Sardanapale

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# Posted on Thursday 29 September 2005 - Comments Off on L’affaire Fazio – Two cheers for Italy

Pour l’Italie

À en croire la plupart des commentateurs, l’affaire Antonio Fazio illustre les maux dont souffre l’Italie: impuissance des politiques, institutions inadaptées, liens malsains entre l’administration et les affaires…

À première vue, le constat paraît en effet accablant.

Malgré les appels des poids lourds du gouvernement, le gouverneur de la Banque d’Italie refuse de quitter son poste.

Il peut s’y accrocher grâce aux statuts de la banque centrale italienne, lesquels datent de l’ère fasciste et garantissent l’inamovibilité (certains diraient: “indépendance”) de son patron.

L’opposition de Fazio au rachat d’une banque italienne par un groupe étranger, au grand avantage de la Banca Popolare Italiana, constitue, selon Alberto Alesina et Luigi Zingales, un exemple flagrant de “regulatory capture”: la banque centrale, affirment ces économistes, est à la botte de ceux qu’elle est censée règlementer.

L’intervention timide de Silvio Berlusconi, et son souci de ménager la Ligue lombarde qui soutient Fazio, ont “gravement compromis la réputation internationale de l’Italie” (dixeunt Alesina et Zingales).

Pour moi, observant cette affaire d’un point de vue étroitement français, je trouve plutôt que l’Italie sort plutôt grandie de l’affaire Fazio.

Je vois surtout que la protectionnisme financier provoque un tollé: ministres, économistes, industriels, journalistes tonnent comme un seul homme contre une décision étroitement nationaliste, et que son auteur est déconsidéré.

En France, un responsable qui s’oppose à l’achat d’une entreprise nationale par des étrangers est traité en héros.

Dominique de Villepin en sait quelque chose. Lorsque le premier ministre s’est insurgé cet été contre une très hypothétique reprise de Danone par PepsiCo, ses compatriotes ont applaudi à sa promesse de “défendre les intérêts de la France”.

L’antiaméricanisme indécrottable de notre pays n’explique pas à lui seul un tel réflexe cocardier.

Dix-huit mois auparavant, les Français trouvaient tout aussi admirable l’oukase gouvernemental contre l’OPA engagée par le groupe pharmaceutique suisse Novartis sur la société franco-allemande Aventis.

En France, la xénophobie économique est triomphalement assumée. En Italie, ceux qui la pratiquent – pardon: ceux qui ne s’y opposent pas avec assez de vigueur – sont vilipendés.

Sérieusement: lequel de ces deux pays a le plus “gravement compromis sa réputation internationale”?

Don’t let Fazio faze you

According to many analysts, the Fazio fracas illustrates Italy’s deep-seated problems: powerless politicians, obsolete institutions, incestuous links between officials and business, and all that.

At first sight, things do look pretty bad.

Despite entreaties by ministers from Silvio Berlusconi down, Antonio Fazio, the discredited director of Bank of Italy, refuses to stand down.

He can hold on to his job because of the statutes of the central bank, which many say are archaic. They date back to 1936, when Mussolini was in power, and guarantee the “independence” of its governor.

Fazio’s blatant favouring of Banca Popolare Italiana over a foreign group in a takeover battle constitutes, according to economists Alberto Alesina et Luigi Zingales, “a textbook case of regulatory capture” – i.e. an official acting in the interest of the industry he is supposed to oversee.

Berlusconi’s timidity in dealing with the problem – largely due to an unwillingness to upset his Northern League allies, who support Fazio – has “has seriously compromised Italy’s international reputation,” they argue.

Well… Observing all this from a French standpoint, I feel Italians have little to be ashamed of.

What I see is financial protectionism triggering an outcry. I see ministers, economists, business leaders and journalists united in outrage against a decision taken on narrowly nationalistic grounds, and the man responsible for it being discredited.

In France, any official who undertakes to block a foreign takeover is hailed as a hero.

Take Dominique Dominique de Villepin – whose ratings are currently sky-high for a French prime minister. In July he won plaudits by angrily reacting to rumors of a possible takeover of the French food giant Danone by PepsiCo, and promising to “defend the economic interests of France”.

France’s ingrained anti-Americanism does not by itself explain such a reaction.

Eighteen months earlier, no one was bothered by the Paris government’s decision to block a takeover of the French-German group Avensis by the Swiss pharmaceutical company Novartis.

In France, economic xenophobia is proudly endorsed; in Italy, it is battered and those who defend it – nay: those who fail to oppose it with enough energy – are reviled.

