Sardanapale

Posted on Sunday 20 August 2006

Moral clarity

In my last entry I noted the tendency of democracies to blame themselves rather than their enemies.

I just want to pick up here on an interesting comment left by Harald, which I feel deserves a considered response.

Harald, while agreeing with the general thrust of my argument, underscored the “moral dimension” of the fight between democracies and its foes, which is feels is at least as important as the battle itself.

He condemns Western support for dubious regimes that happen to be allies in the war on terror, but are in fact no better than the terrorists they combat. “If we adopt our enemies’ methods, we will only be stooping to their level,” Harald writes.

I agree. I too feel uneasy about having Uzbek dictator Islam Karimov or Jordan’s Mukharabat on my side; at a pinch, I might even sign a petition against Guantanamo.

But I want to make two points about the “moral imperative” in the war of terror. The first is that the West’s moral superiority over its enemies – necessary though it is – is not sufficient. Military superiority is equally crucial. The West did not win World War 2 and the Cold War because it had a nicer system, but because they had better weapons than the Nazis and the Soviets.

Of course military supremacy, just like moral superiority, is by itself insufficient. All is not fair in war (I’m not sure about love, though). I have argued as much here, and have condemned WWII carpet-bombings and secret CIA flights.

But – and this brings me to my second point – blemishes on the war record of democracies must be kept in perspective. Neither Dresden nor the renditions program puts the West on the same criminal level as its foes.

When an antiterrorist cop blows out the brains of an innocent man on the London Underground, a crime has certainly been committed (I would call it murder) but it is a crime of a different magnitude than suicide bombing.

This does not exonerate the cop – terrorist crimes are not the only ones worth pursuing – but the difference between the two types of crime must be kept in mind.

In his great book “The Case for Democracy”, Nathan Sharansky stresses the need for “moral clarity” – which he feels is in short supply in democracies.

He illustrates his point with the following anecdote: after his release from the Gulag, where he spend nine years for defending human rights, Sharanski was welcomed in Israel, his new home, by a journalist who told him that his “struggle for freedom is only beginning”.

Sharansky asked him what he meant, and realised that in the journalist’s view, the religious right was worse than the KGB.

Later in the book, Sharansky has a great lecture on “moral clarity” which is worth quoting at length:

“Moral clarity provides us with a place to stand, a reference point from where to leverage our talents, ideas, and energies to create a better world. Without moral clarity those same talents, ideas, and energies are just as likely to do harm as good. This is the tragedy that has befallen the contemporary struggle for human rights. The great dividing line in that struggle is the line that separates free societies that thrive on dissent from fear societies that ban it. Societies that do not allow dissent will never protect human rights. But today, detached from the concept of a free society, human rights have no reference point. The concept of human rights has come to mean sympathy for the poor, the weak, and the suffering to be sure, this sympathy is essential if we want to live in moral societies…

Yet without moral clarity, sympathy can also be placed in the service of evil. A world without moral clarity, is a world in which dictators speak about human rights even as they kill. It is a world in which the only democracy in the Middle East is perceived as the greatest violator of human rights in the world. It is a world in which a human rights conference against racism, such as the one that took place in Durban, South Africa, a few years ago, can be turned into a carnival of hate.”

None of these points invalidates what Harald says – but I feel it is essential to bear them in mind in any moral calculus.

Clarté morale

Dans mon dernier billet, je déplorais la tendance des démocraties à se donner tort face à leurs adversaires, à penser que ce sont leurs actions à elles qui sont à l’origine de la menace terroriste.

Je voudrais ici relever le commentaire pertinent de Harald, qui mérite une réponse un peu développée.

Tout en étant d’accord avec le sens général de mon propos, Harald apporte une nuance en insistant sur “l’aspect moral qui est à mon sens largement aussi important, voire plus important que le combat qui doit être mené”.

Il condamne le soutien à des alliés douteux dans la lutte antiterroriste et ceux qui avancent que les principes libéraux “peuvent être remisés dans l’attente d’un hypothétique jour nécessairement meilleur.” Il conclut: “Si nous usons de méthodes dignes de nos adversaires nous ne ferons que nous rabaisser à leur niveau.”

