Sardanapale

Posted on Monday 27 June 2005

Si on s’arrêtait d’aider l’Afrique?

C’est la question posée par une émission diffusée dimanche par la BBC. Excellente antidote à l’angélisme ambiant. Les auteurs osent émettre l’hypothèse que l’Afrique noire se porterait mieux si les gentils blancs qui leur veulent du bien les laissaient tranquilles.

Les intervenants sont des gens sérieux: Richard Dowden (Royal African Society), Robert Guest (The Economist), Alex de Waal (Justice Africa), James Shikwati (directeur d’une ONG kenyane), et surtout Tony Vaux, un désenchanté d’Oxfam qui a écrit un livre essentiel sur les dérapages de l’humanitaire, The Selfish Altruist.

Ces observateurs notent que si l’aide était la clé du développement, l’Afrique, qui a reçu 1000 milliards de dollars depuis les années 1960, serait riche depuis longtemps.

La manne est souvent pire qu’inutile: elle peut pervertir les marchés, encourager une mentalité d’assistés (“Feed the world” est un slogan monstrueux, qui ne voit les Africains que comme des bouches à nourir et non des partenaires), elle peut ravager les agricultures locales, et maintenir en place des dictatures et prolonger les guerres.

L’émission se penche sur des cas bien connus de détournement d’aide, par le Staline éthiopien Mengistu en 1984-85 et par les génocidaires rwandais dix ans plus tard. Shikwati n’hésite pas à dire: “C’est l’aide qui a détruit l’Afrique.”

Certes, de telles mises en gardes ne sont pas nouvelles. En France, des anciens responsables d’ONG tels que Jean-Christophe Rufin ou Sylvie Brunel ont souligné les effets perverts d’une aide mal concue.

Mais même si elles sont acceptées par de nombreux spécialistes, ces idées restent hérétiques au yeux du grand public et des medias. C’est le cas particulièrement en Grande-Bretagne, où tout le monde croit encore que la famine éthiopienne a été causée par la sécheresse.

Peu de Britanniques savent que ce mythe a servi à Mengistu de s’emparer de l’arme alimentaire — avec la complicité d’ONG dont le mot d’ordre (comme l’écrit Tony Vaux), se résumait à: “Don’t mention the war”.

L’aide peut certes être utile et on ne peut qu’approuver l’annulation conditionnelle de la dette. Mais au moment où Geldof et les chantres médiatiques de la dépendance se préparent à entonner le même air qu’en 1985, il est bon de rappeller qu’il ne s’agit pas d’une simple question de bien et de mal. La charité est aussi lourde de dilemmes, c’est à dire de conflits entre le bien et le bien.

Killing Africa softly

“If… we stopped giving aid to Africa” – this startling hypothesis is the title of a TV programme broadcast by the BBC on Sunday. Its refreshing bluntness contrasts with standard media coverage of aid issues – dripping with well-meaning nonsense ahead of next month’s Live-8 concerts.

Africans might be better off if the do-gooders left them alone. The people making this suggestion are anything but right-wing cranks: the programme features interviews with Richard Dowden of the Royal African Society, Robert Guest of The Economist, Alex de Waal of Justice Africa, James Shikwati, who heads a Kenyan NGO, and Tony Vaux, a former Oxfam man who wrote a remarkable 2001 book on the subject, The Selfish Altruist.

Since the 1960s the continent has received $1 trillion. If all that was needed to spur development was cash, Africa would be an economic giant by now. The money not only appears to have done little good, but at times it has been positively harmful. Aid has perverted incentives, promoted dependency (“Feed the world” is a monstrous slogan, which treats Africans as pure recipients, not as partners), undermined local farming, propped up dictatorships and allowed wars to fester.

The programme highlights well-known cases of aid being hijacked – by the Ethiopian Stalin, Mengistu Haile Mariam, in 1984-85, and by Rwanda’s genocidal Hutus a decade later. According to Shikwati, Westerners have played more than a supporting role in wrecking the continent. “Aid has destroyed Africa,” he says.

Many experts over the years have warned about the unintended but foreseeable side effects of aid. But such healthy scepticism remains taboo in polite society and in the media. This is particularly the case in Britain, where most people still believe that the cause of the Ethiopian famine was drought.

Few Britons to this day realise that this myth allowed Mengistu to use food as a weapon in a vicious conflict, with the complicity of NGOs whose motto (as Vaux puts it in his book) boiled down to “Don’t mention the war!”

Aid can of course be useful – even vital – and the recent (conditional) debt write-off is welcome. But as Bob Geldof and his high-fidelity first-class-travelling set get ready to take to the stage again – and sing the same do-goody-good bullshit as 20 years ago – it is useful to remind people that givers are not always on the side of the angels.

Charity entails dilemmas, i.e. conflicts not between good and evil but between good and good.

Sardanapale @ 8:31 pm
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