Sardanapale

Posted on Wednesday 15 June 2005

Confessions d’un libéral illogique

Je viens de lire un article remarquable. Je n’aurais jamais pensé pouvoir dire cela d’un texte qui contient les phrases suivantes:

“Nous (les membres de notre groupuscule) ré-examinâmes les origines de la Guerre Froide… et conclûmes, à notre grande surprise, que les États-Unis avaient tous les torts et que c’est la Russie qui était la victime. Il en découlait que la grande menace qui pesait sur la paix et la liberté du monde venait non pas de Moscou ou du ‘communisme international’, mais des États-Unis et de son Empire qui s’étendait sur le monde et le dominait.”

“La politique étrangère impérialiste (des US) et l’état de garnison permanent ont leur origine dans un Big Business avide d’investissements à l’extérieur et de contrats militaires à l’intérieur.”

Au passage, l’auteur s’attaque à Burke (un “réactionnaire despotique”), Ayn Rand, la National Review (ils voulaient “lâcher cette Bombe sur Moscou”)… Et allez donc! Pourquoi ne pas s’en prendre aux pères de la Constitution américaine, pendant qu’il y est? Deux paragraphes plus loin, je trouve une diatribe contre Hamilton et Madison, “avec ce souci qui était le leur d’imposer l’ordre et un État central puissant, élitiste – qui incluait la ‘slavocratie’ sudiste.”

Le plus déroutant dans ce texte, c’est que l’auteur n’est pas un agité du bocal gauchiste. C’est un pape du libéralisme, dont je partage entièrement les valeurs. Non seulement Murray Rothbard, dans ce texte de 1968, soutient que ces valeurs sont compatibles avec des idées opposées aux miennes – mais il démontre, avec la rigueur passionnée qui le caractérise, qu’un libéral ne peut logiquement pas tirer d’autres conclusions.

Murray ne m’a bien sûr pas fait revenir sur mon soutien à la guerre d’Iraq et à 75% de la politique de Bush. Mais il a au moins réussi à me faire entrevoir que ce soutien, loin d’être une conséquence naturelle de mon libéralisme, est peut-être une concession au socialisme! Je ne sais pas pour qui cette idée est plus dérangeante – pour moi ou pour mes amis de gauche?

Immortal Rothbard

I have just read a remarkable article. I never thought I would ever say that of a piece that includes the following passages:

“We (our tiny group) restudied the origins of the Cold War, we read our D.F. Fleming and we concluded, to our considerable surprise, that the United States was solely at fault in the Cold War, and that Russia was the aggrieved party. And this meant that the great danger to the peace and freedom of the world came not from Moscow or ‘international communism’, but from the U.S. and its Empire stretching across and dominating the world.”

“Imperialistic foreign policy and the permanent garrison state originated in the Big Business drive for foreign investments and for war contracts at home.”

The author also attacks Burke (a “despotic reactionary”), Ayn Rand, and the National Review (they wanted “to drop that Bomb on Moscow”). Whatever next? I thought. Why not rubbish the Founding Fathers of the US Constitution, while he is at it?

Two paragraphs down I found a broadside against Hamilton and Madison, “with their stress on the imposition of order and a strong, elitist central government – which included the southern ‘slavocracy’.”

The most unsettling thing about this article is that the author is no left-wing nut. He is a libertarian leading light, a man whose values I profoundly believe in. Not only does Murray Rothbard, in this 1968 classic text, argue that these values are compatible with conclusions that are diametrically opposed to mine – but he shows, with with both ardent passion and unimpeachable logic, that a libertarian can draw no other conclusions.

Of course reading Murray has not changed my mind about supporting the Iraq war and 75% of Bush’s policies (not a fixed quota). He has, however, half-convinced me that such support is not a logical consequence of my libertarian faith, but a concession to socialism!

I am not sure who will find this idea more uncomfortable – me or my left-wing friends?

Sardanapale @ 5:37 pm
Filed under: General
  1.  
    June 15, 2005 | 9:14 pm
     

    Tsss la vilaine polémique que voilà.

  2.  
    June 16, 2005 | 12:31 am
     

    Je me suis laissé convaincre par François Guillaumat que dans les rapports internationaux lorsqu’il fallait choisir le moindre mal et voir avec lucidité quel était l’ennemi, Rothbard était impuissant. Cela dit, les arguments des néoconservateurs visant à établir le droit naturel comme un devoir, non pas nécessairement individuel, mais avec la force étatique, conduit à d’inextricables contradictions. Et sur ce point Rothbard demeure bien supérieur. Soit les néoconservateurs renoncent à former une philosophie logique du Droit, soit ils se couvriront de ridicule. Je pense surtout à la théorie du néoconservatisme présentée par Roucaute.

  3.  
    June 18, 2005 | 5:20 pm
     

    Sardanapale remercie les auteurs des deux messages ci-dessus. Au risque de verser dans un écuménisme caulicaprin (ménageant la chèvre et le chou), il est d’accord avec tout le monde. L’extrémisme de Rothbard fait peu de cas d’un monde réel où il faut bien choisir entre Staline et Truman, ou plus près de nous Blair et Chiraq. Mais que Rothbard ait des arguments d’une logique implacable et fascinante, c’est ce que je dis. Qu’il ne faille pas polémiquer outre-mesure sur ce sujet, contrairement à Rothbard lui-même, tout à fait d’accord. L’Étatisme, voilà l’ennemi. Il s’agissait d’un billet de réflexion, et non de combat.

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