Sardanapale

Posted on Friday 21 April 2006

The phoney revolt

French students are only now returning to class after two months of university blockades caused by opponents of a now-defunct plan to make youth labour flexible.

One striking fact about the disruptions in schools and universities across France has been widely overlooked: the support the blockaders received from faculties and administrators.

A teacher from a Paris suburb whose high school was shut down by protestors for ten days told me: “We [teachers] would never do something like that, but we understand that it is a way for students to express their anger.”

Her position, she said, was shared by 40% of her colleagues. About half did not voice an opinion; only 10% were openly hostile to the shutdown. The school appears to have been a fairly representative sample: many teachers were seen in anti-government marches, almost none at anti-blockade rallies.

The connivance of faculty in the blockades was even more striking in universities. While reporting at the student-held Jussieu campus in central Paris at the height of the movement, I witnessed an astonishing scene.

A biology lecturer, looking somewhat lost amid insurrectional chaos, was pleading with his new master, the local head of the main student union: all the tables and chairs in his lab, he complained, had been commandeered by activists.

I had noted barricades around the campus, and thought at the time that many a seminar room must have been raided to erect them. But the man – and that is the surprising thing – was not criticising the students who had pilfered his furniture: God no! He and his fellow researchers were all for the blockade.

He was blaming the university authorities, who were legally bound to provide equipment for “general assemblies” and other student activities. Perhaps, in his contacts with the president, the student leader could remind him of his duty.

In the lecturer’s eyes, administrators were guilty of not supporting the coup against them, forcing the insurgents to seize whatever supplies they could get their hands on.

I felt the accusation was unfair. The president, after all, had not called in the security forces, as he was entitled to do. On the contrary: the occupation of Jussieu had been negotiated between the students and the university authorities. Under the deal, official guards surrendered control on the compound every morning to the blockaders, who in turn left the guards to look after the place at night.

And this was one of the flashpoints of the uprising! By and large French universities were taken over with the tacit acquiescence of the powers that be, and the open support of faculty members.

Only the Sorbonne was forcefully evacuated, when activists attempted to start a round-the-clock occupation. And riot police cleared only the main campus in the Latin Quarter – Sorbonne annexes on the outskirts of Paris were blocked by students in the usual way.

The tacit complicity between university authorities and the blockaders is just one aspect of a wider phenomenon: the support the anti-CPE movement enjoyed in a country where the word “liberal” (in its continental meaning of “pro-market”) is an insult.

Never were rebels so in tune with their society. As the French philosopher Alain Finkielkraut recently observed:

“Until recently, a revolt pitted people against something hard. You rose up against power, authority, or force. A revolt against a soft underbelly is a very strange thing – a pampered revolt, cosseted by the media, the teachers, the pollsters, and so on… Who exactly are the rebels rising up against?”

Indeed, a new phenomenon has emerged in France: a revolt in favour of the status quo and endorsed by the establishment.

Drôles de rebelles

Les d’étudiants et lycéens qu’on avait empêché de travailler pendant deux mois ne reprennent que maintenant les cours.

Un aspect frappant de ces perturbations n’a pas été signalé par les commentateurs: le soutien dont elles ont bénéficié de la part des enseignants et des administrations.

Un professeur dont le lycée est resté bloqué pendant dix jours par les activistes anti-CPE m’a confié: “Nous (les enseignants) ne ferions pas cela, mais nous comprenons que c’est un moyen pour les élèves d’exprimer leur colère.”

Cette compréhension, estimait-elle, était partagée par 40% de ses collègues. La moitié n’avaient pas d’opinion; seuls 10% étaient hostiles au blocage.

Ce chiffre me semble assez représentatif: on a vu beaucoup de profs défiler contre le CPE, presque aucun contre les bloqueurs. La complicité des enseignants fut encore plus frappante dans les facs. En enquêtant au plus fort de l’agitation dans une université occupée de Paris, j’ai assisté à une scène étonnante.

Un chercheur, perdu au milieu d’un campus en insurrection, signalait au chef local de l’Unef, nouveau maître des lieux, que le mobilier de son laboratoire avait été réquisitionné par les “grévistes”.

J’avais en effet noté que les barricades érigées aux quatre coins de la fac avaient nécessité une grande quantité de tables et de chaises, ce qui avait dû dénuder bien des salles de TP.

Le plus frappant dans le dialogue auquel j’assistai, c’est que le chercheur ne s’en prenait pas aux étudiants qui lui avaient chapardé son mobilier – ah non! il était, lui et ses collègues, pour le blocage! C’est la présidence de l’université qu’il rendait responsable du pillage.

Celle-ci, expliquait-il, les militants de l’Unef opinant en arrière-fond, était tenue de fournir le matériel nécessaire à la tenue d’assemblées générales et autres activités estudiantines. L’administration était donc coupable de ne pas soutenir l’occupation de son université, ce qui obligeait les occupants de se servir en matériel où ils pouvaient…

Cette accusation me semblait injuste. Le président, en effet, n’avait pas demandé l’intervention des forces de l’ordre, comme il était en droit de le faire.

Bien au contraire, l’occupation de la fac avait fait l’objet d’un accord aux termes duquel tous les matins les autorités abandonnaient le campus aux insurgés, et tous les soirs ces derniers rendaient les clés aux vigiles qui assuraient la sécurité de nuit…

Et cet établissement était un des points chauds de la rébellion! Dans la plupart des universités de France, les bloqueurs étaient encore plus activement soutenus par les autorités.

La seule fac qui fut évacuée fut la Sorbonne, à la suite d’une tentative d’occupation “round-the-clock”. Et encore le président ne demanda-t-il l’intervention des forces de l’ordre que sur le campus principal du Panthéon: les annexes de la Sorbonne aux portes de Paris furent dûment occupées.

La connivence entre les responsables d’universités et les bloqueurs n’est en fait qu’un aspect du large soutien dont bénéficiait le mouvement anti-CPE au sein d’une France pétrie d’anticapitalisme.

On n’a jamais vu des rebelles aussi en phase avec leur société. Comme le remarquait Alain Finkielkraut au cours de l’émission Répliques fin mars:

“La révolte, jusqu’à une date récente, se heurtait à du dur; on se révoltait contre un pouvoir, une autorité, une force, une puissance. Une révolte dans un ventre mou, c’est très étrange, une révolte cajolée, dorlotée par les media, les parents d’élèves, les professeurs, les sondages, etc. Contre qui au juste se révolte-t-elle?”

On assiste en effet à un phénomène nouveau: la révolte en faveur de l’ordre établi, et cautionnée par lui.

Sardanapale @ 5:37 pm
Filed under: France

1 Comment for 'The phoney revolt – drôles de rebelles'

  1.  
    Jb
    April 21, 2006 | 8:06 pm
     

    C’est bien simple le blocus n’aurait tout bonnement pas pu avoir lieu sans le soutien des enseignants. Ce sont avant tout les premiers coupables.
    Comme cette enseignante hystérique au collège de Trifouilli, près de chez moi, qui hurlait toute seule contre le CPE, sur le perron de son établissement…
    Au contraire, les rares universités idéologiquement “de droite”, comme (au hasard) la faculté de Droit d’Aix en Provence, n’ont connu absolument aucun remou.

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