Sardanapale

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# Posted on Monday 30 May 2005 - Comments Off on Les leçons du Non – Lessons from the French No

Les leçons du Non

La victoire du Non au referendum sur la Constitution européenne, entend-on communément, est un cinglant désaveu infligé aux élites coupées du peuple. La classe politico-médiatique est censée avoir tenté d’imposer sa conception de l’Europe à des citoyens; ceux-ci n’en n’ont pas voulu et se sont révoltés, comme jadis le Tiers État.

“Deux cents ans après la Bastille, le peuple de gauche va aujourd’hui briser cette Constitution,” proclamait José Bové une semaine avant le scrutin. C’est tout naturellement que le leur victoire, les partisans du Non se réunissaient par milliers Place de la Bastille, le berceau de la Révolution. L’un d’eux a déclaré au micro de la BBC: “En 1789 nous avons été le premier pays à renverser la monarchie; aujourd’hui nous assistons peut-être à la naissance d’une nouvelle Europe.”

Cette rhétorique révolutionnaire est douteuse. Le referendum du 29 mai a certainement été un vote de protestation. Mais on a tort d’y voir une révolte contre l’ordre établi, et surtout de prétendre que les élites françaises ne sont pas à l’écoute du peuple.

Les tenants du Non ne cherchaient pas à rompre avec le statu quo. Ils voulaient le préserver — avant tout des influences étrangères. Nous avons assisté pendant la campagne à un déferlement de xénophobie tel que la France en a rarement vus. Ayant parcouru le pays avant le scrutin, j’ai plus d’une fois entendu des gens m’expliquer qu’ils aller voter non “parce j’en ai assez des immigrés”.

Mais la peur de l’étranger n’a pas été simplement le fait des racistes du Front national. Elle a été encore plus évidente, et plus dévastatrice, à gauche. Les communistes et staliniens en tous genres, les altermondialistes, les socialistes “dissidents” (on devrait dire “majoritaires”) ont joué sur les peurs irrationnelles que suscitent l’ouverture des frontières et la concurrence.

Notre sublime système social allait disparaître, et nos industries délocaliser en masse vers l’Est. Tout cela rappelait fortement les sophisme protectionnistes de Ross Perot en 1992 (souvenez-vous du “giant sucking sound”) — sauf qu’en France, ça a marché.

Il ne faut pas dresser trop de parallèles entre le Non de droite et celui de gauche (ce fut une erreur de certains partisans du Oui). Mais on peut au moins dire que les deux rejetaient l’ouverture à un étranger jugé trop différent.

La droite souverainiste se révoltait contre des politiques qui refusaient de garder la France dans son cocon; et la gauche leur reprochait de ne pas étendre ce cocon au reste de l’Europe. Dans les deux cas, on votait non pour le mouvement, mais pour l’ordre.

Si l’analogie révolutionnaire est douteuse, l’idée selon laquelle la classe politique ne serait pas à l’écoute de la nation est risible. Les politiques français sont restés traumatisés par les révolutions des 18e et 19e siècles et par l’image de la foule en arme envahissant l’hémicycle et prenant en joue les députés.

Cette hantise est une des grandes raisons de la servilité de nos soi-disant gouvernants et donc de notre immobilisme. Rien n’est moins français que la phrase d’Edmund Burke: “Votre représentant vous doit son jugement, et il vous trahit, au lieu de vous servir, s’il sacrifie celui-ci à votre opinion.”

La campagne du referendum est une illustration éclatante de l’abdication du pouvoir qui caractérise la France. Chirac a adopté, et sans doute même intériorisé, les tirades de sa gauche contre le néo-libéralisme et la mondialisation. La Constitution européenne, nous a-t-il assuré lors de sa désastreuse entrée en campagne, est la “fille de la pensée française” et répond à une logique “non-libérale”.