Je suis d’accord avec Harald – moi aussi je n’ai aucune tendresse pour le dictateur Ouzbek Islam Karimov ou la Moukharabat jordanienne; et il ne faudrait pas beaucoup me pousser pour que je signe une pétition contre Guantanamo.

Mais je voudrais ajouter deux points, à mon sens essentiels, sur l’impératif moral de la lutte antiterroriste.

Le premier, c’est que la supériorité morale de l’Occident sur ses adversaires, même si elle est nécessaire, n’est pas suffisante. La supériorité physique, militaire est tout aussi cruciale. Ce n’est pas parce que les Alliés avaient un système plus juste qu’ils ont triomphé des Nazis et des Communistes: c’est parce qu’ils avaient de meilleures armes.

Les Européens me rappellent parfois l’intellectuel du sketch de Bedos qui encaisse les coups du loubard en s’écriant, triomphant: “Va-y, cogne petit con. Tu es peut-être fort, mais MOI j’ai lu Sartre et René Char!” (Vous êtes sans doute trop jeunes pour vous rappeler ce sketch, mais il a fait marrer la France des années 1975).

Bien sûr la suprématie militaire, tout comme la supériorité morale, n’est pas suffisante. Tous les coups ne sont pas bons. J’ai condamné les frappes massives alliées contre l’Allemagne et les vols secrets de la CIA.

Mais, et cela m’amène à mon second point, il faut proportions garder. Ni Dresde, ni le “rendition program”, ni Guantanamo, aussi criminels qu’ils soient, ne ravalent les démocraties au rang de ses adversaires.

Quand un flic antiterroriste descend un innocent dans le métro londonien, nous avons certainement à un crime (j’appelle cela un meurtre) mais ce crime est d’un ordre tout différent de celui des saints kamikazes. Cela n’excuse pas le flic – il n’y a pas que le terrorisme qui vaut d’être condamné – mais il ne faut pas entretenir confusion entre le meurtre de masse délibéré et la bavure policière.

Nathan Charanski dans son remarquable livre “The Case for Democracy” souligne un impératif majeur: la “clarté morale”. Selon lui, cette clarté fait défaut aux démocraties.

Pour illustrer son propos, il raconte une anecdote édifiante.

Libéré en 1986 du Goulag, où il passa neuf ans pour cause de défense des droits de l’homme, il est accueilli dans sa nouvelle patrie, Israël, par un journaliste qui lui explique que son “combat pour la liberté ne fait que commencer.”

Interloqué, Charanski demande des précisions, et s’aperçoit que son interlocuteur considérait la droite religieuse israélienne comme pire que le KGB!

Il y a beaucoup de choses qu’il faut condamner en démocratie (pour ma part, j’inclurait la droite religieuse israélienne ou américaine), mais ces maux sont à relativiser, et surtout à ne pas mettre sur le même plan que les crimes de l’ennemi.

Je recommande la lecture du passage du livre de Charanski, reproduit en regard, sur le manque de “clarté morale” d’une certaine gauche, pour laquelle, par exemple, Israël est le pays du Moyen-Orient qui viole le plus des droits de l’homme.

Rien de tout cela ne s’oppose à ce que dit Harald. Mais je voulais (modestement!) fournir quelques prolégomènes à toute morale politique future.

Sardanapale @ 6:16 pm
Filed under: International andTerrorism
  1.  
    Harald
    August 21, 2006 | 7:30 am
     

    Nous sommes bien d’accord, comprendre n’est pas excuser. Les gouvernement ont souvent la fâcheuse habitude de considérer que les règles ne s’appliquent pas à eux. Mais lorsque l’on entend ici et là des individus trouver normal voire juste le recours à des méthodes que ne renieraient pas les pires mafias, il devient temps de se poser la question de la morale. Si l’auto-flagellation est néfaste et ridicule, le cynisme et l’amoralité le sont tout autant.

