Sardanapale

Archives for June 2005


# Posted on Wednesday 29 June 2005 - Comments Off on Reagan le grand – The greatest American

Le grand Reagan

Les Américains ont décerné à Ronald Reagan le titre du “plus grand Américain” de tous les temps.

Ce vote est certes sujet à caution. Qu’est-ce c’est que cette liste de finalistes où figure Bill Clinton, mais pas Mohammed Ali? Et puis un scrutin où chacun peut voter par e-mail est ouvert à tous les abus. Un vote similairement suspect lancé par la BBC et visant à déterminer le “plus grand philosophe” s’apprête à couronner… Karl Marx.

Mais enfin, aux États-Unis, la fraude a manifestement été organisée par le bon camp: le résultat me comble.

La grandeur, chez un homme d’État, ne se résume pas l’intelligence – c’est pourquoi Clinton n’avait pas sa place. Pour être grand, il faut deux ou trois idées simple et le courage de les appliquer. C’est le case de Reagan.

Dès son arrivée au pouvoir il met un terme à la détente – l’idée selon laquelle plus on fait de concessions aux Soviétiques, plus ils seront conciliants. Il réarme et soutient les soutient les ennemis de Moscou.

Et surtout, animé d’une vision morale du monde, il sort du schéma de pensée qui bridait les chancelleries occidentales: “L’URSS n’acceptera jamais cela”. Reagan fixe ses objectifs en fonctions des exigences des démocraties, et non celles de leurs ennemis. Sa fermeté a payé au-delà de toutes les espérances.

L’autre grande vision de Reagan – celle d’État plus modeste – fut moins suivie d’effet. N’en déplaisent à ceux qui parlent de “révolution” conservatrice, les dépenses publiques n’ont pas été réduites. Elles ont été provisoirement freinées, ce qui est déjà quelque chose…

J’en ai assez dit, et renverrai simplement au meilleur texte que j’aie lu sur Reagan: un article écrit par Jonathan Rauch après la mort de celui-ci. Rauch n’accorde pas la “grandeur” à Reagan, mais son hommage élégant et nuancé vaut ceux de 1000 conservateurs en délire.

(Soit-il en passant, quand on votera pour le “plus grand éditorialiste américain”, Rauch aura le suffrage de toutes mes adresses e-mail).

The greatest

Ronald Reagan has been voted the “Greatest American” of all time by his compatriots.

Of course, you have to wonder about a shortlist that included Bill Clinton but not Muhammad Ali. And polls where self-selected respondents can vote by e-mail should be taken with ladlefuls of salt. A similarly-conducted BBC vote on the greatest philosopher of all time is likely to be won by Karl Marx!

Ah well… at least in the US, the fiddling was done by the good guys. I happen to be pleased at the result.

For a statesman to achieve greatness, being smart is not enough (which is why Clinton does not belong in the shortlist). What you need is two or three big ideas and the single-mindedness to carry them through. Reagan had all of that.

As soon as he took over he put an end to detente – the policy that sought to steer the USSR towards moderation through concessions. Realizing that appeasement had not worked, Reagan rearmed, stopped courting the Soviets and bankrolled their enemies.

Above all Reagan had a moral compass. He derived foreign policy goals from what should be acceptable to a democracy, not from what was acceptable to its enemies (“Moscow will never buy that” was the standard diplomatic line in the 1970s). His firmness paid off beyond the wildest hopes of even his supporters.

Reagan’s other big idea – that the state should do less – got mixed results. Contrary to popular belief, he did not slash welfare or even reduce the size of government — but at least he temporarily halted its expansion, which is probably as much as could be hoped for.

Incidentally the best comment on Reagan I have read is a piece written by Jonathan Rauch after the Gipper’s death a year ago. Rauch stops short of calling Reagan “great”, but his characteristically nuanced and graceful homage is worth 1,000 conservative raves.

(Rauch, by the way, will get endorsements from all my e-mail addresses in the vote for greatest US columnist).

Sardanapale @ 9:20 pm
Filed under: General andUSA

# Posted on Monday 27 June 2005 - Comments Off on Les ravages de l’aide – Killing Africa softly

Si on s’arrêtait d’aider l’Afrique?

C’est la question posée par une émission diffusée dimanche par la BBC. Excellente antidote à l’angélisme ambiant. Les auteurs osent émettre l’hypothèse que l’Afrique noire se porterait mieux si les gentils blancs qui leur veulent du bien les laissaient tranquilles.

Les intervenants sont des gens sérieux: Richard Dowden (Royal African Society), Robert Guest (The Economist), Alex de Waal (Justice Africa), James Shikwati (directeur d’une ONG kenyane), et surtout Tony Vaux, un désenchanté d’Oxfam qui a écrit un livre essentiel sur les dérapages de l’humanitaire, The Selfish Altruist.

Ces observateurs notent que si l’aide était la clé du développement, l’Afrique, qui a reçu 1000 milliards de dollars depuis les années 1960, serait riche depuis longtemps.

La manne est souvent pire qu’inutile: elle peut pervertir les marchés, encourager une mentalité d’assistés (“Feed the world” est un slogan monstrueux, qui ne voit les Africains que comme des bouches à nourir et non des partenaires), elle peut ravager les agricultures locales, et maintenir en place des dictatures et prolonger les guerres.

