# Posted on Saturday 27 August 2005 - No Comments
Les années les plus Lange
En général, le décès d’un ancien Premier ministre néo-zélandais passe plutôt inaperçue. Qui se souvient de la mort de Robert Muldoon? Qui se souvient de Robert Muldoon?
Le travailliste David lange, disparu ce mois-ci, a eu pourtant droit à des notices nécrologiques fournies dans les journaux du monde entier – à juste titre.
Des années Lange (1984-1989), les commentateurs retiennent deux grands volets: à l’extérieur, une opposition au nucléaire qui entraîné la rupture avec les États-unis, et à l’intérieur, des réformes libérales qui ont transformé l’économie du pays.
Je suis d’accord sur ce bilan – même si contrairement à la plupart des analystes, je pense que le second élément est bien plus important que le premier.
Loin de moi l’idée de critiquer la politique anti-nucléaire de Lange, mais il ne faut pas non plus en exagérer la portée. La Nouvelle-Zélande a de l’hydroélectricité à revendre et pas de programme militaire clandestin: elle n’a donc aucun besoin de réacteurs nucléaires.
Avec ou sans Lange, elle ne se serait jamais devenue cliente d’Alstom ou du Dr A.Q. Khan.
Son rejet des armes nucléaires ne doit pas non plus porter à controverse. La Nouvelle-Zélande n’a pas besoin de tels armements. Ses alliés n’ont pas besoin qu’elle en abrite, ou qu’elle en accepte le transit par ses ports. Ce pays isolé n’a même pas besoin d’alliés permanents.
La décision de Lange en 1985 de refuser l’entrée aux navires nucléaires américains – qui mit fin à l’ANZUS, l’alliance avec l’Australie et les États-unis – a eu l’avantage de faire plaisir aux Néo-Zélandais sans compromettre la sécurité de quiconque.
Certes, Lange ne rejetait pas simplement le nucléaire pour la Nouvelle-Zélande: il prônait le désarmement partout.
Les Kiwis n’aiment pas la bombe: c’est là leur moindre défaut. Que leurs sermons finissent par être énervants, c’est un fait. Mais enfin ils ne font de mal à personne, contrairement à certains gouvernements qui s’amusent à faire sauter des bateaux pacifistes.
Si on considère le pouvoir de nuisance que possède un État, je dis qu’une politique soutenue par 99% de la population et qui n’a aucune retombée négative mérite une mention “bien”.
(Et en plus, l’affaire de l’ANZUS a eu le mérite de montrer encore une fois que ceux qui parlent d’empire américaine racontent n’importe quoi: qu’est¬-ce que c’est que cette puissance “impériale” qui permet aux pays clients de l’envoyer balader?)
En politique économique, j’estime que lange mérite une mention “très bien”.
Un petit rappel historique d’abord: aucune économie occidentale n’a été épargnée par les années 1970, mais la Nouvelle-Zélande a souffert plus de que les autres. Elle fut notamment frappée de plein par l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne, qui la priva de son principal marché extérieur.
Pour relancer l’économie, le Premier ministre conservateur de l’époque, le susnommé Robert Muldoon, appliqua les recettes de l’époque: dépenses à gogo, subventions aux agriculteurs ainsi qu’à une industrie inefficace et protégée par des barrières douanières, projets pharaoniques, contrôles les changes, blocage des prix et des salaires…
Résultat: la Nouvelle-Zélande hérita de l’économie la plus isolée et la plus encadrée du monde libre. Les Kiwis qui avaient la chance de voyager à l’étranger revenaient chargés de produits électroniques et de montres qui étaient hors de prix chez eux.
Dès son arrivée au pouvoir en juillet 1984, Lange a ouvert les fenêtres et balayé le fatras de règlementations dont étouffait le pays. Il est difficile de décrire le sentiment de libération qui saisit les Néo-Zélandais: grâce à la fin du contrôle des changes, la flottation du dollar et l’abolition brutale des licences d’importation, marchandises et capitaux entraient et sortaient librement. Les subventions aux agriculteurs disparurent du jour au lendemain.
Bien sûr les producteurs s’indignèrent de ce rétablissement du marché – mais le public savait où était son intérêt.
Même s’il faisait partie du gratin de l’Internationale socialiste, Lange était en fait de la race des Reagan ou des Thatcher. Comme eux, il savait défendre le libéralisme en parlant la langage de tout le monde.
À un journaleux qui lui reprochait de négliger le patrimoine culturel du pays en réduisant le budget de l’Orchestre symphonique national, Lange – qui n’écoutait que de la musique rock – a répondu (je cite de mémoire): “Quand on parle d’héritage à défendre, je comprends que presque personne n’écoute cette musique, et que ceux qui l’aiment veulent que les autres payent pour eux.”
Lange a été critiqué à la fois par les socialistes et les libéraux. Je ne prends pas la peine de répondre à ceux qui l’accusent d’avoir été à la botte du capital et accentué les inégalités.
