Sardanapale

Posted on Wednesday 15 June 2005

De la démonstration en politique

Elisabeth Guigou à Europe 1 ce matin note que le “chomage est un cancer de notre société”, et nous livre sa prescription pour traiter la maladie: “Ce qui manque à la France est une politique de croissance” qui passe par “la relance du pouvoir d’achat”. Il faut en outre “un service public de l’emploi qui offre des emplois aux gens”.

Quant aux réformettes entreprises par le gouvernement Villepin, notamment les contrats de deux ans plus flexibles, elles reviennent à “réinventer le travail journalier” et à “faire porter aux chômeurs la responsabilité du chômage”.

Le plus remarquable dans ces propos, c’est le ton de l’évidence sur lequel ils sont énoncés, et qui se passe de toute démonstration.

Elisabeth Guigou ne s’étend pas sur le succès que ses recettes ont rencontré par le passé. La relance par la consommation, emploi en masse de fonctionnaire et nationalisations étaient les pilliers de la politique économique socialiste entre 1981 et 1983. Elle aurait pu nous rappeler le rétablissement spectaculaire qu’à connu la France sous Pierre “je-ne-serai-pas-le-premier-ministre-des- deux-millions-de-chomeurs” Mauroy.

Quand à l’hostilité d’Elisabeth Guigou à plus de flexibilité dans l’emploi, il peut paraitre exagéré de présenter les nouveaux contrats comme un retour au conditions du 19e siècle où l’employé était renvoyable à merci. Mais surtout, il est regrettable qu’elle se dispense de nous faire la démonstration du lien entre la souplesse de l’emploi et la misère du peuple.

On voudrait entendre ne serait-ce qu’un mot sur la stagnation qui sévit en Grande-Bretagne, aux Etas-Unis ou aux Pays-Bas – dont la main-d’oeuvre poussée au désespoir par des conditions relativement flexibles doit certainement quitter ces pays en masse pour des rivages meilleurs.

On voudrait aussi en savoir un tout petit peu plus sur le bonheur des salariés en France, en Allemagne, ou en Espagne jusqu’en 1995 – date où Aznar est venu casser la machine à emploi.

Elisabeth Guigou n’a pas besoin de nous expliquer cela, parce que les français savent intuitivement que ce qu’elle dit est profondément vrai, en dehors de toute expérience ou de toute démonstration.

Cela désolera ceux, comme Sardanapale, qui veulent fonder leurs jugements politiques sur des raisonnements. Mais il faut reconnaître que la politique a ses raisons que la raison ne connaît pas. Elisabeth Guigou fait bien de se garder de toute démonstration dont elle peut se passer. Comme l’a si bien dit un député américain, “en politique, quand vous commencez à expliquer, vous avez perdu.”

Demonstration in politics

Former Socialist Justice Minister Elisabeth Guigou told France’s Europe 1 radio this morning that unemployment was “a cancer in our society”. Her recommended treatment: a “policy for growth” aimed at boosting purchasing power and a “public service for employment that gives jobs to people”.

The reforms undertaken by the centre-right government do not impress her. She is particularly scathing about a new, two-year work contract that offers employers more flexibility while giving employees more help if dismissed.

The most remarkable thing about her words is her tone of complete confidence, and the fact that she clearly feels she owes no-one the least word of explanation.

She does not mention the triumphs the policy must have met in the past. Public spending and the mass recruitment of state workers were mainstays of the economic policy of the Socialist government between 1981 et 1983. It would have been nice if she could have mentioned the no-doubt spectacular recovery wrought by Pierre Mauroy, who famously pledged that there would never be two million unemployed under his watch.

As for Guigou’s hostility to a flexible labour force, one may find her warning against the return to Victorian hiring conditions a bit overdone. But crucially, she fails to demonstrate the link between labour flexibility and misery.

It would have been nice to learn more about the grinding insecurity endured by workers in Britain, the US or the Netherlands, where hiring practices are more relaxed than in France — how the impoverished denizens of those dark countries are rushing for the exit, attracted by better conditions elsewhere.

It would have been great if she could have mentioned, even in passing, the happiness French and German workers, or those of Espagne pre-1995 – when Prime Minister Jose Maria Aznar launched on a course of job-destroying reforms.

But Guigou does not need to explain any of this, because the French known intuitively that what she says is profoundly true, and that it needs to demonstration.

Of course those like Sardanapale who seek to derive political judgement at least partly from facts – not just on deeply held values – regret this. But it must be recognised that Guigou, as a politician, knows better than to explain when no explanation is needed. Reasoned demonstration can actually be counter-productive in her trade.

In the memorable words of Virginia Congressman Bobby Scott, “in politics, when you start explaining, you’ve lost”.

Sardanapale @ 9:34 pm
Filed under: France

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