Sardanapale

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# Posted on Sunday 31 July 2005 - 1 Comment

Délit de sale gueule?

Le dispositif policier mis en place après les attentats de Londres, et notamment la mort d’un jeune Brésilien tué par erreur, pose la question du “filtrage racial” des suspects.

Certains craignent que dans la paranoïa ambiante, tous ceux qui n’ont pas la peau blanche soient traités comme des terroristes en puissance.

Cette crainte est exprimée de façon humoristique par un panneau observé récemment à la station de métro londonienne Notting Hill Gate (voir image à droite):

“Vous êtes priés de ne pas courir sur les quais – surtout si vous avez un sac sur le dos, un gros manteau, et l’air un peu métèque. Il y a va de votre propre sécurité. Merci.”

Certains Londoniens originaires du Moyen-Orient ou d’Asie du sud affirment, en plaisantant à moitié, qu’ils arborent dans le métro une copie de The Economist pour mettre en évidence leur appartenance au monde civilisé.

La journaliste Yasmin Alibhai-Brown, en revanche, ne plaisante pas du tout quand elle écrit: “Toutes les familles arabes et asiatiques que je connais ont plus peur des flics qui tirent pour tuer que des bombes.”

Les policiers britanniques affirment haut et fort qu’ils ne prennent pas pour cible ceux qui ont la peau brune. Mais c’est à New York, la ville la plus multiethnique au monde, que les autorités font le plus pour dissiper, en ces temps de vigilance renforcée, tout soupçon de tri racial.

Les fouilles de sac opérées dans le métro de la ville se font totalement au hasard: l’apparence des quidams stoppés n’entre pas en ligne de compte. De plus, ces derniers ont le droit de ne pas se soumettre à l’inspection – en quel cas l’accès au métro peut leur être interdit.

De telles précautions ne sont pas a priori absurdes: le tri sur des critères physiques pose problème et doit être maniée avec la plus grande prudence. Mais dans le cas présent, cette pratique semblent justifiée et les scrupules des autorités new-yorkaises exagérés.

Il n’y a rien de raciste ou d’irrationnel à considérer des blonds scandinaves ou des grand-mères chinoises comme des risques négligeables. L’inspection de leurs sacs ne sert à pas grand-chose, si ce n’est à ménager les susceptibilités des autres – un louable exercice de public relations totalement annulée dans le cas de New York par le traitement scandaleux infligés à des touristes sikhs britanniques auxquels des policiers ont passé les menottes.

(De plus, on voit mal l’utilité de fouilles auxquelles un kamikaze qui aurait la malchance de se faire stopper peut se soustraire, lui permettant de renouveler sa tentative ailleurs.)

Le filtrage racial, ai-je écrit, me semble justifiée dans les circonstances actuelles. Mais quels sont les éléments qui le rendent acceptable? Je proposerais les critères suivants:

– Il s’agit de parer à une menace que les enquêteurs savent grave et immédiate sans avoir de renseignement précis sur les auteurs.

– D’autre critères que la race doivent être pris en compte – en ajoutant le sexe et l’âge (la quasi-totalité des poseurs de bombes en Europe sont des hommes jeunes) on ratisse encore bien large, mais c’est un début de ciblage plus précis, le seul disponible initialement.

– Il faut respecter la distinction entre inspection et sanction. Les membres de groupes “à risque” ne sont pas des suspects. Cette distinction cruciale me semble être observée actuellement.

– Un travail d’explication – voire pourquoi pas d’excuses – doit être effectué auprès des groupes visés. Cette idée a été exprimée par Tunku Varadarajan du Wall Street Journal, qui défend le filtrage racial dans les conditions actuelles, même si en tant qu’Indien il a un “mauvais” profil:

“Nous devons demander à une section de la société de tolérer une surveillance accrue, en leur demandant également de s’efforcer d’éliminer la menace. Il est tout aussi important de demander au reste de la société de ne pas soupçonner tous ceux qui présentent des certains signes physiques, sans toutefois pousser notre société à baisser sa garde en vertu de scrupules raciaux ou moraux.”

Au-delà de la question du filtrage, il est essentiel que les autorités s’expliquent clairement sur la façon dont les véritables suspects sont traités.

C’est ce que n’a pas fait la police londonienne. Il est déplorable que les Britanniques aient attendu la mort de l’infortuné Brésilien pour apprendre que les agents avaient pour consigne d’abattre froidement les terroristes en puissance. Et on ignore toujours les critères précis en fonction desquels ils prennent une telle décision.

Si les autorités avaient fourni ces explications, on peut supposer que le jeune homme en question – qui était en situation irrégulière – se serait abstenu de fuir. Il vaut mieux risquer l’expulsion que cinq balles dans la tête.

Pour résumer, en ces temps exceptionnels on peut accorder à la police des pouvoirs exceptionnels – et notamment tolérer le filtrage racial – mais en échange les citoyens sont en droit d’exiger plus de transparence.

À cet égard, la notice de la station Notting Hill Gate fournit un excellent modèle – bon, disons qu’il en faut une version sérieuse.

A defense of racial profiling

The responses to the London attacks, especially the killing by police of a Brazilian mistaken for a terrorist, have thrown up the issue of “racial profiling”.

Many worry that in these times of creeping paranoia and “shoot-to-kill” policing, all dark-skinned people may be falling under suspicion with deadly consequences.

These fears were expressed in a humorous way by on tis notice board spotted at Notting Hill Underground station last week:

Those who heed this sensible advice must still endure suspicious glances from fellow commuters. Some Londoners of Middle-Eastern and South-Asian origin have said – only half in jest – that they conspicuously read the Economist to advertise their membership to civilized society.

Columnist Yasmin Alibhai-Brown has written, not at all in jest: “For all the Asian and the Arab families I know, this blast-to-kill policy is more scary than the bombs.”

London police deny targeting people on the basis of their appearance alone. But nowhere have the authorities tried harder to dispel fears of “racial profiling” than in the multi-ethnic capital of the world, New York.

There the searches instituted in response to the London bombings are truly random. NYPD officers have been ordered to inspect every twelfth of fifth bag regardless of who the carrier is. Those who refuse to comply can be turned away, but not forced to submit to the search.

Racial profiling is a delicate issue, which rightly triggers alarm bells. But in the case of Islamic terrorism the concerns are overdone.

An absolutist rejection of the practice is clearly wrong. It is neither racist nor irrational to regard Scandinavian blondes and Chinese grandmothers as negligible threats.

Inspecting their bags serves no other purpose other than to advertise the officers’ racial sensitivity — a public-relations effort that was negated in the case of New York by the outrageous way a bus-lead of British Sikh tourists were handcuffed and searched.