Ceci est un blog libéral: si que vous avez lu jusqu’ici, je n’ai pas besoin de vous expliquer l’ineptie de tels arguments.
Je tiens en revanche à défendre Lange contre les critiques que lui ont adressées les membres de ma propre famille libertarienne.
Ces détracteurs signalent que le zèle réformateur du Premier ministre n’aura guère duré plus de trois ans. Le krach boursier de la fin 1987 a touché la bourse d’Auckland plus durement que les autres: les espoirs irréalistes engendrés par les réformes avaient gonflé de nombreux titres, qui se sont durablement effondrés.
De plus en plus contesté dans sa politique économique, le gouvernement s’est ensuite contenté d’expédier les affaires courantes. Il met la pédale douce aux privatisations et surtout enterre le projet de libéralisation de l’emploi.
Le tournant de 1987-88 entraîne la rupture entre Lange et son ministre des finances, Roger Douglas, l’architecte des réformes. Écoeuré par les tergiversations de son chef, il claque la porte en 1988.
Dans les années 1990, Douglas fonde un parti libertarien et écrit un livre empreint d’un sentiment d’échec, Unfinished Business (”Travail inachevé”).
Une telle amertume de la part d’un anti-étatiste radical est compréhensible. Avec vingt ans de recul, on peut trouver les résultats décevants: la Nouvelle-Zélande conserve un système social peu regardant, un quasi-monopole domine toujours le secteur clé des produits laitiers, et les dépenses publiques frisent les 40% du PIB. On est loin du laboratoire libéral dont certains rêvaient.
Que Lange ne soit pas allé assez loin, c’est indéniable. Mais à qui la faute? En démocratie, c’est le peuple qui décide; or les Néo-zélandais se sont lassés des réformes.
Les réformateurs ont d’ailleurs largement contribué à ce désenchantement par leur triomphalisme initial: entre 1984 et 1987, ils ont présent comme radicales des mesures qui constituaient en fait un minimum. Les citoyens les ont pris au mot: au premier accident, ils se sont dit que le pays s’était engagé trop loin sur la voie des réformes.
Il est facile pour ceux qui ont la foi – socialistes comme libertariens – de condamner un peuple qui ne les comprend pas. Le peuple s’engage rarement dans une voie claire, il titube dans une direction puis dans une autre – surtout dans la mauvaise, semble-t-il.
Il est tentant de condamner le peuple, directement ou par l’intermédiaire des politiques qui obéissent à ses caprices. Mais les libéraux doivent résister à la tentation anti-démocratique, et ceci pour deux raisons: une raison de principe et une raison d’efficacité.
Le principe, c’est que le marché n’est que le versant économique de la liberté humaine. Les communistes chinois découvriront à leur tour, et à leurs dépens, que le libéralisme mène à la démocratie.
En démocratie, le réformateur n’a pas d’autre choix que de s’allier au politique – du moins à un type de politique que Lange incarnait. Sans lui, Douglas n’aurait jamais été ministre dans les années 1980. Sans lui, il a eu un impact nul sur la politique néo-zélandaise des années 1990.
Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ce qui fut accompli sous Lange. Ses réformes ont transformé le pays et furent complétées par l’indépendance de la banque centrale, la déréglementation de l’emploi, et l’adoption par l’État de méthodes comptables qui le forcent à anticiper sur les dépenses futures.
Même les (vrais) socialistes au pouvoir depuis 1999 ne sont pas revenus sur ces mesures. Lange mérite de figurer parmi les grand réformateurs libéraux du XXe siècle.
In praise of David Lange
The death of a former New Zealand Prime Minister rarely gets more than a passing mention in the world press. Do you remember when Sir Robert Muldoon died? In fact, do you remember Sir Robert Muldoon?
But the death of the Labour politician David Lange earlier this month exercised obit writers from Alberta to Zambia – and deservedly so.
He is widely credited with two big achievements during his relatively short tenure (1985-1989): an uncompromising anti-nuclear stance that in effect ended New Zealand’s alliance with Australia and the US, and radical market reforms.
I agree with this – although, unlike most commentators, I think the second point was much more significant than the first. Far be it from it to criticize Lange’s opposition to all things nuclear, but in the end it made little difference.
New Zealand has plenty of hydroelectricity and no secret weapons program: it has no need for nuclear reactors. With or without Lange, the Kiwis were never going to become customers of Alstom or Dr AQ Khan.
His rejection of nuclear arms is equally unexceptional. New Zealand does not need such weapons; nor do its allies need to have them stationed on its soil or transit through its ports. Remote New Zealand does not even need formal allies.
Lange’s decision to bar US ships because they might carry nukes – thereby suspending the country’s membership of the ANZUS pact – made New Zealanders feel better about themselves without harming anyone.
Of course, Lange did more than reject nuclear power and weapons for New Zealand . Like 99% of his compatriots, he thought those things were bad for anyone – hence a tendency, which some of us found a tad irritating, to lecture the rest of the world.