Seriously folks: which of those two countries has “seriously compromised its international reputation”?

Sardanapale @ 1:48 pm
Filed under: Europe andFrance

# Posted on Sunday 25 September 2005 - Comments Off on Rita: à qui la faute? – God and the hurricane

Rita: à qui la faute?

J’avoue volontiers être mécréant – mais il est un argument avancé par certains de mes camarades libres-penseurs qui me paraît aberrant.

Certains voient dans chaque catastrophe naturelle une raison supplémentaire de douter: si la providence divine existait, disent-il, un tel désastre n’arriverait pas.

Voltaire, scandalisé par le tremblement de terre de Lisbonne en 1755, illustra cette idée par son roman Candide.

J’ai entendu un présentateur de la BBC tenir le même langage à un membre texan de l’Armée du Salut qui s’efforçait d’aider les victimes de l’ouragan Rita.

“Vous êtes chrétien,” lui dit-il sur le ton accusateur qui caractérise les interviews de la BBC. “Comment votre dieu peut-il laisser une chose pareille se produire non pas une fois, mais deux?”

Pour que dieu apporte la preuve de sa bienveillance, il faudrait donc qu’il empêche les orages qui éclatent dans les eaux chaudes des Caraïbes de provoquer des remontées d’air accélérées par la force de Coriolis et portées vers l’ouest par les alizés – ou du moins il lui faut arrêter ce phénomène si une ville importante se trouve sur son passage.

Il doit aussi empêcher les plaques tectoniques de réagir aux mouvements du magma sur lesquelles elles reposent, dès lors que des humains occupent le lieu de frottement desdites plaques.

Une telle exigence déresponsabilise un peu facilement les hommes. Comme l’a écrit Rousseau dans sa fameuse réponse à Voltaire:

“Serait-ce à dire que l’ordre du monde doit changer selon nos caprices, que la nature doit être soumise à nos lois, et que pour lui interdire un tremblement de terre en quelque lieu, nous n’avons qu’à y bâtir une ville?”

Que les Chrétiens aient des croyances saugrenues, c’est un fait. Mais peu d’entre eux exigent de dieu qu’il suspende les lois de la physique pour le seul bénéfice des humains.

A dubious case against god

I freely admit to being a miscreant – but an argument regularly used by my fellow rationalists against divine providence has always baffled me.

Each time a natural disaster strikes, they look up to the heavens in anger and proclaim that they must be either empty or full of mischievous entities. No god worth her salt, they say, could possibly allow such tragedy to afflict mankind.

This complaint has been voiced by sceptics of all ages, from Voltaire to presenters of BBC religious programmes.

One of the latter on Sunday took to task a kindly officer from the Salvation Army in Texas bringing succour to the victims of Hurricane Rita:

“You’re a Christian,” he said in that accusing tone all BBC interviewers have perfected. “How could your god let this happen not once, but twice?”

So in order for god to prove her benevolence, she must prevent storms forming over warm Caribbean waters from spiralling upward while being blown westward by trade winds – or at least stop this from occurring if the storm is headed towards a big city.

I suppose she also must also stop tectonic plates from responding to movements in the magna mantle at any location where human choose to settle?

As Jean-Jacques Rousseau cogently wrote in a reply to Voltaire:

“Must the order of the world change according to our whims? Must nature be subjected to our laws? Is it enough, in order to prevent an earthquake in any place, to build a city there?”

Skeptics should know better that letting humans off the hook and blaming a higher entity that does not exist.

I will grant that Christians hold many ridiculous beliefs.

But expecting god to suspend the law of physics just for the benefit of man is not one of them.

Sardanapale @ 9:56 pm
Filed under: General

# Posted on Wednesday 21 September 2005 - Comments Off on Hollywood contre Adam Smith – A Beautiful Mind

Hollywood contre Adam Smith

En regardant un film à la télé l’autre soir, j’ai soudain étouffé dans mon pop-corn.

Ce n’est pas tous les jours qu’on entend un personnage hollywoodien s’attaquer au père de la science économique.

“Adam Smith n’a rien compris!” s’exclamaient les protagonistes, des étudiants surdoués, dans un eurêka aussi collectif que jubilatoire.

Leur raisonnement reposait sur une hypothèse où il était question de plusieurs jeunes gens en concurrence pour les faveurs d’une demoiselle. J’avoue n’avoir saisi ni les subtilités de ce modèle, ni en quoi il opposait un cinglant démenti à la Richesse des nations. Mais enfin, ma curiosité était piquée.

