Sardanapale

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# Posted on Tuesday 24 January 2006 - 1 Comment

Utopisme andin

“On nous a dit il y a 10, 15, 20 ans que le secteur privé allait résoudre nos problèmes. Et puis au fil des ans, le chômage et la corruption se sont aggravés. Ce modèle économique n’est pas une solution pour notre pays. Il représente peut-être une solution pour un pays européen ou africain, mais en Bolivie le modèle néo-libéral ne marche pas.”

Ainsi parla Evo Morales, le nouveau président de la Bolivie, lors de son investiture dimanche: le marché ayant échoué, il est temps d’essayer autre chose.

Ce que ce disciple de Hugo Chavez réclame, c’est la renationalisation des ressources naturelles du pays: “Elle doivent être entre les mains du peuple bolivien et de l’État bolivien.”

Ce discours est imprégné de l’utopisme qui caractérise le mouvement altermondialiste.

Morales note que les politiques libérales suivies depuis deux décennies pas les gouvernements successifs n’ont pas résolu tous les problèmes dont souffre la Bolivie.

Les privatisations ont certes entraîné la découverte de réserves gigantesques de gaz naturel, l’afflux de capitaux étranger, des recettes pour le trésor public, et une croissance soutenue. Mais elles n’ont éliminé ni la corruption, ni la pauvreté, ni le chômage. Elles ont donc échoué.

Je note cependant que Morales est moins exigeant à l’égard des solutions étatiques qu’il préconise. Dans les années 1970 et 1980, les compagnies pétrolières étaient bien “entre les mains du peuple bolivien et de l’État bolivien.”

La corruption, le chômage, et la pauvreté étaient tout aussi endémiques qu’aujourd’hui. Et en plus, la Bolivie connaissait la stagnation économique et l’hyperinflation.

L’utopie altermondialiste ne demande la perfection que d’un seul côté: toute tare décelée en système capitaliste est attribuée au capitalisme lui-même.

Celui-ci se trouve ipso facto disqualifié au profit du système dont rêvent Morales, Chavez, et tant d’autres – un système par définition idéal car il n’a pas la tare de devoir fonctionner dans la réalité.

The perfect world of Evo Morales

“We were told 10, 15, 20 years ago that the private sector was going to solve the country’s corruption problems and unemployment, then years go by and there is more unemployment, more corruption. That economic model is not the solution for our country. Maybe it is a solution for a European country or Africa but in Bolivia the neo-liberal model does not work.”

So proclaimed Evo Morales, the new president of Bolivia, in his inauguration speech on Sunday: free-market solutions have failed, it’s time to try something else.

What Morales, a disciple of Venezuelan President Hugo Chavez, has in mind is renationalizing natural resources: “There need to be in the hands of the Bolivian people and the Bolivian state.”

Such pronouncements are typical of the utopianism that pervades the anti-globalization movement.

Morales notes that markets reforms introduced in the past two decades did not usher in a perfect world in Bolivia.

Privatisations only led to the discovery of huge gas fields, massive foreign investment, a tax windfall for the state, and steady growth. But poverty, unemployment and corruption remain. So reforms have failed.

Morales is not so demanding with the statist solutions he is advocating.

Until the 1980s oil and mining companies were “in the hands of the Bolivian people and the Bolivian state”.

Corruption, poverty and unemployment were rife then too; the economy was also grossly inefficient and burdened with hyperinflation.

But that does not matter because the market is not being compared with any real alternative.

It is being compared with the perfect, state-driven, cooperative-based system Morales, Chavez and countless others are dreaming of.

Set against the perfect world of anti-globalism, capitalism suffers from the distinct flaw of grappling with reality.

Sardanapale @ 12:54 pm
Filed under: Economy and trade

# Posted on Thursday 19 January 2006 - Comments Off on L’anticapitalisme d’entreprise – Corporate self-loathing

L’anticapitalisme d’entreprise

En vacances aux antipodes, je suis tombé sur une brochure du groupe Accor mise à la disposition des clients de l’hôtel Mercure (je m’en tiens généralement aux établissements bas de gamme, mais il n’y avait pas de Formule 1 à Auckland.)

Le document, intitulé “Your Hotel services”, énumèrait diverses prestations offertes au voyageur: parking, nettoyage à sec, réseau WiFi, gymnase, Sky Movies, navette aéroport…

Mais c’est la dernière rubrique qui retint mon attention: “Ce qu’Accor fait pour l’environnement.” La politique du groupe, y lit-on, “repose sur notre conviction que seul un effort délibéré pour limiter l’impact écologique de nos activités nous permettra de les poursuivre à long terme.”