(Besides, what is the point of a policy that allows a bomber unlucky enough to have been selected at random to tell officers: “No you can’t search my bag” and try his luck at another entrance?)

I have stated that racial profiling is justified in the current emergency. But what is it that makes it acceptable? There is ample room for reasonable argument, but here are a few criteria:

– The threat is great and urgent enough to warrant immediate action with little or no information.

– Other clues are taken into account if at all possible – in the current situations narrowing the suspects down to young men probably makes sense, although it still casts the net widely.

– People are singled out for scrutiny, not for punishment. Politely asking people to open bags is fine; handcuffing them is not.

– Members of the targeted community should be involved – and even apologised to. This point was put by Tunku Varadarajan of the Wall Street Journal, an Indian-born man with the wrong “visual profile” who nevertheless defended racial profiling in a recent article :

“We have to ask one section of society to bear up under heightened scrutiny, asking them also to work extra hard -visibly so – to expunge the threat. Meanwhile, and just as important, we must ask the rest of society not to stigmatize those who conform to the broad physical category while also not allowing feelings of racial and moral guilt to slow our society’s response to danger.”

Beyond the issue of screening, police should explain clearly to the citizenry how suspects will be handled.

Whether or not the officers who shot the Brazilian man followed the proper procedures, the police force has already failed the public by not explaining what those procedures are.

Until the fatal incident at Stockwell station, Londoners had no idea there was a shoot-to-kill policy in place, and they are still unclear about what type of behaviour will unleash it.

The Brazilian had overstayed his visa, which could explain why he ran from police. Had he known that the officers were likely to shoot, he might have decided that deportation was preferable to five bullets in the head, and stayed put.

In short, citizens are entitled to expect clarity from police, in exchange for the extraordinary powers they righly require, including the power of racial profiling.

In fact what the British public needs is something like the Notting Hill Underground notice – well, a serious version of it.

Sardanapale @ 6:13 pm
Filed under: Terrorism

# Posted on Monday 25 July 2005 - Comments Off on Les morts irakiens – dead reckoning

Comment faire parler les morts irakiens

Certains esprits, dit-on, se rencontrent. J’ignore si c’est le cas des grands esprits, mais cela semble être vrai de Sardanapale et The Economist.

Dans un éditorial de son dernier numéro, l’hebdomadaire reconnaît qu’il y a sans doute un lien entre le conflit en Irak et le terrorisme en Grande-Bretagne, mais ajoute: “So what?” J’ai employé ces mots mardi dernier pour exprimer la même idée.

Comme le souligne The Economist, ceux qui concluent qu’un tel lien justifie le retrait des troupes se trompent lourdement.

“Il n’en va pas simplement du principe selon lequel la politique étrangère des démocraties doit être le fait de gouvernements représentatifs, et non celui de jeunes gens en colère prêts à tuer.

Mais aussi, quelles que fussent les raisons qui poussèrent les États-unis et la Grande-Bretagne à envahir l’Irak en 2003, ces deux pays ont l’obligation morale de ne pas abandonner tout un peuple aux tueurs.”

Mais c’est un autre point de vue britannique sur l’Irak qui a attiré mon attention la semaine passée. Un certain “Iraq Body Count and Oxford Research Group” a fait le décompte des victimes civiles du conflit de mars 2003 à mars 2005: 24.865 morts au total.

Qui sont les tueurs? Les insurgés en font certes partie, mais ils ne sont responsables que de 9% des pertes civiles.

Les assassins les plus prolifiques, nous expliquent les auteurs, ne sont autres que ceux de la coalition, avec un total de 37% de morts à actif. Les autres victimes sont tombés sous les coups de criminels (36%) et de tueurs non identifiés.

Le principal message du rapport est clair: “Le nombre croissant des victimes irakiennes est le prix oublié de la décision d’entrer en guerre,” d’après un des auteurs.

Comment peut-on désigner les soldats américains et leurs alliés comme les principaux tueurs de civils irakiens, alors des bombes humaines continuent de faire des massacres au rythme de deux ou trois pas semaine?

Il suffit d’un peu d’ingénuité statistique. Dans un premier temps, il s’agit de créer une catégorie (“victimes civiles”) réunissant les personnes tuées au cours d’opérations militaires d’envergure, telles que l’assaut initial ou les opérations de 2004 contre Falloudja, et les victimes d’attentats suicide.

Cela permet de d’éviter les distinctions malvenues entre des soldats formés pour épargner les non-combattants au péril de leur vie, et des professionnels de la terreur qui cherchent à tuer le maximum de civils possible.

Dans un second temps, il s’agit d’étaler toutes les pertes sur une durée de deux ans. “En moyenne, 34 Irakiens ordinaires par jour ont connu une mort violence depuis l’invasion de mars 2003,” déclare d’un des auteurs du rapport.

Ce tour de passe-passe permet d’assimiler des opérations militaires qui furent ponctuellement meurtrières dans le passé à une guérilla qui continue de tuer des centaines de personnes tous les mois, et de présenter les deux comme des dangers planant sur les civils aujourd’hui.

Voilà qui est fort ingénieux, et qui devrait donner des idées à l’État-major américain.

Le Pentagone pourrait, en utilisant la même logique, échelonner sur deux années les 9000 civils tués au printemps 2003 et au cours des assauts contre Falloudja, et dire: “Nos offensives en Iraq ont fait en moyenne 12 morts civils par jour – ce qui exceptionnellement bas pour des opérations de cette envergure.”

Je me demande comment le “Iraq Body Count and Oxford Research Group” réagirait face à une telle casuistique.

Dead reckoning

Some minds are supposed to think alike. I don’t know if great ones do, but Sardanapale and The Economist seem to.

In a leader about terrorism in Britain and the Iraq war, the newspaper writes: “There may be a link (between the two). But so what?” I made the same point in almost exactly the same words last Tuesday.

The Economist argues that Blair is wrong to refuse to acknowledge a possible link between the London bombings and Iraq. But those who go on to call for a withdrawal from Iraq are even more mistaken.

“This is not only because of the need to defend the principle that the foreign policy of democracies should be made by representative governments, not by disaffected young men bent on murder. It is also because, whatever reasons America and Britain had for invading Iraq in 2003, they now have a moral obligation not to abandon its people to mayhem.”

But I want to draw attention on what another British outfit had to say about Iraq a few days ago. The “Iraq Body Count and Oxford Research Group” crunched the numbers on civilian casualties, and came up with a total of 24,865 violent deaths between March 2003 and March 2005.