Le film était censé raconter la vie de John Nash, un mathématicien auteur de remarquables travaux sur la théorie des jeux, et (ce qui est plus intéressant d’un point de vue cinématographique) qui triompha de sa schizophrénie.

Le nom me disait vaguement quelque chose. Je me suis replongé dans Matt Ridley et Robert Wright pour en savoir plus.

Renseignement pris, Nash n’a pas du tout réfuté Adam Smith. Il a démontré comment, dans certaines circonstances, des acteurs peuvent agir contre le bien commun en poursuivant leurs propres intérêts.

L’idée en elle-même n’est pas originale: tous les moralistes depuis l’antiquité, dont Smith, ont dénoncé l’égoïsme anti-social. La grande innovation de Nash est d’avoir donné à ces mises en garde une forme mathématique– ce qui lui valut quelques décennies plus tard un Prix Nobel.

Nash ne donne pas à son modèle une valeur universelle qui invaliderait l’idée de “main invisible”.

Pourquoi, alors, les scénaristes se sont-ils livrés à une telle simplification?

Sans doute ont-ils voulu souligner l’importance du personnage, sans avoir à recourir à de fastidieuses explications. Tout le monde a entendu parler d’Adam Smith: eh bien voilà le penseur qui l’a démenti!

Mais pourquoi choisir précisément Smith comme faire-valoir? Les auteurs auraient pu tout aussi faussement présenter Nash comme le fossoyeur d’Aristote, Rousseau ou Marx.

Mais de leur point vue, Adam Smith a un avantage suprême par rapport à ces derniers: celui d’incarner la pensée bourgeoise.

Les écrivains et artistes de tous temps ont affiché leur mépris de l’hypocrisie, la cupidité, et l’étroitesse d’esprit attribuée à la classe marchande – mépris aussi vif que l’aspiration de ces mêmes artistes et écrivains à la gloire et la fortune.

De tels préjugés n’épargnent pas le septième art : depuis une dizaine d’années, la multinationale a remplacé la CIA comme incarnation cinématographique du mal.

A Beautiful Mind évite de telles banalités – pas le Wolrd Company maléfique dont les suppôts exploitent et tuent.

Ce film, plus raffiné que la moyenne, s’attaque (en passant, il est vrai) aux fondements conceptuels du libéralisme.

Cette démarche est plus subtile que celle du commun des films hollywoodiens. Mais elle illustre aussi plus clairement la doxa anti-capitaliste de cette industrie.

PS: Ceci n’est pas une critique de film. En tant qu’oeuvre de fiction, j’ai trouvé A Beautiful Mind excellent.

An anti-capitalist mind

I was watching a film on TV the other day, when suddenly my jaw hit the popcorn.

You don’t often characters in Hollywood movies launch into tirades against economists.

“Adam Smith had it all wrong!” exclaimed the protagonists, a group of brainy students, in a frenzied eureka moment.

I tried to grasp their insight — which was based on a model involving several young men competing for a beautiful blonde – but failed to understand how this put paid to The Wealth of Nations.

My interest, however, was aroused.

The film was supposed to be the life story of John Nash, a mathematician who pioneered game theory and (more interestingly from a cinematic point of view) triumphed over schizophrenia.

The name rang a faint bell – I thought I’d read about the “Nash equilibrium” somewhere. I went back to my Matt Ridley and my Robert Wright for a quick swat on the subject.

Nash, I was reminded, had shown how in some circumstances people work against the common good by pursuing their own interests.

The mathematical demonstration was groundbreaking, and helped Nash win a Nobel Prize decades later. But the idea itself is not particularly novel: since the ancients all moralists, including Smith, have warned against the evils of selfishness.

More crucially, Nash never gave his model his model a universal significance that would have refuted the “invisible hand” idea.

Why did the scriptwriters say he had? Part of the answer must be a desire to highlight their subject’s achievements without providing complicated explanations that have no place in a film.

We’ve all heard of Adam Smith: well, here is the guy who proved him wrong and that is all you need to know.

But there is a deeper reason for choosing Smith as a foil.

The authors could just as falsely have said that Nash refuted Aristotle, Rousseau or Marx – but from writer’s point of view, none makes as satisfying a target as a pro-market icon.

This stems from a profound dislike of merchants, traders, and anything that smacks of vulgar commercialism.

From time immemorial, artists have been as keen to denounce the hypocrisy and greed of the bourgeois philistines as they have been to gain fame and wealth.

