Posted on Friday 28 July 2006
Just and unjust wars in the Middle East
Is Israel’s bombing of Lebanon legitimate?
To consider this question, a good person to turn to is the leading authority on just wars, Princeton University’s Michael Walzer.
In a 2002 article, Walzer showed that Israel/Palestine was the focus of not one, but four wars:
- A Palestinian war to destroy Israel;
- A Palestinian war to create an independent state alongside Israel in the West Bank and the Gaza Strip;
- An Israeli war for the security of Israel within the 1967 borders;
- An Israeli war for Greater Israel, encompassing Arab territories.
The four wars, being waged simultaneously and often by the same people, are not always easy to distinguish. But keeping the distinction in mind is vital, Walzer argued: only the second and the third wars are legitimate – the first and the fourth are not.
Broadly speaking, what makes a war just is its defensive nature –preventive wars may fit the bill.
What makes a war unjust is conquest (this is a simplification, as you can justify the Vietnam’s invasion of Cambodia in December 1978 by invoking the atrocities committed by the Khmer Rouge against their own people).
Given all this, Israel’s operation in Gaza is clearly justified. The Israelis, who withdrew from the area, is not trying to recapture it, but simply to protect its own borders.
The latest hostilities were started by radical Palestinians whose stated aim is the destruction of Israel and who launched a cross-border raid in June, capturing an Israeli soldier.
Exactly the same situation obtains in Lebanon.
Israel withdrew from what it called its “security zone” there in 2000, on the assumption that Hezbollah would be satisfied with achieving its goal of “liberating” South Lebanon.
But as was the case in Gaza, this assumption proved wrong. Hezbollah fighters did not just want to end Israeli occupation in Lebanon: like their Iranian paymasters, they regard the whole of Palestine as Arab land to be liberated.
And like the Palestinian militants further south, they provokes Israel through rocket attacks and the capture of troops on Israeli territory.
Israel, an internationally recognized state, therefore has a right to a military response.
But the fact that a war is just, does not mean that any action in pursuance of it is legitimate.
As Walzer argued in his masterwork, Just and Unjust Wars, the issue of the justification for a war is separate from the issue of the ways it is waged.
There is such a thing as a just war fought illegally – think of allied carpet bombings in Germany at the end of World War II.
And there is such a thing as an unjust war that respects the laws and ethics of war: no war crimes were committed by Germany during its illegitimate war against its continental western neighbours in 1939-40 (although, again, the cross-Channel bombing raids on cities are dubious.)
So the fact that Israel is fighting a just war does not mean that anything goes.
I am perfectly willing to accept that the bombings of civilians in Gaza and Lebanon might be illegitimate.
This is because the fundamental tenet of both the law and ethics of war (yes there is an ethics of war – pretty much unchanged since the Neolithic) is the distinction between combatants and non-combatants.
But to brand Israeli bombings in Gaza and Lebanon as war crimes, you have to suggest ways of targeting Hezbollah without shedding innocent blood.
This alternative may exist, but as I have argued here before, I don’t know what it is.
Until a more humane way of waging the war is pointed out, I am inclined to give the benefit of the doubt to the Israeli military, which has stricter rules regarding the sanctity of civilian life than any other armed forces.
The same cannot be said of Israel’s enemies.
As Walzer argued in his brilliant book, guerrilla groups have blurred the distinction between combatant and non-combatants, masquerading as civilians to attack without warning, thereby violating the implicit trust on which the war convention rests.
In the Middle East, guerrilla groups have made it their trademark not just to target Israeli civilians, but also to shelter behind non-combatants on their own side, even as they fire on Israeli troops.
The clearest war crimes being committed in the region are the work of Hezbollah and Palestinian militants, not Israel.
La guerre juste d’Israël
Les bombardement Israéliens au Liban sont-ils légitimes? Pour examiner cette question, on peut s’inspirer du grand théoricien contemporain de la “guerre juste”, Michael Walzer.
