Sardanapale

Posted on Tuesday 2 May 2006

Revel and communism

Our sister website chezrevel has posted many tributes to Jean-François Revel, who died this weekend.

A few mention his fierce anti-communism as though it was a foible, an obsession he contracted in middle age and never quite shook off – something that can be forgiven in view of his otherwise formidable talents.

To the ignoramuses who think that any anti-communist is a reactionary, I have nothing to say. As Swift said, you cannot reason someone out of something he has not been reasoned into.

But I would like to pick up a point made by an intelligent blogger, Taranne. After a moving tribute to Revel, Taranne concludes:

“Of course some of Revel’s opinions were not particularly ‘orthodox’, and on some occasions he was wrong. But as Bainville said, ‘those who do nothing are never wrong’ and Revel did a lot. Let him rest in peace.”

There is no denying that Revel’s ideas did not fit the dogmas of his time. But when exactly was he wrong? Such a thing is entirely possible – the best way to avoid being proven wrong, indeed, is to say nothing.

However I have read Revel’s books many times over the years and have never found a significant mistake.

I suspect (although I am not sure) that Taranne may be alluding to a charge that has often been levelled at Revel since the end of the Cold War: he was wrong, according to critics, about the supposed invincibility of communism and the vulnerability of democracies.

Revel has answered his critics at length on this point, notably in Le Regain démocratique (1992) and La Grande parade (2000). But the “Revel-was-wrong-about- the-strength-of-communism” virus is so robust and prolific that I feel I have to inject more antibodies into the meme pool.

Revel never argued that communism could not be vanquished. He only said it was irreversible in so far as it could not be amended.

Ever since Without Marx or Jesus he had always argued that the Soviet Union was an unmitigated disaster. As he wrote in The Totalitarian Temptation (1976): “The only way to improve communism is to remove it.”

In 1988, more than a year before the fall of the Berlin Wall, Revel published a lengthy article entitled “On the reversibility of communism”. How can he Revel, the arch defender of liberty, regard democracy as inevitably doomed? There is a crucial difference between warning and predicting!

The whole point of How Democracies Perish was to show that communism was beyond redemption and that the USSR owed its continued survival to its repressive apparatus and the complacent help of democracies.

It is particularly galling to hear Revel being accused of being a false prophet from “progressives” who did nothing to oppose or discredit communism. As Revel himself put it most eloquently:

“An anti-communist is a dog,” Sartre said. But there are two kinds of dogs: there are those who bark when the dangerous enemy is standing tall, and those who start yapping when he is down.

Revel was the most eloquent critics of totalitarianism the 20th Century has seen.

He was more consistent than George Orwell (a great defender of political freedom who was wedded to illiberal economics), bolder than Albert Camus, more influential than Hannah Arendt and more accessible than Isaiah Berlin or Raymond Aron.

The latter brings me to the answer to my quotation quiz (see Saturday’s post). Congratulation to Jean Dupond: it was Aron writing about Camus (in The Opium of the Intellectuals, chapter 2).

Revel et les communistes

Le site chezrevel (dont celui-ci est un enfant reconnaissant) reproduit de nombreux hommages à l’écrivain disparu ce week-end.

Je passe sur les ignares qui estiment que l’anticommunisme de Revel est à mettre à son passif, une lubie qui lui serait arrivé sur le tard, dont il aurait fait son fonds de commerce trop longtemps mais qu’on peut lui pardonner eu égard à son talent.

La croyance que tout anticommuniste est réactionnaire est vivace: rien de ce que je pourrais dire ici ne déniaisera ceux qu’elle tient.

Je voudrais, en revanche, relever un point dans le billet écrit par un véritable amateur de Revel, Taranne.

Après avoir rendu un bel hommage à l’écrivain, Taranne conclut:

“Bien sûr certaines de ses positions ne furent pas des plus ‘orthodoxes’ et il lui est arrivé de se tromper. Mais comme le disait Bainville, ‘ceux qui ne font rien ne se trompent jamais’ et Revel aura fait beaucoup. Qu’il repose en paix.”

Que les positions de Revel n’aient pas été dans la doxa de son temps, c’est un fait. Mais où exactement s’est-il trompé?

Je conçois aisément que la chose soit possible – effectivement, le meilleur moyen de ne pas faire erreur est de ne rien dire. Toutefois, ayant lu son œuvre de long en large et en travers, j’avoue ne jamais l’avoir jamais pris en défaut sur un point essentiel.

