Sardanapale

Posted on Wednesday 10 January 2007

In praise of visceral anti-communism

France Culture – the thinking Frenchman’s radio station of choice – had its first program on Jean-François Revel a full eight month after the philosopher’s death. I say better late than never.

The debate is worth a listen even if you don’t understand French – at least you’ll have proof the words “Jean-François Revel” have been uttered on French radio since he left us.

It’s also worth a listen if you understand French. You will hear a passionate defense of Revel by Pierre Boncenne – who has just produced an outstanding book on his hero.

But what I want to highlight is asinine criticism by Jacques Julliard, a left-of-center pundit.

Julliard, who has had his share of disagreements with Revel over the years, recycles long-standing complaints about the man’s supposedly obsessive anti-communism.

“I told him: ‘Whenever you criticize left-wing tyrants, I will agree with you. Nevertheless I feel that you don’t criticize the right with enough strength.'”

So for Julliard, a commentator must dole out condemnations across the political spectrum to ensure fair representation. Over time one lot of oppressors should not be singled out for special opprobrium over another lot.

This expectation strikes me as odd. It rules out any focus on what the commentator may have expertise in, or may regard as the main danger.

No one ever suggested that opponents of Pinochet, apartheid or Franco should launch into balancing diatribes against the USSR and China.

All you can of critics of asshole A is that they do not implicitly or explicitly condone bastard B.

Revel fulfilled this requirement – unlike much of the left, which has often bridled at condemnations of Soviet atrocities.

Communism continues to benefit from what Revel called the “most favored totalitarianism clause”.

One illustration of this clause among thousands:

In February 2000, after the far-right joined the Austrian government, the Guide du Routard (France’s answer to the Rough Guide) decided on a brave act of resistance to the new fascist peril facing Europe.

They redesigned the cover of their guide to Austria: it was now completely black.

In bookstores throughout France, the darkened tome stood next to the richly colored Guide du Routard on Cuba.

The publishers lived in a moral world where a country with free elections and not a single political prisoner is regarded as a pariah and Castro’s prison island draws little or no censure.

Revel continued to be outraged by such warped values.

He was right to focus on communism.

After 1945 the Nazi menace – which Revel risked his life fighting as a member of the French underground resistance – had been vanquished. Fascist ideals ceased to inspire the world’s rising generations.

Communism, on the other hand, became the main challenge to democracy, spreading death, destruction and despotism on a global scale.

Revel was one of the few – especially on the left which was his natural home – to speak out against communist totalitarianism when it was at the height of its political and intellectual influence.

He is a giant, and the Julliards of this world are midgets.

Revel et les nains

France Culture a consacré sa première émission à Jean-François Revel plus de huit mois après sa mort.

Je m’en réjouis: mieux vaut tard que jamais.

Je recommande l’écoute de ce débat qui vaut surtout par les interventions de Pierre Boncenne, auteur de Pour Jean-François Revel, un livre remarquable.

Mais ce sont surtout les inepties prononcées par Jacques Julliard que je veux relever ici.

Julliard, qui a eu de nombreux différends avec Revel au fil des ans, accuse l’auteur de Comment les démocraties finissent d’anticommunisme obsessionnel.

“Je lui ai dit: ‘Chaque fois que vous critiquez la gauche, les tyrans de gauche, je serai de votre avis. Je trouve néanmoins que vous ne critiquez pas avec assez de vigueur, ou avec autant de vigueur, la droite ou les hommes de droite.'”

Ainsi pour Julliard, un commentateur devrait équilibrer ses critiques – un coup à droite, un coup à gauche, ou à tout le moins une pondération adéquate dans la condamnation – sous peine d’être suspect d’indulgence envers un camp.

Cette exigence est absurde. Elle exclut toute concentration sur le domaine d’expertise dudit commentateur, ou sur ce qui lui semble être le danger principal.

Je note d’ailleurs que personne ne songe – et c’est heureux – à appliquer ce précepte à la gauche quand elle condamne Pinochet, Franco, ou l’apartheid.

Tout ce qu’on doit demander au critique du salopard A, c’est qu’il ne fasse pas l’éloge implicite ou explicite du salopard B.

Revel satisfait totalement à cette exigence.

On ne peut pas en dire autant de la gauche, dont une grande partie continue de grincer des dents à toute dénonciation des crimes communistes.

C’est ce que Revel appelait la “clause du totalitarisme le plus favorisé”.

Le livre de Boncenne est riche en illustrations de cette clause. Je n’en citerai qu’une:

En février 2000, après l’entrée de l’extrême droite dans la coalition governementale en Autriche, le Guide du Routard accomplit un acte de résistance face au nouveau danger fasciste qui plane sur l’Europe.

La couverture du volume consacré à Autriche fut recomposée en noir, et rejoignit sur les étalages celle, bariolée, le Guide du Routard Cuba.

Les éditeurs évoluent dans univers moral où un pays démocratique, ne comptant pas un seul prisonnier politique, est traité en paria tandis que l’île carcérale de Castro n’émeut personne.

Revel n’a jamais accepté une échelle de valeurs aussi tordue.

Il a eu raison de concentrer sa critique sur le communisme.

Après 1945, le danger nazi – qu’il avait combattue les armes à la main – avait passé. Dans le monde entier les idéaux fascistes n’enthousiasmaient plus les génétations montantes.

Le communisme, en revanche, était en pleine expansion et constituait la grande menace pour les démocraties.

Revel l’un des rares intellectuels à condamner sans relâche un système qui répandait sur l’Occident un gaz incapacitant et bénéficiait d’une scandaleuse immunité.