But hey, the worst thing you can say thing about Lange’s (belated) anti-nuclear zeal is that it was boring to those who didn’t share it. Grandstanding is an acceptable way of defending your point of view on nuclear matters, unlike blowing up peace activists.
Given the nuisance power politicians wield, I say a stance that is both popular and harmless is worth a B.
(And the 1985 ANZUS fracas had the additional virtue of confirming that those of speak of an American “empire” do not know what they are talking about: since when have empires allowed client states to tell them to go to hell?)
His economic record, on the other hand, is worth and A. There again, a bit of perspective is called for.
The 1970s were not kind to Western economies – but New Zealand’s suffered more than most, as Britain’s accession to the European Community deprived it of a huge captive market for its farm produce.
The conservative government led by the aforementioned Sir Robert dealt with the crisis in the only way governments at the time.
It tried to spend its way out of trouble, subsidised industry and farming, invested in big projects, increased taxes, shielded domestic producers from competition through trade barriers, and further distorted economic signals through foreign exchange controls as well as wage and price freezes.
New Zealanders ended up with the most isolated and heavily regulated economy this side of the iron curtain. In fact they began to act like eastern bloc people.
People returned from business trips to Sydney with electronic goods and watches that were far cheaper than the shoddy, overpriced stuff available at home.
The rule of law was compromised as New Zealanders schemed to smuggle money abroad. The current account deficit was 9% of GDP: the country was going down the tube.
Within months of David Lange coming to power in July 1984, all this was swept away.
It is hard to describe the elation people felt as one market-distorting regulation after another went. Producers, of course, where aghast at the scrapping of import licenses and subsidies (farm subsidies, for instance, were ended overnight). But the general public what was good for it.
Although a leading member of the Socialist International, Lange was in fact a classical liberal in the mould of Ronald Reagan. Like him, he had a folksy bluntness that gave his message wide appeal.
When he slashed subsidies to the New Zealand Symphony Orchestra and sophisticates accused the prime minister – who only listened to rock music – of neglecting part of the country’s cultural heritage, Lange replied (I quote from memory): “They say that because almost nobody listens to that stuff, and those who do want others to pay for it.”
Now, it is easy to be underwhelmed by Lange’s legacy. Left-wing critics will argue that his reforms only benefited corporations and the rich. Since this is a libertarian website, I will not bother to rebut this – if you have read so far you know why it is nonsense.
I will focus instead on criticism leveled at Lange from within my own libertarian family. Lange, those critics rightly point out, ran out of steam after the 1987 stockmarket crash – which was particularly severe in New Zealand (unrealistic hopes generated by the reforms had encouraged a share bubble whose bursting was long and painful).
Further deregulation was put on hold, privatization went into slow motion and the dismantling of the national system of wage bargaining was shelved.
The switch was deeply resented by the architect of the reforms, Finance Minister Roger Douglas, who quit in disgust in 1988 and eventually founded a libertarian party.
Far from feeling triumphant about his tenure, Douglas nurtured a keen sense of failure in the 1990s, and penned a rueful book entitled Unfinished Business.
This disenchantment is understandable. Twenty years on, New Zealand hardly has a minimal state. Welfare reform had been timid, a quasi-monopoly continues to dominate the key market for dairy products, and public spending accounts for about 40% of GDP.
To be sure, Lange did not go far enough. But in a democracy, politicians should not be judged on how they perform against an ideal program.
They live in a messy world, where what matters is not the intellectual brilliance of your programme, but how many people you can get behind it. They should be judged on what they achieved, given what was achievable.
In the end, the reform momentum stopped not because Lange got cold feet, but because New Zealanders did. Reformers in fact contributed to this disenchantment in 1984-1987 by presenting as a radical experiment what as in fact only a good start.
Citizens took them at their word. When trouble hit, they blamed the government for going too fast.
It is easy for true believers either of the anti-capitalist or the libertarian variety to find democratic politics disappointing. Democracy never leads the ideal system the country needs. It lurches to one side and the other in frustrating half-steps – mostly in the wrong direction.
It is tempting to denounce the people, directly or through the representatives who bow to fickle public opinion. But libertarians must resist the anti-democratic temptation, and they should do so for the sake of both principle and effectiveness.
The principle is that libertarianism and democracy are two sides of the same coin. The market is the economic expression of human freedom. The Chinese Communists will soon learn, as many dictatorial reformers have in the past, that one leads to the other.
And in a democracy, reformers need politicians – especially politicians of Lange’s courage and stature. Without him, Douglas would never have held ministerial office in the 1980s. Without him, his impact on New Zealand policy was minimal in the 1990s.
Lange’s legacy must not be underestimated. Incomplete as they were, his policies changed New Zealand beyond recognition.
And they launched a movement in motion that led to the full independence of the central bank, deregulation of the labor market, and the adoption of the accrual method for government finances that has led to fiscal restraint.
All those changes have been lasting ones. The (real) socialists that have led the country for the past six years have not turned the clock back. Lange deserves to be regarded as one of great market reformers of the Twentieth Century.