Sardanapale

Posted on Friday 26 January 2007

Frost v Nixon?

This week I finally got to see last year’s theatrical sensation in London: Peter Morgan’s Frost-Nixon.

The play is about the first television interview given by Richard Nixon after his resignation.

It took place three years later, in 1977, and was conducted by David Frost, then known better as a jet-setting talk-show host than a serious journalist.

Nixon (whose paranoia about the media was not totally unjustified) agreed to speak to him because he wanted to record his side of the story for posterity and Frost, a presumed lightweight, seemed easier to handle that a tough cookie like Mike Wallace.

The action follows the negotiations over the terms of the encounter and the fees, the coaching of the two men by their respective trainers (the main conceit is that of a fight: boxing metaphors abound), and highlights of the bout.

Nixon had the upper hand for most of it. But in the last round Frost managed unexpectedly to corner Nixon, landed a knock-out blow, forcing his exhausted opponent into admitting he had done wrong and expressing “regret”.

As the plot unfolded, I felt increasingly uneasy. First, Morgan was taking liberties with the historical record. At the beginning he depicts Nixon’s famous speeches – the resignation address in August 1974 and the farewell to White House staff – as unrepentant, and full of bitter defiance.

This is useful for effect in the play – where Frost is supposed to be the first to get Nixon to bare his soul and ask for forgiveness – but it is factually incorrect.

Both of those speeches were uttered by a broken man who is clearly aware if his own failings (“Always remember, others may hate you, but those who hate you don’t win unless you hate them, and then you destroy yourself.”)

Frost may have helped a bit in 1977, but Nixon did not totally rely on him to publicly admit his all too obvious errors.

And then dramatically the play did not seem to work. I was bothered by the tone of the narrative – for there is a narrator: an American academic hired by Frost as his expert on the Nixon presidency.

The guy is stridently anti-Nixon. For him the sole purpose of the exercise is to screw the bastard, to convict a crook who shamefully escaped justice, thus removing a stain on the American system.

For him, Frost had to be not so much an interviewer as an inquisitor.

The militant, one-sided nature of the play seemed reinforced by nasty stupidity of the Nixon camp. His chief of staff is a shown as military man and a mindless zealot. His agent is crass and venal.

The play, I thought on several occasions, had all the subtlety and ambiguity of an Oliver Stone plot or a Hollywood action film: a tale of good v evil, of the underdog hero on the ropes before somehow finding in him the strength to slay the beast at the last moment.

Morgan, of course, does not show Frost as a perfect white knight: he is a high-flying playboy who hungers for the stardom he achieves. But these are personal foibles: the rights and wrongs of the opposing causes were clear.

But then in the end, at crucial moment when Frost gets under Nixon’s skin, the play acquires depth.

Frost is not seen as confrontational. He is firm in his questioning and does demand answers, but firmness is not aggressiveness. He does not secure Nixon’s co-operation by browbeating him, but by asking and by listening.

The two are not fighting – and this is where the boxing conceit breaks down. A good interview is a joint venture, a non-zero game where both parties win or lose together. The interviewer should be more of a confessor than a prosecutor.

In the play, this is clearly Frost’s idea of his role, and in this he is very much at odds with his American advisers.

Until the final session they keep telling him he is going much too easy on Nixon and the whole enterprise is headed for disaster.

The most interesting tension in the play is not that between Frost and Nixon. Frost’s triumph is not over the former president, but over those in his team who thought they had to demolish him and avenge America.

In the end, it turned out to be a much more subtle play than I had thought. I thoroughly recommend it – but hurry, it is only on for another week.

If you miss it there is always The Queen, a film scripted by Morgan which must be playing at a theater near you.

Frost-Nixon

J’ai fini par aller voir cette semaine la sensation théâtrale de l’an dernier à Londres: Frost-Nixon, de Peter Morgan.

Le sujet de la pièce est la première interview télévisée accordée par Richard Nixon après sa démission: une série d’entretiens, près de trois ans plus tard, en 1977, avec l’animateur de talk-show britannique David Frost.

Nixon avait consenti au projet parce qu’il voulait défendre sa présidence aux yeux de la postérité et estimait que Frost, qui n’avait pas la réputation d’un grand inquisiteur du petit écran comme un Mike Wallace, le laisserait parler.

L’action suit les discussions où furent négociés les termes de la rencontre (fort avantageux pour Nixon), le coaching des deux hommes par leurs entraîneurs respectifs (les métaphores pugilistiques abondent), et les principales joutes de la rencontre.

