Sardanapale

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# Posted on Saturday 27 August 2005 - Comments Off on Les années les plus Lange – In praise of David Lange

Les années les plus Lange

En général, le décès d’un ancien Premier ministre néo-zélandais passe plutôt inaperçue. Qui se souvient de la mort de Robert Muldoon? Qui se souvient de Robert Muldoon?

Le travailliste David lange, disparu ce mois-ci, a eu pourtant droit à des notices nécrologiques fournies dans les journaux du monde entier – à juste titre.

Des années Lange (1984-1989), les commentateurs retiennent deux grands volets: à l’extérieur, une opposition au nucléaire qui entraîné la rupture avec les États-unis, et à l’intérieur, des réformes libérales qui ont transformé l’économie du pays.

Je suis d’accord sur ce bilan – même si contrairement à la plupart des analystes, je pense que le second élément est bien plus important que le premier.

Loin de moi l’idée de critiquer la politique anti-nucléaire de Lange, mais il ne faut pas non plus en exagérer la portée. La Nouvelle-Zélande a de l’hydroélectricité à revendre et pas de programme militaire clandestin: elle n’a donc aucun besoin de réacteurs nucléaires.

Avec ou sans Lange, elle ne se serait jamais devenue cliente d’Alstom ou du Dr A.Q. Khan.

Son rejet des armes nucléaires ne doit pas non plus porter à controverse. La Nouvelle-Zélande n’a pas besoin de tels armements. Ses alliés n’ont pas besoin qu’elle en abrite, ou qu’elle en accepte le transit par ses ports. Ce pays isolé n’a même pas besoin d’alliés permanents.

La décision de Lange en 1985 de refuser l’entrée aux navires nucléaires américains – qui mit fin à l’ANZUS, l’alliance avec l’Australie et les États-unis – a eu l’avantage de faire plaisir aux Néo-Zélandais sans compromettre la sécurité de quiconque.

Certes, Lange ne rejetait pas simplement le nucléaire pour la Nouvelle-Zélande: il prônait le désarmement partout.

Les Kiwis n’aiment pas la bombe: c’est là leur moindre défaut. Que leurs sermons finissent par être énervants, c’est un fait. Mais enfin ils ne font de mal à personne, contrairement à certains gouvernements qui s’amusent à faire sauter des bateaux pacifistes.

Si on considère le pouvoir de nuisance que possède un État, je dis qu’une politique soutenue par 99% de la population et qui n’a aucune retombée négative mérite une mention “bien”.

(Et en plus, l’affaire de l’ANZUS a eu le mérite de montrer encore une fois que ceux qui parlent d’empire américaine racontent n’importe quoi: qu’est¬-ce que c’est que cette puissance “impériale” qui permet aux pays clients de l’envoyer balader?)

En politique économique, j’estime que lange mérite une mention “très bien”.

Un petit rappel historique d’abord: aucune économie occidentale n’a été épargnée par les années 1970, mais la Nouvelle-Zélande a souffert plus de que les autres. Elle fut notamment frappée de plein par l’entrée de la Grande-Bretagne dans la Communauté européenne, qui la priva de son principal marché extérieur.

Pour relancer l’économie, le Premier ministre conservateur de l’époque, le susnommé Robert Muldoon, appliqua les recettes de l’époque: dépenses à gogo, subventions aux agriculteurs ainsi qu’à une industrie inefficace et protégée par des barrières douanières, projets pharaoniques, contrôles les changes, blocage des prix et des salaires…

Résultat: la Nouvelle-Zélande hérita de l’économie la plus isolée et la plus encadrée du monde libre. Les Kiwis qui avaient la chance de voyager à l’étranger revenaient chargés de produits électroniques et de montres qui étaient hors de prix chez eux.

Dès son arrivée au pouvoir en juillet 1984, Lange a ouvert les fenêtres et balayé le fatras de règlementations dont étouffait le pays. Il est difficile de décrire le sentiment de libération qui saisit les Néo-Zélandais: grâce à la fin du contrôle des changes, la flottation du dollar et l’abolition brutale des licences d’importation, marchandises et capitaux entraient et sortaient librement. Les subventions aux agriculteurs disparurent du jour au lendemain.

Bien sûr les producteurs s’indignèrent de ce rétablissement du marché – mais le public savait où était son intérêt.

Même s’il faisait partie du gratin de l’Internationale socialiste, Lange était en fait de la race des Reagan ou des Thatcher. Comme eux, il savait défendre le libéralisme en parlant la langage de tout le monde.

À un journaleux qui lui reprochait de négliger le patrimoine culturel du pays en réduisant le budget de l’Orchestre symphonique national, Lange – qui n’écoutait que de la musique rock – a répondu (je cite de mémoire): “Quand on parle d’héritage à défendre, je comprends que presque personne n’écoute cette musique, et que ceux qui l’aiment veulent que les autres payent pour eux.”

Lange a été critiqué à la fois par les socialistes et les libéraux. Je ne prends pas la peine de répondre à ceux qui l’accusent d’avoir été à la botte du capital et accentué les inégalités.

Ceci est un blog libéral: si que vous avez lu jusqu’ici, je n’ai pas besoin de vous expliquer l’ineptie de tels arguments.

Je tiens en revanche à défendre Lange contre les critiques que lui ont adressées les membres de ma propre famille libertarienne.

