent believers in violence in the furtherance of an idealistic, millenarian vision. Jihadists are too. Most anarchists, like most Islamists, were not violent. But, like the jihadists, they had their firebrands and, like the jihadists, they had an ideology that could be twisted to appeal to a certain kind of wounded utopian lacking all capacity for empathy.

    Such people can be caught, sometimes before they have done anything terrible. That argues for excellent intelligence and police work. Perhaps their numbers can be reduced by ameliorating the grievances that lend them the justification for their attacks. That argues for political action. And certainly the public needs reassurance. That argues for honest explanation—that terrorism does not threaten any western government, that retribution, like police injustices committed in nervous haste, is likely to provoke more violence, that new restrictions are unlikely to bring new safety. Honest explanation, and simple history, also suggest that this wave of terror will pass, just as the anarchist wave passed, but that terrorism will not—not as long as strange men are captivated by strange ideas. The jihadists will go. Others will take the stage.”

    À l’époque, bien qu’intrigué, je n’avais pas été entièrement convaincu par cette thèse, car elle s’opposait avec ma principlale vue sur le djihadisme: il s’agit d’un nouvel ennemi totalitaire.

    The Economist nous disait au contraire: ne soyons pas alarmistes, une réaction une trop vigoureuse se retournera contre nous, armons-nous plutôt de patience contre une menace qui est un problème mais ne constitue pas un danger mortel pour l’Occident.

    L’article de Malik se situe dans cette perspective rassurante. Je n’y suis toujours pas totalement acquis, car il me semble que, comme The Economist, il néglige l’aspect global du djihadisme. La colère que ressentent les musulmans envers l’Occident, et qui pousse nombre d’entre eux à comprendre au moins les motivations des terroristes, n’a rien à voir avec un conflit de génération.

    Mais je dois dire que Malik m’a convaincu que, au moins en ce qui concerne les djihadistes britanniques, le parallèle avec les anarchistes des temps anciens est justifié.

  3.  
    July 5, 2007 | 5:05 pm
     

    oui c’est une thèse intéréssante et défendable
    mais qui n’explique pas une chose : pourquoi les mêmes symptômes dans un environnement (le monde arabe) où ils ne sont pas considérés comme ertangers et où les mêmes actes sont faits avec l’assentiment de leurs ainés ?

  4.  
    Sardanapale
    July 6, 2007 | 7:49 am
     

    À Julius: absolument. C’est ce que je voulais dire dans mon commentaire précédent. Bien qu’éclairant en ce qui conserne l’islam britanique, il semble que l’article de Malik ne donne pas de clés pour comprendre le djihadisme au Moyen-Orient ou en Asie.

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