Dans un article de 2002, Walzer a démontré qu’Israël et la Palestine étaient l’objet non pas d’une, mais de quatre guerres:
- Une guerre palestinienne pour annihiler Israël;
- Une guerre palestinienne pour créer un État en Cisjordanie et à Gaza;
- Une guerre israélienne pour assurer la sécurité de l’État juif à l’intérieur des frontières 1967;
- Une guerre israélienne visant à créer un “grand Israël” englobant des territoires arabes.
Ces quatre guerres, menées simultanément et souvent par les mêmes protagonistes, ne sont pas toujours faciles à distinguer. Mais l’effort de distinction est essentiel: seules la seconde et la troisième guerres sont légitimes.
Pour faire simple, ce qui caractérise une guerre juste, c’est sa nature défensive — même quand elle est préventive. Ce qui caractère une guerre injuste, c’est qu’elle implique une conquête (je simplifie, car on peut par exemple justifier l’invasion du Cambodge par le Vietnam en 1978 par les actions des Khmers rouges contre leur propre peuple).
Dans ces conditions, l’opération menée par Israël à Gaza est justifiée. Israël, qui s’est retiré de cette zone, ne cherche pas la reconquête, mais la simple protection de ses frontières.
L’initiative des hostilités été prise par les radicaux palestiniens, dont le but explicite est la destruction d’Israël et qui ont lancé un raid sur son territoire fin juin.
On trouve exactement la même situation au Liban. Israël s’est retiré de sa “zone de sécurité” dans ce pays en 2000, supposant que le Hezbollah se contenterait de son objectif de “libérer” le sud-Liban.
Cette supposition s’est avérée erronée. Les combattants du Hezbollah ne voulaient pas simplement mettre fin à l’occupation israélienne au Liban: à l’instar de leurs maîtres iraniens, ils considèrent que l’ensemble de la Palestine est une terre arabe à libérer.
Ils ont provoqué Israël de la même façon que les radicaux de Gaza: tirs de roquettes, et capture de soldats lors d’un raid frontalier en territoire israélien. Un État légitime est en droit de répondre par la force.
Certes, le fait qu’un pays est mène une guerre juste ne l’autorise pas à faire n’importe quoi. Dans son œuvre maîtresse, Guerres justes et injustes (paru en traduction française en 1999, 22 ans seulement après sa publication aux USA…), Walzer montre bien que la question de la légalité d’une guerre doit être bien séparée de celle des moyens employés.
On peut conduire illégalement une guerre juste – cf la destruction des villes allemandes par les alliés à la fin de la deuxième guerre mondiale.
Inversement, il est possible de mener un combat injuste dans les règles: à ma connaissance, l’Allemagne n’a pas commis de crime de guerre contre la France en 1939-40.
Le fait que la guerre du Liban soit juste n’oblige donc pas moins à respecter les lois et la morale de la guerre (cette dernière existe bien, et n’a pas changé depuis le néolithique).
Je suis donc parfaitement disposé à accepter l’idée que les bombardements de civils à Gaza et au Liban soient illégaux.
En effet, la distinction entre combattants et non-combattants est la base du droit de la guerre.
Mais pour pouvoir reconnaître Israël coupable de crimes de guerre à Gaza et au Liban, il faut expliquer comment son armée peut anéantir ses ennemis sans verser le sang d’innocents.
Je ne suis pas spécialiste militaire, et je conçois que ces moyens peuvent exister. Mais comme je l’ai déjà écrit ici, je ne les vois pas.
Tant qu’on ne m’expliquera pas comment ce combat peut être livré de façon plus humaine, j’accorderai le bénéfice du doute aux forces israéliennes – dont les règles en matières de respect des vies civiles sont particulièrement strictes.
On ne peut pas en dire autant de Hezbollah et les radicaux palestiniens.
Comme Walzer l’a signalé dans son livre, le propre des guérillas est d’effacer la distinction entre combattants et non-combattants, de ne pas porter d’uniforme, de se dissimuler en civil pour frapper à l’improviste.
Au Moyen-Orient, les guérillas prennent pour cible des civils et tirent sur les soldats israéliens en se cachant au milieu d’une population de non-combattants qu’elles tiennent en otage.