L’émission se penche sur des cas bien connus de détournement d’aide, par le Staline éthiopien Mengistu en 1984-85 et par les génocidaires rwandais dix ans plus tard. Shikwati n’hésite pas à dire: “C’est l’aide qui a détruit l’Afrique.”

Certes, de telles mises en gardes ne sont pas nouvelles. En France, des anciens responsables d’ONG tels que Jean-Christophe Rufin ou Sylvie Brunel ont souligné les effets perverts d’une aide mal concue.

Mais même si elles sont acceptées par de nombreux spécialistes, ces idées restent hérétiques au yeux du grand public et des medias. C’est le cas particulièrement en Grande-Bretagne, où tout le monde croit encore que la famine éthiopienne a été causée par la sécheresse.

Peu de Britanniques savent que ce mythe a servi à Mengistu de s’emparer de l’arme alimentaire — avec la complicité d’ONG dont le mot d’ordre (comme l’écrit Tony Vaux), se résumait à: “Don’t mention the war”.

L’aide peut certes être utile et on ne peut qu’approuver l’annulation conditionnelle de la dette. Mais au moment où Geldof et les chantres médiatiques de la dépendance se préparent à entonner le même air qu’en 1985, il est bon de rappeller qu’il ne s’agit pas d’une simple question de bien et de mal. La charité est aussi lourde de dilemmes, c’est à dire de conflits entre le bien et le bien.

Killing Africa softly

“If… we stopped giving aid to Africa” – this startling hypothesis is the title of a TV programme broadcast by the BBC on Sunday. Its refreshing bluntness contrasts with standard media coverage of aid issues – dripping with well-meaning nonsense ahead of next month’s Live-8 concerts.

Africans might be better off if the do-gooders left them alone. The people making this suggestion are anything but right-wing cranks: the programme features interviews with Richard Dowden of the Royal African Society, Robert Guest of The Economist, Alex de Waal of Justice Africa, James Shikwati, who heads a Kenyan NGO, and Tony Vaux, a former Oxfam man who wrote a remarkable 2001 book on the subject, The Selfish Altruist.

Since the 1960s the continent has received $1 trillion. If all that was needed to spur development was cash, Africa would be an economic giant by now. The money not only appears to have done little good, but at times it has been positively harmful. Aid has perverted incentives, promoted dependency (“Feed the world” is a monstrous slogan, which treats Africans as pure recipients, not as partners), undermined local farming, propped up dictatorships and allowed wars to fester.

The programme highlights well-known cases of aid being hijacked – by the Ethiopian Stalin, Mengistu Haile Mariam, in 1984-85, and by Rwanda’s genocidal Hutus a decade later. According to Shikwati, Westerners have played more than a supporting role in wrecking the continent. “Aid has destroyed Africa,” he says.

Many experts over the years have warned about the unintended but foreseeable side effects of aid. But such healthy scepticism remains taboo in polite society and in the media. This is particularly the case in Britain, where most people still believe that the cause of the Ethiopian famine was drought.

Few Britons to this day realise that this myth allowed Mengistu to use food as a weapon in a vicious conflict, with the complicity of NGOs whose motto (as Vaux puts it in his book) boiled down to “Don’t mention the war!”

Aid can of course be useful – even vital – and the recent (conditional) debt write-off is welcome. But as Bob Geldof and his high-fidelity first-class-travelling set get ready to take to the stage again – and sing the same do-goody-good bullshit as 20 years ago – it is useful to remind people that givers are not always on the side of the angels.

Charity entails dilemmas, i.e. conflicts not between good and evil but between good and good.

Sardanapale @ 8:31 pm
Filed under: Aid

# Posted on Sunday 26 June 2005 - Comments Off on Rafsandjani “choqué” – Iran’s election “shock”

Rafsandjani outré

Dans la série “Je suis choqué, choqué” (voir aussi billet du 19 juin sur “le tsunami permanent”), Ali Akbar Hachemi Rafsandjani a exprimé sa colère devant le détournement des élections iraniennes par les ayatollahs.

“Tous les moyens du régime ont été mis en œuvre de façon concertée et illégale pour intervenir dans l’élection,” a-t-il déclaré.

Écarté d’une présidence par ailleurs toute symbolique au profit d’un séide plus zélé de la théocratie, Rafsandjani est pris d’écoeurement face à tant d’ingratitude: “Je me suis présenté à ses élections uniquement pour servir la révolution, l’Islam, l’Iran, et le peuple.”

Voilà qui rappelle, toutes proportions gardées, l’indignation de Danton à son procès: “Il n’y aurait pas eut de révolution sans moi ! Il n’y aurait pas eu de République sans moi!”

Et comme dans le cas de Danton, on a envie de répondre à Rafsandjani: que ne l’avez-vous pas dit plus tôt?

C’est bien beau de dénoncer la fausse démocratie iranienne maintenant. Mais c’est quand Rafsandjani était président, entre 1989 et 1997, qu’il aurait dû condamner le pouvoir des Gardiens de la Révolution, au lieu de couvrir leurs pieux appels au meurtre, la répression des opposants et le terrorisme.