Accor s’est donc “donné les moyens nécessaires, en France comme à l’étranger, afin de mettre en œuvre cette ambition.”

Depuis une dizaine d’années, un poste de “Directeur de l’environnement”, une “Direction de l’environnement”, ainsi qu’un réseau international d'”Agents de l’environnement” ont ainsi vu le jour.

Le client peut constater au moins un résultat concret: une notice placée dans la salle de bain encourage ceux qui séjournent plus d’une nuit à ne pas changer de serviettes et de draps tous les jours afin de minimiser des lavages énergétiquement dispendieux.

Ce n’est pas initiative qui me gène: le bon sens et la rationalité financière la justifient. Ce n’est pas non plus la bureaucratie verte fleurissant au sein d’Accor qui me chagrine: un groupe aussi important peut se permettre ce genre de dépenses, qui équivaut à une fraction de son budget pub, sans que ma note d’hôtel en souffre beaucoup.

Ce qui me dérange, c’est l’état d’esprit que cet activisme dénote. Les dirigeants d’Accor veulent nous convaincre qu’il ne faut pas les prendre pour des vulgaires aubergistes.

“Attention!” nous disent-ils en substance. “Nous avons un souci plus noble que celui de fournir un lit au voyageur. Sauvegarder la planète fait aussi partie de notre mission.”

Ce message implicite trahit un complexe d’infériorité qui peut sembler étonnant. La profession hôtelière est tout à fait honorable. Qu’est-ce qui pousse ceux qui l’exercent à se déguiser en militants écologistes?

La réponse, bien sûr, nous la connaissons: le militantisme est cool. Si dans un cocktail vous vous présentez comme responsable des approvisionnements au Novotel de Djakarta, vous n’intéressez plus personne. Si vous expliquez que vous êtes porte-parole de Greenpeace à Bornéo, vous emballez à tous les coups.

Nous vivons dans un temps où les bavards qui se pavanent manifestation en conférence de presse sont considérés comme des bienfaiteurs de l’humanité, et où ceux qui ne font que lui fournir de quoi se nourrir, se vêtir ou se loger n’ont droit qu’au mépris.

On comprend que les seconds soient tentés de s’attirer une parcelle du prestige des premiers.

Mon voyage m’a fourni une autre illustration de la tentation humanitaire qui sévit dans le monde de l’entreprise.

Au Starbucks en bas de Queen Street, je ramassai un papier qui dressait la liste des diverses organisations partenaires de la chaîne: Conservation International, Fair Trade, Farm Direct, Oxfam, la Ford Foundation…

“Nous nous efforçons de faire une différence pour les populations et les régions productrices de café, pour les pays que nous visitons et les familles que nous touchons. À chaque fois que achetez des cafés Starbucks, vous contribuez vous aussi à l’amélioration des conditions de vie et à l’équilibre écologique des lieux de production.”

On a envie de prendre Mr Starbucks par le collet et de lui dire:

“On dirait que vous avez honte d’être cafetier. Mais c’est un beau métier, la limonade! Surtout quand on sert des latte aussi délicieux… Pourquoi vous inventez-vous une vocation de petit père des pauvres? Laissez donc ces niaiseries aux ONG. Moi, je donnerai toutes les publications d’Action Aid pour un seul de vos frappuccino.”

À vrai dire, je sais pertinemment qu’une telle exhortation ne servirait à rien. Car les tartufferies de Starbucks et d’Accor sont le symptôme d’un mal plus profond: le ralliement en masse des dirigeants économiques aux thèses anticapitalistes.

Bien sûr, contrairement aux altermondialiste les plus extrêmes, ils estiment que la recherche du profit avec n’est pas incompatible avec le bonheur des peuples et la qualité de l’environnement.

Mais le patronat accepte une idée fondamentale qui sous-tend l’anticapitalisme contemporain: il y a une opposition entre la recherche du profit dans un contexte de marché et l’intérêt public.

Écoutons les paroles de l’ancien PDG de Shell, Sir Mark Moody-Stuart: “Mes collègues et moi sommes totalement acquis à une stratégie qui génère des profits tout en contribuant au bien-être de la planète et de ses peuple.”

L’implication est claire: si l’entreprise était simplement acquis à une stratégie de maximisation des profits, elle ne contribuerait en rien au bien-être de la planète et de ses peuples.