Modern cinema is rife with such sentiments. When did you last see a successful businessman portrayed as anything other than a fool or a knave? These days the ruthless corporation has replaced the CIA as the ultimate movie villain.

A Beautiful Mind eschews such clichés as the evil corporation bent on exploiting the world and crushing its enemies.

Being a thoughtful kind of film, it attacks (fleetingly, it is true) the intellectual underpinnings of economic liberalism.

The approach is certainly more subtle than the standard Hollywood fare. But it also highlights the industry’s anti-capitalist orthodoxy with greater clarity.

PS: None of this is meant as a critique of the film itself. As a work of fiction, I found it excellent.

Sardanapale @ 11:46 pm
Filed under: Arts and lit

# Posted on Friday 16 September 2005 - 3 Comments

Le créationnisme comme idéologie

Richard Dawkins a publié dans The Guardian un article magnifique sur la “création intelligente” (Intelligent Design), la dernière astuce du lobby religieux américain pour s’introduire dans les programmes scolaires.

La création intelligente se résume en fait la vieille idée de William Paley, qui consiste à avancer que les merveilles de la nature ne peuvent pas être le produit du hasard: toute créature complexe suppose un créateur.

Quoi qu’on pense de cette idée, disent ses partisans, il faut au moins la soumettre aux élèves. Les évolutionnistes ne doivent pas avoir le monopole de l’enseignement des sciences naturelles.

Un esprit moyen comme le mien, qui reconnaît la vérité mais seulement de façon fugace et floue, est mal équipé pour contrer des idées qui se présentent sous un jour aussi raisonnable.

Je sens qu’elles sont fausses, mais je ne sais pourquoi. Quand j’entends “conception intelligente”, je ne peux qu’écumer d’impuissance.

Si vous êtes comme moi, précipitez-vous sur cet article. Dawkins démolit ces arguties avec un enthousiasme froid, rationnel, implacable, et surtout ce talent didactique qui en fait le meilleur écrivain scientifique depuis Darwin. Je ne vais pas résumer les arguments avancés par Dawkins, car on ne saurait dire mieux.

Je me bornerai à un reproduire un passage, qui à mon sens s’applique à d’autres domaines que la biologie:

“Dans tous ces cas nous avons affaire à une hypothèse sous-jacente (que ses adeptes ne prennent souvent pas la peine de cacher) qui consiste à dire: si la Théorie A rencontre une difficulté pour expliquer le Phénomène X, il faut tout de suite se rabattre vers la Théorie B, sans se demander si cette dernière (en l’occurrence le créationnisme) saurait mieux expliquer le phénomène en question.

Noter le déséquilibre, qui contredit la revendication des créationnistes à un traitement égal des deux doctrines. La charge de la preuve pèse d’un seul côté, qui est sommé de tout expliquer, alors que l’autre n’est pas tenu de présenter la moindre parcelle de preuve. La victoire lui revient par défaut dès que la première rencontre un problème – le type de problèmes que les sciences rencontrent tous les jours, et qu’elles s’empressent de résoudre.”

La même idée s’applique parfaitement à ce que j’ai qualifié dans un billet antérieur le créationnisme politique, c’est à dire l’anti-libéralisme. Pour les adversaires du capitalisme, tout défaut discrédite ce système une fois pour toute et entraîne la qualification automatique de son adversaire.

Au temps de l’URSS, il était facile aux communistes et autres compagnons de route de désigner les tares des pays capitalistes: militarisme, colonialisme, inégalités entre les hommes, les races et les sexes, etc.

Ces tares, bien réelles, justifiaient la foi dans un autre système dont on ne demandait aucune autre vertu que celle de n’être pas capitaliste.

On aurait tort de croire que ce type d’argument a disparu avec l’Union soviétique.

Les contempteurs de la “pensée libérale unique” aujourd’hui exigent tout, tout de suite, du libéralisme et le condamne totalement s’il ne remplit pas ces critères impossibles. Et cela au nom d’un idéal autogestionnaire à laquelle on ne demande rien, surtout pas l’existence.

Ce type de raisonnement n’est pas l’apanage des altermondialistes utopiques.

À chaque accident ferroviaire en Grande-Bretagne, les commentateurs ne se contentent pas de demander des comptes à l’opérateur, mais soulignent qu’il est privé, désignant par là la raison profonde du carnage: un système où le profit prime sur la sécurité des passagers.

Bien sûr, lorsque l’accident frappe des chemins de fers nationalisés, le système lui-même n’est jamais mis en cause.