Je soupçonne (sans en être sûr) que l’ami Taranne fait allusion à un reproche qu’on a souvent adressé à Revel depuis la fin de la Guerre froide: celui de s’être trompé sur la prétendue invincibilité du communisme et la vulnérabilité des démocraties.

Revel s’est longuement expliqué sur ce point, notamment dans Le Regain démocratique et La Grande parade. Mais le mème “Revel-a-eu-tort-sur-la-force-du- communisme” est à ce point robuste et prolifique que je me sens obligé d’en remettre sur les anticorps.

Revel n’a jamais dit que le communisme ne pouvait pas être renversé. Il a seulement dit qu’il était irréversible dans la mesure où il était inamendable. Comme il l’a écrit dans La Tentation totalitaire en 1976: “La seule façon d’améliorer le communisme, c’est de s’en débarrasser”.

En 1988, plus d’un an avant la chute du Mur de Berlin, Revel publiait dans la revue Politique internationale un article intitulé “De la réversibilité du communisme”, reproduit en annexe du Regain.

Comment, lui Revel, pourrait-il croire les démocraties vouées à la défaite et le communisme éternel alors qu’il a toujours considéré ce dernier comme un désastre total, qui ne survivait que grâce à son appareil répressif et la complaisance de nombreux Occidentaux?

Il y a une différence de taille entre mettre en garde – ce qu’il fait dans Comment les démocratie finissent – et prédire. Le reproche fait à Revel d’avoir été mauvais prophète est particulièrement irrecevable de la part de gens qui n’ont rien fait pour hâter la fin du totalitarisme.

Je ne parle pas ici, bien sûr, de Taranne, mais des “progressistes” qui ont attendu la chute du Mur pour critiquer le communisme – et que Revel a raillés avec sa vigueur coutumière:

“Un anticommuniste est un chien”, disait Sartre. Parmi les chiens, il y a ceux qui aboient quand l’adversaire dangereux est debout et fort, et puis ceux qui s’y mettent quand il est à terre.

Revel restera comme LE grand écrivain antitotalitaire. Il fut plus conséquent qu’Orwell, plus courageux que Camus, et plus accessible qu’Aron.

Ces deux derniers m’amènent à la réponse à mon petit jeu de samedi. Je félicite Jean Dupond d’avoir trouvé l’auteur et le sujet de la citation: c’était bien Aron qui parlait de Camus (extrait de l’Opium des intellectuels, chapitre 2).

Sardanapale @ 2:47 pm
Filed under: General
  1.  
    May 2, 2006 | 10:30 pm
     

    Dcs de Jean-Franois Revel

    Je me disais aussi que l’interview que j’avais relaye en dbut de mois vous avait un petit ct bilan en forme de chant du cygne…

    Esprons que le dcs 82 ans de l’acadmicien (poux de Claude Sarraute et pre de Matthieu Ricard)

  2.  
    May 2, 2006 | 10:45 pm
     

    Je faisais allusion à ses positions atlantistes qui, pour certains (dont je ne suis pas, même si je ne les approuve pas complètement) remettent en cause ses lettres de noblesse libérales. Merci pour le lien.

  3.  
    Sardanapale
    May 3, 2006 | 8:27 am
     

    Réponse à Taranne: vous confirmez que mon reproche ne s’adresse pas à un libéral comme vous. Juste un commentaire sur l’atlantisme de Revel: il découle directement de son antitotalitarisme. La lutte entre le communisme et la démocratie n’était pas simplement un combat d’idées, ce fut une lutte pour des territoires et surtout des hommes, une lutte “cadastrale”, comme disait Revel. Pour défendre le camp de la démocratie, il fallait non seulement des arguments solides, mais des armes et une solidarité entre puissances qui, sans avoir des intérêts totalement alignés, partageaient une même civilisation et surtout un même ennemi. Sans l’Alliance atlantique, qui fut désespérément demandée par l’Europe occidentale à une Amérique réticente au départ à s’engager, s’en était fini de notre liberté.

  4.  
    May 5, 2006 | 6:49 pm
     

    […] Sardanapale: Deuil et Revel et les communistes […]

  5.  
    October 20, 2008 | 9:36 am
     

    Hemlo ! Billet très pertinent ;) cependantr j’ai du mal à comprendre : “a great defender of political freedom who was wedded to illiberal economics” … bonnne continuation ! :)

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