Ces détracteurs signalent que le zèle réformateur du Premier ministre n’aura guère duré plus de trois ans. Le krach boursier de la fin 1987 a touché la bourse d’Auckland plus durement que les autres: les espoirs irréalistes engendrés par les réformes avaient gonflé de nombreux titres, qui se sont durablement effondrés.

De plus en plus contesté dans sa politique économique, le gouvernement s’est ensuite contenté d’expédier les affaires courantes. Il met la pédale douce aux privatisations et surtout enterre le projet de libéralisation de l’emploi.

Le tournant de 1987-88 entraîne la rupture entre Lange et son ministre des finances, Roger Douglas, l’architecte des réformes. Écoeuré par les tergiversations de son chef, il claque la porte en 1988.

Dans les années 1990, Douglas fonde un parti libertarien et écrit un livre empreint d’un sentiment d’échec, Unfinished Business (“Travail inachevé”).

Une telle amertume de la part d’un anti-étatiste radical est compréhensible. Avec vingt ans de recul, on peut trouver les résultats décevants: la Nouvelle-Zélande conserve un système social peu regardant, un quasi-monopole domine toujours le secteur clé des produits laitiers, et les dépenses publiques frisent les 40% du PIB. On est loin du laboratoire libéral dont certains rêvaient.

Que Lange ne soit pas allé assez loin, c’est indéniable. Mais à qui la faute? En démocratie, c’est le peuple qui décide; or les Néo-zélandais se sont lassés des réformes.

Les réformateurs ont d’ailleurs largement contribué à ce désenchantement par leur triomphalisme initial: entre 1984 et 1987, ils ont présent comme radicales des mesures qui constituaient en fait un minimum. Les citoyens les ont pris au mot: au premier accident, ils se sont dit que le pays s’était engagé trop loin sur la voie des réformes.

Il est facile pour ceux qui ont la foi – socialistes comme libertariens – de condamner un peuple qui ne les comprend pas. Le peuple s’engage rarement dans une voie claire, il titube dans une direction puis dans une autre – surtout dans la mauvaise, semble-t-il.

Il est tentant de condamner le peuple, directement ou par l’intermédiaire des politiques qui obéissent à ses caprices. Mais les libéraux doivent résister à la tentation anti-démocratique, et ceci pour deux raisons: une raison de principe et une raison d’efficacité.

Le principe, c’est que le marché n’est que le versant économique de la liberté humaine. Les communistes chinois découvriront à leur tour, et à leurs dépens, que le libéralisme mène à la démocratie.

En démocratie, le réformateur n’a pas d’autre choix que de s’allier au politique – du moins à un type de politique que Lange incarnait. Sans lui, Douglas n’aurait jamais été ministre dans les années 1980. Sans lui, il a eu un impact nul sur la politique néo-zélandaise des années 1990.

Il ne faut pas sous-estimer l’importance de ce qui fut accompli sous Lange. Ses réformes ont transformé le pays et furent complétées par l’indépendance de la banque centrale, la déréglementation de l’emploi, et l’adoption par l’État de méthodes comptables qui le forcent à anticiper sur les dépenses futures.

Même les (vrais) socialistes au pouvoir depuis 1999 ne sont pas revenus sur ces mesures. Lange mérite de figurer parmi les grand réformateurs libéraux du XXe siècle.

In praise of David Lange

The death of a former New Zealand Prime Minister rarely gets more than a passing mention in the world press. Do you remember when Sir Robert Muldoon died? In fact, do you remember Sir Robert Muldoon?

But the death of the Labour politician David Lange earlier this month exercised obit writers from Alberta to Zambia – and deservedly so.

He is widely credited with two big achievements during his relatively short tenure (1985-1989): an uncompromising anti-nuclear stance that in effect ended New Zealand’s alliance with Australia and the US, and radical market reforms.

I agree with this – although, unlike most commentators, I think the second point was much more significant than the first. Far be it from it to criticize Lange’s opposition to all things nuclear, but in the end it made little difference.

New Zealand has plenty of hydroelectricity and no secret weapons program: it has no need for nuclear reactors. With or without Lange, the Kiwis were never going to become customers of Alstom or Dr AQ Khan.

His rejection of nuclear arms is equally unexceptional. New Zealand does not need such weapons; nor do its allies need to have them stationed on its soil or transit through its ports. Remote New Zealand does not even need formal allies.

Lange’s decision to bar US ships because they might carry nukes – thereby suspending the country’s membership of the ANZUS pact – made New Zealanders feel better about themselves without harming anyone.

Of course, Lange did more than reject nuclear power and weapons for New Zealand . Like 99% of his compatriots, he thought those things were bad for anyone – hence a tendency, which some of us found a tad irritating, to lecture the rest of the world.

But hey, the worst thing you can say thing about Lange’s (belated) anti-nuclear zeal is that it was boring to those who didn’t share it. Grandstanding is an acceptable way of defending your point of view on nuclear matters, unlike blowing up peace activists.

Given the nuisance power politicians wield, I say a stance that is both popular and harmless is worth a B.

(And the 1985 ANZUS fracas had the additional virtue of confirming that those of speak of an American “empire” do not know what they are talking about: since when have empires allowed client states to tell them to go to hell?)