De même, combien de fois avons-nous entendu la phrase: “Le marché ne résoud pas tous les problèmes”? Il ne suffit donc pas à une solution libérale de donner des résultats meilleurs, il lui faut supprimer l’intégralité des obstacles au bonheur humain, de la mauvaise haleine au conflit israélo-palestinien, faute de quoi cette solution doit être écartée.

Dawkins a identifié un réflexe essentiel de l’esprit idéologique: exiger d’un seul système une perfection à laquelle aucun ne peut aspirer, pour se soustraire aux pénibles comparaisons.

Dawkins demolishes “Intelligent Design”

The Guardian recently published a magnificent article by Richard Dawkins on “Intelligent Design”, the latest ploy by American creationists to get an airing in schools.

Intelligent Design rests on William Paley’s “teleological” argument that natural things are far too complex to be the product of spontaneous development: any creature supposes a creator.

Whatever you may think of such an idea, supporters of Intelligent Design argue, any fair-minded person should allow students to be exposed to it. Why should only one side (evolutionism) make all the running in the classroom?

This type of reasoning leaves someone of middling intellectual ability like myself (IQ of 108 at the latest count) sputtering with helpless rage. I know it’s nonsense, but I only have a dim idea why.

If you too are smart enough to know Intelligent Design is fraudulent but don’t have the brainpower to refute it, read this article right now.

Dawkins’s demolition job is illuminating, merciless and deeply satisfying – as you would expect from the most brilliant scientific writer since Darwin.

I won’t bother to provide a summary, which cannot do Dawkins justice. I will, however, quote a passage, which I feel has wider significance:

“In all cases there is a hidden (actually they scarcely even bother to hide it) “default” assumption that if Theory A has some difficulty in explaining Phenomenon X, we must automatically prefer Theory B without even asking whether Theory B (creationism in this case) is any better at explaining it.

Note how unbalanced this is, and how it gives the lie to the apparent reasonableness of “let’s teach both sides”. One side is required to produce evidence, every step of the way. The other side is never required to produce one iota of evidence, but is deemed to have won automatically, the moment the first side encounters a difficulty – the sort of difficulty that all sciences encounter every day, and go to work to solve, with relish.”

Precisely the same point be made about what I have in a previous note called “political creationism” – i.e. distrust of markets.

For those who take a dim view of capitalism, any problem found in a capitalist country utterly discredits the system and constitutes an automatic vindication of the alternative.

During the Cold War, communists and fellow-travellers in the West loved to point to the social ills they saw around them: militarism, colonialism, inequalities among people or between races and sexes… Those ills justified their faith in another system that was not expected to be perfect: not being capitalist was enough.

But, you might think, no one makes this type of argument anymore. Think again.

Anti-capitalism is as rampant now as it was in the 1970s. Markets and corporations are being condemned along the same lines as they were them: a world order under which poverty, pestilence, war, famine continue to prevail cannot be right.

The alternatives – Castro’s Cuba, or the co-operative experiment being introduced by Hugo Chavez in Venezuela – are looked on with undemanding approval.

Or better still, capitalism is condemned in the name of an ideal, which by definition is perfect as it is spared the drawbacks of actual existence.

But you don’t have to be a utopian anti-capitalist to resort to the type of argument highlighted by Dawkins. Train accidents in Britain or plane crash anywhere draw criticism not just of the operator, but of the fact that it is private. The underlying reason for the tragedy, we are invariably told, is a system that puts profits before safety.

The system, however, is never blamed under state ownership: a train crash in France is the fault of individuals.

A similar type of mental reflex is at work when people say: “The market is not the answer to everything”?

But who on earth ever said it was? Isn’t it unfair to expect it to be? Obviously it is not enough for markets to work better than alternatives; they must remove all obstacle to human happiness, from bad breath to the Arab-Israeli conflict.

Failing this they must be discarded in favour any other arrangement that takes your fancy.

Dawkins has identified a key component of ideological thinking: a tendency to demand impossible perfection on one side only, in order to avoid awkward comparisons.

Sardanapale @ 5:55 pm
Filed under: Philosophie

# Posted on Sunday 11 September 2005 - 2 Comments

Pink Floyd vs Bush

Roger Waters (oui, le Roger Waters, la face neurasthénique de Pink Floyd) a écrit un opéra classique sur la Révolution française.

Cette œuvre, dont la première est prévue pour novembre, n’est pas une simple évocation historique.

Selon son auteur, il s’agit d’une allégorie sur l’Amérique moderne, dominée par Bush et la droite religieuse.