Le travers qui consiste à ne relever les abus que lorsqu’on en est soi-même la victime est une des choses au monde les mieux partagées. Sardanapale recevra avec gratitude toute autre contribution à la rubrique: “Je suis choqué, choqué”…

Iran’s election “shock”

Continuing what could become a “I am shocked, shocked” series (see entry for June 19th below), Sardanapale notes Ali Akbar Hashemi Rafsanjani’s outburst against the hijacking of Iran’s presidential election by the ayatollahs.

“All the means of the regime were used in an organised and illegal way to intervene in the election,” he said.

Rafsanjani is stunned by the ungratefulness of the hardliners who pushed him aside in favour of a more zealous servant of theocracy: “I entered this election uniquely to serve the revolution, Islam, Iran and the people.”

One is reminded of Danton — who helped engineer the French Terror before being guillotined himself – expressing disgust during his show trial in 1794: “There would have been no Revolution without me! There would have been no Republic without me!”

Both Danton’s and Rafsanjani’s rueful words invite the question: why did you not say them before?

It is all very well for Rafsanjani to condemn Iran’s sham democracy now. But it would have been much better if had done so when he was president, between 1989 and 1997 – instead of endorsing assassination calls, the repression of political opponents, and international terrorism.

People are all too prone to ignore glaring abuses until they become victims themselves. Sardanapale welcomes any further contribution to the “I am shocked, shocked” series.

Sardanapale @ 2:21 pm
Filed under: International

# Posted on Friday 24 June 2005 - Comments Off on Leçon libérale de Chateaubriand – A champion of liberty

Petite leçon de libéralisme

Un rappel historique tout d’abord: en avril 1825 Charles X reconnaît par ordonnance l’indépendance de Saint-Domingue (Haïti), qui restait sous la menace de la flotte française malgré l’émancipation de 1804. Cette reconnaissance, soumise à conditions, est saluée par de nombreux libéraux.

Or Chateaubriand, chef de file de l’opposition libérale – qui mène à la Chambre des Pairs un combat de tous les instants contre les politiques réactionnaires du gouvernement Villèle — s’insurge contre cette mesure.

Chateaubriand veut-il que Saint-Domingue redevienne française? Non. Comme tous les libéraux conséquents, de Bastiat à Aron, il est viscéralement opposé au colonialisme.

Ce qui le révolte, c’est le procédé arbitraire de l’ordonnance, auquel il aurait préféré une loi proposée par le roi et dûment votée par les Chambres. À un ami d’opposition qui salue sans réserve l’initiative du gouvernement, Chateaubriand répond:

“Je suis très fâché de ne pouvoir être de votre avis (…) Cette ordonnance m’a paru, et me paraît encore, de tous points inconstitutionnelle, et du plus dangereux exemple; je n’ai pu dire tout le mal que j’en pensais. Je sais trop que l’arrière-pensée des ennemis de nos libertés est de substituer peu à peu le régime des ordonnances à celui de la de la Charte (Constitution libérale de la Restauration, trop souvent bafouée par Louis XVIII, puis Charles X); je ne veux rien leur laisser passer, pour qu’ils ne viennent ensuite argumenter d’un précédent.”

Je ne veux pas ici porter de jugement sur la position française dans cette affaire (les Haïtiens retiennent surtout les dures conditions imposées par Paris), mais attirer l’attention le principe politique essentiel énoncé par Chateaubriand: une bonne décision adoptée de façon inique mérite encore plus condamnation qu’une mesure inepte promulguée de façon normale.

Que penser alors d’une mesure stupide adoptée de façon inique?

(Citation: Lettre à Narcisse-Achille de Salvandy du 27 août 1825. Chateaubriand, Correspondance générale, VII, 1924-1827, Gallimard, 2004, p. 88)

A short lesson in libertarianism

First, a look back at a minor point of French history: in April 1825 King Charles X signed an order formally recognising the independence of Saint-Domingue, as Haiti was then called. The country had already broken free in a 1804 uprising, but France had threateningly been demanding compensation for expropriated settlers.

Although laced with conditions, the 1825 order signalled a less belligerent attitude, and was welcomed by many liberal opponents of France’s reactionary government. But the leader of the opposition in the upper house of Parliament, the prestigious writer François René de Chateaubriand, was dead against the move.

Did he want the territory to return to France? No – like all consistent French liberals from Frédéric Bastiat to Raymond Aron, Chateaubriand hated colonialism. What outraged him was the arbitrary way the decision was made – without bothering to consult either house of Parliament.

To a fellow liberal who enthused about the recognition of Haiti’s independence, Chateaubriand replied in a letter:

“I am sorry that I cannot agree with you (…) This government order seemed to me, and still seems to me, to be unconstitutional in every way, and a most dangerous example (…) I know only too well that the enemies of liberty intend progressively to replace our constitutional regime with one based on government orders. I do not want to agree to any concessions which would allow them in the future to claim that a precedent has been set.”

My aim is not to pass judgement on France’s 1825 Saint-Domingue policy (Haitians, with justification, resent the conditions set by Paris), but to point to a general principle highlighted by Chateaubriand: a good decision adopted in an iniquitous way deserves to be condemned even more strongly than a stupid move approved in a normal way.

Where does that put a stupid measure approved in a iniquitous way?