His economic record, on the other hand, is worth and A. There again, a bit of perspective is called for.

The 1970s were not kind to Western economies – but New Zealand’s suffered more than most, as Britain’s accession to the European Community deprived it of a huge captive market for its farm produce.

The conservative government led by the aforementioned Sir Robert dealt with the crisis in the only way governments at the time.

It tried to spend its way out of trouble, subsidised industry and farming, invested in big projects, increased taxes, shielded domestic producers from competition through trade barriers, and further distorted economic signals through foreign exchange controls as well as wage and price freezes.

New Zealanders ended up with the most isolated and heavily regulated economy this side of the iron curtain. In fact they began to act like eastern bloc people.

People returned from business trips to Sydney with electronic goods and watches that were far cheaper than the shoddy, overpriced stuff available at home.

The rule of law was compromised as New Zealanders schemed to smuggle money abroad. The current account deficit was 9% of GDP: the country was going down the tube.

Within months of David Lange coming to power in July 1984, all this was swept away.

It is hard to describe the elation people felt as one market-distorting regulation after another went. Producers, of course, where aghast at the scrapping of import licenses and subsidies (farm subsidies, for instance, were ended overnight). But the general public what was good for it.

Although a leading member of the Socialist International, Lange was in fact a classical liberal in the mould of Ronald Reagan. Like him, he had a folksy bluntness that gave his message wide appeal.

When he slashed subsidies to the New Zealand Symphony Orchestra and sophisticates accused the prime minister – who only listened to rock music – of neglecting part of the country’s cultural heritage, Lange replied (I quote from memory): “They say that because almost nobody listens to that stuff, and those who do want others to pay for it.”

Now, it is easy to be underwhelmed by Lange’s legacy. Left-wing critics will argue that his reforms only benefited corporations and the rich. Since this is a libertarian website, I will not bother to rebut this – if you have read so far you know why it is nonsense.

I will focus instead on criticism leveled at Lange from within my own libertarian family. Lange, those critics rightly point out, ran out of steam after the 1987 stockmarket crash – which was particularly severe in New Zealand (unrealistic hopes generated by the reforms had encouraged a share bubble whose bursting was long and painful).

Further deregulation was put on hold, privatization went into slow motion and the dismantling of the national system of wage bargaining was shelved.

The switch was deeply resented by the architect of the reforms, Finance Minister Roger Douglas, who quit in disgust in 1988 and eventually founded a libertarian party.

Far from feeling triumphant about his tenure, Douglas nurtured a keen sense of failure in the 1990s, and penned a rueful book entitled Unfinished Business.

This disenchantment is understandable. Twenty years on, New Zealand hardly has a minimal state. Welfare reform had been timid, a quasi-monopoly continues to dominate the key market for dairy products, and public spending accounts for about 40% of GDP.

To be sure, Lange did not go far enough. But in a democracy, politicians should not be judged on how they perform against an ideal program.

They live in a messy world, where what matters is not the intellectual brilliance of your programme, but how many people you can get behind it. They should be judged on what they achieved, given what was achievable.

In the end, the reform momentum stopped not because Lange got cold feet, but because New Zealanders did. Reformers in fact contributed to this disenchantment in 1984-1987 by presenting as a radical experiment what as in fact only a good start.

Citizens took them at their word. When trouble hit, they blamed the government for going too fast.

It is easy for true believers either of the anti-capitalist or the libertarian variety to find democratic politics disappointing. Democracy never leads the ideal system the country needs. It lurches to one side and the other in frustrating half-steps – mostly in the wrong direction.

It is tempting to denounce the people, directly or through the representatives who bow to fickle public opinion. But libertarians must resist the anti-democratic temptation, and they should do so for the sake of both principle and effectiveness.

The principle is that libertarianism and democracy are two sides of the same coin. The market is the economic expression of human freedom. The Chinese Communists will soon learn, as many dictatorial reformers have in the past, that one leads to the other.

And in a democracy, reformers need politicians – especially politicians of Lange’s courage and stature. Without him, Douglas would never have held ministerial office in the 1980s. Without him, his impact on New Zealand policy was minimal in the 1990s.

Lange’s legacy must not be underestimated. Incomplete as they were, his policies changed New Zealand beyond recognition.

And they launched a movement in motion that led to the full independence of the central bank, deregulation of the labor market, and the adoption of the accrual method for government finances that has led to fiscal restraint.

All those changes have been lasting ones. The (real) socialists that have led the country for the past six years have not turned the clock back. Lange deserves to be regarded as one of great market reformers of the Twentieth Century.

Sardanapale @ 11:55 am
Filed under: General

# Posted on Wednesday 17 August 2005 - 1 Comment

Eichmann à Gaza

La comparaison entre le gouvernement Sharon et les Nazis n’a rien d’étonnant dans la bouche d’islamistes arabes, d’ultranationalistes juifs, ou de progressistes européens.

Mais la BBC s’adonne rarement à une telle reductio ad Hitlerum.

C’est pourquoi j’ai été surpris d’entendre au World Service de la BBC cet échange entre le journaliste Roger Hearing et une militaire israélienne qui s’apprêtait à expulser des colons:

“Si on vous demande la raison des expulsions, ou si elles sont justes, que direz-vous?”