“La France prérévolutionnaire était fortement hiérarchisée. Il y avait dieu, et puis le roi qui tirait directement son autorité de dieu, et puis en dessous vous aviez la noblesse et le clergé et c’était tout. En dessous il y avait le people qui n’avait que dalle.”

On a situation similaire aujourd’hui aux États-Unis (où Waters habite), et le people est prêt pour une “mini révolution”: “Le peuple ne veut pas de cette philosophie impérialiste, monétariste et néo-conservatrice.”

Waters a tenu ces propos à un journaliste de la BBC (écouter), qui lui a fait l’objection suivante: comment lui, rock-star vivant confortablement sur la côte est, peut-il prétendre parler pour parler pour le peuple qui a élu Bush?

Les Américains, explique Waters, “sont en train de comprendre qu’ils ont voté pour un miasme, un mythe, un fantasme, et que ce qu’ils prenaient pour des valeurs morales solides ne l’étaient pas. Nous avons en fait affaire à un égoïsme réactionnaire, à une moralité de pacotille… et je crois qu’après l’ouragan Katrina, les gens s’en aperçoivent.”

Noter la difficulté de dialoguer avec quelqu’un comme Waters. Il fait semblant de repousser l’objection (“Comment pouvez-vous comparer la situation de la France prérévolutionnaire à celle d’un pays démocratique?”) tout en l’acceptant .

Oui, bien sûr, Bush tire son autorité du peuple, concède-t-il sur le ton de l’évidence. Mais il a trompé le peuple, et celui-ci le punira. Cette assertion, totalement incompatible avec son premier argument, est avancée pour le renforcer.

Comment avoir une discussion rationnelle avec des gens qui changent constamment de position?

Troubled Waters

Roger Waters (yes, the Roger Waters, the miserable face of Pink Floyd) has composed a classical opera on the French Revolution.

The significance of this work, to be released later in the year, is more than merely historical.

According to the author, it is an allegory about modern-day America, George Bush, the Christian right and the neo-conservatives:

“In pre-revolutionary France you had a hierarchical structure. You had God, and then you had the king who was attached directly to God, and then beneath the king you had the nobility and the clergy, and that was sort of it. They had everything. Below that you had the huge mass of the people who had bugger all.”

Something like that is happening in America, and the country is ripe for a “mini revolution”, according to Waters (a US resident these days): ” This imperialist monetarist neo-con philosophy is not what we, the American people, want.”

Waters told this to a BBC journalist (listen here), who asked how he, a rich rock star living confortably on the East coast, could claim to speak for a people who had elected Bush?

“They did, but I think they are beginning to understand that they were voting for a miasma, for a myth, a figment, that actually what they saw as a strong set of moral value is not that. It’s a kind of reactionary, self-interested, pretend moral high-ground… and I think they have seen that in the wake of Katrina.”

Note the difficulty of having a rational discussion with someone like Waters. He claims to brush aside the objection (“How can you compare the situation in pre-revolutionary France to that of a country whose leader is democratically elected?”) while actually endorsing it.

Of course Americans elected Bush, he concedes as if that was a side issue. But he deceived the people and the people will punish him. This statement, totally incompatible with his first, is proffered as a way of supporting it.

How can you have any meaningful dialogue on such dialectical shifting sands?

Sardanapale @ 10:04 am
Filed under: Arts and lit andUSA

# Posted on Friday 2 September 2005 - Comments Off on Hommage d’Épinal – Simon Jenkins’s silly ode to France

Hommage d’Épinal

Tout article britannique qui tranche sur la gallophobie de la presse populaire mérite d’être salué. Ceci dit, j’ai trouvé l’éloge de la France auquel s’est livré Simon Jenkins dans le Sunday Times aussi énervant que n’importe quel délire du Sun.

Quels sont les aspects de la vie française que Jenkins admire? La douceur de vivre, la baguette qui craque sous la dent, les villages fleuris avec leurs mairies, et sans les magasins franchisés qui défigurent les high streets de son pays.

“Le formidable marché de Villefranche-de-Rouergue dans le Lot-et-Tarn serait inconcevable en Grande-Bretagne,” soupire Jenkins, séduit à ce point par notre pays qu’il invente un département.

Les Britanniques ne s’y trompent pas, qui oublient leurs préjugés tous les étés pour venir par millions savourer dans nos provinces des délices inconnus dans leurs villes livrées au “mercantilisme anonyme”.

“La France aura peut-être conservé en définitive les qualités que la Grande-Bretagne regrettera d’avoir abandonnées.”