Cela se solde par un triomphe pour Frost. Après plusieurs rounds difficiles où il se fait balader par un vieux pro, l’interviewer finit par pousser Nixon à reconnaître qu’il avait agi dans l’illégalité et à exprimer ses “regrets”.

Voilà pour le canevas de base. Pour ce qui est du ton et du traitement, je dois dire que j’ai tiqué pendant une bonne partie de la pièce.

Il m’a d’abord semblé que Morgan prenait des libertés avec les faits. Le Nixon qu’il montre après sa démission est hautain et dénué de tous remords.

Cette version est utile dramatiquement – il faut que ce soit Frost qui ait raison de l’arrogance nixonienne – mais elle ne correspond pas à la réalité.

Contrairement à ce que prétend la pièce, les deux fameux discours prononcés par Nixon vaincu, l’annonce de sa démission et l’adieu au personnel de la Maison Blanche, sont ceux d’un homme brisé et fort conscient de ses faiblesses.

Même si Frost l’a un peu aidé en 1977, Nixon n’a pas eu besoin de lui pour venir à résipiscence. Il avait fait une partie du chemin tout seul, comme un grand.

Et puis tout le ton de la narration me semblait à côté de la plaque. Car il y a un narrateur: un universitaire américain engagé par Frost pour fournir le dossier à charge.

Le type, qui revit toute l’histoire en flashback et met son grain de sel entre chaque scène, est profondément énervant. Il hait Nixon de tout son être. Pour cet imprécateur strident, Frost doit conduire le procès auquel l’ancien président a éhontément échappé.

L’action semblait totalement manichéenne: le camp de Frost (même si le personnage lui-même est égratigné – c’est un viveur et un pourceau de jet-set) incarnait le bien et l’intelligence, et celui de Nixon la félonie et la bêtise.

Le récit des tractations financières, où Nixon et son agent rivalisent de cupidité, donne dans la caricature pure et simple.

À de nombreuses reprises, la pièce paraît avoir la subtilité d’un film d’Oliver Stone où d’un thriller hollywoodien: je voyais venir gros comme une maison le moment où le héros, fourbu après s’en être pris plein la gueule, trouve en lui les ressources pour se relever et abattre le méchant.

Eh bien non. Au dernier moment les grosses ficelles disparaissent, et la pièce acquiert ambiguïté et profondeur.

L’ultime entretien, lorsque Frost parvient à faire craquer Nixon, n’est pas montré comme un combat. Les deux hommes ont de vigoureux échanges, mais on sent qu’ils travaillent ensemble, et non l’un contre l’autre.

C’est là où la métaphore de boxe n’a plus cours: une bonne interview n’est pas un simple pugilat. Il peut y avoir confrontation de points de vue, cela est même souhaitable, mais il la coopération entre les parties est indispensable.

La conception que Frost a de son rôle et celle d’un confesseur, et non d’un Fouquier-Tinville. Cette conception s’oppose à celle de ses propres conseillers, qui ne cessent de lui dire entre deux entretiens qu’il est beaucoup trop doux et qu’il court au désastre.

En fin de compte, la tension principale de la pièce n’est pas entre Frost et son interlocuteur, mais entre Frost et sa propre équipe.

Il ne triomphe pas tant de Nixon, qu’il aura en définitive écouté et aidé, que de ses justiciers qui l’engageaient à démolir un homme à terre.

Je recommande chaudement cette pièce. Attention: elle ne sera à l’affiche à Londres que jusque début février.

Pour vous qui ne pourrez pas la voir, je vous engage à vous rabattre sur le dernier film écrit par Morgan, The Queen, qui doit jouer près de chez vous.

Sardanapale @ 6:06 pm
Filed under: Arts and lit
  1.  
    January 28, 2007 | 10:06 am
     

    Tous les observateurs qui ont pu l’approcher disent que Nixon n’a pris conscience de sa dérive personnelle qu’après avoir quitté le pouvoir dans le condition que l’on sait. Un dialogue avec Kessinger, dans le bureau ovale, en atteste, je crois fin 1969 (enregistrement officiel, aujourd’hui accessible). Nixon interroge son conseiller sur la situation au Vietnam et s’étonne qu’on n’utilise pas l’arme nucléaire contre le Cambodge, qui sert de base arrière au Vietcong. Kessinger repousse l’idée en la trouvant excessive. A quoi Nixon répond:
    – Voyez grand, Henry, voyez grand!

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