“Que ce n’est pas à moi de fournir des raisons. On est en démocracie. Ariel Sharon – ou quelqu’un d’autre, peu importe – a pris la décision. Moi j’exécute les ordres.”

“On a déjà entendu cette phrase-là dans l’histoire. Surtout pour un juif elle peut avoir des connotations malheureuses…”

Hearing délire, bien sûr. Son interlocutrice a raison: les soldats ont le devoir d’obéïr à l’ordre légitime d’un gouvernement légitime.

Do Israeli troops have a duty to disobey?

Comparing the Sharon government to the Nazis is a routine exercise for Palestinian militants, Israeli hardliners and European progressives.

But you don’t often hear such reductio ad Hitlerum from BBC journalists.

This is why I was astonished to hear the following exchange on the BBC World Service between a reporter called Roger Hearing and an Israeli servicewoman who was about to evict Gaza settlers:

“If they ask you why is it happening, or is it right, what are you going to say?”

“That I am not the one to say if it’s right or why it happened because it it’s democracy. Ariel Sharon or whoever decided and I’m following my orders and it doesn’t matter why. Right now it doesn’t matter.”

“‘Just obeying orders’ has a bit of a historical ring to it, doesn’t it? It’s an unfortunate phrase almost in Jewish history.”

This is, of course, total nonsense. The interviewee is right: soldiers have a duty to obey legitimate orders from a legitimate government.

Sardanapale @ 10:23 pm
Filed under: International

# Posted on Monday 15 August 2005 - Comments Off on La faim au Niger – “Shut up and let us feed you”

La “famine” au Niger

Lorsque le président nigérien s’est permis de critiquer la mobilisation internationale dont son pays fait l’objet, la communauté humanitaire a réagi avec la violence de la générosité outragée.

Pourquoi nier l’ampleur de la crise? Comment un chef d’État peut-il être à ce point insensible aux souffrances de son propre peuple?

Même indignation du côté des media. Il est vrai que les télévisions du monde entier s’étaient précipitées sur le Niger cinq semaines plus tôt à la suite d’un reportage de Hilary Andersson de la BBC: la sainte alliance entre humanitaires et journalistes (donnez-nous du drame humain, on diffuse les images) fonctionnait à plein.

The Independent ridiculisait les propos de Mamadou Tandja en les plaçant en gros titres à la une – “Le peuple du Niger paraît bien nourri, comme vous le constatez” – à côté de la photo d’un enfant étique.

David Loyn, dans un article sur le site de la BBC, accusait Tandja de jouer sur les mots en niant qu’il y avait famine: “Combien de bébé à l’agonie faut-il pour faire une famine?”

Même si techniquement ce terme ne s’applique pas ici, poursuivait-il, vu de l’extérieur les images atroces qui nous viennent du Niger ressemblent à une “famine”.

Et Loyn de citer Amartya Sen: “Aucune démocratie digne de ce nom n’a jamais connu de famine” – indiquant que le Niger est en partie responsable de la crises sans fournir d’explications.

Ce rejet des arguments de Tandja sur le ton de l’évidence consternée est elle-même consternante.

Les propos du président nigérien soulèvent des questions importantes sur le traitement des crises alimentaires.

Il d’abord noté que la pénurie causée par les mauvaises récoltes et le sauterelles n’avait rien d’exceptionnel.

Ceci est confirmé par le site agricole Fews, qui donne une image nuancée de crise au Niger: la production de céréale pour 2004-05 atteint 89% de la moyenne sur cinq ans, et les prix ont baissé en juillet.

Ensuite, Tandja affirme qu’en accréditant l’idée que tout le pays connaît la famine – alors qu’il y a en fait une disette limitée à certaines zones – les ONG poursuivent leurs intérêts propres et non ceux du Niger.

Cette idée n’a rien de ridicule. Il suffit pour la comprendre de revenir trois ans en arrière.

C’est en Afrique australe qu’il était question de famine en 2002. D’après l’ONU, des millions de vies étaient en jeu.

Les mêmes journalistes qu’on retrouve aujourd’hui au Niger (notamment l’incontournable Hilary Andersson) ont parcouru la région en quête de bébés affamés, et ils en ont trouvé. La machine humanitaire s’est alors mise en branle.

C’est alors que la Zambie a pris peur. Certaines de ses régions connaissaient des pénuries; mais ce qui menaçait le pays, c’était moins la famine que les tonnes de céréales américaines que le Programme alimentaire mondial déversait dans ses entrepôts de Lusaka.

Soucieux de protéger l’agriculture locale, le gouvernement a mis un coup d’arrêt aux livraisons (en invoquant – pour plaire aux Européens – l’argument douteux que le blé livré contenait des OGM).

On ne s’oppose pas impunément à l’humanitarisme occidental. Comme le rappelle Der Spiegel dans un excellent article, la Zambie fut traînée dans la boue.

L’ambassadeur des États-Unis déclara: “Les dirigeants qui refusent à leur peuple l’accès à la nourriture alimentaire doivent être poursuivis pour les crimes contre l’humanité les plus graves.”

Bien sûr, le crime était imaginaire. L’arrêt de l’aide n’a pas entraîné de famine en Zambie, qui pouvait se nourrir elle-même.

J’ignore si on peut en dire autant du Niger aujourd’hui.

