Sardanapale

Posted on Tuesday 21 June 2005

Cul-de-sac

Aujourd’hui: centième anniversaire de la naissance de Sartre. Sardanapale, qui n’a pas souvent l’occasion de défendre la pensée française contre celle des Américains, est heureux de pouvoir rendre un rare hommage à ses concitoyens.

En effet, c’est aux États-Unis, non en France, que le culte inconditionnel de JPS perdure. Quel intellectuel parisien oserait dire aujourd’hui, comme le paleo-marxiste américain Scott McLemee, que l’auteur de la Critique de la raison dialectique et ses positions sur “la violence systémique, la lutte émancipatrice, et le terrorisme” sont plus que jamais d’actualité?

En France, même les gauchistes le plus sclérosés prennent leurs distances envers le compagnon de route, le pourfendeur de “chiens” anticommunistes et l’apologiste du terrorisme.

La parole définitive sur Sartre appartient sans doute à Jean-François Revel:

Pourquoi l’écrivain français le plus représentatif des années 1950 et 1960 a-t-il haï la liberté, lui le philosophe de la liberté? Pourquoi ce penseur si intelligent approuva-t-il la nuit intellectuelle du communisme?

Pourquoi le fondateur de la fameuse revue Les Temps modernes ne comprit-il rien à son temps? Pourquoi ce raisonneur si subtil a-t-il été l’un des plus grandes dupes de notre siècle?

Au lieu d’escamoter ces réalités, mieux vaudrait tenter de les expliquer. Le problème n’est pas celui des aberrations d’un homme. C’est celui de toute un culture. Pour le résoudre, inspirons-nous de ce que Sartre a enseigné, surtout pas de ce qu’il a fait, de sa philosophie de la responsabilité, surtout pas de ses actes irresponsables, de sa morale de l’authenticité, surtout pas de son idéologie de la falsification.

(McLemee est cité par John Lichfield dans un bon article de The Independent sur Sartre. La citation de Revel est extraite d’un éditorial radiophonique diffusé par Europe 1 le 21 avril 1990)

Cul-de-sac

Jean-Paul Sartre died 100 years ago today. Sardanapale does not often get a chance to defend his French received wisdom against America’s, and welcomes a rare opportunity to praise his Gallic compatriots.

Unconditional admiration for Sartre remains rife among American intellectuals – not French ones. The US Marxist Scott McLemee, who organised a recent symposium on Sartre, said his hero’s legacy was growing “ever more pertinent to the way we live now” and that his “arguments over systemic violence, emancipatory struggle, and terrorism… have now come back into view as matters of interest well beyond the community of Sartre scholars”.

In France, even the most ossified Marxist throwback would not dare mount such a defence of Sartre the fellow-traveller, the contemnor of anti-Communist “dogs” and the apologist for terrorists.

The final word on Sartre probably belongs to Jean-François Revel:

Why did the most emblematic of French writers in the 1950s and 1960s — and the philosopher of liberty – hate freedom so much? Why did such an intelligent thinker approve of the intellectual darkness of Communism? Why did the founder of the celebrated Temps modernes review (“Modern Times”) fail to understand a thing about his own time? How did such a subtle rationalist get to be one the greatest fools of the century?

Instead of hiding these facts, we should be trying to explain them. The problem does not lie in the failings of one man; it rests with a whole culture. To resolve it, we should learn from what Sartre professed, not from what he did, from his philosophy of responsibility, not from his irresponsible actions, and from his ethics of truth, not from his ideological lies.

(McLemee was quoted in an excellent article on Sartre’s legacy by John Lichfield in The Independent. Revel made the remark on 21 April 1990, in his regular column for Europe 1 radio)

Sardanapale @ 9:51 pm
Filed under: Philosophie
  1.  
    June 23, 2005 | 2:08 am
     

    Mais non cher monsieur ! Permettez-moi de vous dire que votre pseudo-paradoxe est absurde et dangereusement trompeur, surtout pour votre lectorat anglophone. La vérité est que Sartre n’a jamais été aussi populaire et célébré qu’aujourd’hui au sein de la gauche intellectuelle française et plus généralement au sein de la classe médiatico-intellectuelle parisienne. Inversement les nombreux commentateurs américains de sensibilité libérale/libertarienne et conservatrice, s’ils avaient l’occasion de se pencher sérieusement sur le cas de Sartre, diraient sans ambages quelle crapule totalitaire il a été. Les professeurs gauchistes de certaines universités américaines ne font pas le paysage intellectuel américain. Votre pseudo-paradoxe c’est comme si vous disiez que Reagan est plus populaire en France en prenant comme référence pour la France le site Conscience Politique et pour les E.-U. le magazine The Nation… Sur Sartre je vous renvoie à l’excellent pamphlet de Guy Millière “Un Goût De Cendres… France, fin de parcours ?”. Voir également http://www.libres.org/francais/livre_semaine/sartre_totalitarisme_2005.htm

  2.  
    Sardanapale
    June 24, 2005 | 8:13 pm
     

    Sardanapale répond:

    Cher Éric (Plus de monsieur entre nous: appelez-moi Sardanapale). Nous sommes bien d’accord sur l’essentiel, à savoir que Sartre avait un fâcheux côté totalitaire — je vous laisse la responsabilité du mot “crapule”. Sur le différend qui pourrait nous opposer, je crois qu’il repose sur un malentendu. Je n’ai jamais voulu dire que TOUTE la pensée américaine était sartrienne. Ayant passé plusieurs années aux État-Unis, étant pro-américain à 200%, lecteur régulier de The New Republic, The Atlantlic Monthly, Reason, The National Journal, Foreign Policy et d’autres publications de grande qualité (et de grande diffusion!) qui n’ont aucun équivalent en France, je sais à quel point la vie intellectuelle américaine est supérieure au celle de notre pauvre France. Je dis simplement que la flamme du marxisme sartrien continue à brûler d’un feu plus éclatant sur les campus américains – qui sont fort heureusement en total décalage avec le “mainstream” US – qu’en France. C’est une réalité que j’ai constatée au cours de mes (trop longues!) études des deux côtés de l’Atlantique. Certes, ces études remontent aux années 1980. Mais d’occasionnelles visites, ainsi que l’article de The Independent que je cite, me font penser que les choses n’ont pas changé depuis. Je vous remercie des références de livres, et je me précipite sur Millière.
    Bien à vous.
    Sardanapale

  3.  
    dédé d'amour
    July 4, 2005 | 12:22 pm
     

    A noter aussi une bonne citation de Revel ironisant sur les anciens communistes qui ont soutenu à peu près tous les régimes totalitaires jusqu’à la chute du mur :
    ” “Un anticommuniste est un chien”, disait Sartre. Parmi les chiens, il y a ceux qui aboient quand l’adversaire dangereux est debout et fort, et puis ceux qui s’y mettent quand il est à terre.”

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