Who was responsible for butchering Iraqi civilians in such high numbers? The blame is spread fairly widely, but one group of killers stands above others: US-led coalition troops, who account for a full 37% of all civilian deaths.

Criminals murdered almost as many non-combatants. As a group, insurgents came a distant third with only 9% of deaths (the rest is blamed on assorted baddies and unknown killers).

The main thrust of the report is clear: “The ever-mounting Iraqi death toll is the forgotten cost of the decision to go to war in Iraq,” one of the authors said. How can the authors present the coalition troops are the main slaughterers of civilians is a country where suicide bombers blow themselves up in crowds every day?

The answer hinges on clever statistics. The first thing to do is to create a category (“civilian deaths”) that includes both those killed during in combat operations – the initial push to Baghdad and the later assaults on Falluja – and the victims of suicide bombers.

This conceit has the double advantage of sounding humane – one loss of life is as tragic as another – and ignoring irrelevant distinctions such as that between professional soldiers trained to minimize civilian casualties at the risk of their own lives and terrorists bent on killing as many people as possible.

The second stage consists in averaging out the deaths over a two-year period. “On average, 34 ordinary Iraqis have met violent deaths every day since the invasion of March 2003,” the authors of the report say.

Note the sleight of hand that consists in equalising the impact of large-scale but short-term operations that took place in the past with that of guerrilla campaign that continues to blow up people by the dozen every week. This enables the authors not just to present both as current threats to civilians, but to ensure that the former dwarfs the latter.

The trick is so ingenious it’s a wonder the Pentagon hasn’t thought of putting it to good use itself. Imagine a Centcom press release arguing that the 9,000 civilians killed during the initial onslaught and the 2004 Falluja offensives must be spread over two years: “Thus our combat operations in Iraq have killed 12 civilians a day on average – which is exceptionally low for this kind of large-scale offensive.”

I wonder what the “Iraq Body Count and Oxford Research Group” would think of such self-serving casuistry.

Sardanapale @ 10:23 pm
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# Posted on Friday 22 July 2005 - 3 Comments

Le médecin, comique malgré lui

Trop fatigué pour faire dans l’originalité ou le bilinguisme aujourd’hui. À la place, je reproduis face-à-face deux textes en français, séparés par quatre décennies mais réunis par un même génie. L’un, de Bernard Kouchner, vient d’être publié par Le Monde; l’autre est de Pierre Dac.

Mais lequel est lequel? Le premier qui répond gagne une tringle à rideau.

TEXTE A

“Notre pays traverse aujourd’hui une crise majeure, face à laquelle les solutions d’hier et les clivages simplistes sont non seulement dépassés, mais nocifs…

Les années à venir seront difficiles. Ne promettons pas monts et merveilles, mesures sociales miraculeuses et avenir assuré pour nos enfants.

Promettons, par la recherche et la persévérance, un effort fécond qui permette à notre pays de se reprendre et de retrouver son rang dans le monde, là où on l’attend, dans l’énergie, l’invention sociale et la générosité.

Notre France doit redevenir une référence pour un nouveau partage des richesses et de l’espoir, ici, chez nous, et là-bas, chez les autres.

Face à ce défi historique, nous souhaitons, mes amis et moi, engager un dialogue avec les Français, car le seul clivage réel, le seul qui à mon sens soit pertinent, est celui qui sépare la vérité du mensonge, le courage du renoncement et l’intérêt général des intérêts particuliers. Il est grand temps d’aller de l’avant.

Addendum: novice du blog, Sardanapale tient à réparer un manquement bien involontaire aux règles du “trackback” en signalant l’excellent billet de Swissroll sur le même sujet. Pardon à l’auteur: je suis prêt à lui envoyer la tringle à rideau.

The art of twaddle

Too tired for bilingual writing today. Instead I am copying/pasting two classic texts in French (apologies to both my English-speaking readers). They were written 40 years apart but are united by a common comical genius. One is by the great lamented Pierre Dac; the other by former French Health Minister Bernard Kouchner. Which is which? Watch this space for the answer.

TEXT B

“Les circonstances qui nous réunissent aujourd’hui sont de celles dont la gravité ne peut échapper qu’à ceux dont la légèreté et l’incompréhension constituent un conglomérat d’ignorance que nous voulons croire indépendants de leurs justes sentiments.

L’exemple glorieux de ceux qui nous ont précédés dans le passé doit être unanimement suivi par ceux qui continueront dans un proche et lumineux avenir un présent chargé de promesses que glaneront les générations futures délivrées à jamais des nuées obscures qu’auront en pure perte essayé de semer sous leurs pas les mauvais bergers que la constance et la foi du peuple en ses destinées rendront vaines et illusoires.

C’est pourquoi, Messieurs et Mesdames, je lève mon verre en formant le vœu sincère et légitime de voir bientôt se lever le froment de la bonne graine sur les champs arrosés de la promesse formelle enfouie au plus profond de la terre nourricière, reflet intégral d’un idéal et d’une mystique dont la liberté et l’égalité sont les quatre points cardinaux en face d’une fraternité massive, indéfectible, imputrescible et légendaire.”

Sardanapale @ 5:35 pm
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# Posted on Thursday 21 July 2005 - Comments Off on Pour en finir avec le terrorisme – The end of terror

Pour en finir avec le terrorisme

Londres, juillet 2005 – Des attentats suicide commis par des islamistes font plus de 50 morts dans les transports en commun. Au parlement, le député George Galloway affirme que les Londoniens “payent le prix” de la guerre en Irak. Il somme le gouvernement de Tony Blair de mettre le Britanniques “à l’abri du danger” en rapatriant les troupes.

Nottingham, avril 2006 – Tony Blair n’ayant pas écouté les conseils de Galloway, 30 personnes meurent dans triple attentat contre un centre commercial.

Londres, novembre 2007 – Des commandos suicide frappent plusieurs villes simultanément, entraînant des élections anticipées remportées par une coalition de gauche.

Le nouveau Premier ministre, George Galloway, s’installe dans ses fonctions et réunit son état-major pour fixer les priorités. Extraits du compte-rendu de la réunion.

Premier ministre: Pour ce qui concerne le point n.1 de notre manifeste. Je crois que la cause est entendue…

Ministre des affaires étrangères: Vous voulez dire le retrait des 20 conseillers militaires qui nous restent en Irak?

Premier ministre: Faisons rapide, Brian. Tenons-nous en au point n.1. Tout est en place, n’est-ce pas?

Chef des Communes: Oui Premier ministre. Les whips m’assurent qu’en cas de vote au parlement nous ferons le plein des voix.

(Dix autres points sont traités tout aussi rapidement. Puis :)

Premier ministre: Comment est-ce que le point 12 se présente, Brian?

