Sardanapale

Posted on Friday 1 July 2005

Présidence britannique: pas de panique

La nouvelle présidence de l’Union européenne en inquiète certains. “Le Premier ministre britannique, maître de l’Europe, a les mains libres pour insuffler un vent libéral”, titrait France-Soir (dans un audacieux mélange de métaphores).

“Tony Blair aux commandes d’une Europe en crise”, renchérissait Le Figaro, qui se rassurait en notant que le discours britannique, “souvent caricatural, est accueilli avec scepticisme” sur le continent.

Si les franchouillards voient venir Blair avec appréhension, les réformistes mettent leurs espoirs en lui. “Arrivera-t-il à redonner du tonus à une Union européenne aujourd’hui KO debout, après le rejet populaire franco-néerlandais de la Constitution et l’ouverture d’une grave crise intergouvernementale sur le budget futur de l’UE? C’est tout le mal qu’on (lui) souhaite,” écrit Alain Hertoghe.

Ni les craintes des uns ni les espoirs des autres ne sont justifiés.

Tout d’abord, le pays qui préside l’UE pour six mois n’est pas le “maître de l’Europe”. L’accord de 2002 par lequel la France et l’Allemagne ont figé les subventions agricoles a été conclu sous la présidence du Danemark, dont le gouvernement est libéral et réformateur.

Ensuite, l’idée d’un Blair cherchant à casser l’Europe politique pour lui substituer un marché pur et parfait est une fantasmagorie. Les travaillistes britanniques, certes plus libéraux que la droite française, sont en fait des sociaux-démocrates bon teint qui parlent avant tout le langage du compromis.

Écoutez Blair: “Je crois en l’Europe comme projet politique. Je crois en une Europe dotée d’une dimension fortement sociale. Je n’accepterai jamais une Europe qui ne serait qu’un marché.”

Écoutez Jack Straw sur la libéralisation des services: “Je suis conscient des préoccupations en France et ailleurs… En tant que pays président, nous avons la responsabilité de tenter de trouver une issue.”

Il y a quinze jours, à l’occasion d’une bataille au sommet en Belgique sur le budget européen, je comparais Blair au Duc de Wellington et me réjouissais à l’idée d’une défaite française. Celle-ci aura sans doute lieu, mais pas tout de suite. Même les déroutes se font lentement dans l’UE.

Pour l’immédiat, ce n’est pas l’anniversaire de Waterloo le 18 juin qui a donné le ton de la nouvelle présidence, mais le bicentenaire de Trafalgar le 29. Soucieux de ménager les susceptibilités, les organisateurs britanniques n’ont fait aucune mention des flottes françaises, anglaises ou espagnoles lors de la reconstitution de la bataille.

Que les franchouillards se rassurent: les Britanniques n’auront ni l’ambition, ni les moyens, ni l’impolitesse d’imposer quoi que ce soit à leurs partenaires.

The Non-Struggle for Mastery in Europe

The start of the UK presidency of the European Union has the French worried. “The British prime minister is the master of Europe and has a free hand to steer the union towards freer markets,” ran a headline in France-Soir.

“Tony Blair is taking over the controls of Europe in crisis,” Le Figaro chimed in, taking comfort from the idea that that the British “discourse, which is often a caricature of itself, is greeted with scepticism” on the continent.

While the bulk of Little France is fretting, a few reformists are looking to Blair to save Europe from their own government. “Will he invigorate to the European Union, which is in the ropes following the rejection of the Constitution by French and Dutch voters and the opening of a rift between members over EU finances? Let’s wish him good luck,” Alain Hertogue writes in his blog.

But both the fears and the hopes are misplaced.

First of all, the country that presides over the EU for six months is not the “master of Europe”. The scandalous 2002 French-German agreement that entrenched farming subsidies for another 11 years was stitched up under the presidency of pro-reform Denmark.

Furthermore, the description of Blair as a market fundamentalist who seeks to destroy political union is pure fantasy. The British are economically more liberal than the French, but that is not saying much. They are social-democrats who speak the language of compromise.

Listen to Blair: “I believe in Europe as a political project. I believe in Europe with a strong and caring social dimension. I would never accept a Europe that was simply an economic market.”

Listen to Jack Straw: “I am aware of the concerns in France and elsewhere” about deregulation in services, “and our own responsibility as the presidency is to try to find a way through”.

Two weeks ago, after the budget battle at the summit in Belgium, I compared Blair to the Duke of Wellington and looked forward to a French defeat.

I do believe this will come – but not for a while. Nothing happens quickly in the EU, not even routs.

In the short term, the tone of the British presidency was set not by the anniversary of Waterloo on 18 June, but by the Trafalgar bicentennial 11 days later.

The British went out of their way to avoid offending continental sensitivities: no mention was made of the English, French or Spanish fleets; the re-enactment was carried out by blue and red ships.

Little France has nothing to worry about. The Brits do not have the desire, the power, or the bad manners to impose anything on their European partners.

Sardanapale @ 10:56 pm
Filed under: Europe andFrance

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