Sardanapale

Archives for October 2005


# Posted on Thursday 13 October 2005 - Comments Off on Drôles de nationalistes – Corsica’s new-found love for Paris

Drôles de nationalistes

Cela fait trente ans que les indépendantistes corses exigent le retrait de l’État français de l’île à coups de plasticages, de voies de fait contre les agents de Paris et au besoin d’assassinats.

Il est curieux de constater que les dernières violences (dont des attentats à l’explosif contre plusieurs bâtiments administratifs, ainsi qu’une vedette des douanes, et le passage à tabac d’un policier en plein centre de Bastia) ont pout objectif le maintien du rôle prépondérant l’État dans l’économie de l’île.

L’objet précis de l’ire nationaliste est la décision du gouvernement, qui pour une fois prend le parti des contribuables, de privatiser la Société Nationale Corse Méditerranée, un gouffre à subventions.

Notons que cette privatisation est relative: l’État et les employés formeront une “minorité de blocage” au sein de la SNCM, qui pourra faire obstacle à toute vilenie de la direction (exemple: une tentative visant à maximiser les bénéfices.)

Usant d’arguments qui ont fait leur preuves, le FLNC a aimablement lancé aux repreneurs potentiels cette mise en garde: “Oubliez votre offre, il en va de votre sécurité.”

Les indépendantistes semblent avoir une conception originale de la puissance publique.

Leur hostilité envers les forces de l’ordre indique qu’ils jugent illégitimes toute intervention visant à établir la règle de droit; en revanche, une action spoliant la majorité productive au profit d’une minorité parasitaire doit être défendue.

On peut appeler cela la théorie mafieuse de l’État.

In which Corsicans learn to love Paris

For 30 years Corsican nationalists have made their case against the French state through bombings, assaults on officials, and the occasional assassination.

It is odd that their latest violent campaign – which has included attacks on government buildings and a customs patrol boat, as well as the brutal beating of a policeman – should be in support of Paris’s role in the island’s economy.

The nationalists are angry about the government’s plan to privatize the Société Nationale Corse Méditerranée (SNCM), a state-owned ferry operator kept afloat by the French taxpayer.

Note that under the plan, the state and the workers together would keep 34% of the company, enough to block any evil plan by the new management (a drive to maximize profits, for instance).

But this is not nearly good enough for the nationalists and the unions: they want the state to retain the whole loss-making company.

Separatist militants have used well-tried methods to ensure this, including a letter to potential buyers that read: “Forget your offer. Your own security is at stake.”

This points to an interesting theory of the state: the continuing attacks on security forces suggest that Corsican nationalists object to intervention aimed at enforcing the rule of law.

However, they approve of state intervention that transfers resources from the productive many to the parasitic few. We can call this the mafia theory of the state.

Sardanapale @ 8:03 pm
Filed under: France

# Posted on Tuesday 4 October 2005 - Comments Off on Les attentats en Iraq – Blaming the victim

Les États-Unis, forcément coupables

À chaque attentat en Irak, les journalistes tiennent à peu près ce langage: “Ce nouvel acte confirme l’impéritie des forces américaines et irakiennes.”

De tels commentaires reproduisent ceux prononcés par Walter Cronkite durant l’offensive du Têt au Vietnam. Mais là où Cronkite faisait preuve d’originalité et parlait sans colère, ses émules donnent dans le recyclage automatique d’idées reçues, exprimées avec un zèle accusateur.

Dernier exemple en date: après l’explosion d’une voiture piégée dans un marché de la ville chiite de Hilla la semaine dernière, le correspondant de la BBC à Bagdad, Richard Galpin, concluait que les “déclarations des États-Unis selon lesquelles la rébellion serait maîtrisée sont infondées.”

Le peuple irakien, ajoutait Galpin d’un ton indigné, “exige de savoir pourquoi les forces de sécurité ne parviennent pas à les protéger.”

Que les Américains et leurs alliés aient à répondre de la sécurité des civils irakiens, cela est indéniable. Il est également indéniable que chaque attentat constitue un manquement à cette obligation.

S’agit-il pour autant d’un manquement criminel? Face au terrorisme, les États disposent de moyens limités.