Accor, Starbucks, Shell, et la majorité des grandes entreprises, acceptent l’idée que leurs activités traditionnelles en elles-mêmes ne servent que des intérêts égoïstes.

Pour justifier leur existence vis-à-vis de la société, faire gagner de l’argent à leurs propriétaires ne suffit pas.

C’est seulement en s’associant avec des organisations non entachées par la recherche du profit que ces entreprises peuvent espérer faire le bien.

La haine de soi de l’entreprise moderne vient du fait qu’elle se voit dans les yeux de ses adversaires.

On corporate self-hatred

During a recent vacation down-under I picked up a leaflet in my room at the Hotel Mercure (I usually stay at cheaper establishments, but there was no Motel 6 in Auckland).

The document, entitled “Your hotel Services”, listed the facilities at my disposal: car parking, photocopying, dry cleaning, express checkout, WiFi hotspot, Sky movies, gym, airport shuttle…

There was even advice on what to do in the event of an earthquake. But what caught my eye was the final heading: “What is Accor doing for the environment” (Accor is the hotel group to which Mercure belongs – along with Motel 6.)

“Our policy is underpinned by our conviction that it is only by making a deliberate attempt to limit the impact we have on our planet that we will be able to pursue our activities in the long run. Accor has given itself the necessary resources, both in France and internationally, to bring this ambition to fruition.”

Since 1994 a post of “Environmental Manager”, and “Environmental Department” and a network of “environmental officers” have been set up “to deploy the environmental policy across the globe”.

What this policy consists of was not explained, but a note placed in the bathroom hinted at one aspect of it. The note urged guests staying for more than one night to consider keeping the same sheets and towels to save on washing.

It was not the initiative per se that bothered me: minimising washing makes sense and reduces costs – although it occurred to me that financial incentives, such as a discount for re-used towels, might be more effective than moral exhortations.

Neither was I really annoyed by the fact that the company had been sprouting a parasitic Green bureaucracy. A big group like Accor can incur that type of expense – probably equivalent a fraction of its PR budget – without my hotel bill being significantly affected.

What does bother me is the mindset that such a activist posture denote.

What Accor’s managers are really telling us is this: “Make no mistake: we are no vulgar innkeepers. Our mission is not simply to provide you with a bed. We are also in the business of saving the planet.”

This implicit message points to an inferiority complex which may seem surprising. The hotel trade is a perfectly honorable one. Why should its practitioners feel impelled to pose as part-time environmental activists?

The answer of course, is that activism is cool.

If at a party you introduce yourself as catering manager of the Ramada Inn Jakarta, no one will take a second look at you. If you let it be known that you are the Greenpeace spokesman on Borneo, you will be the cynosure of all eyes.

We live in a time when windbags who strut their stuff in street protests and news conferences are regarded as benefactors of mankind, while those who make it their business to provide people with food, clothing or lodging are viewed with the deepest suspicion.

It is understandable that the latter should try to bask in the reflected glory of the former: “I’m really with him, you know!”

This propensity of modern corporations to seek the company and approval of activists was also illustrated by a visit to one of Auckland’s many Starbucks outlets.

A leaflet gave a list of various NGOs the chain was working with: Conservation International, Fair Trade, Farm Direct, Oxfam, and the Ford Foundation.

“We try to make a difference to the people and places that produce coffee, to the countries we visit and the families we touch. Every time you purchase Starbucks coffees, you’re also making a difference, helping to improve people’s lives, and encouraging conservation where coffee is grown.”

This made me want to grab Mr Starbuck by the collar and tell him:

“There is no shame in serving coffee – especially when you make such great lattes! Why do you pretend to be a saviour of the poor and oppressed? Leave this do-goody-good bullshit to NGOs. I, for one, would give all of Action Aid’s publications for a single one of your frappuccinos.”

To be honest, I know full well that these words would fall on deaf ears.

Starbuck’s and Accor’s sanctimonious posture stems from a deeper problem than a mere inferiority complex – the widespread acceptance by corporate leaders of anti-capitalist ideas.

Of course, they do not agree with the most extreme anti-capitalist views, which hold corporations are unredeemably greedy and engaged in the “pathological pursuit of profit and power” (to borrow from the title of a prominent globaphobic book).

But business leaders accept the idea that underpins modern anticapitalism – that there is a tension between profit-seeking and the public interest.