(The quote is from a letter dated August 27, 1825, in Chateaubriand, Correspondance générale, 1924-1827, Gallimard, 2004, p. 88)

Sardanapale @ 1:11 pm
Filed under: France

# Posted on Thursday 23 June 2005 - Comments Off on Parlement inutile – French parliament sidelined

Perfusion sur ordonnance

Le gouvernement français, pour justifier sa décision de faire adopter par ordonnances les mesures visant à tirer l’écononomie de son coma, vient d’énoncer un principe qui tire avec une clarté remarquable les conséquences logiques de notre constitution: il est des questions (en l’occurrence la lutte contre le chômage) qui sont trop importantes pour être laissées aux simples parlementaires.

Certains objecteront naïvement qu’une assemblée à qui ont retire les grands dossiers ne sert plus à rien: “Pourquoi conserver les députés s’ils ne votent que sur la taille des lettres ‘FUMER TUE’? N’est-ce pas précisément le genre de détail qui se traite par ordonnance?”

D’autres s’étonneront, tout aussi naïvement, que Villepin parle “d’urgence” alors que l’UMP règne sans partage depuis trois ans. Que penser des déclarations qu’on nous assène depuis encore plus longtemps sur le même thème: “Notre bataille principale a un nom: la lutte contre le chômage” (Chirac, 7 mai 1995); “2004 sera marquée pour le gouvernement par une priorité, l’emploi” (Raffarin, 12 janvier 2004). Faut-il conclure qu’il s’agissait d’innocentes plaisanteries, et que le gouvernement passe maintenant aux choses sérieuses?

Ces objections, bien sûr, ne tiennent pas la route. Sur le rôle vital du parlement: sans députés, pas de Premier ministre, et à qui Chirac ferait-il alors payer ses erreurs? Tout notre système politique repose sur l’irresponsabilité présidentielle (d’où le rôle “fusible” du Premier ministre), principe qu’il serait irresponsable de remettre en cause.

Et puisqu’il est question d’encourager l’emploi, il serait malvenu de renvoyer 1000 députés et sénateurs, et leurs 32 171 aides parlementaires, attachés de presse, secrétaires, chargés de missions, huissiers, chauffeurs, cuisiniers, sous prétexte que tout ce monde ne sert à rien. Notre système économique repose sur la taxation du travail productif au profit de classes dont la seule fonction est de consommer. Cela s’appelle le keynesianisme.

Quant au manque de résultats affichés par les gouvernements passés, je renvoie à la réponse ci-dessus. La sanction est tombé: le fusible Raffarin a sauté. Avec Villepin, on repart à zéro, et Chirac n’a plus à répondre que de l’avenir.

Par dessus tout – et c’est là la grande avancée que révèle l’affaire des ordonnances – il va exercer les pleins pouvoirs par l’intermédiaire d’un Premier ministre qui fera les bras d’honneur qu’il voudra au Parlement, et reste éjectable en cas de malheur.

Working order

The French government, justifying the decision to introduce emergency economic measures by government order rather than through legislation, has spelt out with remarkable clarity an interesting constitutional principle: some issues (in this case fighting unemployment) are just too important to leave to Parliament.

Some will naively object: “What is a point of having a Parliament at all? Why not just scrap it? We don’t need legislators if all they are expected to do is vote on the size of ‘SMOKING KILLS’ warnings. That is the kind of detail that can be dealt with by government order.”

Others — equally naively – will be surprised to learn about a new “emergency” from men who have held all the levers of power for years. And what do we make of the countless similar pronouncements we have heard from them in the past decade: “Our main battle has a name: the fight against unemployment.” (Chirac, May 7, 1995); “The government’s priority for 2004 will be jobs” (Jean-Pierre Raffarin, January 12, 2004)? Are we to understand that all this was harmless banter, and that now the government means business?

None of these objections hold water. Take the issue of Parliament’s role: the legislative remains a key branch of government, designed to protect the president from the whims of popular opinion. Removing deputies would mean removing the prime minister who (on paper) answers to them. And who then would take the rap when the the president is in trouble? It would be irresponsible to undermine the basic tenet of our constitution — presidential irresponsibility.

And since the whole point of the exercise is job creation, it would be even more irresponsible to dismiss 1,000 deputies and senators, as well as 32,171 parliamentary aides, press officers, liaison officers, secretaries, guards, drivers, cooks and cleaners, just because they serve no useful purpose.

Our whole economic system rests of taxing productive labour to subsidise people whose function is to spend other people’s money, thereby spurring demand. This is called Keynesian economics and it works.

The lack of results shown by past governments on the unemployment front is neither here not there. As I have explained, someone has already paid the price: former Prime Minister Jean-Pierre Raffarin was sacked for doing the president’s bidding. By replacing him with Villepin, Chirac starts with a clean slate. He can afford to exercise absolute power through a new prime minister who will get the blame after the next day of reckoning

Sardanapale @ 8:51 am
Filed under: France

# Posted on Tuesday 21 June 2005 - 3 Comments

Cul-de-sac

Aujourd’hui: centième anniversaire de la naissance de Sartre. Sardanapale, qui n’a pas souvent l’occasion de défendre la pensée française contre celle des Américains, est heureux de pouvoir rendre un rare hommage à ses concitoyens.