Ministre des affaires étrangères (timidement): Du point de vue diplomatique, c’est plutôt délicat… Les présidents français et américains voient ça d’un mauvais oeil…

Premier ministre: Ça me fait une belle jambe! Blair a fait du lèche-cul aux ricains pendant six ans, et regardez où ça a mené le pays! Si Sarkozy veut lui succéder comme préposé en chef au postérieur de Bush, c’est son problème. Sally, vous vouliez dire quelque chose?

Conseillère politique: Nos alliés libéraux démocrates sont contre.

Premier ministre: Bah… On peut toujours s’arranger avec Charles. Si je lui donne la proportionnelle, il va me bouffer dans la main. Norman, je vois que vous piaffez.

Directeur de la communication: Le Telegraph, le Mail et la presse Murdoch vont faire campagne contre…

Premier ministre: Non mais! On est en démocratie ou non? Est-ce que c’est la presse ou le gouvernement élu qui fait la politique du pays? Muzafar, vous souhaitez intervenir?

Secrétaire d’État à la fonction publique: Il nous faudra surmonter bien des réticences parmi les hauts fonctionnaires…

Premier ministre: Ne vous inquiétez pas. Les grands commis de mes deux, j’en fais mon affaire. Bon, je crois que c’est réglé… Pardon… Vous au fond, vous souhaitez intervenir? Rappelez-moi votre nom.

Chef des renseignements: (Nom effacé.) D’après des indices interceptés sur Internet, certains milieux islamiques sont contre cette mesure. Il peut y avoir des attentats.

Premier ministre: Vous êtes sûr?

Chef des renseignements: Il n’y a aucune certitude absolue dans ce domaine. Je parlerai simplement de risque accru.

Premier ministre: J’ai compris. On laisse tomber le point n. 12.”

The end of terror

London, July 2005: British Islamists blow themselves up, as well as 50 other people, on three Underground trains and a bus. MP George Galloway tells the House of Commons that Londoners have “paid the price” for the Iraq war and urges Tony Blair’s government to “remove people in this country from harm’s way” by bringing troops home.

Nottingham, April 2006: Blair has ignored Galloway’s advice, and 30 people die in multiple suicide attacks targeting a shopping center.

London November 2007: More suicide bombings hit several British cities simultaneously, triggering a snap election won by a Left-wing coalition.

The new prime minister, George Galloway, and his advisers meet to set priorities. Here are excerpts from the minutes:

Prime minister: First things first. I think item 1 on our manifesto is can be dealt with swiftly.

Foreign secretary: You mean withdrawing the 20 military advisers we have left in Itaq?

Prime minister: No time wasting, Brian. Let’s stick to “item one”. We’re ready to roll, right?

Leader of the Commons: Yes, Prime Minister. Even if it comes to a parliamentary vote, the whips tell me everybody’s on board.

(The next 10 manifesto items are dispatched with similar speed.)

Prime minister: Now let’s turn to item 12. How’s it looking, Brian?

Foreign secretary (cautiously): Well… To be frank it’s a bit dicey diplomatically, Prime Minister. We could get flak from both the French and the American presidents…

Prime minister: Why should we care? Blair sucked up to the Yanks for six years and look where that got us. If Sarkozy wants to take over as Bush’s poodle-in-chief, that’s his problem. Sally, you wanted to say something?

Political adviser: Our Liberal Democrat allies are against it.

Prime minister: Never mind. You can always cut a deal with Charles. I’ll give him proportional representation and he’ll eat out of my hand. Norman, you’re dying to say something.

Communications director: The Telegraph, the Mail and all the Murdoch papers are against you. You can’t count on The Guardian, only the Mirror will back you on this.

Prime minister: Christ Norman! Do we live in a democracy or not? Who is supposed to run the country – press barons or the elected government? Muzafar, you want to say something.

Junior civil service minister: I am not sure senior civil servants will go along, and we all know what happens when those guys want to block something.

Prime minister: Don’t you worry about bloody Sir Humphreys! Either they play ball or I will play hardball. (Laughter.) That’s settled, then: full steam ahead. Sorry. I hadn’t seen you at the back. Remind what your name is?

Intelligence chief: (Name deleted). According to chatter on the Internet, some Islamic groups are against it. There may be suicide attacks.

Prime minister: Are you sure?

Intelligence chief: There is no absolute certainty in matters of terrorism. We prefer to speak in terms of increased risk.

Prime minister: Understood. We’ll forget about item 12.”

Sardanapale @ 9:53 am
Filed under: Terrorism

# Posted on Tuesday 19 July 2005 - Comments Off on Faux débat – wrong question

Faux problème

Une question obsède les commentateurs britanniques: la guerre d’Irak a-t-elle rendu le pays plus vulnérable aux terroristes?

L’auguste Royal Institute of International Affairs a rendu son avis lundi: “Le Royaume Uni court un risque accru du fait qu’il est le principal allié des États-Unis.” Le gouvernement Blair a énergiquement repoussé cette conclusion.

Mais ce débat est insatisfaisant, pour deux raisons. Tout d’abord il est vicié par la politique.

Pour certains opposants à la guerre en l’Irak (certains seulement, j’y insiste) le lien avec le terrorisme s’impose et fournit un argument massue contre Blair: “Voilà où votre politique nous mène.”

Cet argument, brandi notamment par le parlementaire George Galloway, fait hurler les partisans de la guerre. Ils rejettent tout idée de lien, de peur de faire le jeu de celui qu’on surnommait du temps de Saddam Hussein “l’honorable député de Bagdad centre”.

Curieusement, le camp de la guerre est appuyé dans ce rejet par le gros des opposants à l’alliance Bush-Blair. Les commentateurs du Guardian ou de l’Independent ne veulent pas voir leur noble cause anti-guerre souillée par un amalgame avec celle des terroristes.

Ces sentiments leur font honneur. Mais la question de savoir si la Grande-Bretagne est plus ou moins vulnérable du fait de la guerre d’Irak est tout à fait légitime. Les conclusions mesurées du Royal Institute of International Affairs ne me semblent pas absurdes. Mais je m’empresse d’ajouter: so what?

Cela m’amène au vice principal dont souffre le débat. Les Britanniques se focalisent sur question somme toute secondaire, comme si établir un lien entre la guerre et le terrorisme revenait à rendre celle-là responsable de celui-ci.

La cause fondamentale du terrorisme n’est pas l’Irak. La cause, c’est le fanatisme islamique qui vise à établir un califat mondial en massacrant un maximum d’infidèles.