Ce ne sont pas ces éloges en eux-mêmes, aussi sincères que banals, qui m’irritent. Là où Jenkins se trompe, c’est lorsqu’il prétend nous livrer le secret de l’art de vivre en France: l’État. Les mille plaisirs de l’existence dans notre pays, nous les devons aux pouvoirs publics qui veillent sur nous à tous les niveaux.

C’est grâce au “protectionnisme et aux subventions du Marché commun” que la France a maintenu son harmonie dans les décennies d’après-guerre. Même s’il est menacé par la mondialisation, explique Jenkins, le modèle français a le mérite de mettre le capitalisme au service d’une nation et de ses valeurs, et non l’inverse.

“Je suis toujours émerveillé de voir que le prix du pain reste fixé par le législateur, pour assurer la survie des boulangerie de village,” écrit-il. De même, on doit la présence des bars-tabac et boutiques qui font le charme de nos localités au pouvoir des édiles.

Car les Français ont abandonné le jacobinisme: les maires ont désormais des pouvoirs considérables “en matière d’urbanisme et de services, et sont responsables de l’apparence, la dignité, de l’ordre et du sens de l’identité de leurs villes.”

Cette ode à ces messieurs les ronds-de-cuir ne tient pas. Commençons pas observer que le pouvoir de nos municipalités en matière d’urbanisme n’est pas plus grand que celui des councils britanniques: il est simplement plus arbitraire, du fait de la prépondérance d’une seule personne.

La corruption qui sévit en France est le principal résultat du potentalisme local dont Jenkins chante les louanges.

Les magasins franchisés ne sont pas interdits dans les villes françaises. Nous en avons moins, et ceux qui existent tendent à se spécialiser dans le haut de gamme. Cela ne s’est pas décidé par arrêté ministériel: c’est simplement que les Français vont dans les centres-villes pour acheter des produits de qualité et qu’ils font le gros de leurs courses à leur hypermarché de banlieue.

De même, l’existence des boulangeries de villages n’a rien à voir avec le contrôle des prix du pain. De telles mesures ont toujours eu pour objet de freiner l’inflation.

Conformément à un principe économique de base, elles tendent à faire baisser l’offre, donc à réduire le nombre des boulangers. C’est d’ailleurs pourquoi Raymond Barre à libéré le prix du pain en 1978.

Plus généralement, l’attitude de Jenkins face à la France est l’équivalent en politique du créationnisme en biologie: il lui semble inconcevable que des choses aussi admirables que les baguettes craquantes ou les terrasses de café ne soient pas le fruit d’une volonté.

Ces miracles d’harmonie ne sauraient résulter d’une évolution spontanée. Les Français par eux-mêmes seraient bien incapables de les préserver par des choix individuels. L’État doit les forcer à le faire.

Ce créationnisme politique (ou constructivisme) est en définitive méprisant à l’égard d’un peuple de Jenkins prétend admirer.

Son article ne porte pas sur une France qu’apparemment il connaît mal et qui au fond l’intéresse peu. C’est un exemple typique d’arrogance nationale, qui traite un pays étranger – ou plutôt l’image d’Épinal qu’on en donne – comme simple pièce à conviction dans un débat interne.

De tous temps ceux qui, dans les pays anglo-saxons, estiment que le capitalisme industriel détruit les paysages et corrompt les âmes cherchent sur le continent, notamment en France, un autre modèle de société.

Ces critiques – progressistes comme réactionnaires – nous disent: regardez comment une bureaucratie éclairée peut préserver un mode de vie plus humain. Un best-seller publié l’an dernier par des journalistes canadiens, Sixty Million Frenchmen Can’t Be Wrong, est une longue variation sur ce thème.

D’après Jenkins et autres détracteur du libéralisme anglo-saxon, la France mène sans doute un combat d’arrière-garde, mais on a tort de se moquer de ses cocoricos: ce sont les cris de détresse d’une civilisation en péril, et ils méritent d’être entendus.

En libéral, je ne partage ni cette inquiétude pour la sagesse des sociétés, ni cette foi dans celle des gouvernants.

Je ne crois ni au repli sur soi, ni au rôle des États comme dépositaires ultimes des valeurs d’un peuple (repli sur soi et paternalisme que les progressistes sont les premiers à rejeter dans leurs pays).

On peut discuter des bons et les mauvais côtés du capitalisme industriel. Mais en invoquant une France fantasmée, Jenkins et compagnie servent mal la cause du réquisitoire.