En effet, c’est aux États-Unis, non en France, que le culte inconditionnel de JPS perdure. Quel intellectuel parisien oserait dire aujourd’hui, comme le paleo-marxiste américain Scott McLemee, que l’auteur de la Critique de la raison dialectique et ses positions sur “la violence systémique, la lutte émancipatrice, et le terrorisme” sont plus que jamais d’actualité?

En France, même les gauchistes le plus sclérosés prennent leurs distances envers le compagnon de route, le pourfendeur de “chiens” anticommunistes et l’apologiste du terrorisme.

La parole définitive sur Sartre appartient sans doute à Jean-François Revel:

Pourquoi l’écrivain français le plus représentatif des années 1950 et 1960 a-t-il haï la liberté, lui le philosophe de la liberté? Pourquoi ce penseur si intelligent approuva-t-il la nuit intellectuelle du communisme?

Pourquoi le fondateur de la fameuse revue Les Temps modernes ne comprit-il rien à son temps? Pourquoi ce raisonneur si subtil a-t-il été l’un des plus grandes dupes de notre siècle?

Au lieu d’escamoter ces réalités, mieux vaudrait tenter de les expliquer. Le problème n’est pas celui des aberrations d’un homme. C’est celui de toute un culture. Pour le résoudre, inspirons-nous de ce que Sartre a enseigné, surtout pas de ce qu’il a fait, de sa philosophie de la responsabilité, surtout pas de ses actes irresponsables, de sa morale de l’authenticité, surtout pas de son idéologie de la falsification.

(McLemee est cité par John Lichfield dans un bon article de The Independent sur Sartre. La citation de Revel est extraite d’un éditorial radiophonique diffusé par Europe 1 le 21 avril 1990)

Cul-de-sac

Jean-Paul Sartre died 100 years ago today. Sardanapale does not often get a chance to defend his French received wisdom against America’s, and welcomes a rare opportunity to praise his Gallic compatriots.

Unconditional admiration for Sartre remains rife among American intellectuals – not French ones. The US Marxist Scott McLemee, who organised a recent symposium on Sartre, said his hero’s legacy was growing “ever more pertinent to the way we live now” and that his “arguments over systemic violence, emancipatory struggle, and terrorism… have now come back into view as matters of interest well beyond the community of Sartre scholars”.

In France, even the most ossified Marxist throwback would not dare mount such a defence of Sartre the fellow-traveller, the contemnor of anti-Communist “dogs” and the apologist for terrorists.

The final word on Sartre probably belongs to Jean-François Revel:

Why did the most emblematic of French writers in the 1950s and 1960s — and the philosopher of liberty – hate freedom so much? Why did such an intelligent thinker approve of the intellectual darkness of Communism? Why did the founder of the celebrated Temps modernes review (“Modern Times”) fail to understand a thing about his own time? How did such a subtle rationalist get to be one the greatest fools of the century?

Instead of hiding these facts, we should be trying to explain them. The problem does not lie in the failings of one man; it rests with a whole culture. To resolve it, we should learn from what Sartre professed, not from what he did, from his philosophy of responsibility, not from his irresponsible actions, and from his ethics of truth, not from his ideological lies.

(McLemee was quoted in an excellent article on Sartre’s legacy by John Lichfield in The Independent. Revel made the remark on 21 April 1990, in his regular column for Europe 1 radio)

Sardanapale @ 9:51 pm
Filed under: Philosophie

# Posted on Sunday 19 June 2005 - Comments Off on Le tsunami permanent – Protectionism: the permanent tsunami

Le tsunami permanent

La réaction des ONG à l’affaire des droits de douanes prélevés par le Sri Lanka sur l’aide aux victimes du tsunami peut se résumer ainsi: “Je suis choqué, choqué de trouver du protectionnisme ici!”

Le prélèvement d’un million de dollars sur l’importation de 4×4 pour Oxfam est sans doute scandaleux. Mais en taxant ces véhicules, les autorités de Colombo ne font que ce qu’elles ont toujours fait sans susciter la moindre réprobation des professionnels de la charité.

Le protectionnisme des pays sous-développés — pardon: “en développement” — entrave le développement. Il ne faut pas négliger le protectionnisme des pays riche, qui mérite bien l’opprobre dont il fait l’objet. Mais on oublie souvent que les tarifs douaniers pratiqués par le tiers-monde (13% pour les produits finis en moyenne) sont bien supérieurs à ceux des riches (3%).

Le coût que les pays pauvres s’imposent est astronomique. La Banque mondiale, dans une étude de 2002 , l’évalue à $121 milliards par an – deux fois plus que ce que leur coûte le protectionnisme des pays riches. Les dégâts matériels du tsunami, eux, s’élèvent à quelque $10 milliards pour 12 pays (aide d’urgence plus reconstruction – je ne compte pas le coût en vies humaines qui, pour le protectionnisme, est impossible à estimer).

Ramené par pays, le coût du protectionnisme du tiers-monde équivaut donc à un tsunami par an. Le véritable scandale est là. Pourquoi ne s’indigner de ce tsunami permanent que lorsqu’il frappe Oxfam? Une telle condamnation sélective est immorale, car elle tend à accréditer l’idée que le protectionnisme des pays du tiers-monde est acceptable quand leur seules populations en souffrent, mais inacceptable quand les gentils blancs qui les aident sont rançonnés.