C’est un géant, et les Julliard de ce monde sont des pygmées.

(Dans cet ordre d’idée, je renvoie à ce billet de Hoplite sur la même émission).

Sardanapale @ 1:09 am
Filed under: International
  1.  
    January 10, 2007 | 7:14 am
     

    Bonjour,

    En grand admirateur de François Revel, j’approuve totalement votre article. J’ai aussi une petite anecdote concernant la bizarrerie humanoïde. Je vis à cheval entre la Suisse et les Etats-Unis. Un ami suisse à qui je proposai de me rendre visite aux USA me répondit que jamais il ne viendrait dans ce pays tant que le dictateur Bush serait au pouvoir. Et devinez où il est allé passer ces vacances ? Dans le mille ! A Cuba !
    Et les gens là-bas sont tellement pauvres mais tellement souriants et accueillants. Un rien les contente ! Et patati et patata ! Mais toi, tu vivrais là-bas ? Ah non non non !!! Mais eux sont accomodés, ils vivent comme ça depuis longtemps ! Vive Fidel Castro et le despotisme ? On n’en est pas loin !!!
    C’est à se demander parfois si l’être humain a le cerveau lavé ou est truffé d’implants !!!

  2.  
    January 10, 2007 | 11:51 am
     

    […] – Par Hoplite – Par Sardanapale

  3.  
    January 10, 2007 | 11:23 pm
     

    Revel a changé ma vie! C’est un grand. Félicitations pour votre site.

    Bonne année 2007!

    Un autre blog libéral : http://legauchisterepenti.oldiblog.com

  4.  
    Sardanapale
    January 11, 2007 | 10:02 am
     

    Merci au gauchiste repenti, que j’ajoute illico à mon blogroll. Je recommande à tous d’aller y connaître le lauréat de la 5e édition de son salutaire “prix Aron-Revel”.

  5.  
    January 11, 2007 | 11:09 am
     

    Tout à fait. Aurait-on l’idée de qualifier les opposants au nazisme d’ “anti-nazis primaires ou obsessionnels” ? Non bien sûr. Comme le dit Hoplite la critique du communisme est tabou en France, d’où une certaine vigueur de l’extrême-gauche que l’on ne trouve pas ailleurs.

  6.  
    January 11, 2007 | 8:37 pm
     

    Il y a de bons et de mauvais morts. C’est ainsi.
    La parole de gauche est une parole viciée.
    Ce que nous avons appris au soviétiques, et qui nous l’ont bien rendu, c’est le maniement de la langue de bois, cette aptitude à s’affranchir du réel et du présent, et à instituer le mensonge comme parole d’état.
    Soumettre le peuple au mensonge institutionnel sans qu’il se rebelle, c’est lui rappeler qui commande, c’est le triomphe du totalitarisme.

  7.  
    Sardanapale
    January 13, 2007 | 10:14 am
     

    Les hasards de mes lectures me font tomber sur un passage de la Connaissance inutile (1988) où Revel dynamite les objections du type Julliard.

    Le grand tabou occidental depuis 1945, écrit Revel, “c’est celui qui interdit à tout écrivain, à tout homme politique, de mentionner une atteinte aux droits de l’homme, un abus de pouvoir quelconque, un banal échec économique, bref de donner une information sur un fait se situant dans une société classée par convention ‘à gauche’ sans signaler aussitôt une imperfection équivalente dans une dictature de droite ou une société capitaliste démocratique.”

  8.  
    January 13, 2007 | 1:36 pm
     

    ça fait un bail que je viens sur votre blog et plus longtemps encore que JF Revel est une de mes références majeures. Une génération de petits censeurs haineux ne suffira pas à masquer l’ampleur de son talent. Be sure of it!

  9.  
    Sardanapale
    January 13, 2007 | 6:47 pm
     

    Je suis flatté du commentaire de Hoplite, dont je n’ai pas dit tout le bien que je pensais. Ce n’est pas la première fois que son blog riche et érudit m’a devancé: j’ai découvert après coup qu’il avait écrit un excellent billet sur Revel et Pinochet bien avant le mien, et qui disait déjà l’essentiel. Voir http://hoplite.hautetfort.com/archive/2006/12/12/salvador-allende-histoire-d%E2%80%99un-mythe.ht

    Je répare une lacune en l’ajoutant à mon blogroll. J’aime la sobrété du sien – qui contient déjà chezrevel, ma “maison mère” – et, en toute sincérité, je ne demande pas la réciproque.

  10.  
    July 26, 2008 | 8:56 pm
     

    […] Revel et les nains Sardanapale 10 January 2007 […]

  11.  
    Laurent PAUL
    September 30, 2008 | 4:06 pm
     

    Les critiques que vous formulez à l’égard de Monsieur Juillard ont été amplement developpées par Jean-François Revel lui même dans “La Grande Parade”. Il est par ailleurs évident qu’en Europe nous avons toujours considéré que Pinochet a été l’un des plus horrible dictateur qui soit, et qu’il a effectivement été, mais nous avons beaucoup plus de mansuétude pour un Pol Pot, qui lui au final faisait massacrer des millions de Cambodgiens, mais pour la “bonne” cause. Avons nous entendu un seul juge lancer un mandat international contre l’un des dignitaires du régime Khmers Rouges ? Je reste persuadé que Monsieur Revel restera pour de nombreuses années, l’un des plus grands penseurs du XXème siècle, mais que nous devons faire preuve encore un peu de patience … c’est l’inconvénient d’avoir raison trop tôt.
    Cordialement,

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