Posted on Wednesday 29 March 2006
I had a dream
I had the strangest dream last night. I was out on the street with my friends deciding what was best for the country, when this guy came up and harangued us:
“Friends, Frenchmen, countrymen, lend me your ears. I beg you to stop and consider!
There is a better way of changing things.
Imagine that on a given day people put little bits of papers into boxes, and those papers had the names written on them.
Imagine then that at the end of the day the bits of paper were counted, and that the most popular nominees got to run the country until the next time the people came back to put papers into boxes again.”
“What good would this do?” one of my friends asked.
“Well, you see, here we are, on the street, calling for this and that. Are we sure that these demands – just as they may be – are really what the country needs? Shouting slogans is all very well, but it is not conducive to the careful consideration required by complex matters of public policy. Furthermore, are we really sure we represent the people?”
“We are the people.”
“We are a section of the people – the section that is ready to spend one afternoon marching and risking getting beaten up by thugs.
This excludes lots of people: the lazy, the paraplegic, those who don’t feel strongly about whatever agitates us, the old, the cowards, and those short-sighted enough to consider that spending a day marching is not a good use of their time… That is a lot of people.
But you see, a vote – that’s what putting bits of paper into boxes is called – would yield a better representation of the nation as a whole.
My fellow Frenchmen, I know you are angry at the Prime Minister’s plan to change employment law and victimize young workers. But this plan was approved in a constitutional way by a legitimate government.”
“DOWN WITH THE CPE! IT STINKS!”
“I know it does! And you have a right to express you anger. But my friends, you can’t expect your protest automatically to lead to a change of policy.
A vote is the surest way to get rid of this awful plan. And the beauty of my idea is that it is not utopian.
In a year from now we, along with millions of French people, will be dropping bits of papers in boxes!”
“And it will be done in a legal, orderly, undisputed way?”
“Yes.”
“And the outcome will express the true will of the nation.”
“Yes.”
“And it will carry all the more force for it.”
“You got it! You got it!”
Someone said: “But it also means we have to put up with this employment plan for a year.”
There was a huge uproar as the crowd went: “Naaaah.” The march resumed its course and I woke up in a sweat.
Faisons un rêve
Je viens de faire un songe étrange et pénétrant. J’étais à la manif avec mes copains pour décider de l’avenir du pays, quand un type a surgi, et s’est adressé à nous:
“Amis, Français, compatriotes, écoutez-moi! Il y a un autre moyen de déterminer la politique de notre nation.
Imaginons que périodiquement les gens déposent dans des boîtes des bouts de papiers avec des noms de candidats écrits dessus.
À la fin de la journée on compte les bouts de papiers et les candidats les plus populaires gouvernent jusqu’à ce que les gens soient appelés de nouveau à mettre des papiers dans des boîtes.”
“En quoi est-ce que cela est bon?”
« Cela serait bon parce que, voyez-vous, nous ne savons pas si nos revendications du moment – aussi justes soient-elles – constituent des solutions appropriées. Crier des slogans, c’est bien beau, mais cela ne remplace pas un débat contradictoire sur tous les aspects d’une question complexe.
De plus, sommes-nous bien sûrs de représenter le peuple?”
“Nous sommes le peuple!”
“Nous sommes une partie du peuple – la partie qui est prête à passer une journée dans la rue à risquer de se faire tabasser par les casseurs. Cela exclut pas mal de monde : les paraplégiques, les vieux, ceux qui s’en foutent, les lâches, et ceux qui estiment que défiler en agitant des banderolles pendant des heures est une perte de temps.
Tandis qu’une élection – c’est comme ça qu’on appelle le dispositif que je décrivais tout à l’heure avec les papiers dans les boîtes – c’est plus représentatif de la nation dans son ensemble.
Compatriotes. Je partage votre colère contre le CPE. Mais il a été approuvé dans les formes par un gouvernement légitime.”
“On s’en fout! A BAS LE CPE!”
“Amis, j’y suis opposé autant que vous. Nous avons le droit de manifester, mais il ne fait pas considérer qu’un changement de politique doit découler ipso facto de nos protestations.
Celles-ci ne doivent pas constituer l’alpha et l’oméga d’une action qui ne sera vraiment efficace que lorsqu’on lui donnera force de loi.
Et voici la beauté de mon plan : il n’est pas utopique. Dans un an on vous demandera, vous et des millions d’autres Français, d’élire vos représentants. ”
“Et le résultat sera le vrai choix du peuple?”
“Oui .”
“Et ce choix se sera exprimé d’une manière totalement légale, donc incontestable?”
“Oui. ”
“Et il n’en aura que plus de force?”
“Vous m’avez compris.”
Et puis quelqu’un dans le cortège a dit : “Mais en attendant, faut qu’on se coltine le CPE pendant un an!”
Alors la foule a grondé “NOOOON”, le défilé a repris son cours normal, et je me suis réveillé en sueur.
Cher Sardanapale,
Vous êtes bien chanceux : vous vous êtes réveillé, vous ! Dans mon rêve à moi, je prenais ma voiture ce jeudi matin pour aller bosser. Au bout d’une heure et demie, et une petite dizaine de km effectué, j’ai rebroussé chemin. Les djeun’s avaient bloqué les deux ponts du périphérique de ma ville de province. Dans mon rêve à moi, nos gouvernants dans leur grande sagesse, avaient aboli toutes les lois sur le droit de grève et de manifestation car elles sont indubitablement fascistes – elles exigent que vous posiez un préavis – que vous informiez les autorités etc. Elles ont été remplacées par le droit imprescriptible de bloquer les routes, autoroutes, bus, chemin de fer, etc. quand et à l’instant ou l’envie vous en prend. Il ne sera pas dit que la liberté et la légalité ne triompheront pas dans le pays de Voltaire et de la déclaration des droits de l’homme ! Ha mais ! Il reste encore quelques décrets d’applications techniques pour que la loi soit promulguée, mais elle est déjà en vigueur depuis quelques décennies. J’en ai rêvé, le gouvernement l’a fait. Mais mon réveil n’a toujours pas sonné…
Cher Jean Dupond, sachez que de toute façon, une loi beaucoup plus forte, jamais votée et dont le décrêt d’application n’a jamais été nécessaire, est actuellement en application, tous les jours que Dieu fait : c’est la loi du marché économique. Elle a rendu à la réalité les blocs communistes de l’est les plus compacts, elle rattrape le bloc chinois, et elle viendra à bout de ces mécréants.
Un beau matin, ils devront trouver un job pour se nourrir. Et ce jour, ils découvriront, le ventre vide et la tête lavée de ses illusions, que cette loi est implacable.