Le centre-gauche aussi a cherché à vendre le traité comme la garantie du socialisme sur un seul continent. Lors d’un débat sur FR3 durant la campagne, Jacques Delors a dit à José Bové qu’il était “d’accord sur un point avec lui: il faut combattre la compétition entre les nations”. Le ton conciliant de Delors, empreint d’onction respectueuse, indiquait qu’il n’y avait pas de différence de taille entre eux – sauf le détail de l’opposition de Bové au traité. Bref, au centre-droit comme au centre-gauche, on a défendu le Oui avec les arguments du Non.

Personne ne doit s’étonner que cette entreprise ait échoué. À force de ne dire aux Français que ce qu’ils avaient envie d’entendre, on leur a menti – et d’une façon particulièrement sotte. Tout le monde sait que l’Europe, même si elle n’est pas un paradis hayekien, est plus libérale que ne l’est la France. Et tout le monde sait qu’on ne peut pas imposer à 450 millions de personnes de Riga à Malaga la conception du service public à la Française.

C’est pourtant ce que les politique français ont voulu faire croire aux Français, au lieu de leur expliquer que la concurrence accrue qu’implique l’intégration européenne est source de richesse.

Chirac va-t-il tirer les enseignements de la débâcle? On peut en douter. En renvoyant Jean-Pierre Raffarin, il a usé de l’expédient qui permet aux présidents français de faire payer au valet les erreurs du maître. En France, comme l’a si bien écrit Jean-François Revel, “le responsable n’est pas celui qui donne les ordres, mais celui qui les reçoit.” tte manœuvre – entre parenthèse — est aussi douteuse moralement que constitutionnellement. En effet, selon la constitution de 1958, le Premier ministre est en théorie responsable devant l’Assemblée, et n’est pas renvoyable au bon vouloir du président.

Et surtout la composition du gouvernement n’est guère édifiante. Villepin, apparatchik par excellence, n’a jamais démontré les qualités de “leader” dont parlait Burke.

Les Français sont victimes depuis des lustres d’une hallucination collective –leurs malheurs sont le fait d’une cliques de fanatiques néo-libéraux qui ont fait leur nid Bruxelles aux grand bonheur des “Anglo-Saxons” honnis. Aucun homme politique n’ose leur dire que notre chômage et notre déclin sont le fait de notre étatisme. Personne dans la nouvelle équipe – même pas Sarkozy qui préfère s’exprimer à mots couverts – ne semble avoir courage de dire la simple vérité.

Lessons from the French No

The rejection of the EU constitution by French voters is widely regarded as a popular rebellion against an out-of-touch establishment. Elites – businesses, the major parties of both the Right and the Left, the media – allegedly tried to impose their bureaucratic vision of Europe on the people, but the people rose up. “Two hundred years after the Bastille,” anti-capitalist hero José Bové proclaimed a week before the vote, “the people of the left are today going to wreck this constitution.” On the night the “No” camp underscored this feeling of popular insurgency by celebrating at the birthplace of the French revolution. “In 1789 we were the first country to remove our royalty, so maybe it’s the beginning of the new Europe, beginning today in France,” a reveller at the Place de la Bastille told the BBC.

Such revolutionary rhetoric is questionable. The French no doubt registered a protest vote. But it is misleading to portray it as “anti-establishment” and downright false to argue that French elites were ran roughshod over popular feelings.

“No” campaigners did not want to upset the established order. They wanted to preserve it — primarily from foreign influences. During the campaign xenophobia was rampant up and down the country. “I will vote No because there are too many immigrants,” one right-wing sympathiser told me in the central city of Clermont-Ferrand. But the reaction against the fading of borders associated with Europe was most evident on the Left – where the No camp was strongest. Communists, Trotskyites, dissident Socialists and sundry anti-capitalists played on widespread fears that companies would all pack off to Eastern Europe, impoverishing French workers – in a successful replay of Ross Perot’s 1990s “giant sucking sound” rhetoric against trade liberalization.

