Sardanapale

Posted on Friday 17 June 2005

À bas l’Europe providence

“Nous avons été, nous sommes, et j’espère bien que nous serons toujours détestés en France,” a déclaré le chef suprême britannique avant de se rendre en Belgique pour en découdre avec l’ennemi français un beau jour de juin. Mais assez parlé du duc de Wellington et de Waterloo: c’est aux historiens, et non à Sardanapale, d’analyser cette grande victoire pour la iberté de l’Europe à l’occasion de son 190e anniversaire.

Il se contentera d’évoquer le sommet européen de Bruxelles, qui a achoppé sur les questions budgétaires. En France, Tony Blair est rendu seul responsable du naufrage, agrippé qu’il reste à un rabais britannique qui fait l’unanimité contre lui. Notre conservateur de président n’est pas le seul à voir les choses ainsi. Le Monde, bréviaire quotidien de la gauche, titrait ce vendredi sur son site: “Un accord sur le budget de l’UE compromis par l’intransigeance britannique.”

Mais qui est inflexible? Est-ce Blair, qui accepte une renégociation du rabais à condition qu’on mette également sur la table les dépenses agricoles? Ou est-ce Chirac, qui ne veut négocier que sur le premier point et pas le second.

Et encore une fois, dans un bel exemple d’unanimité nationale, la presse gauche appuie le président sur ce point. Libération, après avoir concédé qu’il est “temps d’une révision à la baisse de la PAC”, conclut par une attaque en règle contre l'”idée fixe des anti-PAC à la Blair”, et prôner “l’indépendance alimentaire”, mot d’ordre protectionniste brandi par le lobby agricole depuis des décennies.

Londres est certes isolée pour ce qui est du rabais. Mais sur la grande question qui a sous-tendu le sommet, elle est loin d’être seule. Nous assistons à un conflit entre deux conceptions de l’Europe. L’une, fondée sur la redistribution, étend à tout un continent les recettes socialistes qui ont fait faillite au niveau national: c’est ce que Jean-François Revel a appelé “l’Europe providence”. L’autre conception, qui cherche à multiplier et non à diviser la richesse, est fondée sur l’ouverture des marchés et la concurrence.

Les Britanniques, et les autres gros contributeurs tels que les Allemands, les Néerlandais et les Suédois, ne sont plus prêts à régler des subventions qui les appauvrissent et encouragent l’assistanat. La PAC est la pièce maîtresse de cette “Europe providence”.

Son coût, il est important de le noter, est bien plus lourd que les quelque 48 milliards d’euros qui lui sont consacrés par Bruxelles. Les chiffres de l’OCDE montrent que les consommateurs européens payent presque autant sous la forme de prix élevés. Même après plus de douze ans de réformes visant à “découpler” les aides de la production, le soutien au prix et la surproduction continuent de faire des ravages à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Europe.

C’est la France, non la Grande-Bretagne, qui s’accroche à système inique. Espérons que les Britanniques, avec l’aide de leurs alliés, vont finir par mettre les Français en déroute – comme il y a 190 ans.

Down with Welfare Europe

“We always have been, we are, and I hope that we always shall be detested in France,” the British supremo said before heading for Belgium, for a confrontation with the French enemy one day in June. But enough said about the Duke of Wellington and Waterloo. Sardanapale is no historian — it’s not his job to analyse this great victory for European liberty on the 190th anniversary of the battle.

He will focus instead on the Brussels summit, which ended in disarray over the EU budget. In France Britain is cast as the villain of the piece, because it clings to a multibillion euro rebate every other member wants it to give up. The conservative Chirac is not alone is viewing Tony Blair’s refusal to compromise on the issue as the main cause of the debacle. Le
Monde
, the left’s daily book of common prayer, agrees: “Agreement on the EU Budget jeopardised by British intransigence,” a headline on its website read on Friday.

But who is inflexible here? Is it Blair, who is willing to review the rebate provided the spending issue — and notably farm subsidies that gobble up almost half of the EU budget — are on the table? Or is it Chirac who is ready to talk about the former, but not the latter?

And the left-wing press patriotically stands by the president on this point as well. Liberation, after conceding that “it is time to scale down” the Common Agricultural Policy, indulges in a complete non sequitur by going on to denounce the “CAP haters à la Blair” in the name of “food independence” — a hackneyed phrase bandied about by Europe’s protectionist lobbies for decades.

Britain may be isolated over the rebate. But on the wider issue raised by this summit, it is not. The real battle is between two visions Europe. One is based on the zero-sum idea that Paul can only get richer at Peter’s expense – this is what Jean-Francois Revel once called “Welfare Europe”, which aims to extend to the whole continent redistributive ideas that have failed at national level. The other vision, based on the idea that wealth is created, not diffused, seeks to promote open markets and competition.

Britain, along with leading net contributors like Germany, the Netherlands, and Sweden, are increasingly reluctant to sink money into subsidies that foster only dependency.

The CAP is the centerpiece of “Welfare Europe”. Incidentally it costs Europeans much more than the 48bn euros earmarked for it in the EU budget. OECD figures show that almost as much again is paid directly by consumers in the form of high prices – even after years of brave attempts by Brussels to “decouple” subsidies from production, price support remains alive and well.

It is France, not Britain, that is clinging to an iniquitous system that must be scrapped. Let’s hope that the Brits, with the help of their allies from the north and the east, will give the Frenchman who wants to bleed Europe dry a thrashing, just like 190 years ago.

Sardanapale @ 10:18 pm
Filed under: Europe andFrance
  1.  
    June 18, 2005 | 9:13 am
     

    Système inique, mais qui profite aux agriculteurs français, le lobby qui a soutenu Chirac durant sa carrière politique (ministre de l’agriculture…). Un système qui fait de la France un bénéficiaire financier de l’Europe. De plus en plus pauvre, la France peut d’ailleurs encore longtemps profiter des transferts européens, si on ne change pas les règles. D’où l’insistance de notre président conservateur (de gauche). Dans sa logique d’assisté, il a raison de ne pas vouloir tarir cette source de revenus. Pas étonnant que tous les assistés de France se mettent derrière lui.
    Si Juncker a eu honte de cette conception de l’Europe au service de la France, c’est qu’il y a peut-être quand même encore un espoir de voir du changement.
    Une idée: à part un peu de bureaucratie, les seules dépenses européennes autorisées devraient être transfrontalières (autoroutes, ponts, tunnels, Erasmus…) En quoi les autres secteurs subventionnés par la CEE, comme l’agriculture, sont-ils ‘européens’?

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