Jacques Chirac, après les explosions de Londres, avait raison (une fois n’est pas coûtume!) de remarquer “qu’aucun pays dans le monde n’est à l’abri d’attentat de cette nature.” Il n’excluait pas la France parmi les cibles des terroristes.

Même en acceptant que les Américains ont le devoir de rétablir l’ordre en Irak, qu’ils ont envahi, il est absurde de les rendre seuls, ou même principalement, responsables des violences.

Quand une bombe explose, il faut d’abord montrer du doigt ceux qui l’ont posée – les djihadistes sunnites qui ont entrepris de déclencher une guerre de religion en massacrant le plus possible de Chiites.

Le réflexe qui consiste à se tourner d’abord vers ceux qui n’ont pas su empêcher l’attentat relève d’un moralisme particulier à notre temps, que j’ai déjà relevé dans le contexte de l’anticapitalisme.

Pour la gauche progressiste, et une partie de la droite, les fautes de l’Occident, et notamment celles de son incarnation suprême et armée, les Etats-Unis, le condamnent absolument. Tout manquement est un scandale, qui exprime l’essence scandaleuse du système.

Les actes des ennemis de l’Occident, en revanche, ne relèvent pas de la morale. Soit ils découlent de fautes occidentales qui les exonèrent, soit ce sont des faits bruts, au-delà du bien et du mal, devant lesquels il est il est malsain de prononcer des “jugements simplistes”.

Ce moralisme à sens unique imprègne de façon diffuse l’air du temps. Et comme l’a pertinemment écrit David Brooks: “Les journalistes acquièrent les opinions comme la plupart des gens attrapent la grippe: s’il y a une qui circule, ils la chopent.”

Voilà pourquoi l’Irak est un pays où les atrocités discréditent non pas ceux qui les commettent, mais ceux qui les subissent.

Blaming the victims in Iraq

Each new bomb attack in Iraq triggers journalistic comment along the lines of: “This is another blow for American and Iraqi forces, who are patently unable to hold the line against the insurgents.”

What was, after the 1968 Tet offensive in Vietnam, a bold idea uttered more in sorrow than in anger by a reporter who was able to think “outside the box” has become, in the Iraqi context, an automatic, and judgmental, response.

One recent example was a television report about last week’s market bombing in the Shia town of Hilla. The BBC’s Baghdad correspondent, Richard Galpin concluded, like a latter-day Walter Cronkite, that US claims to be on top of the insurgency were “unfounded.”

The Iraqi people, he added in an indignant tone, “are demanding to know the security forces are failing to protect them.”

The fact that the US and its local allies have a duty to protect civilians is undeniable. That they are failing in this duty is also undeniable. But is this failure so criminal that it alone deserves censure?

I am not in the habit of praising Jacques Chirac, but the French president was right on the money when he remarked after the London bombings that “no country is immune from such attacks – not even France.”

Ah! you might say: but we are not talking about Britain or France. In Iraq, the Americans fanned the flames of extremism by invading the country in the first place.

Even conceding that the Americans bungled the invasion and bear a heavy responsibility, it is absurd to hold them solely or even principally to account over the violence.

The main people to blame for the bombs are those who plant them – i.e. Sunni holy warriors who have explicitly vowed to ignite sectarian conflict by massacring as many Shias as possible.

Focusing anger on the Americans and their Iraqi allies for failing to prevent such outrages is an illustration of a modern type of moralism, which I have already mentioned in the context of anti-capitalism.

For the progressive Left, and part of the Right, the shortcomings of the West, and notably those of its supreme incarnation, the United States, are damning in a radical, absolute way. Every crime that can be blamed on the West expresses its criminal nature.

The same is not true of its enemies, whose are largely immune from moral pronouncements. Either such acts derive from the abovementioned Western crimes, which exonerate them, or they are raw facts, beyond good and evil, which should not elicit “simplistic judgements.”

Such one-sided moralism is not held particularly deeply by reporters. It is just in the air and, as David Brooks elegantly wrote: “Journalists get opinions the way most people get the flu; if one is going around, they catch it.”

This is why atrocities in Iraq seem to bring discredit not to those who commit them, but those on the receiving end.

Sardanapale @ 10:39 am
Filed under: International andTerrorism andUSA