Je suis prêt à accepter que nous avons bien affaire à une crise humanitaire grave, et non à une tentative du charity business de justifier son existence.

Il est tout à fait possible que ce soit Tandja qui se trompe sur l’ampleur de la crise.

Encore faudrait-il répondre sérieusement à ses arguments, en soulignant par exemple les enseignements que les ONGs ont tiré de leurs erreurs de 2002.

Mais la réaction aux déclarations du président nigérien suggère qu’une chose au moins n’a pas changé: l’Occident est convaincu que ses élans humanitaires sont forcément bons, et que ceux qui s’y opposent forcément méchants.

“Shut up and let us feed you”

When Niger’s president accused aid agencies of exaggerating the food crisis in his country, relief agencies responded with the fury of spurned generosity: How dare he bite the hand that feeds his own people?

The media, which had swooped on Niger after the BBC’s Hilary Andersson had first reported on the crisis in July, shared the aid workers’ outrage. The holy alliance between NGOs and journalists (you provide drama and we support your fund-raising effort by showing the pictures) was in full swing.

The Independent poured scorn on President Mamadou Tandja’s words by splashing them across its front page – “The people of Niger look well-fed, as you can see” – next to the picture of a skeletal child.

An online article by the BBC’s David Loyn accused Tandja of quibbling while Niger was starving: “How many dying babies make a famine?” Technically, he wrote, the crisis may not qualify as a “famine”, but pictures of desperate children “certainly look like ‘famine’ to the outside world”.

Loyn quoted Amartya Sen’s dictum that “no famine has ever taken place in the history of the world in a functioning democracy”, suggesting that Niger’s government was responsible for the crisis.

There you have it: callous leader ignores plight of his people and blames outsiders who are trying to help.

But Tandja’s comments should not have been dismissed so easily. They raised serious points about the appropriate response to a food emergency.

He was right to state that the crop failures and locust invasions that caused the food shortages were not particularly severe.

The farming website Fews paints a nuanced picture: the situation is critical in some areas, but Niger’s overall cereal output in 204-2005 is 11% down on a five-year average.

Tandja argues that by giving the impression that the whole country was in the grips of a famine, the NGO community was serving its own interest rather than Niger’s.

This is a not a ridiculous idea. We have been there before.

In 2002 the world heard of an imminent famine in Southern Africa. The UN warned about millions being at risk.

Journalists (including Hilary Andersson) fanned out across the region and found the pictures of dying babies they were looking for. The international aid machine went into full gear.

Among the countries watching all this with alarm was Zambia. Everyone said it was starving, while in fact it had only experienced a poor harvest with little rain in some regions.

Although the country was able to feed itself, the UN World Food Program was sending plane loads of surplus corn to Zambia, threatening to deal a massive blow to local farmers.

The Lusaka government put its foot down. It put a halt to aid shipments, citing the dubious excuse that the US grain it was receiving was genetically modified (the Zambians wanted to please Europe, in the naïve hope that they could one day break into EU markets).

The reaction was ferocious. As Der Spiegel noted in a recent article on aid which commendably does not endorse the NGO line, “countries which attempt to defend themselves against what is supposed to be charity have to expect to be harshly slapped down”.

The US ambassador to Zambia said: “Leaders who refuse to let their people have food should be put in the dock for the most serious crimes against humanity.”

Of course there was no such crime. The halt to aid shipments did not trigger a famine in Zambia, which was able to feed itself.

It may be that Niger 2005 is a not a repeat of Zambia 2002.

I am prepared to believe that the current emergency is real, rather than a case of the charity business trying to justify its existence.

But Tandja’s arguments should be countered rationally, not ridiculed. It would have been helpful, for instance, if NGOs had explained how lessons from the mistakes of 2002 had been learnt.

But the automatic response to the president’s comment gives suggests that at least once thing has not changed: the North still assumes that dumping tons of food aid on a country is good, and gets angry when the South fails to respond as a grateful ward.

Sardanapale @ 12:55 pm
Filed under: Aid

# Posted on Thursday 11 August 2005 - 2 Comments

La fiscalité selon la BBC

La hausse du prix de l’essence n’a pas que des effets néfastes, d’après le rédacteur économique de la BBC, Evan Davies.

En effet, expliquait-il aux auditeurs mardi, le surcroît payé à la pompe est en partie compensé par certains bénéfices.

Lesquels? D’abord les compagnies pétrolières engrangent des profits record. Ceux-ci, nous dit Davies, enrichissent non seulement les actionnaires, mais aussi des millions de personnes qui ont souscrit à des fonds de pension ayant investi dans ces sociétés.

Admettons. Et à la prochaine marée noire, on pensera au fric que les sociétés chimiques tireront du nettoyage, et on se dira que c’est déjà quelque chose…

Mais ce n’est pas tout, poursuit notre économiste. Les Britanniques obtiennent une “ristourne” encore plus importante sous la forme de recettes fiscales supplémentaires perçues par l’État:

“Si les prix de l’essence restent à leur niveau actuel, le Trésor recevra £2 milliards (2.8 milliards d’euros) en plus l’an prochain. Cela équivaut à 60 pence (90 centimes d’euro) pour chaque homme, femme et enfant. Cela ne compense pas la hausse de l’essence, mais c’est déjà quelque chose.”