Consirer the words of Sir Mark Moody-Stuart, a former chief-executive of Shell:

“[M]y colleagues and I on the committee of managing directors are totally committed to a business strategy that generates profits while contributing to the well-being of the planet and its people.”

The clear implication was drawn by The Economist:

“If Shell simply made profits for its owners, that would in itself contribute nothing to ‘the planet and its people’. From this it follows that if Shell is to justify its activities to society at large, it has to do more than just make money for its owners.”

The message sent by Accor, Starbucks, Shell, and many others, is thus: teaming up with organisations untainted by the profit motive is the only way for them to do good and act in the public interest.

The modern corporation it sees itself through the eyes of its enemies and therefore hates what it sees.

Sardanapale @ 5:55 pm
Filed under: Economy and trade

# Posted on Tuesday 3 January 2006 - 4 Comments

Paradis des mers du sud

Ceux qui visitent ce blog régulièrement le savent (tous les deux): je suis actuellement en vacances en Nouvelle-Zélande.

Moins nombreux encore sont ceux qui savent que ce pays bat tous les autres en matière de liberté économique.

Peu après ma descente d’avion, j’eus l’impression d’être en terre libérale. Des patrons cités par le journal qualifiaient de monstruosité bureaucratique la loi les obligeant à accorder une prime aux employés travaillant les jours de fête.

“Heureux pays!” me dis-je, pensant à la France et à son Code du Travail.

Je lus par la suite un rapport de la Banque mondiale établissant un palmarès global de la liberté économique (enfin, je lus un compte-rendu d’agence résumant les principaux point de l’executive summary).

Ce document plaçait la Nouvelle-Zélande en tête, fournissant des chiffres précis qui corroboraient mon impression initiale:

– L’établissement d’une enterprise nécessite deux démarches, qui peuvent être accomplies en 48 heures.

– La Nouvelle-Zélande offre aux investisseurs davantage de protection (transparence des transactions, droits des actionnaires, etc.) que tout autre pays au monde.

– L'”indice de rigidité de l’emploi” s’élève à 7/100. Que signifie cet indice? Je n’en sais foutre rien. Mais je sais que ce score vaut à ce pays la quatrième place mondiale, et que la moyenne de l’OCDE s’établit à un misérable 32/100.

– Il coûte à une enterprise 32 semaines de salaire pour supprimer un poste, contre 0 en Nouvelle-Zélande.

On dira: tout ne peut pas être rose. La liberté économique a un prix. Dans un pays où les investisseurs sont rois, les patrons libres de virer qui ils veulent, et où les 35 heures ne sont pas obligatoires, les chiffres de l’emploi doivent être décevants.

Effectivement, pour certains, ils le sont. Le patron des patrons néozélandais déplore dans un article recent un taux de chômage de 3,4%.

Bien sûr, concède-t-il, c’est mieux que tous les autres membres de l’OCDE; mais ce n’est quand même pas le plein emploi…

Ô heureux pays!

South Sea paradise

Those who read this blog more or less regularly (yes, that means BOTH of you) may know that I am spending my New Year vacation in New Zealand.

What even fewer people may know is that New Zealand has been designated as the best country to do business in.

Now, I suspected that this was a pretty business-friendly environment soon after stepping off the plane.

Employers quoted in the Christchurch Press described a recent law mandating extra pay over the holidays as a bureaucratic nightmare.

“Oh happy country!” I reflected, recalling that it takes six months to train French payroll staff to handle salary slips.

Then I read a World Bank report on “ease of doing business” (well, I read the press agency reports summarizing the main points of the executive summary). It showed that New Zealand came out on top and provided hard data that confirmed my impression:

– Registering a business involves two steps and takes two days, less than in any other country.

– Investor protection in New Zealand, as measured by transparency of transaction and shareholder rights, is the strongest in the world.

– “Labour regulation rigidity” is indexed at 7/100. I have no idea what this means, but I gather it’s pretty good because only three country achieved a better score, and the OECD as a whole gets a paltry 32/100.

– The cost of firing workers in New Zealand on zilch, against 32 weeks’ wages in France.

Now, you might say, there is a downside to all this. Surely, with investors allowed to do what they like with their money and employers able to fire workers more or less at will, employment figures must look pretty bad.

And they do – to some people. The chief executive of the New Zealand Business Roundtable complained in an article that unemployment was stuck at 3.4%.

Of course, he conceded, that was lower that any other OECD member – but still not quite full employment (which he set at 1-2%).

Oh happy country!

Sardanapale @ 9:18 pm
Filed under: General