Simon Jenkins’s silly ode to France

To a Frenchman living in Britain, any departure from the tabloids’ ritual gallophobia ought to be welcome. But I found Simon Jenkins’s praise of my country as wrongheaded as any rant in The Sun.

Jenkins enthuses about the things that make life pleasant in France: good food, a better balance between work and leisure, a caring social system, a vibrant local scene, and streets that are not dominated by chain stores.

“The great food market of Villefranche-de-Rouergue in the Lot et Tarn would be inconceivable in Britain,” Jenkins notes (so overcome with love of France that he invents a new department).

The British are reluctant to recognise this, he goes on – but every summer they vote with their wheels, and flock in their millions across the channel to savour a civilisation that blissfully contrasts with the “anonymous mercantilism of provincial Britain.”

In themselves these well-meaning outpourings are trite but unexceptionable.

Where Jenkins is wrong is when he claims to identify the secret of our superior art de vivre: government.

As Jenkins would have it, officials at every level have been looking after France’s precious culture, like gardeners tending beautiful flowers.

As Jenkins would have it, officials at every level have been looking after France’s precious culture, like gardeners tending beautiful flowers.

“Common Market protectionism and subsidy” guarded the country’s harmony in the decades after the war, he claims. Although it is now battered by globalization, the French model has the virtue of putting capitalism “at the service of the nation state, its values and way of life, not the other way round.”

Jenkins marvels that the price of a baguette is still fixed by the state “to ensure that bakeries stay open in small villages.” Town planners keep ugly supermarkets and franchise outlets at bay, and “guard cafés and tabacs”.

The French, Jenkins argues, have ditched centralism and “respect locality”. Mayors “have powers over planning and services and are responsible for the appearance, dignity, order and sense of identity of their towns.”

This ode to bureaucrats great and small is misguided. The planning powers of French municipalities are no greater than those of the councils in this country: they are just more arbitrary, as they largely rest with a single official – and therefore more capriciously enforced. Corruption in France is a direct result of the local fiefdoms Jenkins admires so much.

Chain stores are not banned on French high streets. We do have fewer of them and those that exist tend to be upmarket – such as Picard for frozen meals or Jacadi for children’s clothes.

The absence of mass market franchises in France is not due to regulation, but driven by consumer tastes. The French go to town centres to buy nice stuff, and do the bulk of their shopping at hypermarkets, which are never far away.

Similarly, village bakeries in France are not being preserved through price controls. The main purpose of such measures has always been to curb inflation. As basic economics would dictate, this tended to limit supply – and consequently the number of bakers – which is why Prime Minister Raymond Barre set bread prices free back in 1978.

More generally, Jenkins’s attitude to France is the equivalent of creationism in biology: it seems inconceivable to him that such marvellous things as hot baguettes or outside cafés should not be the result of deliberate planning.

These miracles of harmony cannot possibly arise from the spontaneous choices of individual consumers. Without enlightened officialdom, France’s superior way of life would wither and all its towns would look like Slough.

Political creationism (or “constructivism”) betrays a fundamentally arrogant attitude towards a people Jenkins claims to admire.

Ultimately, his article is not about France – a country about which he seems to know little. France – or rather a caricature of France – is treated as exhibit A in a debate within the Anglo-Saxon world itself.

Even since the industrial revolution a powerful strand of opinion, has condemned industrial capitalism as a wrecker of landscapes and souls and looked to the European continent for an alternative, an alternative model of society.

Those critics of Anglo-Saxon capitalism – who include both progressive and reactionary types – often turn to France for an illustration of how an enlightened bureaucracy can foster a more humane system than the dog-eat-dog, commercialised hell they live in.

The bestseller Sixty Million Frenchmen Can’t Be Wrong, which Jenkins approvingly mentions in his piece, is the latest book-length variation on this theme.

France, Jenkins and others concede, may be waging a rear-guard battle in these days of globalization. But, they add, it is a good fight, aimed at preserving an endangered culture.

As a libertarian, I do not share their concerns about the fate of societies or their faith in the wisdom of officials.

I do not believe economic or cultural protectionism works; nor do I believe in the government as the ultimate guardian of a nation’s values (I often note that progressives are the first reject xenophobia and the nanny state in their own countries – but seem to approve of both beyond their shores!)

Having said that, a debate about the pros and cons of industrial capitalism may be worth having. But in offering a fantasy vision of France, Jenkins et al do not help the case for the prosecution.

Sardanapale @ 10:08 am
Filed under: France