Les crimes de guerre les plus patents commis actuellement dans la région ne sont pas le fait d’Israël, mais de ses ennemis.
Pour une raison qui dépasse le techno-nul que je suis, mon logiciel anti-spam a bloqué le commentaire ci-après; toutefois ce logiciel me l’a communiqué séparément (avait-il des doutes? avait-il honte de son excès de zèle?…)
Je poste donc moi-même ce message. Ma réponse suit.
Sardanapale.
COMMENTAIRE DE VINCENT:
“tu écris: “à ma connaissance, l’Allemagne n’a pas commis de crime de guerre contre la France en 1939-40″ – Je suppose que tu as voulu écrire “l’allemagne n’a pas commis de crime de guerre contre la France pendant la campagne éclair de juin 40″, ce qui évite l’amalgame avec les crimes d’occupation qu’il est inutile de rappeler à quelqu’un de ta culture.
C’est toutefois faux: des avions allemands ont sciemment bombardé des convois civils fuyant l’avancée allemande sur les routes conduisant vers le sud. Aucun élément de l’armée régulière Française ne se cachait au sein de civils. Il y a donc bien eu crime de guerre.
Ajoutons que l’armée allemande a commis des crimes de guerre par la suite, sur tous ses théatres d’opération. A commencer par les bombardements aveugles en Angleterre, imités par les forces alliées par la suite. Les autres armées n’ont pas été en reste non plus (l’armée rouge notamment, ce fait est rarement enseigné dans les livres d’histoire…), quoique les forces terrestres alliées occidentales se soient montrées de ce point de vue bien plus disciplinées que les autres forces engagées dans le conflit, les crimes relevant plus de la bavure que de l’attitude commune.
Ceci dit, comme tu le dis bien, à partir du moment ou un agresseur décleche une guerre, faut il risquer de perdre la guerre défensive qui s’ensuit au nom de l’éthique, ou faut il accepter des compromissions avec la morale ? La seconde réponse est hélas évidente. La “guerre propre”, il n’y a que les naïfs pour y croire. Les bombardements de civils pendant la 2nde guerre étaient ils évitables ? sans doute pas.”
SARDANAPALE RÉPOND:
Merci de ces précisions. Je parlais effectivement de la guerre éclair SUR LE CONTINENT et non de l’occupation – et j’excluais donc les bombardements allemands (ma version anglaise était plus précise sur ce point). Tu as sans doute raison de dire que même avec ces restrictions, les Allemands ont quand même commis des crimes de guerre… Je n’avais pas pensé à ces bombardements de civils.
Sur la question fondamentale de la possibilité d’une guerre plus “clean” – oui, la chose est difficile, mais je ne crois pas que L’EFFORT soit illusoire. Je recommande ce chef d’oeuvre qu’est Just and Unjust Wars de Walzer, qui montrer que malgré tout, il y a a et il y a toujours eu une morale universelle de la guerre.
La preuve, c’est qu’il y a des choses dont les nations ne sont pas fières. Il a fallu attendre “Saving Private Ryan” pour montrer au grand public que les exécutions sommaires de soldats allemands qui s’étaient rendus étaient courantes durant la bataille de Normandie. Pendant plus de 50 ans, aucun film occidental n’a montré cela – sans doute parce que quelque part c’était écoeurant.
Pourquoi la France a-t-elle mis si lopngtemps pour reconnaître la torture en Algérie… L’inavouable, tout comme l’hypocrisie, est l’homage du vice à la vertu. Le fait que ces actes ont été si longtemps passés sous silence montre à mon sens que les lois de la guerre existent bien.
La leçon est: ne faites rien pendant la guerre que vous ne pourrez justifier par la suite. Certes, des actes horribles peuvent être nécéssaires (comme la bombe atomique) – mais cela confirme mon argument: si ces choses sont ncssaires, on peut sans rougir les admettre et les défendre.
I hope this makes sense… Merci en tout cas.