Toute crise au sein du monde mulsulman fournit à al-Qaïda une occasion d’attirer des recrues. Naguère ce fut l’Afghanistan, l’Algérie, et la Tchétchénie; aujourd’hui c’est l’Irak, et demain ce sera autre chose.

C’est sur la djihad elle-même, et non sur son cri de ralliement du moment, qu’il faut porter notre attention. Il serait suicidaire d’entrer dans le jeu des fous de dieu en nous laissant influencer par eux.

Imaginons qu’al-Qaïda adopte une nouvelle cause, celle du libre-échange. J’ai beau être un inconditionnel de la mondialisation, il ne me viendrait pas à l’idée de dire aux gouvernants occidentaux: “Voyez où vos quotas d’importations nous mènent!”

Au contraire, je descendrais dans la rue pour réclamer avec José Bové davantage de protectionnisme.

The wrong question

Leader writers in Britain are consumed by one question: did the Iraq war make the country a target for terrorists?

On Monday the most august foreign policy think-tank in the land weighed in.

“The UK is at particular risk because it is the closest ally of the United States,” the Royal Institute of International Affairs pronounced in a report. The government angrily rejected this conclusion.
There are two problems with this debate. One is that it has become poisoned by politics.

To some (but by no means all) opponents of the Iraq war, the link between with the London bombings is obvious, and provides a handy argument against Blair: we are under attack because of your policies.

Pro-war types are outraged by what they see as the cynical exploitation of a national tragedy. Any suggestion of linkage is anathema to them, an odious concession to bush-haters like George Galloway.

This position is shared by many British critics of Blair-Bush alliance – notably among The Guardian/Independent Left. They are good democrats and hold the anti-war cause too dearly to have it sullied by any association with terrorists.

This spirit of national unity against terror is admirable. But surely the examination question of whether or not the Iraq war has made attacks more likely is a valid one. The carefully worded conclusions of the Chatham House policy wonks do not seem outlandish to me. But so what?

Which brings me to the main problem about the debate: a point of academic interest has been inflated into one of national importance, as if establishing a link with Iraq war meant identifying the root cause of terrorism.

But this is a not the case. The root cause of terrorism is al-Qaeda’s determination to use mass murder in pursuit of the creation of a global caliphate.

To gain recruits Islam’s unholy warriors use whatever international crisis is at hand. As The Economist writes, before the US invaded Iraq Chechnya and Afghanistan were the rallying calls “and without Fallujah would still be today”.

We should focus not on Iraq, the latest means of recruitment of jihadis, but on the jihadi mentality itself.

Letting these people influence our policy would be suicidal. It is crucial not to withdraw troops at this time, regardless of the right and wrong of such a course.

The rights and the wrongs of any issue they choose to highlight should be ignored. Only their tactics and their goal matter.

Say suicide bombers made free trade their next rallying cause. Sardanapale – a globalization enthusiast – would not tell Western leaders: “Look where your trade restrictions have led us!” He would be out there with José Bové, screaming for more protectionism.

Sardanapale @ 9:47 pm
Filed under: Terrorism

# Posted on Saturday 16 July 2005 - 9 Comments

La maladie terroriste

Quelles sont les causes du terrorisme?

Irak? Mais on peut citer des dizaines d’attentats – de ceux Paris en 1995-6 à ceux de Bali en 2002 – se sont produits avant la guerre d’Irak.

Le soutien américain à Israël? L’administration Clinton, qui s’est démenée pour la paix au Moyen-Orient, a été récompensée par l’attentat du World Trade Centre en 1993, ainsi que ceux qui ont visé les ambassades des États-unis en Afrique et l’USS Cole — sans parler du massacre auquel Los Angeles a échappé par miracle le 1er janvier 2000. Il est douteux que les préparatifs des attentats du 11 septembre aient été affectés par le fait qu’à la mi-2000 Clinton était à deux doigts de trouver une solution au conflit israélo-palestinien.

La pauvreté? Comme si ben Laden venait des bas-fonds de Riyad. Le commando du 11 septembre était constitué de jeunes diplômés destinés à avenir prometteur. Ce ne sont pas les vrais démunis qui sont candidats à l’immolation. Dans les bidonvilles de Dakar, les recruteurs d’Arsenal font plus rêver que ceux d’al-Qaïda.

La dictature? Il existe des cellules terroristes dans toute l’Europe occidentale. Les attentats de Londres ont été commis par des Britanniques qui n’ont jamais connu la tyrannie.

Le soutien à des dictatures? Quel régime odieux la Thaïlande – dont des centaines de citoyens ont été par des terroristes depuis 18 mois – soutient-elle? Et l’Indonésie?

Quelle est alors la cause du terrorisme? “Ce qu’il y a de terrible quand on la cherche la vérité, c’est qu’on la trouve,” disait Rémy de Gourmont. Le seul lien entre tous les attentats que j’ai cités est qu’ils ont été commis par les musulmans, et au nom de l’islam.

Je ne dis pas que l’islam lui-même est la source du terrorisme actuel: c’est une pathologie de la religion qui est en cause, ce que l’écrivain tunisien Abdelwahab Meddeb appelle la “maladie de l’islam”.

L’analyse épidémiologique des idées établie par Richard Dawkins, notamment dans son texte incontournable Viruses of the Mind, s’applique parfaitement à l’islamo-terrorisme.

À l’instar des gènes qui exploitent la capacité d’autoreproduction de l’ADN, les idées se propagent en profitant de la propension de l’esprit humain à transmettre et absorber les informations; comme les pathogènes, les idées destructrices se répandent par contagion, aux dépens du véhicule temporaire qu’est leur hôte.

Dans le cas du terrorisme islamique, le virus prolifère par la religion qu’il infecte. Comme Abdelwahab Meddeb, il faut voir l’islam comme le malade, et non la maladie.

D’autres doctrines ont été jadis contaminées par des pathologies qui ont corrompu jusqu’à l’esprit de sacrifice en le mettant au service de la haine. La chrétienté fut atteinte sous les croisades. Plus près de nous, dans les années 1970 et 1980. Le terrorisme était marxiste.

Bien sûr, il existe sans doute des hôtes plus vulnérables que d’autres, et le marxiste semble susceptible à l’infection. J’ignore l’état de santé fondamental de l’islam. Mais ce que je sais, c’est qu’il est atteint et qu’il faut l’encourager à combattre la maladie.

Il est dangereux de fournir un diagnostic faussement rassurant en cherchant les causes du terrorisme ailleurs. Il faut dire la vérité au patient.