L’idée de mettre le surcroît de taxes payé par les citoyens dans la colonne profit ne peut venir à l’esprit que d’un journaliste qui vit aux crochets du contribuable.

On se demande pourquoi Davies s’en tient à un “gain” hebdomadaire de moins d’un euro par semaine. Un doublement de la taxation sur l’essence, d’après la même logique, entraînerait des bénéfices beaucoup plus important.

En fait il faut exiger, dans l’intérêt des ménages, que l’État se charge de dépenser la totalité de ce qu’ils gagnent.

En supposant qu’un impôt sur le revenu de 100% n’ait aucune incidence sur la production, ce taux rapporterait au Trésor un supplément de £600 par an – soit un “gain” de 280 euros par semaine pour chaque homme, femme et enfant.

Voilà de quoi non seulement compenser la hausse de l’essence – mais payer une Jaguar à chaque britannique.

Paying taxes makes you rich!

The BBC’s economics editor, Evan Davis, told British radio listeners this week that high fuel prices were not all bad news: the money lost at the pump, he said, is partly offset by a number of benefits.

Like what? For one thing, Davies explained, oil companies are raking in profits, and that is good not just for those who own shares in them directly, but also for the millions who have a stake in pension funds or saving institutions that do…

Well, I suppose that is true – and after the next oil spill we shall think of all the cash the chemical industry is making from the clean-up and be thankful for small mercies.

But, Davies adds, even more significant that corporate winnings from high fuel prices is the “cashback” the public gets from higher tax receipts going into the Treasury:

“If prices stay where they are, (Chancellor of the Exchequer) Gordon Brown will get about £2bn more than he expected next year, the equivalent of 60p a week for every man, woman and child in the country.

It may not pay your extra petrol costs, but it’s a help.”

The notion that people benefit from having the Treasury spend their money for them could only to occur to a journalist living off the public purse.

In fact I marvel at Davies’s restraint. If taxpayers are correspondingly better off by handing whatever cash they can spare over to the government, why stop at a paltry 60p ($1) a week?

If his logic is valid, we would all be much richer if fuel taxes were doubled to £1.50 a liter ($11 a gallon).

Come to think of it, it would actually make sense for people to hand over all their earnings to the government.

Assuming a 100% income tax rate had no effect on output, this would bring Mr Brown an extra £600bn a year – a gain of £200 ($350) a week for every man, woman and child in the country.

That would certainly take care of higher fuel bill – and buy a new Jaguar for everyone!

Sardanapale @ 4:58 pm
Filed under: General

# Posted on Sunday 7 August 2005 - 1 Comment

L’équation de la corruption

L’équation entre capitalisme et corruption est l’idée au monde la plus partagée. Un système fondé sur l’intérêt personnel peut-il engendrer autre chose que la cupidité?

Certes, le marché procure des biens matériels, mais en contrepartie il nourrit un regrettable culte de l’argent – “l’argent qui tue, l’argent qui ruine, et l’argent qui pourrit jusqu’à la conscience des hommes,” comme disait François Mitterrand.

L’équation capitalisme = corruption sous-tend le marxisme du XIXe siècle, ainsi que les tentatives au XXe de construire des sociétés parfaites, libérées du vice fondamental que constitue le profit. Dans le monde libre, elle est acceptée par les réactionnaires comme par les progressistes (Mitterrand était un peu des deux).

Cette équation a survécu au communisme, et perdure au sein d’une nouvelle internationale anticapitaliste, plus informelle mais aussi plus séduisante que l’ancienne.

Pour ceux qui veulent moraliser la politique dans les pays pauvres, elle est une évidence. Les activistes ogonis du Nigeria tiennent Shell responsable de la corruption entretenue par la manne pétrolière.

Au Brésil, nombreux sont ceux qui considèrent le scandale qui frappe le Parti des Travailleurs (PT) du Président Lula da Silva comme le fruit de la politique libérale du gouvernement. Même en Asie, qui connaît depuis 30 ans une croissance inouïe, la corruption est perçue comme une malencontreuse retombée du capitalisme.

Ces idées sont fausses. L’équation correcte est en fait celle-ci: étatisme = corruption.

Les décideurs économiques attirent l’argent. Dans un système concurrentiel, ces décideurs sont les clients, et les entreprises réussissent en consacrant leurs ressources au plus vertueux des bakchichs: des produits de qualité aux meilleurs prix. Dans une économie étatique, ce sont les ronds-de-cuir qu’il faut courtiser.

Il existe un lien organique entre corruption et règlementation. Ce lien, évident lors de la prohibition aux États-Unis, est tout aussi solidement établi aujourd’hui.

L’éminent économiste Jagdish Bhagwati a écrit, à propos de son Inde natale: “Trop de bureaucrates imposent des restrictions dont le seul objet est de récolter des pots-de-vin.”

C’est également le cas au Brésil, où ce ne sont pas les réformes qui entretiennent la concussion, mais une mentalité socialiste dont le PT ne s’est pas débarrassé.

Lula a créé une demi-douzaine de ministères et 120,000 emplois publics – réservés pour une grande partie aux loyalistes du parti. Les prélèvement publics représentent 37% du PIB, contre 25% il y a une 10 ans. The Economist parle à juste titre d’une “alliance malsaine pour exploiter un État boursouflé”.