The Left also pandered to fears that the new constitution would spell the end of welfare as the French knew it, because of competition with less generous systems. And it worked. “We will lose our benefits,” a café-owner said in Nantes. “This is why ordinary people are voting ‘No’.” It is unfair to draw too many parallels between the right-wing and the left-wing No votes – as some Yes supporters have tended to do. But it is legitimate to note one point they had in common: fear of an open world. The naysayers condemned the establishment, but only because it was perceived as doing too little to keep France within its bubble.

If the “anti-establishment” line is misleading, the idea that Parisian elites are not listening to the people is preposterous. French politicians have always been petrified of a populace seen as seething with revolutionary fervour – which is why France has done less to reform itself than any other Western country. No Frenchman ever dared say what Edmud Burke told the Sheriffs of Bristol: “Your representative owes you… his judgment; and he betrays, instead of serving you, if he sacrifices it to your opinion.”

The referendum campaign was a shining example of leadership failure. President Jacques Chirac adopted the left’s tirades against the dangerous “neo-liberal” drift of Europe and described globalisation as fundamentally iniquitous. He reassured voters that the constitutional treaty was the “daughter of French thought” and its logic was economically “non-liberal”.

The centre-left also tried to sell the constitution as a way to enshrine socialism in a single continent and defeat Anglo-Saxon free-marketeers. In other words it endorsed the main premise of the “No” camp. Jacques Delors, a French socialist who used to head the European Commission in Brussels, told anti-capitalist star José Bové during a televised debate that he agreed with him on a key point: “Competition between nations must be rejected.” His conciliatory tone suggested there was no daylight between their positions – apart from the small matter of Bove’s rejection of the treaty.

France’s pro-“Yes” elite, in short, fought of the No camp’s terms, and defended the fantasy that the constitution would rebuild Europe in France’s dirigiste image.

It is perhaps not surprising that such an approach failed. By telling the French what they wanted to hear, the elites lied to them. And they lied in a particularly silly way. Every one knows that Europe, although hardly a Hayekian paradise, is economically more much more liberal than France ever was, and that you cannot force 450 million people from Riga to Malaga to embrace public services à la française. But mainstream politicians have not acknowledged this glaring fact, and have failed to explain why the increased competition that goes with further EU integration is nothing to be afraid of. They are paying the price.

The question is: What lessons will Chirac learn from the debacle? So far the signs are not encouraging. He has done what French president tend to do when they are in trouble: sack the prime minister (who under France’s peculiar constitution serves the democratically dubious function of shielding an all-powerful president from responsibility).

He has replaced Jean-Pierre Raffarin with Dominique de Villepin. Like his predecessor, the new prime minister is a Chirac loyalist who owes his elevation to the president. Abroad he is best known for putting paid to American efforts to get UN backing on Iraq and getting a standing ovation after denouncing Washington’s policies during a Security Council debate.

Villepin may buy his presidential master a bit of time before he outlives his usefulness as a lighting rod. But he is unlikely to exert the leadership role France so sorely needs. The French have for a long time been in the grip of a collective hallucination — that their woes, including unemployment in excess of 10%, are made worse by free-market fanatics in Brussels. No politician dares tell them that their problems are home-grown and that less heavily regulated countries are doing rather better. One man hinted in that direction on the night of the referendum. Chirac’s UMP party chief and bugbear-in-chief, Nicolas Sarkozy, said: “The French are urging us to get rid of our rigid habits to move the country forward without delay.”

Sarkozy could be showing the way ahead — he is both reform-minded and popular, which suggests that two are not incompatible in France – but not just yet. He will have a role in the new government, but his record as a finance minister until last year was not particularly impressive. French political culture runs deep. It will take time for French leaders to stop being afraid of their own people and play straight with them. Change is unlikely until the French overcome their revolutionary myths and fears.

Sardanapale @ 2:40 pm
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