  2.  
    Harald
    August 21, 2006 | 9:52 am
     

    Je voudrais revenir le fait qu’un nombre grandissant de citoyens trouve normal certaines méthodes on ne peut plus douteuses. La lecture de ce lien est particulièrement éclairante:
    http://www.cf2r.org/fr/actualite/note-reflexion-2.php?nr_id=2&nr_page=1
    Cette évolution de l’opinion n’est peut-être pas aussi étrange que cela après tout, dès lors que l’on considère comme normal que les SR puissent fonctionner en électrons libres, n’ayant de comptes à rendre qu’à ceux qui les emploient.

  3.  
    Sardanapale
    August 22, 2006 | 11:41 am
     

    À Harald: bien d’accord – je savais qu’on allait finir par arriver à une position commune. Le papier que vous signalez sur l’absence de contrôle parlementaire des barbouzes en France, et sur l’initiative Sarkozy visant à y remédier, est très intéressant.

    Dans ce domaire, le pays qui peut donner le plus de leçon à la France est les USA, où les “Inteligence Committees” du Sénat et de la Chambre ont un vrai pouvoir, qu’ils exercent avec responsabilité. Il y a aussi les commissions ad-hoc, comme la “9/11 Commission” dont le rapport dévastateur fut un best-seller – et avant elle la “Watergate Commission” qui jeté une lumière crue sur les activités de la CIA (peut-être trop crue, d’ailleurs: l’agence en est sortie traumatisée et inhibée, mais c’est une autre histoire…)

    Quant à la raison du retard français, je ne sais pas si l’auteur de l’article a raison de dire qu’un “homme politique français décide à partir de schémas formatés acquis au cours de ses études et ne considère les modifications du monde extérieur que comme des avatars sans portée réelle.” (What?)

    La raison du ratard français, c’est que la France a de graves lacunes dans le domaine de la démocratie et un Parlement qui ne sert à pas à grand-chose.

  4.  
    Harald
    August 22, 2006 | 1:58 pm
     

    Je pense qu’il y a une bonne part de vérité dans l’affirmation de l’auteur.

    Il suffit par exemple d’approcher un tant soit peu le personnel du quai d’Orsay pour constater avec quelle condescendance ils considèrent les avis divergents des autres nations (surtout si elles sont anglo-saxonnes). Le fait qu’il existe une Ecole Nationale d’Administration montre à quel point l’état désire disposer d’une “élite” formatée. Pour peu que l’on veuille bien considérer que plus de 50% de la représentation nationale est issue de l’administration, et qu’il en va de même pour la majeure partie du personnel des cabinets ministériels, préfectoraux, régionaux et départementaux, il devient évident que tout ce petit monde partage peu ou prou la même analyse et surtout cet idée d’appartenir à un monde différent, celui des décideurs qui font l’état.

    Ceci dit, je ne négligerais pas pour autant la part que peut tenir le grave déficit démocratique de notre pays. Cela tient malheureusement à la spécificité de notre histoire. Je crois qu’il n’existe pas d’autre peuple, à part le russe évidemment, où l’état occupe un tel espace dans la vie quotidienne des gens sans qu’ils trouvent à y redire. La tradition colbertiste a été reprise par les jacobins puis adoptée et perfectionnée par le premier empire pour arriver jusqu’à nous pratiquement inchangée. Le français est certes râleur, mais au delà de quelques aboiements histoire de rappeler qu’il existe, il obéit et ne se pose pas de questions. Lorsque j’évoque le modèle helvétique la réponse qui m’est souvent faite, c’est que cela doit être chiant d’avoir à voter régulièrement. L’approche des élections présidentielles déclenche souvent des commentaires acerbes sur la multiplication des candidats sur le mode: “c’est le bordel, ça ne ressemble à rien tous ces candidats, ce serait plus simple de n’avoir à choisir qu’entre 2 ou 3 types,…”.

    J’en arrive à me dire que ce pays est désespérant, définitivement perdu pour le libéralisme. J’en arrive même à regretter de n’avoir pas fait ma valise avant que de fonder une famille.

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