D’accord avec toi. J’ai été excessif en disant que la guerre propre n’était qu’une croyance naïve. Il est évident que les démocraties occidentales ont réussi à améliorer leurs technologies pour en diminuer les dommages collatéraux, et que la discipline de ces armées est la règle et abu ghraib l’exception. Mais il reste encore du travail. Pour en revenir au conflit du moyen orient:
la seule armée majeure au monde qui soit, même en temps de guerre, placée sous la juridication et la législation civiles ordinaires est l’armée… israélienne (source: Alan Dershowitz).
lorsque des actions militaires sont entachées de bavures, dans la plupart des cas, des enquêtes sont ouvertes, et il est fréquent que des sanctions, voire des condamnations, soient prises. Certes, ce n’est pas systématique. Comme tout organisme étatique, l’IDF protège ses membres, et sans doute ainsi certains fautifs echappent à la justice. Mais cela souligne si besoin en était le haut degré de conscience morale dans lequel l’état hébreu inscrit ses actions.
Ajoutons que la cour suprême israélienne est une des rares a avoir expéssément interdit, dès 1992, la pratique de la torture par les forces armées, et ce même lorsque des menaces d’attentat sont imminentes (et ce avec une définition très extensive de la torture: des pratiques “normales” dans des commissariats français sont expresséments interdites là bas). Là encore, il est possible que certains membres de l’IDF puissent passer outre cette injonction légale, mais alors ils risquent de très lourdes condamnations.
Le président de la cour suprême de l’époque (Nommé Aaron Barak) a rendu un attendu qui disait en substance ceci:
“j’ai conscience qu’interdire des moyens d’interrogatoire musclés en cas de menace imminente revient à demander à nos forces de lutter contre les terroristes avec une de leurs deux mains attachées dans le dos. Mais l’état d’Israel a été fondé sur le principe du respect des droits et de la dignité de la personne humaine, et les dégats moraux que l’abandon de fait de ces principes causeraient à la nation isréelienne seraient bien pires que les avantages opérationnels que nous pourrions en retirer.”
Bon, je suppose que le jour ou l’IDF capturera un terroriste chargé de faire exploser une bombe A sur tel aviv, les préscriptions ci dessus seront de peu de force. Mais dans des situations plus courantes, y compris celle à laquelle nous assistons, les officiers et combattants de l’IDF doivent en tenir compte.
Aussi ceux qui affirment qu’Israel se livre à des massacres aveugles de civils et autres avanies sont de grossiers manipulateurs: le contexte juridique dans lequel l’IDF opère rend l’occurence d’attitudes éthiquement scandaleuses nettement moins probables, et ces attitudes, si elles se rencontraient, ne seraient que le fait de dérapages dus à la pression inhérente au conflit (difficile de dire qu’aucun soldat ou officier ne ”pètera les plombs” sous la pression) mais en aucun cas le résultat d’instructions délibérées du commandement de l’IDF.
Je n’ai rien à dire, si ce n’est pour abonder dans ton sens.
Autre exemple de ce que tu dis: le “massacre” de Jenin en mars 2002, dénoncé dans le monde entier à l’époque comme un crime contre l’humanité. Relayant une désinformation de source palestinienne, la presse internationale a parlé, entre autres horreurs inventées, de 500 morts civils, d’un hôpital rasé.
En fait, les soldats israéliens ont pris des précautions inouïes pour protéger les vies civiles. Au lieu de bombarder le camp de réfugiés où s’abritaient un millier d’hommes du Hamas, ou de tirer dans le tas comme l’auraient fait d’autres armées, l’IDF a opté pour une opération de commando, où les soldats avançaient de guet-apens en maison piégée, quitte à encourir d’immenses pertes (23 soldats morts). Les quelque 50 Palestiniens tués étaient presque tous armés.
Je cite Nathan Sharansky: “Working its way through the Israeli court system is a lawsuit against the IDF and the Israeli government brought by some of the families of the soldiers who died in Jenin. The petitioners contend that the government’s primary obligation should have been to defend its own troops, even at the cost of more Palestinian casualties.” (The Case for Democracy. p. 220).