Protectionism: the permanent tsunami

When the Sri Lankan government announced on Friday that it was taxing the import of vehicles used for tsunami relief work, the charity industry in essence said: “We are shocked, shocked to find that protectionism going on here!”

The duty slapped on Oxfam’s four-wheel drives was indeed outrageous – but no more so than the levies on industrial goods exacted by the Colombo government year in and year out without a squeak from NGOs.

Similar duties across the under-developed – sorry: “developing” – world is a major obstacle to development. To be sure, rich-country protectionism fully deserves the opprobrium that is heaped on it. But poor-country protectionism is actually much greater (13% average tariff for industrial goods, against 3% in the rich world), and amounts to wealth destruction on a heroic scale.

The World Bank, in a 2002 study, estimated this damage at $121bn annually – twice as much as the price paid by poor countries for rich-country protection. Now the damage wrought by the tsunami amounted to about $12bn in both emergency aid and projected reconstruction costs in 12 countries (leaving aside the cost in human lives, which is impossible to assess for protectionism – although it cannot be anything like that of a natural disaster).

This means that the average per-country cost of third-world protectionism is the equivalent of one tsunami every year.

The real scandal is this permanent, self-inflicted disaster. Crying foul only when Oxfam is hit is not just silly. It is immoral, because it suggests that poor-country protection is a fact of life when mere natives are despoiled, but scandalous when their Western saviours are.

Sardanapale @ 8:54 pm
Filed under: Economy and trade

# Posted on Friday 17 June 2005 - 1 Comment

À bas l’Europe providence

“Nous avons été, nous sommes, et j’espère bien que nous serons toujours détestés en France,” a déclaré le chef suprême britannique avant de se rendre en Belgique pour en découdre avec l’ennemi français un beau jour de juin. Mais assez parlé du duc de Wellington et de Waterloo: c’est aux historiens, et non à Sardanapale, d’analyser cette grande victoire pour la iberté de l’Europe à l’occasion de son 190e anniversaire.

Il se contentera d’évoquer le sommet européen de Bruxelles, qui a achoppé sur les questions budgétaires. En France, Tony Blair est rendu seul responsable du naufrage, agrippé qu’il reste à un rabais britannique qui fait l’unanimité contre lui. Notre conservateur de président n’est pas le seul à voir les choses ainsi. Le Monde, bréviaire quotidien de la gauche, titrait ce vendredi sur son site: “Un accord sur le budget de l’UE compromis par l’intransigeance britannique.”

Mais qui est inflexible? Est-ce Blair, qui accepte une renégociation du rabais à condition qu’on mette également sur la table les dépenses agricoles? Ou est-ce Chirac, qui ne veut négocier que sur le premier point et pas le second.

Et encore une fois, dans un bel exemple d’unanimité nationale, la presse gauche appuie le président sur ce point. Libération, après avoir concédé qu’il est “temps d’une révision à la baisse de la PAC”, conclut par une attaque en règle contre l'”idée fixe des anti-PAC à la Blair”, et prôner “l’indépendance alimentaire”, mot d’ordre protectionniste brandi par le lobby agricole depuis des décennies.

Londres est certes isolée pour ce qui est du rabais. Mais sur la grande question qui a sous-tendu le sommet, elle est loin d’être seule. Nous assistons à un conflit entre deux conceptions de l’Europe. L’une, fondée sur la redistribution, étend à tout un continent les recettes socialistes qui ont fait faillite au niveau national: c’est ce que Jean-François Revel a appelé “l’Europe providence”. L’autre conception, qui cherche à multiplier et non à diviser la richesse, est fondée sur l’ouverture des marchés et la concurrence.

Les Britanniques, et les autres gros contributeurs tels que les Allemands, les Néerlandais et les Suédois, ne sont plus prêts à régler des subventions qui les appauvrissent et encouragent l’assistanat. La PAC est la pièce maîtresse de cette “Europe providence”.

Son coût, il est important de le noter, est bien plus lourd que les quelque 48 milliards d’euros qui lui sont consacrés par Bruxelles. Les chiffres de l’OCDE montrent que les consommateurs européens payent presque autant sous la forme de prix élevés. Même après plus de douze ans de réformes visant à “découpler” les aides de la production, le soutien au prix et la surproduction continuent de faire des ravages à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Europe.

C’est la France, non la Grande-Bretagne, qui s’accroche à système inique. Espérons que les Britanniques, avec l’aide de leurs alliés, vont finir par mettre les Français en déroute – comme il y a 190 ans.

Down with Welfare Europe

“We always have been, we are, and I hope that we always shall be detested in France,” the British supremo said before heading for Belgium, for a confrontation with the French enemy one day in June. But enough said about the Duke of Wellington and Waterloo. Sardanapale is no historian — it’s not his job to analyse this great victory for European liberty on the 190th anniversary of the battle.

He will focus instead on the Brussels summit, which ended in disarray over the EU budget. In France Britain is cast as the villain of the piece, because it clings to a multibillion euro rebate every other member wants it to give up. The conservative Chirac is not alone is viewing Tony Blair’s refusal to compromise on the issue as the main cause of the debacle. Le
Monde
, the left’s daily book of common prayer, agrees: “Agreement on the EU Budget jeopardised by British intransigence,” a headline on its website read on Friday.