Je ne sais pas où le prochain attentat suicide aura lieu: dans un pays riche ou pauvre? Un pays arabe, pro-israélien, ou neutre? Je ne sais pas s’il frappera un allié ou un ennemi des États-unis. Mais ce que je sais, c’est que les poseurs de bombes seront des musulmans qui voudront écraser les infidèles.

The terror meme

What are the causes of terrorism?

The Iraq war? Thousands of people were killed in attacks that took place before the Iraq invasion – the Paris attacks of 1995-6, 9/11, the 2002 Bali bombings, to name but a few.

US support for Israel? The Clinton administration worked harder than any other for peace in the Middle-East, and al-Qaeda mushroomed under its watch. In the 1990s Washington’s efforts to bring Israelis and Palestinians together were rewarded by the first attack on the World Trade Center, as well as those on its Kenyan and Tanzanian embassies and the USS Cole – not to mention the foiled plan to bomb LA airport on New Year’s 2000. 9/11 was being planned as the administration was making a final, heroic push for peace in mid-2000. Furthermore, Arab countries — including Morocco, Tunisia and Saudi Arabia — have been hit by terrorist attacks.

Poverty? Bin Laden did not exactly emerge from the slums of Ryadh. Those who planned and carried out the 2001 attacks on the US were graduates leading middle-class lives. They did not act out of desperation, but out of ideology. Poor young men in Accra seek to attract the attention of scouts from Arsenal football club, not al-Qaeda.

Dictatorship? There are terrorist cells across Western Europe. The London bombings were perpetrated by British men who have never known dictatorship.

Support for dictatorships? Terrorism has claimed 1,000 lives in Thailand in the past 18 months. Which odious regime does Bangkok support? Or Indonesia, for that matter.

So what is the cause of terrorism? As the French writer Rémy de Gourmont once wrote, “the awful thing when you look for the truth is that you find it.” The glaring link between all the attacks I have mentioned is that they have been carried out by Muslims in the name of Islam.

I am not claiming that Islam itself is the cause of terror, only pointing to a perversion of religion which the Tunisian writer called “the disease of Islam”.

The epidemiological approach to ideas was pioneered by the British zoologist and essayist Richard Dawkins – notably in his classic Viruses of the Mind article. His analysis applies to Islamic terrorism.

Just as genes use the self-replicating mechanism of AND to thrive, ideas spread by using the propensity of the human mind to absorb and pass on information. In the realm of ideas, some of the replicators are pathogens that spread by contamination, causing harm to their successive hosts.

In the case of Islamic terrorism, the virus spreads through a religion – which in Dawkinsian terms should be compared to a population with particular characteristics that can be exploited by pathogens. Islam is not the disease, but the pool where it develops.

Other doctrines have in the past been similarly infected– notably Christendom under the crusades, whose hate-virus wreaked more havoc than terrorism has so far. More recently, in the 1970s and 1980s, terrorism was a Marxist disease.

Now some doctrines may be more or less susceptible to the virus, and I plead ignorance about the underlying health of Islam. But there is no doubt that it is currently infected. It is pointless – indeed harmful – to give false reassurance by identifying spurious reasons for the symptoms. The patient must be told the truth.

I do not know where the next atrocity will take place – a rich or a poor country, one that is allied to Israel, hostile, or neutral, one that opposes or supports the war in Iraq. But what I do know is that the bombers will be Muslims and that their aim will be to crush the infidels.

Sardanapale @ 10:05 am
Filed under: Terrorism

# Posted on Sunday 10 July 2005 - 1 Comment

Les sophistes de la terreur

Comme toujours après le type d’attentats qu’a connus Londres, il se trouve des commentateurs pour tenir à peu près ce langage: “Nous devons condamner ces actes barbares, mais aussi en comprendre les raisons. Sans le soutien des Britanniques (ou des Espagnols, ou autres) aux États-Unis, cela ne serait pas arrivé.”

De tels propos sont monnaie courante dans les pays où l’antiaméricanisme est virulent, notamment en France et dans les pays arabes. Mais on les entend également à l’occasion en Grande-Bretagne.

Ainsi George Galloway, parlementaire et propagandiste de longue date de Saddam Hussein, déclara-t-il au lendemain des attentats:

“Même si nous devons dénoncer le grand crime qui a été perpétré à Londres, nous ne pouvons le séparer de son contexte: une politique par laquelle Mr Blair et Mr Bush ont considérablement accru le nombre de ceux qui nous haïssent de par le monde.”

Mais pourquoi critiquer ces propos? Ne sont-ils pas mesurés? Ne condamnent-ils pas les poseurs de bombe? Il ne s’agit pas de défendre, mais d’expliquer leurs actes.

Pour saisir tout le caractère pernicieux du “Ils l’ont bien cherché”, il faut d’abord en comprendre l’attrait.

Cet argument véhicule un message séduisant. Il tend à faire croire aux Occidentaux qu’ils n’ont pas de véritables ennemis, alors même qu’ils se font déchiqueter par trains entiers.

Si on nous attaque, c’est en raison de ce que nous faisons, pas de ce que nous sommes. Pour avoir la paix, il suffit retirer nos soldats et de cesser de soutenir des potentats locaux impies. Quelle idée rassurante!

Mais c’est aussi une idée dangereuse, répandue par ceux qui rejettent les enseignements des confrontations passées entre la démocratie et le totalitarisme.

Mais c’est surtout dans ses ressorts internes que l’argument est spécieux. Il prétend renvoyer dos à dos les attentats et la guerre contre le terrorisme. En réalité, il n’implique aucune équivalence. Un seul camp est astreint à modération, voire à la capitulation; l’autre a carte blanche.

Supposons que des soldats américains prennent délibérément pour cibles des civils irakiens, ou que des alliés d’Israël massacrent des réfugiés palestiniens (le premier cas, contrairement au second, est hypothétique, mais même s’ils étaient tous deux réels, cela ne changerait pas mon propos).

Supposons ensuite qu’un docte commentateur nous dise: “Il faut certes condamner ces actes barbares, mais il faut aussi en comprendre les causes. Sans terrorisme, ces opérations n’auraient pas eu lieu.”

Galloway, comme les éditorialistes de al-Quds ou du Monde diplomatique, seraient à juste titre révoltés par un tel argument. Et pourtant, ils n’hésitent pas à nous le servir à chaque nouvel attentat.

Leur univers moral n’est pas celui de l’équivalence. C’est un univers où d’un côté tous les coups sont sinon permis, du moins redevables d’explication rationnelle, et où de l’autre aucune défense ne saurait être légitime.

Dans leur remarquable livre Occidentalism, Ian Buruma et Avishai Margalit soulignent que les ennemis de l’Occident nient toujours l’humanité de leur ennemi. Ceci est exact. Mais ceux qui prétendent que les démocraties attaquées payent le prix de leurs erreurs déshumanisent aussi les terroristes.

