Posted on Wednesday 10 May 2006
Lady Chatterley today
I finally watched The Chatterley Affair, several days after taping it on the BBC.
It was written by Andrew Davies, a scriptwriter of genius who is as acclaimed within Britain as he is unknown outside it (television dramas, excepting US series, tend not to cross borders and that is a shame).
Although it is not Davies’ best work, The Chatterley Affair is still excellent.
Critics have dwelt on fictional scenes – i.e. those written by Davies – which depict the relationship between two jurors who enthusiastically reproduce the adulterous affair in D.H. Lawrence’s book.
But what I found most interesting was the verbatim re-enactment of the court hearings.
The jury had to determine whether the publication by Penguin of Lady Chatterley’s Lover – which had never been printed in Britain, and was only circulated in semi-clandestine, foreign editions – would corrupt public morality.
The trial saw a succession of “experts” – all extremely respectable – voice opinions about a book rich in graphic sex scenes. None of them found it obscene.
The novel’s academic defenders included the critic Richard Hogarth, who explained it was an ode to tenderness, and a “puritanical” book.
A bishop – to the astonishment of the judge – told the court that Lady Chatterley’s Lover was profoundly moral and that “Christians ought to read it”.
I am not sure that the novel deserves such praise. But these testimonies show that the “Old England” of bowler hats and Ealing comedies was not as stuffy as it is made out to be.
I wonder how many pillars of society in the US or France of 1960 would have stuck up for a book full of words like “fuck” and “cunt” (or their equivalents) – and would have used those words in court, with the country watching.
How many American or French publishing tycoons would have said: “I am ready to go to jail to bring this book to the public” – as Penguin founder Sir Allen Lane told the court.
Above all, I wonder how many prominent people today have the guts to challenge the taboos of the time?
We tend to think of ourselves as so much more enlightened, liberal, and sophisticated than our parents or grandparents.
In fact, we have just as many hang-ups as they do.
Today, four-letter words and descriptions of love-making do not bother us.
But here is a non-exhaustive list of people who any right-thinking person feels belong bars: racists, those who swap pedophile pictures, Holocaust deniers, people traffickers, drug traffickers, pimps (”He’s scumbag don’t you know,” the Arctic Monkeys pronounced).
And depending on your political opinions, you might draw up a Mikado-like list that may also include arms dealers, tobacco executives, drug addicts, vivisectionists, neo-conservatives, Michel Houellebecq, Islamic preachers, researchers in human cloning, abortionists, anti-abortionists, the directors of Monsanto and the whole biotech industry.
I am not arguing that all – or even any – of the foregoing bastards are worth sticking up for. I share some of our time’s assumptions (how could I not?)
My point is that we are as prone to moral reproof as any society in history, and that our comfortable certainties need challenging too – were it just to make our belief system stronger.
And where are Lady Chatterley witnesses of today?
Those ready to challenge our comfortable pieties are as rare as ever – especially in France, where the boldest one died 10 days ago.
Le nouvel ordre moral
J’ai fini par regarder The Chatterley Affair, plusieurs jours après l’avoir enregistré à la BBC.
Il s’agit d’un téléfilm écrit par Andrew Davies, scénariste de grand talent aussi acclamé en Grande-Bretagne qu’inconnu ailleurs (les oeuvres de télévision, à l’exception des séries américaines, traversent mal les frontières et c’est dommage).
Sans être le meilleur film de Davies, The Chatterley Affair est excellent. Les critiques ont surtout retenu les scènes fictives – donc celles écrites par Davies – décrivant l’aventure de deux jurés qui reproduisent l’adultère énergique du roman de D.H. Lawrence.
Mais ce qui m’a semblé le plus intéressant, c’est la reconstitution à la lettre des audiences. Le jury devait déterminer si la publication de L’Amant de Lady Chatterley était de nature à corrompre les moeurs publiques.
Le procès vit défiler une ribambelle d””experts”, tous plus respectables les uns que les autres, appelés à ce prononcer un livre où abondent des mots comme “fuck”, “cunt”, “shit”, etc. Pas un seul ne l’a jugé obscène.
Parmi les universitaires venus défendre le roman, le critique littéraire Richard Hogarth a expliqué qu’il s’agissait d’un hymne à la tendresse, et d’une oeuvre “puritaine”.
Un évêque comparut pour dire que le roman était profondément moral, et que “les Chrétiens se doivent de le lire”.
Je ne sais pas si le païen dévot qu’était Lawrence méritait de tels hommages.
Mais ce qu’ils montrent, c’est que l’Angleterre des chapeaux melons et des vieilles dentelles n’était pas aussi coincée qu’on le croit.