But who is inflexible here? Is it Blair, who is willing to review the rebate provided the spending issue — and notably farm subsidies that gobble up almost half of the EU budget — are on the table? Or is it Chirac who is ready to talk about the former, but not the latter?

And the left-wing press patriotically stands by the president on this point as well. Liberation, after conceding that “it is time to scale down” the Common Agricultural Policy, indulges in a complete non sequitur by going on to denounce the “CAP haters à la Blair” in the name of “food independence” — a hackneyed phrase bandied about by Europe’s protectionist lobbies for decades.

Britain may be isolated over the rebate. But on the wider issue raised by this summit, it is not. The real battle is between two visions Europe. One is based on the zero-sum idea that Paul can only get richer at Peter’s expense – this is what Jean-Francois Revel once called “Welfare Europe”, which aims to extend to the whole continent redistributive ideas that have failed at national level. The other vision, based on the idea that wealth is created, not diffused, seeks to promote open markets and competition.

Britain, along with leading net contributors like Germany, the Netherlands, and Sweden, are increasingly reluctant to sink money into subsidies that foster only dependency.

The CAP is the centerpiece of “Welfare Europe”. Incidentally it costs Europeans much more than the 48bn euros earmarked for it in the EU budget. OECD figures show that almost as much again is paid directly by consumers in the form of high prices – even after years of brave attempts by Brussels to “decouple” subsidies from production, price support remains alive and well.

It is France, not Britain, that is clinging to an iniquitous system that must be scrapped. Let’s hope that the Brits, with the help of their allies from the north and the east, will give the Frenchman who wants to bleed Europe dry a thrashing, just like 190 years ago.

Sardanapale @ 10:18 pm
Filed under: Europe andFrance

# Posted on Wednesday 15 June 2005 - Comments Off on Démonstration et politique – Demonstration and politics

De la démonstration en politique

Elisabeth Guigou à Europe 1 ce matin note que le “chomage est un cancer de notre société”, et nous livre sa prescription pour traiter la maladie: “Ce qui manque à la France est une politique de croissance” qui passe par “la relance du pouvoir d’achat”. Il faut en outre “un service public de l’emploi qui offre des emplois aux gens”.

Quant aux réformettes entreprises par le gouvernement Villepin, notamment les contrats de deux ans plus flexibles, elles reviennent à “réinventer le travail journalier” et à “faire porter aux chômeurs la responsabilité du chômage”.

Le plus remarquable dans ces propos, c’est le ton de l’évidence sur lequel ils sont énoncés, et qui se passe de toute démonstration.

Elisabeth Guigou ne s’étend pas sur le succès que ses recettes ont rencontré par le passé. La relance par la consommation, emploi en masse de fonctionnaire et nationalisations étaient les pilliers de la politique économique socialiste entre 1981 et 1983. Elle aurait pu nous rappeler le rétablissement spectaculaire qu’à connu la France sous Pierre “je-ne-serai-pas-le-premier-ministre-des- deux-millions-de-chomeurs” Mauroy.

Quand à l’hostilité d’Elisabeth Guigou à plus de flexibilité dans l’emploi, il peut paraitre exagéré de présenter les nouveaux contrats comme un retour au conditions du 19e siècle où l’employé était renvoyable à merci. Mais surtout, il est regrettable qu’elle se dispense de nous faire la démonstration du lien entre la souplesse de l’emploi et la misère du peuple.

On voudrait entendre ne serait-ce qu’un mot sur la stagnation qui sévit en Grande-Bretagne, aux Etas-Unis ou aux Pays-Bas – dont la main-d’oeuvre poussée au désespoir par des conditions relativement flexibles doit certainement quitter ces pays en masse pour des rivages meilleurs.

On voudrait aussi en savoir un tout petit peu plus sur le bonheur des salariés en France, en Allemagne, ou en Espagne jusqu’en 1995 – date où Aznar est venu casser la machine à emploi.

Elisabeth Guigou n’a pas besoin de nous expliquer cela, parce que les français savent intuitivement que ce qu’elle dit est profondément vrai, en dehors de toute expérience ou de toute démonstration.

Cela désolera ceux, comme Sardanapale, qui veulent fonder leurs jugements politiques sur des raisonnements. Mais il faut reconnaître que la politique a ses raisons que la raison ne connaît pas. Elisabeth Guigou fait bien de se garder de toute démonstration dont elle peut se passer. Comme l’a si bien dit un député américain, “en politique, quand vous commencez à expliquer, vous avez perdu.”

Demonstration in politics

Former Socialist Justice Minister Elisabeth Guigou told France’s Europe 1 radio this morning that unemployment was “a cancer in our society”. Her recommended treatment: a “policy for growth” aimed at boosting purchasing power and a “public service for employment that gives jobs to people”.

The reforms undertaken by the centre-right government do not impress her. She is particularly scathing about a new, two-year work contract that offers employers more flexibility while giving employees more help if dismissed.

The most remarkable thing about her words is her tone of complete confidence, and the fact that she clearly feels she owes no-one the least word of explanation.

