Posted on Tuesday 25 April 2006
Rothbard v Coase
The Ludvig von Mises Institute has just posted a 1982 article by Murray Rothbard entitled “Law, Property Rights and Air Pollution”.
Rothbard always makes thought-provoking reading. But he has tendency to focus his ire not so much on socialists, but on those he regards as traitors to the libertarian cause.
In this instance he targets the Chicago school – that’s right: the very “Chicago Boys” reviled by the left as free-market zealots and the lackeys of Pinochet.
In particular Rothbard attacks Ronald Coase, who argued that it is more efficient to let polluters and victims of pollution negotiate compensation between them, rather than ban or tax emissions.
Why is this idea odious to Rothbard? The dispute reflects in fact the age-old split between classical “natural law” liberals and utilitarians.
For the former, property is sacred and its defense cannot derive from pragmatic considerations that can only detract from the purity of first principles.
Utilitarians, on the other hand, do not recognise the primacy of these principles: they defend liberty by stressing the social benefits it brings.
Coase is the ultimate utilitarian. As a young man he was a socialist, and later embraced markets after realizing that they worked better than government fiat.
He summarized his outlook in a 1997 interview for Reason Magazine:
“My views have always been driven by factual investigations. I’ve never started off – this is perhaps why I’m not a libertarian – with the idea that a human being has certain rights.
I ask, ‘What are the rights which produce certain results?’ I’m thinking in terms of production, the lives of people, standard of living, and so on. It has always been a factual business with me…. I don’t reject any policy without considering what its results are.”
Such pronouncements make Rothbard flip in his grave. For him and other strict libertarians, utilitarian arguments in favor of freedom are flawed because they implicitly endorse any illiberal measure that might be shown to increase welfare.
But it is reasonable to condemn those who reach the same conclusions as you through a different route?
Moreover, I do not know of any economist who is totally devoid of principle. No utilitarian liberal ever praised the Nazis in the name of efficiency.
On the other hand, outstanding writers from Bastiat to P.J. O’Rourke have greatly helped the libertarian cause by putting forward pragmatic arguments.
Libertarians need philosophers like Rothbard, who are big on first principles. But economists and journalists also have much to contribute, and their approach is necessarily fact-based.
Rothbard-type attacks have clearly irritated Coase, who in the Reason interview rejects the libertarian label.
This is a pity. Libertarians are a beleaguered minority, and can’t afford to alienate sympathetic Nobel-winning economists.
Sectarisme libéral
Le Ludvig von Mises Institute vient de republier un article de Murray Rothbard daté de 1982 sur “le droit, la propriété, et la pollution”.
Rothbard est toujours stimulant. Mais il a tendance à s’en prendre moins aux socialistes qu’à ceux qu’il juge comme des traîtres à la cause libérale. L’objet de sa colère en l’occurrence est l’école de Chicago – eh oui: les “Chicago Boys”, considérés par la gauche comme des ayatollahs du marché et les laquais de Pinochet.
Rothbard condamne notamment Ronald Coase, qui a montré qu’il est plus efficace de laisser le pollueur et le pollué négocier des compensations entre eux plutôt que d’interdire ou taxer la pollution.
Qu’est-ce qui dérange Rothbard? La querelle est à vrai dire ancienne. Elle oppose depuis 200 ans au moins les tenant de la conception libérale du droit naturel et les utilitaristes.
Pour les premiers, la propriété est une chose sacrée. Sa défense ne repose pas sur les arguments pragmatiques: c’est une question de principes. Les seconds, en revanche, arrivent à la défense des libertés et de la propriété en constatant les bienfaits sociaux qu’elles confèrent.
Or Coase est un libéral utilitariste par excellence. Il fut dans sa jeunesse socialiste avant de se rallier au marché en notant tout simplement que ça marchait. Il résume admirablement sa position dans une interview publiée en 1997 par Reason Magazine:
“Mes vues ont toujours découlé d’investigations factuelles. Je ne suis jamais parti de l’idée que les êtres humains avaient certains droits – et c’est peut-être pourquoi je ne suis pas libertarien.
Je pose la question: ‘Quels sont les droits qui produisent certains résultats?’ Je réfléchis en termes de production, de niveau de vie, etc. J’ai toujours regardé les faits avant tout. Je ne rejette aucune politique sans considérer ses résultats.”
Voilà de quoi de quoi faire bondir Rothbard dans sa tombe.
Pour lui, et les autres libéraux de stricte observance, ce type d’argument en faveur du marché est vicié, car il cautionne implicitement toute mesure étatique qui se trouverait augmenter la richesse.
Cette objection est-elle bien sérieuse? Est-ce raisonnable de fustiger des gens qui arrivent aux mêmes conclusions que vous par un autre chemin?
Je ne connais aucun utilitariste qui soit dénué de principes, ou qui ait soutenu les nazis au nom de tel ou tel résultat positif. En revanche, de Bastiat à P.J. O’Rourke, des écrivains de grand talent ont rendu au libéralisme d’immenses services en avançant des arguments pragmatiques.
Que des philosophes comme Rothbard s’attachent aux principes premiers, c’est normal. Les économistes et les journalistes ont aussi le droit d’apporter leur écot – et eux, ce sont les faits qui les intéressent.
Les fulminations de type rothbardien ont déjà énervé Coase, qui dans l’interview précitée refuse de se déclarer libertarien.
C’est dommage: les libertariens ne sont ni assez nombreux ni assez puissants pour se permettre de se mettre à dos des prix Nobel d’économie qui ne demandent qu’à les aider.
Excellent Sardanapale! Il est tout à fait pertinent de mettre Bastiat parmi les utilitaristes. Et vous pouvez même y rajouter Molinari.
Encore merci.
D’accord à 100%. Les arguments avancés par Bastiat sont de nature avant tout pragmatique. Il cite d’ailleurs le père des utilitaristes anglo-saxons, Bentham, en exergue de ses Sophismes économiques (”En économie politique, il y a beaucoup à apprendre et peu à faire”.) Bastiat est avant tout tolérant: il considère que ses ennemis ne sont pas moralement déficients, mais intellectuellement fourvoyés. C’est donc par les faits qu’il faut les éclairer. Il le dit clairement dans les mêmes Sophismes: “Je ne suis pas de ceux qui disent : La protection s’appuie sur des intérêts – je crois qu’elle repose sur des erreurs, ou, si l’on veut, sur des vérités incomplètes.” C’est par la pédagogie, et non par l’anathème, qu’on a des chances de convertir les gens au libéralisme.