Ils assimilent implicitement ceux-ci à des bêtes, dont les réactions navrantes mais naturelles sont des données immuables qu’il faut prendre en compte. Dans l’esprit “occidentaliste”, les poseurs de bombes ne sont pas plus astreints aux normes de l’humanité que des scorpions qu’on vient perturber.

Ce sont au contraire les pro-occidentaux – comme Sardanapale – qui font aux terroristes l’honneur d’être véritablement révulsés par leurs actes.

‘They had it coming to them’

After attacks such as those that hit London three days ago, it is never long before you hear people say something like: “We condemn those barbaric acts, but we must understand the underlying reasons. If Britain (or Spain, or any other targeted country) had not supported the US, this would not have happened.”

Comments along those lines are widespread in places where anti-American feelings run high, such as France or the Arab world. But you occasionally hear them in Britain also.

George Galloway, a maverick MP expelled by the Labour Party for his pro-Saddam stance, said on Friday:

“Whilst we must, and do, denounce this great crime that took place in London, we cannot separate it from the backdrop against which it is set, which is one In which Mr Blair and Mr Bush have vastly increased the number of people in the world who hate us and made them hate us more intensely than they did before.”

The UK-based Arabic newspaper agrees that Britons are paying the price for a misguided war:

“The British government’s adoption of every US policy on the occupation of Iraq (…) has endangered the British people and brought terrorism to the streets of London.”

What exactly is wrong with saying this? Isn’t it after all a statement of fact – and a balanced one at that? Galloway and al-Quds condemn both the bombers and those who they say provoke them.

To answer these points, we must first understand the seductiveness of the “they had it coming to them” meme.

It seeks to reassure people that they have no real enemies, even as they are being blown up by the trainload.

There is a ready and easy way to stop the attacks: pull out the soldiers, stop supporting infidel potentates, and all will be fine. What a comforting thought!

But this is also a dangerously complacent idea, spread by people who have chosen to ignore the lessons from past struggles between democracy and totalitarianism.

The meme is pernicious not just in the direction it is pointing, but also it its internal logic. It purports equally to reject the terror attacks and the war on terrorism. But in fact it is anything but even-handed.

Suppose Iraqi women and children were deliberately targeted by US troops or Israeli allies slaughtered Palestinian refugees (the first case, unlike the second, is hypothetical, but even if both were real my point of course would still apply).

And then suppose some analyst said: “Those killings must of course be condemned unreservedly – but we must understand their context. If there was no terrorism, this would not happen.”

Galloway and the writers of al-Quds and Le Monde Diplomatique would rightly be outraged by such callous rationalisations. Yet they have no problem resorting to them after every terror attack.

Their moral bookkeeping does not balance. One side of the ledger always shows a debit, while the other is always given credit. One side is held to standards that turn those who disrespect the Koran into monsters; on the other, bombing civilians is seen as a sign of misguided desperation.

In a remarkable book published last year, Occidentalism, Ian Buruma and Avishai Margalit note that a characteristic feature of anti-Western thought is a denial of the West’s humanity.

This is correct. But the Occidentalist “they had it coming to them” argument dehumanizes the bombers as well. It views them as animals whose natural reactions are unfortunate facts, rather than free acts liable to moral judgment. You do not berate scorpions that bite you – you do your best to avoid them.

Many others – including Sardanapale – take a different view. They show terrorists a modicum of respect by feeling contempt for them and finding no possible justification for what they do.

Sardanapale @ 10:34 pm
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# Posted on Thursday 7 July 2005 - Comments Off on Londres et les bombes – The Brits v the bombers

L’épreuve

La grandeur d’un peuple se mesure à sa capacité à se rassembler dans l’épreuve.

Le peuple britannique, à l’occasion de ce qui semble être le premier attentat suicide en Europe, fait une nouvelle fois la preuve de sa grandeur.

Bien sûr, les hommes politiques n’ont que la solidarité nationale à la bouche dans de telles circonstances. Mais les ennemis les plus implacables de la politique iraquienne de Blair, entre autres le libéral-démocrate Charles Kennedy, ont eu des mots d’une grande dignité.

Je retiens surtout le message que maire de Londres, Ken Livingstone – un gauchiste anti-guerre – a adressé aux poseurs de bombes:

“Nous avons vu que vous n’avez pas peur de vous donner la mort. Mais c’est un meurtre de masse que vous avez commis. Je peux vous dire que vous échouerez dans votre tentative de détruire notre société de liberté.

Observez nos ports et nos aéroports, et même après vos lâches attentats vous verrez des gens venus du monde entier arriver à Londres pour réaliser leurs rêves.

Ils choisissent de s’installer à Londres, comme tant d’autres avant eux, parce qu’ils choisissent la liberté. Ils viennent vivre la vie qu’ils ont choisie…

Ils vous fuient parce que vous leur imposez une vie dont ils ne veulent pas.

Ils vous rejettent. Et quel que soit le nombres de vos victimes, vous n’empêcherez pas cette fuite vers notre ville où la liberté règne et où les gens vivent en paix.

Quoi que vous fassiez, vous échouerez.”

Not so little Britain

You can tell a great people from the way it unites in hardship.

After what looks like the first suicide attack ever in Europe, Britain has once again shown its greatness.

Of course, every country tends to pull together at times like this. But the words of the most implacable enemies of Blair’s Iraq policy went far beyond pat expressions of national unity. The leader of the Liberal-Democrats, Charles Kennedy, was eloquent in the Commons.

But I was particularly struck by what Ken Livingstone, the anti-war Left-winger who is mayor of London, had to say to those behind the bombings:

“We have seen that you are not afraid to take your own lives but what you did is just mass murder… I can tell you now that you will fail in your long-term objectives to destroy our free society.

In the days that follow, look at our airports and seaports, and even after your cowardly attacks, you will still see people from around the world coming to London to achieve their dreams…

They choose to come to London, as so many have come before, because they come to be free; they come to live the life they choose; they come to be able to be themselves.

They flee you because you tell them how they should live.

They don’t want that and nothing you do… will stop that flight to our city where freedom is strong and where people can live in harmony with one another.

Whatever you do, however many you kill, you will fail.”

Sardanapale @ 3:05 pm
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# Posted on Thursday 7 July 2005 - Comments Off on Victoire pour Paris – London’s Olympic failure

Bien joué Paris

Les “sources autorisées” dont je me prévalais hier pour prédire une bonne nouvelle dans l’attribution des JO racontaient n’importe quoi… Voilà mon carnet d’adresses allégé d’autant.