La corruption est moins généralisée en Extrême-Orient qu’en Amérique latine ou en Afrique, mais elle découle tout autant de l’étatisme. Les scandales qu’ont connus entre autres le Japon, la Corée du sud, et les Philippines tirent leur origine des réglementations et de l’encadrement du crédit qui caractérisent ces pays.

Pour lutter contre les abus, les gouvernements se contentent la plupart du temps de poursuivre des individus. La répression est sans doute nécessaire, mais elle ne suffit pas. Les lois anti-corruption draconiennes promulguées au Brésil après la destitution du Président Fernando Collor de Mello en 1992 ont manifestement été peu suivies d’effet.

La Chine emprisonne régulièrement des responsables véreux par fournées. En France, j’ai arrêté de compter les lois sur le financement des partis; j’ai aussi arrêté de compter les affaires de fausses factures.

La répression ne s’attaque pas aux sources du problème. La meilleure garantie contre la corruption, c’est un État modeste.

Pourquoi un patron arroserait-il des bureaucrates qui n’ont pas le pouvoir de lui accorder une licence d’importation, une ligne de crédit, ou de casser ses concurrents?

Comme l’a dit un chef d’entreprise de Hong Kong cité jadis par la Far Eastern Economic Review:

“Si l’État laisse aux citoyens 90% de ce qu’ils gagnent, il ne peut pas faire beaucoup de dégâts.”

Small government = small corruption

It is a “truth” universally acknowledged that capitalism leads to corruption. How can a system based on self-interest foster anything other that greed?

Sure, the market can deliver material goods, but its dark side is a money-grubbing culture that corrodes public and private morals.

The equation capitalism = corruption lies at the heart of 19th-century Marxism and efforts in the 20th to create a perfect, profit-free society under Communism.

It was also widely accepted by Western reactionaries and progressives alike – French President François Mitterrand (who was a bit of both) denounced “money that kills… money that rots the conscience of men.”

The equation survived the fall of the Communist empire, and is accepted as an article of faith by a new, informal anti-capitalist international. Crucially, it holds sway among those in the developing world who campaign against the corruption they endure.

Ogoni activists in Nigeria largely blame Royal Dutch/Shell for the misuse of oil money. In Brazil, the scandal engulfing the Workers Party (PT) of President Luiz Inacio Lula da Silva is widely regarded as the result of pro-market policies many see as a betrayal of his left-wing roots.

Even in Asia, which has enjoyed stellar growth by embracing globalization, corruption is thought to be a side-effect of capitalism.

Such views are wrong. In fact the corruption equation should be turned on its head: big government = big corruption.

Money naturally goes where economic power lies. In a system based on competitive markets, the only people to bribe are customers in the most virtuous form of payoff – economists call it “efficiency gains” and the rest of us “low prices”. In a state-controlled economy, kickbacks go to officials.

There is an organic link between state controls and corruption. This link is as well-documented now as it was under prohibition in the US.

Leading economist Jagdish Bagwati writes about his native India: “Far too many bureaucrats impose senseless restrictions just to collect bribes or to exercise power. Letting markets function is therefore often an egalitarian allocation mechanism.”

The same is true of Brazil. Corruption there is not rooted in the reforms courageously undertaken by Finance Minister Antonio Palocci, but in a socialist mindset the PT appears unable to shake off.

As a concession to the Left, Lula has allowed ministries and public jobs to proliferate, increasing the patronage power of the government in what The Economist rightly calls an “an unholy alliance to milk a swollen state”. As a result, the share of GDP gobbled up by taxes has risen to 37%, up from 25% a decade ago.

In the Far-East corruption may not be as pervasive as in Latin America or Africa, but its cause also lies in lingering statism. Scandals in Japan, South Korea, Indonesia, and the Philippines – among others – can all be traced to perverse incentives created by protectionism, regulation and government control of credit institutions.

To combat corruption, governments confine themselves to punishing wrongdoers. But removing the bad apples is not enough to stop the rot. In 1992 Brazil threw out its scandal-tainted president, Fernando Collor de Mello, and enacted stringent anti-graft laws – to singularly little effect.

China launches campaigns against bent politicians, each one more ruthless than the last. I lost count of laws on party funding in France a decade ago – about the same time I lost count of corruption indictments.

Punishment yields disappointing results because it does not tackle the root cause of abuse. What is the point of handing bags of cash to bureaucrats who do not have the power to bail out your business, grant an import license, or close down your competitors?

A modest state is the only lasting answer to corruption. As a Hong Kong entrepreneur once told the Far Eastern Economic Review:

“If a government lets people keep 90% of what they earn… they (officials) cannot do too much harm.”

Sardanapale @ 9:11 pm
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# Posted on Thursday 4 August 2005 - Comments Off on La révolution judiciaire n’aura pas lieu – Bush and the Supreme Court

Bush et ses juges

Selon de nombreux commentateurs, les décisions les plus importantes que George Bush sera amené à prendre au cours de mois et des années qui suivent seront ses nominations de juges à la Cour Suprême.

Le président a déjà amorcé ce qui peut être un tournant en désignant un conservateur qui – s’il est confirmé – remplacera la centriste Sandra Day O’Connor. D’autres pourraient bientôt se retirer à leur tour, notamment le doyen des juges de gauche John Paul Stevens, 85 ans, ce qui donnerait au président d’ancrer encore plus profondément à droite la cour la plus puissante au monde.

