Sardanapale

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# Posted on Friday 3 June 2005 - Comments Off on La honte libérale – In the closet

La honte libérale

Le grand problème des libéraux français, c’est qu’ils sont honteux. Ils n’énoncent pas leurs idées de façon claire, et les dissimulent volontiers derrières des déclamations énergiques dans le ton mais inconsistantes sur le fond. Cette pusillanimité est particulièrement évidente au lendemain du referendum sur la constitution européenne. François Bayrou nous dit: “Il faut changer de cap – prendre les décisions qui s’imposent mais en concertation et en discutant.” On ne voit pas pourquoi il faudrait forcément discuter de décisions qui s’imposent – mais surtout: Bayrou devrait nous dire ce qu’elles sont.

Dans le registre “je n’en dis pas plus mais n’en pense pas moins ” on pourrait aussi citer Nicolas Sarkozy – le plus libéral de nos ténors politiques: “Clairement, par l’ampleur de leur vote, les Français nous ont dit aussi leur volonté de vivre mieux, leurs craintes devant un chômage devenu inéluctable. Il faut rendre à notre modèle social la réalité qu’il a perdue”. Comprenne qui pourra.

On dira: “Aucun homme public ne gagne à être trop clair. En politique il faut ratisser large.” Cette objection ne tient pas. Les Villiers, Besancenot, et Emmanuelli ne donnent pas dans le style allusif. Ce qu’il disent est clair (il faut combattre le libéralisme délétère toujours et partout) et on ne peut pas dire que cette clarté leur a nuit. D’autre part, il n’y a pas en France que les politiques libéraux qui masquent leurs idées. Les commentateurs hostiles à l’étatisme (ne soyons pas trop exigeants: on est en France, et on a les libéraux qu’on peut) donnent tout autant dans l’exhortation vague.

Ainsi Pascal Aubert, dans la Tribune : “Les Français réclament un changement de politique et, très logiquement, des hommes qui incarnent et conduisent la politique en France.” Quel changement, et avec quels hommes? Serge July est à la fois plus clair et plus fuyant. Dans Libération – il écrit très justement que la France “a tout faux, puisqu’elle a un taux de chômage record marié à un record d’imposition”. Mais il ajoute que le traité “donnait des armes pour contrebalancer l’ultralibéralisme” – ce qui sous-entend que nous sommes déjà dans le libéralisme et que nous nous y enfonçons. July semble donc réclamer à la fois moins d’État et moins de marché.

C’est peut-être facile de prendre July en flagrant délit d’incohérence. Mais même l’intelligent Nicolas Baverez, dans un éditorial du Point par ailleurs empreint d’une louable sévérité envers Chirac, n’est guère plus “lisible” (comme on dit aujourd’hui) : “La frappe électorale massive du 29 mai peut aider à comprendre que rien ne peut plus être comme avant. Que le déclin de la France ne relève pas d’une énième inflexion gouvernementale mais d’une thérapie de choc révolutionnaire.”

Hélas Baverez ne nous dit pas clairement en quoi cette thérapie consiste. Il se contente de préconiser une pause dans l’élargissement de l’UE et un euro qui privilégie “la croissance et le plein emploi”. En fait d’explication sur la “thérapie de choc” qui rétablirait la France, il botte en touche en direction de Frankfort.

Le problème fondamental du libéralisme ne se réduit pas aux contraintes qui pèsent sur les hommes politiques (bien que je conçois que le 3% de Madelin aux présidentielles bride bien des enthousiasmes). Le problème est que les libéraux français ont honte de nourrir des idées jugées inavouables.

Pour une lecture ouvertement libérale des enjeux du referendum, il faut donc se tourner vers des publications étrangères. Je recommande notamment deux excellents papiers de The Economist, l’un écrit juste avant le vote et l’autre tirant les conséquences.

In the closet

French economic liberals suffer from a fatal lack of conceit. They do not speak out, and when they do speak they tend to hide behind empty rhetoric. Such shame has been particularly evident in the wake of the French referendum of the EU constitution.

The centrist leader François Bayrou said: “We must change course and approve much-needed changes whilst discussing them with others.” It is not clear why much-needed changes must necessarily be discussed with those who oppose them. But the point is: what are they? François Bayrou – a long-time opponent of French-style dirigisme – does not dare spell out what he means.

The same allusive approach is taken by Nicolas Sarkozy – as close as the French get to an economic liberal among senior politicians: “Clearly the French have overwhelmingly expressed their desire for a better life and their fear of rampant unemployment.” The other sentence is hard to translate meaningfully because it has so little meaning. The whole thing, in short, is well-meaning gobbledygook.

One may counter that politicians can rarely afford to be too clear. A degree of ambiguity is needed to help build coalitions. But the objection does not hold water here. During the campaign apologists for the state of the right and the left were very clear and this did not seem to hurt them.

Moreover libertarian-leaning politicians are the not the only ones in France to conceal their ideas. Commentators of the same persuasion (well, let’s have a loose definition of “libertarian” – this is France after all) are just as vague. “The French are demanding a change in policy and, most logically, a change in those who embody and implement French policy,” says Pascal Aubert in La Tribune . What does that mean?

Serge July is both clearer and more elusive. He writes correctly that “France has got it all wrong, because it has record unemployment combined with a record tax burden”. But he goes on to argues that the constitution was needed as an antidote to “ultraliberalism” – which suggests that the French are slouching towards a free-market dystopia. July, in short, is calling for both less state and less market.

The incoherent July is an easy target. But even as cogent an observer as Nicolas Baverez can be hard to follow. In Le Point he calls for ” revolutionary shock therapy”. What would this entail? Baverez calls for a pause in EU enlargement and a Eurozone monetary policy geared towards “growth and full employment”. It’s safer to have a go at the ECB than to expand on the “shock therapy” France needs.

Those who oppose state absolutism in France face many challenges and one of them is undoubtedly a hostile environment – the fact that Alain Madelin managed barely 3% of the vote in the 2002 elections is enough to make any politician think twice about calling for less government intervention.

But French libertarian opinion-makers leaders also have themselves to blame for their low profile. They appear to be ashamed of their own ideas. French liberalism – like its American namesake, but for different reasons because the words have opposite meanings in the two languages – is the creed that dare not speak its name.

The only “libéral” analysis of the referendum I have read was in foreign newspapers. I strongly recommend two articles in The Economist – one written just before the vote and the other one afterwards . Alternately my own views on the subject – very much along the same lines as The Economist – are below.

Sardanapale @ 2:36 pm
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