She does not mention the triumphs the policy must have met in the past. Public spending and the mass recruitment of state workers were mainstays of the economic policy of the Socialist government between 1981 et 1983. It would have been nice if she could have mentioned the no-doubt spectacular recovery wrought by Pierre Mauroy, who famously pledged that there would never be two million unemployed under his watch.

As for Guigou’s hostility to a flexible labour force, one may find her warning against the return to Victorian hiring conditions a bit overdone. But crucially, she fails to demonstrate the link between labour flexibility and misery.

It would have been nice to learn more about the grinding insecurity endured by workers in Britain, the US or the Netherlands, where hiring practices are more relaxed than in France — how the impoverished denizens of those dark countries are rushing for the exit, attracted by better conditions elsewhere.

It would have been great if she could have mentioned, even in passing, the happiness French and German workers, or those of Espagne pre-1995 – when Prime Minister Jose Maria Aznar launched on a course of job-destroying reforms.

But Guigou does not need to explain any of this, because the French known intuitively that what she says is profoundly true, and that it needs to demonstration.

Of course those like Sardanapale who seek to derive political judgement at least partly from facts – not just on deeply held values – regret this. But it must be recognised that Guigou, as a politician, knows better than to explain when no explanation is needed. Reasoned demonstration can actually be counter-productive in her trade.

In the memorable words of Virginia Congressman Bobby Scott, “in politics, when you start explaining, you’ve lost”.

Sardanapale @ 9:34 pm
Filed under: France

# Posted on Wednesday 15 June 2005 - 3 Comments

Confessions d’un libéral illogique

Je viens de lire un article remarquable. Je n’aurais jamais pensé pouvoir dire cela d’un texte qui contient les phrases suivantes:

“Nous (les membres de notre groupuscule) ré-examinâmes les origines de la Guerre Froide… et conclûmes, à notre grande surprise, que les États-Unis avaient tous les torts et que c’est la Russie qui était la victime. Il en découlait que la grande menace qui pesait sur la paix et la liberté du monde venait non pas de Moscou ou du ‘communisme international’, mais des États-Unis et de son Empire qui s’étendait sur le monde et le dominait.”

“La politique étrangère impérialiste (des US) et l’état de garnison permanent ont leur origine dans un Big Business avide d’investissements à l’extérieur et de contrats militaires à l’intérieur.”

Au passage, l’auteur s’attaque à Burke (un “réactionnaire despotique”), Ayn Rand, la National Review (ils voulaient “lâcher cette Bombe sur Moscou”)… Et allez donc! Pourquoi ne pas s’en prendre aux pères de la Constitution américaine, pendant qu’il y est? Deux paragraphes plus loin, je trouve une diatribe contre Hamilton et Madison, “avec ce souci qui était le leur d’imposer l’ordre et un État central puissant, élitiste – qui incluait la ‘slavocratie’ sudiste.”

Le plus déroutant dans ce texte, c’est que l’auteur n’est pas un agité du bocal gauchiste. C’est un pape du libéralisme, dont je partage entièrement les valeurs. Non seulement Murray Rothbard, dans ce texte de 1968, soutient que ces valeurs sont compatibles avec des idées opposées aux miennes – mais il démontre, avec la rigueur passionnée qui le caractérise, qu’un libéral ne peut logiquement pas tirer d’autres conclusions.

Murray ne m’a bien sûr pas fait revenir sur mon soutien à la guerre d’Iraq et à 75% de la politique de Bush. Mais il a au moins réussi à me faire entrevoir que ce soutien, loin d’être une conséquence naturelle de mon libéralisme, est peut-être une concession au socialisme! Je ne sais pas pour qui cette idée est plus dérangeante – pour moi ou pour mes amis de gauche?

Immortal Rothbard

I have just read a remarkable article. I never thought I would ever say that of a piece that includes the following passages:

“We (our tiny group) restudied the origins of the Cold War, we read our D.F. Fleming and we concluded, to our considerable surprise, that the United States was solely at fault in the Cold War, and that Russia was the aggrieved party. And this meant that the great danger to the peace and freedom of the world came not from Moscow or ‘international communism’, but from the U.S. and its Empire stretching across and dominating the world.”

“Imperialistic foreign policy and the permanent garrison state originated in the Big Business drive for foreign investments and for war contracts at home.”

The author also attacks Burke (a “despotic reactionary”), Ayn Rand, and the National Review (they wanted “to drop that Bomb on Moscow”). Whatever next? I thought. Why not rubbish the Founding Fathers of the US Constitution, while he is at it?

Two paragraphs down I found a broadside against Hamilton and Madison, “with their stress on the imposition of order and a strong, elitist central government – which included the southern ‘slavocracy’.”

The most unsettling thing about this article is that the author is no left-wing nut. He is a libertarian leading light, a man whose values I profoundly believe in. Not only does Murray Rothbard, in this 1968 classic text, argue that these values are compatible with conclusions that are diametrically opposed to mine – but he shows, with with both ardent passion and unimpeachable logic, that a libertarian can draw no other conclusions.

Of course reading Murray has not changed my mind about supporting the Iraq war and 75% of Bush’s policies (not a fixed quota). He has, however, half-convinced me that such support is not a logical consequence of my libertarian faith, but a concession to socialism!

I am not sure who will find this idea more uncomfortable – me or my left-wing friends?

Sardanapale @ 5:37 pm
Filed under: General