Je vois mal, dans la France ou l’Amérique de 1960, des membres de la bonne société prendre la défense d’un livre aussi sulfureux.
Et quel grand éditeur français ou américain se serait déclaré “prêt à aller en prison” pour le publier – comme Sir Allen Lane, le fondateur de Penguin Books, l’a fait au procés?
Mais surtout, je me demande combien de gens en vue aujourd’hui osent faire violence aux tabous contemporains.
Nous nous croyons autrement plus raffinés, éclairés, et libérés que nos aïeux. Mais en fait, nous sommes largement aussi conformistes qu’eux.
Bien sûr – et heureusement! – les artistes qui décrivent l’amour en termes crus ne nous gênent plus.
Mais voici une liste non exhaustive des sinistres personnages que tout les gens de bien estiment devoir envoyer au trou: les racistes, ceux qui échangent des photos indécentes d’enfants, les fascistes, les passeurs d’immigrants clandestins, les passeurs de drogue, les négationnistes, les proxénètes (”he’s a scumbag, don’t you know”, chantent les Arctic Monkeys)…
Et suivant vos opinions politiques, la liste peut aussi inclure: les marchands d’armes, les comptables complaisants, les néo-conservateurs, les drogués, les chercheurs en clonage humain, Michel Houellebecq, les prédicateurs islamistes, les vivisectionnistes, les avorteurs, les anti-avorteurs, les actionaires de Monsanto et toute l’industrie biotechnologique.
Je ne dis pas que les crapules susmentionnées méritent toutes d’être défendues – comme tout le monde, je partage de nombreux tabous de notre époque (comment pourrait-il en être autrement?)
Je dis simplement que nous ne sommes pas moins pétris de moralisme que les autres sociétés humaines, et que nos confortables certitudes comme nos valeurs ont besoin d’être contestées de l’intérieur – ne serait-ce que pour les renforcer.
Où sont les témoins de Lady Chatterley d’aujourd’hui? Ils sont plus rares que jamais – surtout en France, où le penseur le plus anti-conformiste de son temps est mort il y a 10 jours.
” Mais voici une liste non exhaustive des sinistres personnages que tout les gens de bien estiment devoir envoyer au trou: … “
Fort heureusement, il y a quand même des solutions intermédiaires qui consistent, entre autres, à dire que certaines positions ne sont pas moralement défendables. J’ai toujours défendu la possibilité pour les xénophobes de pouvoir s’exprimer librement, ce n’est pas pour autant que j’irais en fréquenter. En revanche, en ce qui concerne les proxos, il est clair que leur place est au trou. L’exploitation, le plus souvent par la violence, ne peut qu’être condamnable. A contrario, la prostitution dès lors qu’elle est le fait d’une personne qui l’exerce de manière indépendante ne me gêne en aucune façon.
Cher Harald: Que les sociétés aient besoin de valeurs, et que celles-ci doivent parfois s’appuyer sur le code pénal, je suis le dernier à en douter. D’accord aussi sur votre distinction entre ce qui doit être répréhensible aux yeux de la morale seule (racisme, par exemple) et ce qui doit être pénalisé (violences).
Ce que je voulais dire, c’est qu’une société a aussi besoin de personnes qui contestent ces valeurs, et qui le fassent de l’intérieur — la contestation du djihadiste n’apporte rien car il veut détruire, et non actualiser ou modifier, nos valeurs.
Je remarquai aussi qu’il y a peu de contestataires véritables aujourd’hui. J’aurais dû ajouter que cela tient probablement au fait que le conformisme actuel est de gauche. La bonne conscience est d’autant plus solide qu’elle se pare des habits branchés du progressisme. Toute personne qui la remet en cause se voit qualifier de réactionnaire (Revel en fit l’expérience).
Si le progressisme était de gauche, cela se saurait depuis belle lurette. Ceux qui se réclament de cette mouvance, qu’ils en soient le moteur ou qu’ils soient plus simplement suiveurs, n’ont jamais cessé de vilipender les valeurs dites “bourgeoises” pour s’empresser de les singer à leur façon. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’une certaine forme de conformisme et de conservatisme d’ailleurs soit leur apanage.
Je vous rejoins sur le fait que nous avons le besoin impérieux de trouver de nouveaux D.H. Lawrence ne serait-ce que pour bousculer les conformismes tant à gauche qu’à droite d’ailleurs. La fuite en avant d’une certaine vision progressiste de gauche est tout aussi stérile que le repli frileux de la droite sur un passé idéalisé.