Mais d’après Jonathan Rauch, ni les craintes des uns et ni espoirs des autres ne sont justifiés. Il n’y aura pas de révolution juridique, explique-t-il dans un excellent article.

La raison en est que les juges conservateurs ne forment pas un bloc. Pour faire simple, ils peuvent être divisés en deux groupes, les “originalistes” et les “majoritariens”. Les uns et les autres s’opposent aux juges de gauche qu’ils accusent d’usurper un pouvoir législatif qui appartient aux représentants élus, mais ils tirent opposition de philosophies juridiques bien distinctes.

Les “originalistes” considèrent l’intention des rédacteurs de la Constitution comme pierre de touche. Pour les Pères fondateurs, par exemple, les droits de propriété étaient sacrés: dans une récent affaire portant sur le droit de préemption (Kelo contre New London), les originalistes se sont donc opposés à ce qu’ils considéraient comme un usage abusif de ce droit par une municipalité du Connecticut.

Les “majoritariens” envisagent la question sous un autre angle: ils estiment que des juges ne peuvent s’opposer au processus démocratique que si la lettre de la Constitution a été manifestement enfreinte. Dans la plupart des cas, ils laisseront le dernier mot aux élus.

Certes, le majoritarisme et l’originalisme sont davantage des tendances plus que des catégories bien nettes. Le conservateur Robert Bork, bête noire des “libéraux” et auteur d’un remarquable manifeste majoritarien, The Tempting of America (1990), est aussi un originaliste. Mais dans nombreuses affaires, la logique majoritarienne va contribuer à contrer l’originalisme – comme ce fut le cas pour Kelo contre New London.

L’article a suscité un débat sur le site du juriste californien Eugene Volokh, où certains contributeurs estiment que Rauch a tort de considérer l’originalisme comme une forme d’activisme juridique (l’insulte suprême pour un conservateur).

Je ne me prononcerai pas sur cette question, qui dépasse mes capacités et de toute façon me semble secondaire. En revanche l’idée principale de Rauch – à savoir l’existence d’un courant important à droite qui hésite à s’opposer à la vox populi – est valide et précieuse.

La dichotomie entre originalistes et majoritariens non seulement nous aide à comprendre les arrêts passés de la Cour Suprême, mais elle sert de guide pour ses débats à venir.

Certains juges conservateurs repousseront les appels à entraver la démocratie, qu’ils viennent de la gauche (comme certaines les affaires de signes religieux) ou de la droite (comme dans celles de “droit à la vie”). Bref, ce n’est pas en étant majoritarien qu’on fait la révolution.

No revolution on the Supreme Court

George Bush, it is often said, will get a chance to make his mark on US politics for decades through his appointments to the Supreme Court.

To succeed the retiring Sandra Day O’Connor, he has picked a more solid conservative who could still be handing down rulings in the 2030s. Since most other justices are elderly (notably the liberal John Paul Stephens, 85) the president could be in a position to further tilt the balance in the most powerful court in the world – a prospect viewed with anticipation on the Right and trepidation on the Left.

But Jonathan Rauch, in a characteristically thought-provoking article in the National Journal, says the fears and the hopes are overdone. There will be no revolution, he argues, because judicial conservatives are not a united bunch.

To oversimplify somewhat, they come in two varieties (Rauch has three): the “originalists” and the “majoritarians”. Although all oppose liberal “activists” they accuse of making law and inventing rights, the two strands derive their opposition from distinct judicial philosophies.

“Originalists” see the intentions of the framers of the Constitution as the touchstone of all legislation. In a recent cause célèbre involving public seizure of private land originalists opposed efforts by the city of New London, Connecticut, to turn an impoverished neighbourhood over to developers because the Founders regarded property rights as sacrosanct (the issue was not the recognised right of governments to take property for public use as long as owners are compensated, but the dubious definition of “public use” in this case).

“Majoritarians” approach such issues from a different angle. Unelected judges, they say, have no business overriding the democratic process unless the letter of the Constitution has clearly been violated. In most cases, they will defer to elected assemblies.

Of course, majoritarianism and originalism are tendencies rather than clear-cut categories. The liberals’ bête noire, Robert Bork, wrote a 1990 book that was an eloquent majoritarian manifesto defending the right of legislatures to make laws, including stupid ones – but he also puts forward originalist arguments.

However on many issues majoritarian logic will side with liberalism to defeat originalism – as occurred in the New London case in June.

The National Journal article has been debated on Eugene Volokh’s website, with some contributors taking Rauch to task for equating originalism with activism.

I cravenly plead the Fifth on that one (both sides seem to me to have good points). But surely this is a side issue, and Rauch’s main contention – the existence of a strong trend among judicial conservatives that expects elected assemblies to have the final say most of the time, for better or for worse – is enlightening.

The majoritarian/originalist dichotomy not only helps make sense of past Supreme Court rulings, but it also offers a useful guide to future debates.

Some conservative justices will refuse to thwart democracy whether the thwarters be on the Left (as in cases involving religious deplays) or on the Right (as in “right-to-life” cases). Majoritarianism is not the stuff revolutions are made of.

Sardanapale @ 12:12 pm
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