Mais quelle cruelle déception! Comme si nous autres Londoniens ne payions pas assez en impôts locaux. Et Blair qui nous a promis de ponctionner trois milliards d’euros au contribuable pour les travaux!

Cherchant à me faire une meilleure idée des réjouissances à venir, j’ai profité d’un rendez-vous hier après-midi chez mon dentiste, originaire d’une ville olympique récente, pour l’interviewer sur la question.

“Une catastrophe,” s’est exclamé le Docteur Kostis. “Ça a été le bordel pendant cinq ans. On ne pouvait pas circuler.”
“Mais il y a dû y a avoir des investissements, des retombées positives,” hasardai-je en exposant mes gencives.
“Aucunes. On des stades qu’on ne peut pas remplir. Et il faudra deux générations d’Athéniens pour éponger la dette.”

Londres va donc raquer. Mais, à l’instar de mes hôtes anglais, je cesse de me plaindre et profite de la débâcle pour en tirer les enseignements. Pourquoi la foudre olympique a-t-elle frappé Londres et épargné Paris? Les villes qui en seront menacées à l’avenir peuvent-elles s’en prémunir?

Je vois à cet égard quatre points décisifs:

– Avoir un peuple hostile à la candidature n’est pas une garantie de rejet. Cela peut poser au contraire un défi intéressant pour un comité qui vit de contacts avec les pouvoirs publics, et cherche à encourager l’étatisme. Les juges n’avaient rien à enseigner en la matière aux Français, et tout aux Anglais. Regardez les peuples à qui on a asséné les jeux depuis 30 ans: ils sont soit anti-communistes (sud-Coréens, Russes, Chinois), soit anglo-saxons (Canadiens, Américains, Australiens).

– Avoir des transports merdiques n’est pas non plus l’atout qu’on croit. Le métro londonien est certes en-dessous de tout, mais il est capable de fonctionner normalement l’espace d’une courte visite des membres du comité. Non: ce qu’il faut, c’est une grève qui coïncide avec cette visite. Quelle que soit l’excellence du métro en question, les juges seront persuadés qu’on ne peut pas compter dessus.

– Enfreindre les règles olympiques en critiquant des rivaux ne sert à rien. Les juges n’y verront qu’un impair commis par des sous-fifres. Non: le chef de l’État du pays qui cherche à se les mettre à dos doit insulter vulgairement tout un peuple. Une telle sortie juste avant le jour-J démontrera que le gouvernement qui se propose d’accueillir des millions d’étrangers est profondément xénophobe.

– Le quatrième enseignement découle du précédent, mais il est d’un usage limité. Pour obtenir la défaite d’un projet, on ne saurait trop recommander le soutien de Jacques Chirac.

Olympic curse

I should have better than to trust the “authorized sources” I quoted yesterday to predict good news about the 2012 Games! All well: at least my address book has been purged of a few useless contacts.

But what a disappointment! As if we Londoners were not paying enough as it is in local taxes! And Blair has vowed to waste £2b in taxpayers’ money on the Olympics!

I happened to have an appointment yesterday afternoon with my dentist – who comes from a recent Olympic city. What was is like there? I asked.

“A disaster. The city was a mess for five years before the Games. You couldn’t get anywhere.”
“But surely all that investment is paying off,” I ventured, open mouthed.
“Not at all,” Dr Kostis said. “All we have are empty stadiums and a debt that will burden two generations of Athenians.”

Londoners too will pay through the nose. But, having been taught the virtue of labial rigidity by the British, I will stop complaining and start drawing positive lessons from the whole debacle.

Why did the Olympic curse fall on London rather than Paris? What can others do to avoid it in future?

I will make four points:

– Popular hostility to the bid is no guarantee of failure. In fact it can have the opposite effect, and be viewed as a challenge by committee members. Contacts with officials are their bred and butter and their aim is to encourage big government. Rewarding the state-loving French is useless: better focus on the skeptical Brits. The nations who have been awarded the Games over the past 30 years have been either fiercely anti-Communist (South-Korea, Russia, China) or Anglo-Saxon (Canada, US, Australia).

– Crap transport links are not necessarily an asset either. London may have had the worst underground system of all competing candidates, but it is capable of functioning almost normally during a short visit by IOC members. What you need is a transport strike coinciding with that visit. However excellent your underground is at other times, les judges will be convinced it cannot be relied on.

– Breaking Olympic rules by criticizing a rival city during the final phase will not do any good. It could be dismissed by judges as a minor blunder by underlings. Far better to secure the co-operation a head of state, and get him to insult a whole people. A couple a vulgar jokes in the run-up to D-day will demonstrate that the government that purports to welcome foreigners by the million is profoundly xenophobic.

– The fourth lesson derives from the third, but its usefulness is geographically limited. To get a plan defeated, you can’t go wrong by enlisting Jacques Chirac’s full support.

Sardanapale @ 10:57 am
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# Posted on Wednesday 6 July 2005 - Comments Off on Le moindre mal – Olympic deal

Mauvais goût

Après les coups de gueule de Chirac contre Blair le mois dernier à Bruxelles, on croyait avoir touché le fond. Mais non.

Les relations franco-britanniques ont fait un nouveau pas vers le zéro absolu, avec les fines plaisanteries chiraquiennes sur la cuisine d’outre-Manche et les représailles de la presse anglaise (Daily Mail: “Pourquoi tant de Français ont-ils des moustaches? Ça leur rappelle leur mère.”)

Et tout ça parce que Londres et Paris se disputent des jeux. Est-ce bien sérieux?

Les Français et les Britanniques ont trop de motifs légitimes d’engueulades pour s’attraper sur des JO qui constituent neuf fois sur 10 un trou financier.

D’après mes informations, un “deal” raisonnable serait en vue: La France prend les Jeux, la GB garde sa cuisine.

Habitant Londres, j’en serais quitte pour le moindre mal.

Olympic deal

After Chirac’s outbursts against Blair in Brussels last month, I would have thought things could not get worse.

Alas, I was wrong. Relations between the two countries reached a new low with Chirac’s tasteful jokes about British food, followed by retaliations in kind by the English press (Daily Mail: “Why do so many Frenchmen have moustaches? To remind then of their mothers.”)

And all that because London and Paris are rivals to host Olympic Games. Get a grip!

The French and the Brits have lots of good reasons to insult one another, but a chance to waste billions in taxpayers’ money is not one of them.

My sources tell me that reason may prevail and a deal is in the offing: the French get the Games and the Brits keep their food.

As a Londoner, that would suit me fine. I’d rather be stuck with the lesser of two evils.

Sardanapale @ 3:44 am
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